De son appartement, situé dans un des beaux quartiers de Montevideo, Nacho Gonzalez aperçoit le Rio de la Plata, la rivière qui forme une frontière naturelle entre l'Argentine et l'Uruguay. Dans une ville dont les habitants doivent muer leur maison en bunker, il vaut mieux vivre à quelques dizaines de mètres de hauteur.
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De son appartement, situé dans un des beaux quartiers de Montevideo, Nacho Gonzalez aperçoit le Rio de la Plata, la rivière qui forme une frontière naturelle entre l'Argentine et l'Uruguay. Dans une ville dont les habitants doivent muer leur maison en bunker, il vaut mieux vivre à quelques dizaines de mètres de hauteur. "Les cambrioleurs débordent d'imagination, ici. Rien ne les arrête. Ni les alarmes, ni les chiens, ni même les barbelés électrifiés. Ils entrent partout", rit-il. "En journée, la ville a l'air très belle mais la nuit, mieux vaut éviter le centre historique. On manque de tout, en Uruguay. En comparaison, la Belgique est un pays organisé, bien que vous pensiez le contraire. Mais en soi, la vie ici est chouette." En 2011, Gonzalez se retrouve à Liège par hasard. Valence, son employeur, veut acheter Eliaquim Mangala et via-via, les Espagnols entrent en contact avec Jorge Vidal, un manager belge d'origine espagnole. " Je n'avais encore jamais entendu parler du Standard ", se souvient Gonzalez. " J'ai été effrayé en découvrant les alentours du stade mais j'ai été agréablement surpris par les installations d'entraînement. Liège est une ville fantastique, avec ses nombreuses nationalités et ses restaurants. Les premiers mois, ma famille et moi avons occupé un appartement en plein centre, à côté d'un centre commercial, puis nous avons emménagé dans une commune verte, non loin de Liège. " Une succession de blessures a empêché l'Uruguayen de s'imposer en Europe. Il s'est distingué une fois en Grèce, sous le maillot de Levadiakos, et ses prestations lui ont valu une sélection pour le Mondial 2010 mais à son arrivée au Standard, ses meilleures années étaient derrière lui. Il n'a pas collecté plus de 19 caps avec la Celeste. Le Roumain Mircea Rednic lui a barré la route durant sa deuxième saison à Sclessin. " Ne me parlez pas de Rednic ! Ce mec était complètement fou. Quand il a succédé à Ron Jans, j'étais le meilleur buteur de l'équipe ( 6 buts en treize matches, ndlr) mais il n'a pas eu une once de respect pour moi. Il m'a expédié dans la tribune et ne m'a jamais expliqué pourquoi je devais m'entraîner avec l'équipe B. On ne peut pas prendre quelqu'un comme lui au sérieux mais le staff l'a suivi comme des esclaves leur maître. En hiver, je suis parti en Espagne, à Hercules. " Après cinq ans et demi en Europe, marqués par de nombreuses locations, le médian uruguayen est retourné au pays, en 2013. Il s'est produit trois saisons pour le Nacional et s'est lié aux Montevideo Wanderers en 2016. Le club est un nain du football uruguayen. Il dispute ses matches à domicile devant une poignée de supporters, sauf quand il affronte le Nacional ou Peñarol, les deux grands clubs du pays. " Treize des seize clubs de division un sont établis à Montevideo. Si on ajoute les clubs de division deux et trois, on arrive à quarante équipes. Soit deux fois trop, même pour une ville comme Montevideo. Pour rehausser le niveau de la Primera Division, il faudrait diminuer le nombre d'équipes mais les supporters des petits clubs ne veulent pas, par peur de disparaître. Donc, nous faisons du sur-place. " Gonzalez, âgé de 36 ans, est loin d'être usé. Il a disputé 29 matches, durant lesquels ils a inscrit cinq buts et délivré autant d'assists, en Torneo Apertura, en Torneo Intermedio et en Torneo Clausura, les trois principales compétitions. En 2019, il entame en principe sa dernière saison. " Certains jours, au lever, j'ai eu envie d'arrêter le football mais je réalise que je n'ai pas assez profité de tous ces moments sur le terrain quand j'avais une vingtaine d'années. Ce que je compte faire au terme de ma carrière ? Mon diplôme me permet d'entraîner en division un et j'étudie pour pouvoir devenir directeur sportif, en plus. Je possède donc plusieurs options. " La Belgique n'en est pas une, même s'il aimerait manger une fois encore des boulets à la liégeoise. " Depuis mon retour en Uruguay, nous n'avons plus mis un pied en Europe. Ma femme et moi avons toutefois convenu de retourner un jour dans les endroits que nous avons aimés en Europe. La Belgique en fait partie. D'ailleurs, votre pays me doit encore de l'argent : celui de l'assurance-groupe et de mon épargne-pension. Mais je dois encore patienter car je ne pourrai le percevoir que quand j'aurai arrêté le football. "