" Cristiano est le joueur le plus talentueux que j'ai eu sous mes ordres. Il surclassait tous les grands que j'ai coachés à United, et il y en a eu beaucoup." Ce joli compliment est signé Alex Ferguson dans sa biographie. Faut-il dès lors s'étonner que Sir Alex ait joué un grand rôle dans l'un des transferts les plus retentissants de la semaine dernière?
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" Cristiano est le joueur le plus talentueux que j'ai eu sous mes ordres. Il surclassait tous les grands que j'ai coachés à United, et il y en a eu beaucoup." Ce joli compliment est signé Alex Ferguson dans sa biographie. Faut-il dès lors s'étonner que Sir Alex ait joué un grand rôle dans l'un des transferts les plus retentissants de la semaine dernière? Car c'est bien ce qu'il s'est passé, selon The Athletic, lors de cette tentative de reconstruction qui a vu United chiper le Portugais de 36 ans au nez et à la barbe du voisin de City. Ferguson est intervenu et a fait jouer toute son influence, à la fois auprès de Ronaldo et de Jorge Mendes, son agent. Rio Ferdinand, qui fut jadis l'équipier de CR7 chez les Red Devils, a agi de la même façon. Il avait pris parti pour le Portugais lorsque celui-ci avait eu des problèmes avec Ruud van Nistelrooy, qui se plaignait de ne pas recevoir du nouveau numéro 7 les mêmes caviars que ceux que lui avait délivrés David Beckham pendant des années. Lors d'un entraînement, la discussion avait même été très vive, lorsque le Néerlandais avait évoqué le père de Ronaldo, décédé sept mois plus tôt. Ferdinand avait alors pris fait et cause pour le "petit jeune". Et cette fois-ci, il l'a convaincu de ne pas signer pour le club voisin. Ce qu'a également fait Bruno Fernandes, un compatriote de Cristiano, qui ne s'était pas privé de critiquer ses partenaires de United lorsque ça ne tournait pas. Un peu de classe supplémentaire ne peut pas faire de tort. Tout cela explique pourquoi Cristiano ne débarquera finalement pas à l'Etihad, mais retrouvera Old Trafford, un stade qu'il avait quitté en 2009 sous les applaudissements. Pour le plus grand plaisir d'un public qui, lorsqu'il s'y était produit avec le Real Madrid quatre ans plus tard, l'avait acclamé chaleureusement. Il ne l'a pas oublié. En avril 2018, au Juventus Stadium, on l'avait aussi acclamé. Enfin, acclamé n'est peut-être pas le mot le plus adéquat. C'était plutôt des applaudissements respectueux, lorsque Ronaldo avait jeté les bases d'une victoire 0-3 en quart de finale de la Ligue des Champions. La qualification du Real semblait acquise, mais les Madrilènes allaient encore trembler au retour, sur le chemin de leur treizième victoire en Champions League. Au stade Santiago Bernabéu, le marquoir a un temps affiché 0-3. L'élimination n'a été évitée que grâce à un penalty transformé dans les arrêts de jeu. Par Ronaldo, évidemment. Quelques mois plus tard, le Portugais débarquait à Turin pour y porter le maillot bianconero. Avec comme objectif de rendre le football ennuyeux de la Vieille Dame un peu plus attrayant. Et si possible de remporter une nouvelle Ligue des Champions. Le projet Ronaldo, un beau défi qui avait un prix: une somme de transfert de 120 millions d'euros et un contrat jusqu'en 2022, d'un montant de trente millions d'euros par an. À première vue, Ronaldo était un coup dans le mille. Du moins, en ce qui concerne ses statistiques personnelles. Il a mis beaucoup moins de temps que n'importe quel autre joueur de la Juventus à atteindre le cap des cent buts avec le club (101 en 134 duels). Mais ça s'est limité aux exploits individuels. Ronaldo a remporté deux titres de champion avec la Juve, mais a dû laisser le troisième à l'Inter. Le football développé par les Piémontais n'était pas plus chatoyant, au contraire, et le club n'avait pas d'argent pour se renforcer dans les autres secteurs. En trois saisons, trois entraîneurs - Massimiliano Allegri, Maurizio Sarri, Andrea Pirlo - se sont succédé à la barre du navire, mais celui-ci a dérivé de plus en plus loin dans les eaux européennes: élimination en quart de finale contre l'Ajax, puis en huitièmes de finale ces deux dernières saisons, respectivement face à Lyon et le FC Porto, qui étaient pourtant sur papier à la portée de la Juve. La saison dernière, le club a même dû lutter jusqu'à la dernière journée pour se qualifier pour la Ligue des Champions. Il y est parvenu