18 octobre 2020, un dimanche après-midi. Cristian Benavente monte au jeu, à la fin du match entre Zulte Waregem et l'Antwerp. L'année 2020 a été jusque-là pénible pour le Péruvien: Nantes l'a mis sur une voie de garage, le coronavirus a fait son apparition, il n'a pas pu jouer au Pyramids FC, puis fin septembre, il a été transféré à l'Antwerp. Son temps de jeu en 2020 jusqu'à cet après-midi à Waregem? Douze minutes! Quand Ivan Leko le fait monter à la place de Lior Refaelov, il reste un quart d'heure. Suffisant pour doubler son temps de jeu d'un coup. En décrochage derrière Dieumerci Mbokani, il montre d'emblée de belles choses. Zulte est mené 1-2 et doit attaquer, mais les visiteurs sont redoutables en contre. L'Antwerp inscrit un troisième but dans les arrêts de jeu. Signé Benavente. "À ce moment, j'ai ressenti une profonde joie. C'était la récompense du travail effectué en 2020, seul, durant une année très inhabituelle pour tout le monde", rembobine le Péruvien.
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18 octobre 2020, un dimanche après-midi. Cristian Benavente monte au jeu, à la fin du match entre Zulte Waregem et l'Antwerp. L'année 2020 a été jusque-là pénible pour le Péruvien: Nantes l'a mis sur une voie de garage, le coronavirus a fait son apparition, il n'a pas pu jouer au Pyramids FC, puis fin septembre, il a été transféré à l'Antwerp. Son temps de jeu en 2020 jusqu'à cet après-midi à Waregem? Douze minutes! Quand Ivan Leko le fait monter à la place de Lior Refaelov, il reste un quart d'heure. Suffisant pour doubler son temps de jeu d'un coup. En décrochage derrière Dieumerci Mbokani, il montre d'emblée de belles choses. Zulte est mené 1-2 et doit attaquer, mais les visiteurs sont redoutables en contre. L'Antwerp inscrit un troisième but dans les arrêts de jeu. Signé Benavente. "À ce moment, j'ai ressenti une profonde joie. C'était la récompense du travail effectué en 2020, seul, durant une année très inhabituelle pour tout le monde", rembobine le Péruvien. Flash-back. 16 janvier 2016. À la 63e, le public du Mambourg découvre son nouvel attaquant, Cristian Benavente, transféré du MK Dons. Il a joué auparavant pour la Castilla, l'équipe B du Real Madrid. Le score est vierge et le rapide Péruvien remplace Amara Baby. Il ne marque pas et Saint-Trond retourne au Stayen avec un point. Benavente ne casse pas la baraque, au contraire. Felice Mazzù s'est énervé à plusieurs reprises. Benavente revient sur ses débuts, quatre ans plus tard: "L'entraîneur a rapidement réalisé que j'étais rapide et que j'étais bon ballon au pied. Il m'a placé à l'extérieur. Je peux y évoluer, mais je suis meilleur dans un rôle central. Ce début a été difficile, à cause de ce poste, de la philosophie de Charleroi, de l'adaptation à un autre pays et à un nouveau football. Au début, Felice m'a beaucoup critiqué parce que je dribblais souvent et que je perdais le ballon. Nous avons beaucoup parlé ensuite de la façon de m'apprendre un autre football. Les jeunes du Real Madrid ont tout le temps le ballon. Je suis devenu beaucoup plus complet grâce à Felice. Il m'a énormément aidé. Une fois le rythme nécessaire acquis, Charleroi est devenu une des périodes les plus heureuses de ma carrière. Même si je suis désormais à l'Antwerp, le Sporting restera à tout jamais un club auquel je pense avec chaleur." Nivelles, où il habitait, était bien différent de Londres, où il s'était fréquemment rendu pendant ses six mois au MK Dons. Six mois sans succès, d'ailleurs. La carrière d'un footballeur connaît parfois d'étranges rebondissements. Que va faire un réserviste de la Castilla en Championship? "Je voulais découvrir le monde. J'avais des opportunités en Espagne, mais je voulais autre chose", explique Benavente. "L'entraîneur de ce club anglais prônait un football au sol. Tout me paraissait bien organisé et j'étais accompagné par un coéquipier de la Castilla. Mais la différence entre la théorie et la pratique s'est avérée très conséquente. Nous ne jouions absolument pas au