23 septembre 2015. Le Standard souffre le martyre à Coxyde, en 16e de finale de la Coupe de Belgique. Slavo Muslin n'a pas résisté à un début de saison catastrophique et a été remplacé par Yannick Ferrera mais rien n'a vraiment changé.

Il reste un quart d'heure à jouer et le marquoir indique 2-2. Ferrera fait monter Rochinha, un jeune Portugais venu de Benfica. Soudain, le jeu s'accélère et quelques minutes plus tard, Christian Brüls qualifie le Standard qui, quelques mois plus tard, remportera la Coupe.

Rochinha, lui, retourne en équipe espoirs. ll ne fera plus que deux courtes apparitions en play-offs 2, contre Mouscron et à Courtrai. Face aux Hurlus, surtout, il rendra le sourire aux supporters désenchantés. Mais la saison suivante, c'est à nouveau en équipe B qu'il entamera le championnat avant de s'en aller quelques mois plus tard pour Boavista.

Aujourd'hui, il est une des stars du Vitoria Guimarães, avec qui il reviendra à Sclessin ce jeudi à l'occasion du premier match des poules de l'Europa League. Pas fâché mais bien décidé à démontrer qu'on a eu tort de ne pas lui faire confiance.

Loin de sa zone de confort à Bolton

" Je ne suis pas du tout étonné qu'il ait percé mais pas non plus surpris que cela arrive seulement maintenant, à 24 ans ", dit Patrick Van Kets, qui entraînait les U21 du Standard à l'époque. " Il avait énormément de talent mais il n'était pas toujours constant. Je ne sentais pas chez lui cette envie de tout renverser sur son passage chaque semaine. En U21, ce n'était pas vraiment un problème. Mais pour s'imposer en équipe première... "

L'aspect physique jouait un rôle important aussi. Rochinha était très léger lorsqu'il est arrivé. " Nous avons transféré un joueur de 19 ans mais on dirait qu'il en a 12 ", avait dit le coach de Bolton, où il avait été prêté pendant six mois avant d'arriver à Sclessin.

Mais pourquoi Diogo Filipe Costa Rocha avait-il quitté Benfica avec qui il avait disputé la finale de la Youth League face à Barcelone en 2013, inscrivant 6 buts et délivrant 5 assists au long de la compétition ?

" Je voulais sortir de ma zone de confort ", dit-il. " À Benfica, tout allait de soi. J'avais besoin d'être confronté à d'autres défis. À Bolton, loin de ma famille, les débuts n'ont pas été faciles mais je me suis accroché, j'ai même fini par apprécier un jeu fait davantage de contacts. J'ai appris à utiliser mon corps dans les duels et j'aurais pu rester. Seulement, les deux clubs ne sont pas parvenus à un accord. "

Prié de s'entraîner seul au Standard

Le Standard, lui, l'avait transféré définitivement. Tout s'était joué entre son agent de l'époque ( Jorge Mendes, l'agent de Cristiano Ronaldo, ndlr) et le club de Sclessin et il n'a été averti qu'au moment de prendre la décision.

" Par contre, on ne m'avait pas dit dès le départ qu'on m'avait transféré pour les Espoirs. J'étais là depuis deux semaines que le club changeait déjà d'entraîneur. Je ne sais pas si c'était lui qui avait voulu que je vienne ou pas. Soit, j'acceptais ma situation, je travaillais et j'en ai été récompensé en fin de saison. "

Rochinha était très apprécié de ses équipiers, qu'il invitait parfois à manger. Souvent, des joueurs de l'équipe première lui disaient qu'ils ne comprenaient pas pourquoi il ne jouait pas avec eux.

Il espérait que sa situation allait changer au début de la saison suivante mais ce fut pire encore. Patrick Van Kets était parti à Bruges et avait été remplacé par le duo Alexandre Chteline - Luigi Pieroni. Avec eux, le courant ne passait pas du tout et Rochinha, ainsi que quatre autres joueurs, étaient priés d'aller s'entraîner seuls.

" Là, j'ai compris que plus jamais je n'aurais ma chance ", dit-il. " Je me suis donc mis à la recherche d'autre chose. "

À toutes les sauces à Boavista

Autre chose, ce fut Boavista, qui remontait en D1 grâce à une astuce administrative et manquait cruellement de joueurs de talent. Le temps de retrouver du rythme, Rochinha allait devenir une valeur sûre du club au maillot à damiers, inscrivant 4 buts et délivrant 4 assists en deux ans (57 matches).

Mis à toutes les sauces (ailier droit, ailier gauche, n°10, faux 9, voire parfois médian défensif), il gagne en maturité et montre qu'il n'est pas seulement un joueur créatif mais qu'il peut aussi se battre pour récupérer des ballons, comme en témoignent douze cartes jaunes.