grâce à une victoire 1-4 à Bologne, un match durant lequel Ronaldo est resté nonante minutes sur le banc. À l'époque déjà, on pouvait supposer qu'un départ était dans l'air. Et ce départ a effectivement eu lieu. Cet été, la Juventus a pourtant procédé à une injection de capital de 400 millions, mais lorsque la saison a débuté, Ronaldo était à la place qu'il occupait en fin de saison dernière: sur le banc. Il est monté au jeu à la soixantième minute. Résultat à Udine: 2-2. On a tenté d'expliquer que la présence du Portugais sur le banc n'était nullement liée à un éventuel transfert, mais samedi, lorsque la Vieille Dame a accueilli les promus d'Empoli pour le premier match à domicile avec public depuis 18 mois, Ronaldo n'était déjà plus là. Le jeudi, il avait pris l'avion pour Manchester afin de signer son contrat avec City, et le vendredi, sans quitter la ville, il a signé pour... United. Merci Alex, Rio, Bruno, Darren Fletcher et les dollars du patron américain qui, en avril, avait encore été voué aux gémonies pour son projet de création d'une Super League (souvenez-vous du boycott des supporters lors du match contre Liverpool). Aujourd'hui, il est loué pour ses efforts. Twitter, Instagram et tous les autres réseaux sociaux ont rapidement chauffé. Jamais encore, un transfert n'avait déclenché de telles réactions. Y compris en bourse. Ronaldo 1.0 était un enfant qui est devenu adulte à Old Trafford. Selon la légende, United l'aurait découvert (et aurait été surpris par son talent) lors d'un match amical contre le Sporting Portugal. La réalité, c'est que Sir Alex, avec un assistant portugais à ses côtés, était très bien introduit sur le marché et projetait depuis longtemps d'acquérir Ronaldo. Le Portugais en question, Carlos Queiroz, est parti au Real Madrid l'année où Ronaldo a débarqué à United (2003), et a emmené David Beckham dans ses bagages. Chez les Red Devils, le jeune Ronaldo a pris la place de la star britannique, pas directement certes, mais quand même plus vite que prévu. Selon la légende toujours, Ronaldo n'avait pas emporté beaucoup de vêtements lorsqu'il a embarqué à Lisbonne pour signer son contrat à United. Il s'attendait à reprendre rapidement un vol retour, car il pensait être prêté au Sporting... Ce ne fut donc pas le cas: l'Angleterre a découvert un ailier rapide et habile, qui faisait joujou avec son adversaire. Un joueur spectaculaire capable de tout faire. Imprévisible pour l'équipe adverse mais aussi, à l'époque, pour ses partenaires. Il commettait souvent des erreurs de jeunesse: un dribble de trop, un gri-gri inutile. C'est la raison pour laquelle Ruud van Nistelrooy s'énervait. Avec douze buts lors de ses 79 premiers matches, il était encore loin du buteur d'exception qu'il est aujourd'hui. Mais à force de travail, il a fini par devenir un véritable attaquant. Et également grâce à la discipline qu'il s'est lui-même imposée. Ses équipiers de l'époque ont perçu le changement pendant sa troisième saison, en plein milieu de sa première période à United. Le petit garçon est devenu un homme, physiquement plus affûté, plus costaud, plus concentré sur son rendement. Un finisseur, plus avare en arabesques. Ferguson a laissé partir Van Nistelrooy et a confié les clés de son attaque à CR7. Lorsque le Real Madrid s'est manifesté en 2007, il a rapidement reçu un nouveau contrat de cinq saisons. Il a été élu Joueur de l'Année, Espoir de l'Année et a fêté le titre de champion avec United. En 2008, il a encore remporté le titre en Premier League ainsi que la Ligue des Champions. Il a été élu Footballeur Européen de l'Année et Footballeur Mondial de l'Année. Après un nouveau titre, son troisième d'affilée, et une nouvelle finale européenne, cette fois perdue contre Barcelone, United n'a plus été en mesure de le retenir. Et il a rejoint les Galácticos. Une certaine part de nostalgie est sans doute à l'origine de ce nouveau transfert. À 36 ans, CR7 a très envie de fêter un nouveau titre. Et pourquoi pas, une nouvelle victoire en Ligue des Champions. Ce n'est pas impossible... C'est en tout cas aussi le rêve de United. Mais, avant cela, il faut revenir à cette triste soirée de mai à Gdansk, lorsque Manchester United a perdu la finale de l'Europa League aux tirs au but contre Villarreal. Et à une soirée tout aussi triste en décembre, lorsque le RB Leipzig, que l'on verra bientôt à l'oeuvre au stade Jan