Cette frappe surpuissante face à Filip De Wilde en 2001. Ce récital au Parc Astrid deux ans plus tard ou encore ce doublé lors de la correction infligée au Sporting Charleroi (6-0) quelques mois après son arrivée à Sclessin.
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Cette frappe surpuissante face à Filip De Wilde en 2001. Ce récital au Parc Astrid deux ans plus tard ou encore ce doublé lors de la correction infligée au Sporting Charleroi (6-0) quelques mois après son arrivée à Sclessin. Ces chefs-d'oeuvre auraient pu ne jamais exister. En toute logique, Almani Moreira n'aurait en effet jamais dû être footballeur professionnel. " Ma mère était policière en Guinée-Bissau " lance le natif de Bissau, la capitale de cet état d'Afrique occidentale. " Quand j'étais petit, j'étais sûr de vouloir faire comme elle. J'aimais bien ce travail à moitié dans les bureaux, à moitié dans la rue. Et puis j'ai toujours été un fan de cinéma d'action français et américain pour les intrigues. " Attablé à la terrasse du Café In des docks de Lisbonne, Almani Moreira profite de la chaleur ambiante. " J'avais 7-8 ans quand ma famille a quitté la Guinée-Bissau pour le Portugal et je n'y suis retourné qu'à 32 ans. C'est un pays très chaleureux avec une vraie joie de vivre : on a de très belles villes, de magnifiques plages, etc... Mais, maintenant, il faut avancer. Il y a de gros problèmes de structures et d'organisation. " Almani l'expérimente quand il accepte sa première sélection avec les Lycaons, en 2010. Le milieu de terrain se rend alors compte que rien n'est géré, de l'hôtel aux billets d'avion en passant par les maillots... qui manquent tout simplement à l'appel lors d'un voyage à l'étranger pour un match international. Moreira ne regrette pour autant pas d'avoir revêtu la vareuse de son pays d'origine, même s'il a toujours gardé l'espoir de représenter le Portugal. " J'ai joué en équipe nationale lusitanienne jusqu'en U21. Après, j'ai souvent entendu dire qu'on allait m'appeler, mais je n'ai jamais rien reçu. Si l'Union Belge m'avait contacté, j'aurais probablement réfléchi à la proposition de jouer pour les Diables Rouges. " Des quatre saisons passées par Almani Moreira en D1 belge, les statistiques retiennent 128 matchs, 21 buts et 11 passes décisives. Mais les supporters liégeois conservent l'image d'un joueur de classe, tout en technique. " Avec les Sérgio Conceição, Jorge Costa, Ivica Dragutinovic, Eric Van Meir, Didier Ernst, Eric Deflandre... on formait une équipe de vrais expérimentés et je pense qu'on a permis l'émergence de gars comme Axel Witsel, Marouane Fellaini, etc. Il y a une petite partie de nous dans les deux titres de 2008 et 2009 ", conclut Almani, dont la maîtrise du français est toujours aussi infaillible. La page " Standard " tournée, le Portugais s'apprête à rejoindre l'Atletico Madrid à l'été 2006. " Le président attendait juste que Maniche et Costinha, qui venaient de Porto, signent aussi pour nous présenter en même temps à la presse. " En parallèle, le président invite Moreira à Monaco pour prendre du bon temps. Il y reste dix jours avec son agent, un certain... Jorge Mendes. Un soir, alors qu'ils sont au restaurant, Almani se rend aux toilettes où il est rapidement rejoint par le président du Dynamo Moscou, qui lance la conversation alors que les deux hommes sont en train de se soulager. Choqué par le salaire incroyable qu'on lui propose, Moreira sort des toilettes et fonce vers son agent. Le lendemain, un avion privé russe vient le chercher à Nice pour aller signer son contrat à Moscou. " Je n'ai pas peur de dire que je suis allé au Dynamo uniquement pour l'argent ", commente l'intéressé. " Malheureusement ça ne s'est pas passé comme je l'espérais. Je n'étais pas content parce que je ne jouais pas beaucoup et qu'il y avait beaucoup d'histoires en dehors du foot. Je ne suis resté qu'un an. " Après un passage prolifique au Partizan Belgrade, Almani fait notamment une pige en Chine, à Dalian Aerbin et en Espagne, à Salamanque avant d'accepter un poste de directeur à l'Atlético Clube de Portugal, une formation de Division 2. " On me proposait de travailler avec pas mal d'autonomie dans le but d'atteindre la D1. C'était tout nouveau pour moi, il y avait tellement de gens à gérer ! J'arrivais premier le matin et je repartais en dernier. Je voulais faire quelque chose de bien en me basant sur mon expérience de vie, de club. " Moreira instaure ainsi le système de prime pour tous. En cas de victoire, il n'y a pas que les joueurs qui reçoivent leur dû, mais également les intendants, les femmes de ménage, etc... Diriger des membres chevronnés d'un club à seulement 35 ans n'est toutefois pas évident, surtout qu'en parallèle, Moreira découvre rapidement les problèmes additionnels inhérents à son nouveau job. " J'avais beau payer les joueurs tous les mois, il y en avait toujours l'un ou l'autre qui débarquait dans mon bureau avec des demandes supplémentaires. Je commençais à fatiguer, je perdais du poids... Après un an, j'ai quitté le club en laissant des finances saines. " En attendant, Almani Moreira joue désormais les intermédiaires auprès d'un agent et sert de guide à son fils Diego, 14 ans, qui évolue au Standard de Liège. Bon sang ne saurait mentir.