football! Les résultats n'ont pas suivi et nous sommes revenus au football typiquement anglais, très direct. La proximité de Londres était le seul avantage. Nous y allions souvent." L'Antwerp l'a titularisé quatre jours après ses débuts à Waregem. En déplacement, une fois de plus. Mbokani étant suspendu, Benavente a joué au poste de faux 9 à Ludogorets, en Bulgarie. L'avant a fait de son mieux pendant un heure, mais il était encore loin de son meilleur niveau. Il a touché 22 ballons et a réussi un tir cadré. Vanné, il a assisté à la victoire de l'Antwerp, qui était mené 1-0. "Mon rôle a souvent été le même dans toutes mes équipes: second avant, dans le dos de l'avant-centre", analyse le joueur. "Je peux aussi jouer en faux 9, comme en Bulgarie, mais à condition d'être flanqué de près par un coéquipier, qui me soutient. Ainsi, je peux plonger en profondeur dès que j'ai le ballon. À Charleroi, j'ai joué avec Victor Osimhen et une fois avec Kaveh Rezaei. Le premier était plus costaud et jouait plus haut, il disputait plus de duels, le second décrochait aussi. Mais ça n'avait pas d'importance: j'ai marqué avec les deux." Son troisième match pour l'Antwerp est encore une joute européenne, contre Tottenham. Encore une fois, il figure dans le camp des vainqueurs. Cette fois, Mbokani étant disponible, il entre au jeu. Et à la surprise générale, l'Antwerp bat Tottenham. Sur le banc des visiteurs, on retrouve un certain José Mourinho, l'ex-coach de Benavente. Mourinho l'a-t-il reconnu? "Aucune idée", répond le principal intéressé. "Je n'ai pas pu aller le saluer. Nous sommes restés sur le terrain pour fêter ce succès inattendu et il était déjà parti. J'aurai peut-être l'occasion de le voir au match-retour. Au Real, je me suis entraîné quelques fois sous ses ordres." En équipe B, il a travaillé avec Zinédine Zidane pendant un an. "Un entraîneur très calme. Il ne dit que l'essentiel. Il parle très peu au groupe tout entier. Deux ou trois choses, tout au plus. Il va plus loin dans les entretiens individuels. Il s'appuie sur son expérience de joueur. Il a vécu tout ce qu'il raconte. C'était sa première année au poste d'entraîneur, mais nous éprouvions tous un profond respect pour lui. Sa parole était sacrée!" Que lui a dit Zidane? "De rester calme sur le terrain, de m'inspirer de lui quand il était footballeur. De jouer simplement, toujours vers l'avant, de chercher un coéquipier dans les moments difficiles et d'essayer de ne pas trop perdre le ballon. Des choses simples qui sont beaucoup plus difficiles à réaliser qu'à dire." Les supporters de l'Antwerp n'ont pas encore vu la meilleure version de Benavente, à cause du Covid-19 et des péripéties survenues en 2020. La saison passée, son club égyptien, le Pyramids FC, l'a loué à Nantes. Il n'y a jamais été titulaire, mais jusqu'en décembre, il s'y sentait bien. Il entrait régulièrement au jeu, il avait sa part dans le succès de l'équipe, qui avait longtemps gravité dans le subtop. Subitement, tout a changé: moins de temps de jeu, moins de résultats, le club a dégringolé au classement puis la pandémie est arrivée. "2020 a été complexe, pour moi comme pour tout le monde", dit-il. "On a arrêté le championnat à la mi-mars. J'ai dû m'entraîner jusqu'en juin, puisqu'on ne savait pas si la compétition reprendrait, mais sans le club. Chacun a reçu un programme individuel. J'ai essayé de rester en forme avec un préparateur physique personnel. J'ai assez d'amis à Madrid pour jouer au football, mais je ne voulais pas risquer de blessure. Quand on a décidé d'arrêter définitivement le championnat français, j'ai dû retourner en Égypte, mais la saison n'était pas achevée non plus. Elle a été interrompue avant de reprendre par la suite. Le règlement m'interdisant de jouer, j'ai finalement continué à m'entraîner à Madrid. J'ai ensuite appris que l'Égypte n'allait entamer la préparation de la nouvelle saison qu'en octobre. J'ai été placé devant un choix: rester dans ce club ou chercher une nouvelle équipe en Europe. La Belgique m'a