"J'ai été professionnel pendant une dizaine de saisons... c'est quelque part irréel." Mohamed Dahmane est l'une des plus belles tchatches de l'histoire de notre football. Avec lui, ça a toujours été noir ou blanc. "Quand j'ai signé pro à Mons, des gens de mon entourage, des amis, des coaches m'ont dit que je tiendrais maximum un an dans ce milieu d'hypocrites, où on parle tellement d'argent. Ils étaient unanimes : -C'est un monde qui n'est pas fait pour toi et tes valeurs. Et puis, il ne faut pas se mentir, un Maghrébin qui arrivait de France, ça n'allait pas plaire à tout le monde. On a vite tiré sur moi. Au final, j'ai porté une étiquette de bad boy mais j'ai tenu le coup. C'est un petit miracle."

Bad boy, pourquoi ? "Il n'y a pas de fumée sans feu mais je suis un gars très facile à vivre dans la vie de tous les jours. Par contre, dans un univers hostile comme celui du foot, je savais montrer les crocs." Momo avoue qu'il a connu "beaucoup de bonheur à Mons, un peu aussi à Bruges."

Ses crocs, il les a montrés à Genk quand il a cassé son gros contrat ("Quatre ans qui me garantissaient quelques millions d'euros alors que je sortais de la pauvreté") suite à un clash avec Hugo Broos et "des coéquipiers hypocrites qui n'ont même pas eu le cran de s'opposer à une sanction injuste qu'on infligeait au capitaine. Il y avait quelques prostituées dans le vestiaire."

"On n'a pas besoin des politiques"

Mohamed Dahmane joue toujours, à l'UR La Louvière. Son président a reçu une offre d'un club pro à l'étranger, Momo a décliné : "J'ai privilégié ma petite vie du moment..." Il a momentanément mis entre parenthèses son job "bénévole" de consultant télé pour Proximus. C'est qu'il a plein d'autres choses à faire ! Il y a d'abord l'école qu'il a créée chez lui, à Hautmont, dans le nord de la France, pas bien loin de Maubeuge. Là où les corons sont bien plus nombreux que les buildings hi-tech.

"Ce n'est pas une académie classique, ce n'est pas simplement une école de foot, c'est une école de vie. Je veux notamment démontrer aux gamins, à travers mon expérience, qu'on peut s'en sortir quand on démarre avec pas grand-chose. On a des gosses de 5 à 11 ans qui viennent taper dans le ballon, on a une équipe Senior, je donne moi-même des entraînements de temps en temps, il y a parfois des pros toujours en activité qui viennent donner des séances. J'appelle ça ma petite école."

-, IMAGEGLOBE / VIRGINIE LEFOUR - BELGAIMAGE
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Et si les journées de Mohamed Dahmane sont souvent trop courtes, c'est parce que son engagement social est permanent. Il y a six mois, il a créé une association sportivo-culturelle, baptisée Unicité. Son asso, comme il dit. Son but, pour faire bref : venir en aide aux gens dans le besoin. "J'ai voulu créer le petit monde que j'ai en tête depuis tout petit. Un monde indifférent aux classes sociales et aux cultures. En comptant l'équipe directrice et les adhérents, ça fait 500 personnes qui se bougent. Et on n'a pas besoin des politiques. De toute façon, quand tu vas frapper à la porte de la mairie pour recevoir une aide, les gars restent bien au chaud, ils se cachent derrière leur bureau. On ne reçoit aucune subvention de l'État, que dalle."

Créneau piscine, Restos du Coeur et Ferrari Tour

En peu de temps, Unicité a déjà quelques belles réussites sur son CV. Quand Mohamed Dahmane a réclamé un créneau pour femmes à la piscine de Louvroil, près de chez lui, ça a fait le buzz et les réactions n'ont pas été que positives. L'asso demandait que des plages horaires soient réservées aux femmes et il y a vite eu amalgame. "Le projet partait d'un Mohamed, d'un Maghrébin, tu vois où je veux en venir... Des gens ont pensé que je voulais réserver la piscine, à certains moments, à des femmes voilées ou en burkini. Alors que ça n'avait rien à voir. On pensait simplement aux femmes souffrant d'un handicap, à celles qui font un complexe physique après une ablation d'un sein par exemple, aux filles qui ont un problème de pudeur. Martine Aubry a voulu le faire pour une piscine de Lille, ça a capoté. Nous, on a réussi à faire adopter le projet."