Dans le journal O Jogo, Martelinho, un des plus grands joueurs de l'histoire du club, le désigne d'ailleurs comme meilleur joueur de Boavista. En janvier de cette année, ses prestations lui valaient un transfert au Vitoria Guimarães, un des cinq grands clubs du championnat portugais. Il se chuchote même qu'il aurait pu aller au FC Porto, où il avait évolué en équipes d'âge. " Mais je n'ai pas eu de contact direct avec les Dragons ", dit-il.

N'empêche que voici peu, avant le match opposant Porto à Guimarães, Sérgio Conceição faisait son éloge. " Il y a deux joueurs dont nous devons nous méfier : Davidson et Rochinha ", disait l'ancien capitaine du Standard. " Ce sont des éléments auxquels nous sommes très attentifs. "

Valeur sûre à Guimaraes

Davidson, c'est l'ailier gauche. Il est plus puissant que Rochinha, qui joue à droite et mise plus sur son explosivité ou sa frappe.

Alors qu'il était encore parfois sur le banc la saison dernière, l'ancien joueur du Standard est devenu une valeur sûre de Guimarães. Il est régulièrement élu " Homme du Match " et figure dans l'équipe-type de la Ligue portugaise du début de saison. Sur l'aile droite, bien qu'il continue à penser que sa meilleure place est celle de meneur de jeu.

" C'est là que j'ai été formé mais il est vrai que j'ai pris de bons réflexes comme ailier ", dit-il. " Notre entraîneur a la capacité de tirer le meilleur de chaque joueur. Il l'avait déjà fait la saison dernière à Moreirense ( le club voisin de Guimarães, ndlr), avec qui il avait terminé à la sixième place du championnat. "

Dans le Minho, Rochinha a trouvé une famille. " Des supporters toujours présents et extrêmement chaleureux. Ils m'ont beaucoup soutenu lorsque j'ai perdu ma maman au printemps dernier ", dit-il. Mais le Vitória, c'est aussi une équipe très solide derrière puisque, en six matches de tour préliminaire d'Europa League, elle n'a pas encore encaissé le moindre but. Et elle en a inscrit 14, dont 9 face aux Estoniens de Ventspils, contre qui Rochinha a particulièrement brillé (2 buts et 4 assists).

" Je ne veux pas trop me focaliser sur mes statistiques individuelles ", dit-il. " Mon but, c'est de devenir plus constant. C'est vrai que ça n'a pas toujours été le cas jusqu'ici. "

Face à un Standard où tout a changé depuis son départ, il voudra démontrer qu'il a retenu la leçon. Sans rancune. " Je n'en veux à personne, je ne suis pas parti fâché ni vexé. J'aurais juste aimé qu'on me donne un peu plus ma chance. "