paru constituer la meilleure solution: je connaissais le championnat et les gens. C'est ainsi que je me suis retrouvé à l'Antwerp. Sans préparation. Je progresse de jour en jour, mais je sais que je peux faire encore beaucoup mieux." Sa décision de quitter Charleroi pour le Pyramids FC en janvier 2019, alors qu'il était un des meilleurs footballeurs de Belgique, a surpris tout le monde. Il en est conscient. "Je reconnais que la décision n'a pas été facile à prendre", justifie le Péruvien. "Elle était économique, mais il y avait plus. Ce club venait de disputer la finale de l'équivalent africain de l'Europa League. Le Pyramids FC est une bonne équipe dans cette partie du monde. L'argent n'a pas été le seul facteur." Pourquoi n'avoir pas rejoint un championnat européen plus relevé? "En janvier, je n'avais pas d'options jusqu'à cette offre subite d'Égypte. Je pouvais attendre et achever la saison à Charleroi, mais en football, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Tout peut changer très vite. Le football n'a pas de mémoire. On peut bien jouer de juillet à décembre et être oublié si on ne preste pas de janvier à mai. Charleroi ne m'a pas mis sous pression, c'était ma décision." Il s'est retrouvé dans un autre univers. "Très différent tout en étant reconnaissable. Le club était très bien organisé. L'élite absolue. J'ai été bien accueilli, je suis d'ailleurs toujours en contact avec mes coéquipiers comme avec la direction. Le Pyramids est vraiment un bon club. Il développait un jeu très physique. Les gars couraient pendant nonante minutes. Je pense que c'est le meilleur championnat d'Afrique. Notre entraîneur était Argentin, beaucoup de gens parlaient anglais ou espagnol, j'avais deux coéquipiers brésiliens, un équatorien et tout le staff médical était brésilien. Je ne me suis jamais senti seul ni isolé. Nous vivions au Nouveau Caire, dans un complexe de luxe, tous ensemble, non loin de deux centres commerciaux où je pouvais faire mes emplettes, manger un bout... La ville est grande et très animée. Il faut du temps pour arriver aux pyramides. Le terrorisme? Nous vivions dans un milieu sécurisé. La menace est réelle, mais les mesures de sécurité sont très conséquentes." Il ne dira pas un mot de travers sur l'équipe qui le loue pour la deuxième fois, à l'Antwerp, après Nantes. Les Égyptiens sont toujours disposés à négocier. Son expérience nantaise ne l'incite-t-elle pas à douter de son aptitude à jouer à un niveau supérieur? A-t-il été confronté à la réalité? Benavente détourne la conversation. "Pour le moment, je ne pense qu'à l'Antwerp et à mes concurrents. Je ne songe certainement pas à franchir un nouveau palier. Je dois avant tout retrouver mon rythme." Ces deux années ont quand même dû l'inciter à la réflexion... Benavente rit. "Pourquoi douterais-je de moi? Je peux retrouver le niveau atteint dans le passée." Le football a donc une mémoire! Ses statistiques. Il rit et se tait. Nanah Ampomah et Birger Verstraete sont revenus d'Allemagne la queue entre les jambes. Un retour est-il une punition, une déception ou plutôt une source de joie, le plaisir de retrouver un milieu connu? "Le but marqué à Waregem était typique de l'ancien Benavente: pivoter, tirer et marquer. Je reviens dans une situation que je connais. C'est comme quand on est marié et qu'on vit avec une fille, mais qu'on retourne une semaine chez ses parents. On se sent bien d'emblée. Tout est familier, on retrouve le sentiment de son enfance. C'est ainsi que je considère la Belgique. La langue, le football, les adversaires, les gens... Quand on se sent bien quelque part, on retrouve vite son football aussi." Même s'il ne réussit pas toutes ses entrées au jeu, nous savons tous, supporters et journalistes, qu'il peut faire mieux. C'est notre mémoire qui nous le dit. "Je n'avais pas encore appréhendé les choses sous cet angle mais vous avez raison", sourit l'attaquant. "Je vous promets de faire de mon mieux pour présenter les mêmes stats qu'avant. L'environnement s'y prête bien."