On sent la fierté dans le discours. Et Unicité a déjà atteint d'autres buts, encore bien plus vitaux. "On trouve des fonds et des vivres pour donner à manger aux gens qui en ont besoin. Unicité, c'est aussi les Restos du Coeur en miniature." Et il y a des réalisations plus ponctuelles. Par exemple quand une famille ("Un homme de 81 ans, sa femme en avait 71") s'est retrouvée à la rue après avoir été escroquée de 60.000 euros, Mohamed Dahmane a organisé un Ferrari Tour ! Il a proposé sa voiture en location et la recette a été consacrée au vieux couple.

"Il fallait agir dans l'urgence, j'ai alors eu cette idée. Ils étaient interdits bancaires, ils avaient une dette de 6.000 euros à leur banque. En dix jours, on a récolté 20.000 euros." Unicité a aussi relogé des réfugiés. Dahmane aide avec son carnet d'adresses. "En Belgique, on me connaît comme footballeur. Dans le nord de la France, on me connaît pour mon humanité." Et puis il y a cette famille qui a tout perdu après l'incendie de sa maison. En quelques jours, l'asso a trouvé un logement, des meubles, des vêtements. "On profite à fond de la puissance des réseaux sociaux. On cherche à créer un monde parallèle à la société."

Mohamed Dahmane

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- © IMAGEGLOBE / VIRGINIE LEFOUR - BELGAIMAGE

Date et lieu de naissance : 9 avril 1982, Maubeuge

Formation : AS Hautmont, RC Lens

Carrière

2003-2004 : FC Poitiers (FRA)

2004-2005 : SC Feignies (FRA), US Maubeuge (FRA)

2005-2006 : Francs Borains, Mons

2006-2007 : Mons

2007-2008 : Mons, Genk

2008-2009: Mons, Club Bruges

2009-2010: Club Bruges

2010-2011: Bucaspor (TUR), Eupen

2011-2012 : CS Constantine (ALG)

2012-2013 : Bucaspor (TUR)

2013-2014: CS Constantine (ALG), CR Belouizdad (ALG)