Par Patrice Sintzen

23 septembre 2015. Le Standard souffre le martyre à Coxyde, en 16e de finale de la Coupe de Belgique. Slavo Muslin n'a pas résisté à un début de saison catastrophique et a été remplacé par Yannick Ferrera mais rien n'a vraiment changé. Il reste un quart d'heure à jouer et le marquoir indique 2-2. Ferrera fait monter Rochinha, un jeune Portugais venu de Benfica. Soudain, le jeu s'accélère et quelques minutes plus tard, Christian Brüls qualifie le Standard qui, quelques mois plus tard, remportera la Coupe. Rochinha, lui, retourne en équipe espoirs. ll ne fera plus que deux courtes apparitions en play-offs 2, contre Mouscron et à Courtrai. Face aux Hurlus, surtout, il rendra le sourire aux supporters désenchantés. Mais la saison suivante, c'est à nouveau en équipe B qu'il entamera le championnat avant de s'en aller quelques mois plus tard pour Boavista. Aujourd'hui, il est une des stars du Vitoria Guimarães, avec qui il reviendra à Sclessin ce jeudi à l'occasion du premier match des poules de l'Europa League. Pas fâché mais bien décidé à démontrer qu'on a eu tort de ne pas lui faire confiance. " Je ne suis pas du tout étonné qu'il ait percé mais pas non plus surpris que cela arrive seulement maintenant, à 24 ans ", dit Patrick Van Kets, qui entraînait les U21 du Standard à l'époque. " Il avait énormément de talent mais il n'était pas toujours constant. Je ne sentais pas chez lui cette envie de tout renverser sur son passage chaque semaine. En U21, ce n'était pas vraiment un problème. Mais pour s'imposer en équipe première... " L'aspect physique jouait un rôle important aussi. Rochinha était très léger lorsqu'il est arrivé. " Nous avons transféré un joueur de 19 ans mais on dirait qu'il en a 12 ", avait dit le coach de Bolton, où il avait été prêté pendant six mois avant d'arriver à Sclessin. Mais pourquoi Diogo Filipe Costa Rocha avait-il quitté Benfica avec qui il avait disputé la finale de la Youth League face à Barcelone en 2013, inscrivant 6 buts et délivrant 5 assists au long de la compétition ? " Je voulais sortir de ma zone de confort ", dit-il. " À Benfica, tout allait de soi. J'avais besoin d'être confronté à d'autres défis. À Bolton, loin de ma famille, les débuts n'ont pas été faciles mais je me suis accroché, j'ai même fini par apprécier un jeu fait davantage de contacts. J'ai appris à utiliser mon corps dans les duels et j'aurais pu rester. Seulement, les deux clubs ne sont pas parvenus à un accord. " Le Standard, lui, l'avait transféré définitivement. Tout s'était joué entre son agent de l'époque ( Jorge Mendes, l'agent de Cristiano Ronaldo, ndlr) et le club de Sclessin et il n'a été averti qu'au moment de prendre la décision. " Par contre, on ne m'avait pas dit dès le départ qu'on m'avait transféré pour les Espoirs. J'étais là depuis deux semaines que le club changeait déjà d'entraîneur. Je ne sais pas si c'était lui qui avait voulu que je vienne ou pas. Soit, j'acceptais ma situation, je travaillais et j'en ai été récompensé en fin de saison. " Rochinha était très apprécié de ses équipiers, qu'il invitait parfois à manger. Souvent, des joueurs de l'équipe première lui disaient qu'ils ne comprenaient pas pourquoi il ne jouait pas avec eux. Il espérait que sa situation allait changer au début de la saison suivante mais ce fut pire encore. Patrick Van Kets était parti à Bruges et avait été remplacé par le duo Alexandre Chteline - Luigi Pieroni. Avec eux, le courant ne passait pas du tout et Rochinha, ainsi que quatre autres joueurs, étaient priés d'aller s'entraîner seuls. " Là, j'ai compris que plus jamais je n'aurais ma chance ", dit-il. " Je me suis donc mis à la recherche d'autre chose. " Autre chose, ce fut Boavista, qui remontait en D1 grâce à une astuce administrative et manquait cruellement de joueurs de talent. Le temps de retrouver du rythme, Rochinha allait devenir une valeur sûre du club au maillot à damiers, inscrivant 4 buts et délivrant 4 assists en deux ans (57 matches). Mis à toutes les sauces (ailier droit, ailier gauche, n°10, faux 9, voire parfois médian défensif), il gagne en maturité et montre qu'il n'est pas seulement un joueur créatif mais qu'il peut aussi se battre pour récupérer des ballons, comme en témoignent douze cartes jaunes. Dans le journal O Jogo, Martelinho, un des plus grands joueurs de l'histoire du club, le désigne d'ailleurs comme meilleur joueur de Boavista. En janvier de cette année, ses prestations lui valaient un transfert au Vitoria Guimarães, un des cinq grands clubs du championnat portugais. Il se chuchote même qu'il aurait pu aller au FC Porto, où il avait évolué en équipes d'âge. " Mais je n'ai pas eu de contact direct avec les Dragons ", dit-il. N'empêche que voici peu, avant le match opposant Porto à Guimarães, Sérgio Conceição faisait son éloge. " Il y a deux joueurs dont nous devons nous méfier : Davidson et Rochinha ", disait l'ancien capitaine du Standard. " Ce sont des éléments auxquels nous sommes très attentifs. " Davidson, c'est l'ailier gauche. Il est plus puissant que Rochinha, qui joue à droite et mise plus sur son explosivité ou sa frappe. Alors qu'il était encore parfois sur le banc la saison dernière, l'ancien joueur du Standard est devenu une valeur sûre de Guimarães. Il est régulièrement élu " Homme du Match " et figure dans l'équipe-type de la Ligue portugaise du début de saison. Sur l'aile droite, bien qu'il continue à penser que sa meilleure place est celle de meneur de jeu. " C'est là que j'ai été formé mais il est vrai que j'ai pris de bons réflexes comme ailier ", dit-il. " Notre entraîneur a la capacité de tirer le meilleur de chaque joueur. Il l'avait déjà fait la saison dernière à Moreirense ( le club voisin de Guimarães, ndlr), avec qui il avait terminé à la sixième place du championnat. " Dans le Minho, Rochinha a trouvé une famille. " Des supporters toujours présents et extrêmement chaleureux. Ils m'ont beaucoup soutenu lorsque j'ai perdu ma maman au printemps dernier ", dit-il. Mais le Vitória, c'est aussi une équipe très solide derrière puisque, en six matches de tour préliminaire d'Europa League, elle n'a pas encore encaissé le moindre but. Et elle en a inscrit 14, dont 9 face aux Estoniens de Ventspils, contre qui Rochinha a particulièrement brillé (2 buts et 4 assists). " Je ne veux pas trop me focaliser sur mes statistiques individuelles ", dit-il. " Mon but, c'est de devenir plus constant. C'est vrai que ça n'a pas toujours été le cas jusqu'ici. " Face à un Standard où tout a changé depuis son départ, il voudra démontrer qu'il a retenu la leçon. Sans rancune. " Je n'en veux à personne, je ne suis pas parti fâché ni vexé. J'aurais juste aimé qu'on me donne un peu plus ma chance. "Par Patrice Sintzen