"Pendant un mois, Zidane a fait rêver la France ", a titré Libération après la finale de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Zinédine Zidane est le héros et le anti-héros de la finale. Les dernières images de Zizou comme footballeur sont celles d'une triste sortie, comparable à celle de Gianluigi Buffon à Bernabeu cette saison.
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"Pendant un mois, Zidane a fait rêver la France ", a titré Libération après la finale de la Coupe du Monde 2006 en Allemagne. Zinédine Zidane est le héros et le anti-héros de la finale. Les dernières images de Zizou comme footballeur sont celles d'une triste sortie, comparable à celle de Gianluigi Buffon à Bernabeu cette saison. C'est précisément Buffon qui, lors de la finale de 2006, court vers la ligne de touche afin de signaler aux officiels le geste de Zidane. Pendant ce temps, Marco Materazzi est couché sur le terrain, les bras autour de la poitrine comme un enfant qui ne veut pas lâcher son ours en peluche. C'est écrit dans les astres : cette Coupe du Monde sera particulière pour Zidane. Durant l'été 2004, le capitaine des Bleus, qu'il a menés au titre mondial en 1998 en inscrivant deux buts en finale contre le Brésil, a pris congé de l'équipe nationale. Mais il revient sur sa décision le 1er avril 2005. Beaucoup pensent à une plaisanterie, mais ce n'est pas le cas : Zidane effectue bel et bien son retour, et permet encore à la France, qui est au bord de l'élimination, de participer à la Coupe du Monde 2006. Mais, en cours de saison, le milieu de terrain de 34 ans sent que ses jambes ne suivent plus. Il est temps d'arrêter : il décide donc que cette saison sera sa dernière et qu'il mettra un terme à sa carrière, tant dans son club du Real Madrid qu'en équipe de France. Mais il se fixe un dernier objectif : briller à la Coupe du Monde avec les Bleus. La phase de poules ne laisse rien présager de bon : Zidane ne se montre guère inspiré. Ou peut-être a-t-il trop à coeur de bien faire : il écope d'un carton jaune dans les deux premiers matches, et est suspendu pour le troisième. La France se qualifie laborieusement pour le deuxième tour, en terminant derrière la Suisse. Quelques anciens décident de prendre les rênes de l'équipe, au nez et à la barbe du sélectionneur Raymond Domenech. Parmi eux : Fabien Barthez, Claude Makélélé, Lilian Thuram et Zinédine Zidane. La France n'est qu'un outsider en huitièmes de finale. " Les gens pensaient que l'Espagne ne ferait qu'une bouchée de nous ", déclarera Thierry Henry un peu plus tard. Mais les Français tiennent bon. Et à la 83e minute, alors que le score est de 1-1, Zidane botte un coup-franc en direction de Patrick Vieira qui donne l'avantage aux siens et dans le temps additionnel, il conclut lui-même une contre-attaque pour faire 3-1. Zizou a subitement retrouvé toute sa splendeur. En quart de finale contre le Brésil, il est éblouissant et offre cette fois un but à Henry (1-0), puis en demi-finale contre le Portugal, il inscrit lui-même le seul but du match sur penalty (1-0). En finale, l'adversaire sera l'Italie. À Berlin, le match n'a commencé que depuis cinq minutes lorsque Florent Malouda s'infiltre dans le rectangle et tombe entre Fabio Cannavaro et Marco Materazzi. Penalty, décide l'arbitre argentin. Qui aurait l'audace de tenter une panenka en finale de Coupe du Monde ? Zidane, bien sûr. Le ballon heurte le côté inférieur de la barre, rebondit sur le sol, de nouveau contre la barre et atterrit finalement dans les bras de Buffon. Mais, comme le montrent les images vidéo, le ballon a bel et bien franchi la ligne. Les Dieux du football ont, semble-t-il, préparé une apothéose glorieuse pour Zizou. Mais, après 20 minutes, l'égalité est rétablie au marquoir. Le géant tatoué Materazzi est bien décidé à se faire une place dans l'histoire du football aux côtés de Zidane. Sur un corner, il s'élève dans les airs et trompe Barthez. Dans le temps additionnel, le n°10 français faillit malgré tout s'ériger en vainqueur. Depuis le point de penalty, il reprend violemment le ballon de la tête et l'envoie en direction du but, mais Buffon s'interpose dans un réflexe étourdissant. La prolongation ne peut être évitée. Subitement, une clameur s'élève des tribunes. Quelque chose s'est passé. Materazzi est au sol, à mi-chemin entre la ligne de fond et la ligne médiane. Beaucoup de spectateurs n'ont rien remarqué, car le jeu s'est déjà déplacé de l'autre côté du terrain. Buffon, en revanche, a tout vu et indique le coupable : Zidane. Le replay révèle que Zidane court à côté de Materazzi en direction du rond central. L'Italien lui crie manifestement quelque chose. Le capitaine des Bleus se retourne, baisse la tête comme un cerf qui va au combat, et fonce dans la poitrine de Materazzi. L'arbitre Horacio Elizondo consulte ses assistants et se dirige vers Zidane, le carton rouge en main. Au début, des rumeurs ont évoqué une remarque sur les croyances ou l'origine ethnique de Zidane. Plus tard, on a appris que Materazzi aurait dit qu'il se taperait bien la soeur de Zidane. Un trashtalking qui a souvent court sur les terrains de football. En d'autres circonstances, Zizou aurait sans doute contrôlé ses nerfs, mais le stress de la finale et les émotions liées à son dernier match ont pris le dessus. " J'ai essayé de ne pas écouter, mais il l'a répété à plusieurs reprises ", a expliqué Zidane plus tard. " Les paroles font parfois plus mal que les coups. J'aurais préféré être sévèrement taclé que devoir écouter ces paroles. " Histoire de rendre sa retraite plus amère encore, les Italiens finissent par remporter la Coupe du Monde aux tirs au but. Fin 2010, les deux protagonistes se seraient rencontrés en secret pour tenter une réconciliation. Et en 2012, une statue a été érigée au Centre Pompidou à Paris, qui illustre le coup de boule. " Alors qu'habituellement, on célèbre les victoires, cette statue est une ode à la défaite ", a-t-on expliqué. Mais, le 9 juillet 2006, le mal a été fait. L'image qui restera de cette Coupe du Monde est celle de Zidane, peut-être le meilleur joueur de sa génération, qui rejoint prématurément les vestiaires en passant à côté du trophée. À la fois si proche et si loin. Peter Mangelschots