2014-2016 : Pâturages

Depuis 2016 : UR La Louvière

"J'ai été professionnel pendant une dizaine de saisons... c'est quelque part irréel." Mohamed Dahmane est l'une des plus belles tchatches de l'histoire de notre football. Avec lui, ça a toujours été noir ou blanc. "Quand j'ai signé pro à Mons, des gens de mon entourage, des amis, des coaches m'ont dit que je tiendrais maximum un an dans ce milieu d'hypocrites, où on parle tellement d'argent. Ils étaient unanimes : -C'est un monde qui n'est pas fait pour toi et tes valeurs. Et puis, il ne faut pas se mentir, un Maghrébin qui arrivait de France, ça n'allait pas plaire à tout le monde. On a vite tiré sur moi. Au final, j'ai porté une étiquette de bad boy mais j'ai tenu le coup. C'est un petit miracle."Bad boy, pourquoi ? "Il n'y a pas de fumée sans feu mais je suis un gars très facile à vivre dans la vie de tous les jours. Par contre, dans un univers hostile comme celui du foot, je savais montrer les crocs." Momo avoue qu'il a connu "beaucoup de bonheur à Mons, un peu aussi à Bruges." Ses crocs, il les a montrés à Genk quand il a cassé son gros contrat ("Quatre ans qui me garantissaient quelques millions d'euros alors que je sortais de la pauvreté") suite à un clash avec Hugo Broos et "des coéquipiers hypocrites qui n'ont même pas eu le cran de s'opposer à une sanction injuste qu'on infligeait au capitaine. Il y avait quelques prostituées dans le vestiaire.""On n'a pas besoin des politiques"Mohamed Dahmane joue toujours, à l'UR La Louvière. Son président a reçu une offre d'un club pro à l'étranger, Momo a décliné : "J'ai privilégié ma petite vie du moment..." Il a momentanément mis entre parenthèses son job "bénévole" de consultant télé pour Proximus. C'est qu'il a plein d'autres choses à faire ! Il y a d'abord l'école qu'il a créée chez lui, à Hautmont, dans le nord de la France, pas bien loin de Maubeuge. Là où les corons sont bien plus nombreux que les buildings hi-tech."Ce n'est pas une académie classique, ce n'est pas simplement une école de foot, c'est une école de vie. Je veux notamment démontrer aux gamins, à travers mon expérience, qu'on peut s'en sortir quand on démarre avec pas grand-chose. On a des gosses de 5 à 11 ans qui viennent taper dans le ballon, on a une équipe Senior, je donne moi-même des entraînements de temps en temps, il y a parfois des pros toujours en activité qui viennent donner des séances. J'appelle ça ma petite école."Et si les journées de Mohamed Dahmane sont souvent trop courtes, c'est parce que son engagement social est permanent. Il y a six mois, il a créé une association sportivo-culturelle, baptisée Unicité. Son asso, comme il dit. Son but, pour faire bref : venir en aide aux gens dans le besoin. "J'ai voulu créer le petit monde que j'ai en tête depuis tout petit. Un monde indifférent aux classes sociales et aux cultures. En comptant l'équipe directrice et les adhérents, ça fait 500 personnes qui se bougent. Et on n'a pas besoin des politiques. De toute façon, quand tu vas frapper à la porte de la mairie pour recevoir une aide, les gars restent bien au chaud, ils se cachent derrière leur bureau. On ne reçoit aucune subvention de l'État, que dalle."Créneau piscine, Restos du Coeur et Ferrari TourEn peu de temps, Unicité a déjà quelques belles réussites sur son CV. Quand Mohamed Dahmane a réclamé un créneau pour femmes à la piscine de Louvroil, près de chez lui, ça a fait le buzz et les réactions n'ont pas été que positives. L'asso demandait que des plages horaires soient réservées aux femmes et il y a vite eu amalgame. "Le projet partait d'un Mohamed, d'un Maghrébin, tu vois où je veux en venir... Des gens ont pensé que je voulais réserver la piscine, à certains moments, à des femmes voilées ou en burkini. Alors que ça n'avait rien à voir. On pensait simplement aux femmes souffrant d'un handicap, à celles qui font un complexe physique après une ablation d'un sein par exemple, aux filles qui ont un problème de pudeur. Martine Aubry a voulu le faire pour une piscine de Lille, ça a capoté. Nous, on a réussi à faire adopter le projet."On sent la fierté dans le discours. Et Unicité a déjà atteint d'autres buts, encore bien plus vitaux. "On trouve des fonds et des vivres pour donner à manger aux gens qui en ont besoin. Unicité, c'est aussi les Restos du Coeur en miniature." Et il y a des réalisations plus ponctuelles. Par exemple quand une famille ("Un homme de 81 ans, sa femme en avait 71") s'est retrouvée à la rue après avoir été escroquée de 60.000 euros, Mohamed Dahmane a organisé un Ferrari Tour ! Il a proposé sa voiture en location et la recette a été consacrée au vieux couple."Il fallait agir dans l'urgence, j'ai alors eu cette idée. Ils étaient interdits bancaires, ils avaient une dette de 6.000 euros à leur banque. En dix jours, on a récolté 20.000 euros." Unicité a aussi relogé des réfugiés. Dahmane aide avec son carnet d'adresses. "En Belgique, on me connaît comme footballeur. Dans le nord de la France, on me connaît pour mon humanité." Et puis il y a cette famille qui a tout perdu après l'incendie de sa maison. En quelques jours, l'asso a trouvé un logement, des meubles, des vêtements. "On profite à fond de la puissance des réseaux sociaux. On cherche à créer un monde parallèle à la société."