Breydel, a battu United et empêché les Red Devils de poursuivre leur route en Ligue des Champions. À deux reprises, Ole Gunnar Solskjaer a eu le sentiment qu'il ne disposait pas d'armes suffisantes sur le banc pour renverser la situation sur le terrain. Sir Alex, qui s'était déplacé en Pologne pour suivre le match depuis les tribunes, n'a pu lui donner tort. L'Écossais dispose toujours d'un petit bureau à Old Trafford, et après les matches, il n'est pas rare qu'il invite son ancien joueur pour un debriefing. Et ce n'est pas pour déplaire à Solskjaer, qui aime s'entretenir avec son mentor. Ce sont d'ailleurs toujours les hommes du passé qui tirent les ficelles à Old Trafford et à Carrington. Darren Fletcher, également un ancien joueur, est directeur technique, alors que Michael Carrick est l'un des coaches de terrain. Très tôt, Jadon Sancho a été engagé, et un peu plus tard, ce fut au tour de Raphaël Varane. Aujourd'hui, c'est donc Cristiano Ronaldo. Trois joueurs d'âge différent (un jeune talent, un défenseur expérimenté et un vieux de la vieille) doivent rendre United plus fort. Encore plus fort, car la saison dernière, les Red Devils étaient déjà très compétitifs, même s'il leur a manqué un trophée. Ils ont terminé deuxième de la Premier League derrière City, ont perdu la finale de l'Europa League, ont été éliminés en demi-finale de la League Cup et en quart de finale de la FA Cup. Selon les normes de Ferguson, c'est une mauvaise saison, mais en interne, on a néanmoins estimé que Solskjaer avait accompli du bon boulot. Son contrat a été prolongé jusqu'en 2024, avec option pour une saison supplémentaire. La preuve de ce bon boulot? La longue période d'invincibilité en déplacement (entre autres). La victoire 0-1 de dimanche soir à Wolverhampton a permis d'ajouter une ligne supplémentaire: 28 matches d'affilée sans défaite, un de mieux qu'Arsenal en 2003-2004. Le dernier revers en déplacement remonte à janvier 2020, à Anfield contre Liverpool. Sur ces 28 matches sans défaite, United en a remporté 18, dont neuf après avoir été menés. Ce n'était donc pas, comme samedi, question de garder le zéro et de spéculer sur un contre. Solskjaer marque des points dans d'autres domaines auprès de ses patrons. C'est ainsi qu'il a demandé à ce qu'on analyse les erreurs qui ont pu être commises dans le passé lors du recrutement. United a énormément dépensé sur le marché des transferts, mais pas toujours à bon escient. Le club a loupé certaines opportunités, comme Erling Haaland, un compatriote de Solskjaer, qui avait été conseillé par l'entraîneur actuel lorsqu'il travaillait encore pour Molde. À qui impute la responsabilité de l'échec du transfert du Norvégien? Autre point important à United: la confiance accordée aux jeunes. Dans ce domaine aussi, Solskjaer a marqué des points: seize joueurs issus du centre de formation ont déjà reçu leur chance sous sa direction. Il suit les matches des U18 aux U23, et connaît les noms de tous les joueurs. José Mourinho les appelait les kids, pour leur faire comprendre qu'ils n'étaient pas encore prêts pour les plus hautes destinées, Solskjaer les connaît, les respecte et les présente au groupe lorsqu'ils rejoignent le noyau. Ronaldo fera désormais partie de cet environnement. En pointe, il retrouvera un autre ancien de 34 ans, Edinson Cavani. Pourtant, Solskjaer ne privilégie pas toujours l'expérience en attaque. Lorsque Wayne Rooney est parti à Derby County à 34 ans, il avait laissé entendre lors d'une visite à Carrington qu'il se verrait bien encore jouer pour United. Solskjaer avait répondu: "Ton temps est révolu. Nous avons besoin d'un coup de fraîcheur." Marcus Rashford et surtout Mason Greenwood étaient ses principaux atouts. Mais peut-être devaient-ils encore mûrir. La saison dernière, Cavani a inscrit neuf buts en 23 matches de championnat et 17 toutes compétitions confondues. Il a donné l'impression de vouloir partir, mais Solskjaer l'a convaincu de rester une saison supplémentaire. Cela lui permettait de rechercher un nouvel attaquant sans devoir actionner la procédure d'urgence. Harry Kane et Haaland ont fait partie des candidats, mais étaient trop chers. Ronaldo offre une garantie supplémentaire en termes de buts inscrits. Solskjaer est donc prévenu: cette fois, on ne se contentera plus de places d'honneur, il faudra des trophées. Mais il a les armes pour partir à la guerre.