Après de courtes vacances en Sardaigne, Robert Lewandowski a rechaussé ses crampons il y a quelques semaines. Le Bayern a entamé la saison par une victoire 8-0 contre Schalke 04 et le Polonais n'a marqué qu'un seul but, sur penalty, mais il a aussi délivré un superbe assist à Thomas Müller, qui a ainsi planté le sixième pion bavarois. C'est déjà la passe dé' de l'année : toutes les chaînes TV l'ont rediffusée. Lewandowski continue sur sa lancée. Ces deux semaines de vacances ont suffi à recharger ses batteries.
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Après de courtes vacances en Sardaigne, Robert Lewandowski a rechaussé ses crampons il y a quelques semaines. Le Bayern a entamé la saison par une victoire 8-0 contre Schalke 04 et le Polonais n'a marqué qu'un seul but, sur penalty, mais il a aussi délivré un superbe assist à Thomas Müller, qui a ainsi planté le sixième pion bavarois. C'est déjà la passe dé' de l'année : toutes les chaînes TV l'ont rediffusée. Lewandowski continue sur sa lancée. Ces deux semaines de vacances ont suffi à recharger ses batteries. Élu sans contestation meilleur joueur du championnat allemand, Lewa s'implique énormément dans le jeu. Le Polonais de 32 ans n'est pas seulement buteur, il est aussi passeur. Il est obsédé par la volonté de repousser sans cesse ses limites. Il n'est pas de ces attaquants qui attendent dans le rectangle. Non, il veut combiner et soigner la construction du jeu. Surtout, il est déterminé à progresser, encore et toujours. Il n'a jamais été aussi motivé à l'entraînement. Herbert Hainer, le président du Bayern, estime que Lewandowski est un des joueurs les plus importants de l'histoire du club. Avec des revenus de quelque vingt millions d'euros annuels, le buteur fait partie des dix footballeurs les mieux rémunérés de la planète. C'est une réussite inouïe quand on sait que l'avant n'a été découvert qu'à 19 ans, au Lech Poznan, en D2, et qu'il a entamé sa montée en puissance au Borussia Dortmund, notamment sous les ordres de Jürgen Klopp. Récemment, celui-ci a affirmé qu'avoir travaillé avec un footballeur aussi exceptionnel avait été un honneur. Lewandowski est un avant complet, qui possède une énorme palette de qualités. Il est redoutable dans le rectangle, il allie rythme et technique, il est intelligent et est motivé par une soif intangible d'aller plus haut. La saison passée, il a planté 55 buts et offert douze assists en championnat, en Coupe et en Ligue des Champions. Aucun autre footballeur n'a été plus décisif. Son élection au titre de Joueur UEFA de l'Année n'est que logique. C'est un trophée prestigieux, dans la mesure où il est décerné par 80 entraîneurs et 55 journalistes des nations affiliées à l'UEFA. Toutefois, Lewandowski n'y attache pas une grande importance. " Je pense simplement avoir montré ce dont j'étais capable. " Il n'en est pas moins fier d'avoir remporté un référendum dans lequel se distinguent si souvent Cristiano Ronaldo et Lionel Messi. ROBERT LEWANDOWSKI : Je pense n'avoir jamais été aussi bon. J'ai énormément travaillé mon jeu et mon style. Bien exécuter mes tâches est plus important que marquer un but ou deux. Vous dégagez des coups de coin de votre propre rectangle, revenez dans l'entrejeu, quand vous ne vous dirigez pas vers les flancs, ou que vous ne vous impliquez pas dans les combinaisons. Avez-vous sciemment modifié et peaufiné votre style de jeu ? LEWANDOWSKI : J'ai toujours essayé de m'améliorer dans toutes les facettes du football. Quels aspects, par exemple ? LEWANDOWSKI : Je suis beaucoup moins productif quand j'attends le ballon dans le rectangle. Parce que je suis moins bien démarqué et qu'on me passe moins le cuir. Or, j'ai besoin de le toucher souvent, de participer au jeu. En bougeant, je crée des espaces au profit de mes coéquipiers. Par exemple en attirant deux adversaires sur moi. Ça fait partie de mon rôle sur le terrain. Je veux toujours participer activement au jeu. C'est partiellement dû à mon passé : j'ai évolué au numéro dix, je veux donc avoir le ballon. Comment faites-vous pour rester à un tel niveau à 32 ans ? LEWANDOWSKI : Je ne sens pas mon âge. Je me sens même mieux qu'à 26 ans. Ce n'est pas uniquement physique, c'est aussi lié à ma technique. Je mets tout en oeuvre pour conserver cette forme quelques années encore. Par exemple, je soigne extrêmement bien mon corps. Il doit pouvoir fonctionner de manière optimale malgré une charge de travail énorme. C'est pour ça que depuis deux ans, je m'astreins à de nombreuses séances individuelles. Même quand je fais un footing, je suis concentré. Ce sont les détails qui font la différence. Certains de vos buts relèvent du grand art. LEWANDOWSKI : Il est toujours possible de perfectionner chaque élément, aussi anecdotique soit-il. Disons qu'il faut tendre vers la perfection. Il faut constamment chercher ses limites. Pour cela, il faut détenir une bonne condition physique. Surtout cette saison, avec un enchaînement inédit de matches. Il est plus facile de jouer un seul match par semaine. Mais on n'est un joueur de classe mondiale que quand on signe de brillantes performances même en étant fatigué. Vous bottez les penalties d'une certaine façon. LEWANDOWSKI : Oui, mais je n'en dirai pas plus. Je conserve mes secrets. Les penalties sont toujours une loterie. Mon objectif est simple : avoir encore plus de chances de marquer. J'ai essayé beaucoup de choses à l'entraînement. Il faut trouver le bon feeling. On ne change pas sa manière de tirer en une semaine. Il faut trouver le bon mouvement et l'entraîner jusqu'à ce qu'il devienne un automatisme. Vous semblez toujours en forme. Vous n'êtes jamais fatigué ? LEWANDOWSKI : Si. Quand je joue un match tous les trois jours et que j'ai à peine le temps de reprendre mon souffle, je suis en surcharge, comme les autres. Je dois lutter contre moi-même pour atteindre mes limites. Mais que je sois fatigué ou pas, je monte sur le terrain avec le même état d'esprit. Je veux être performant parce que je sais que je suis important pour l'équipe. Marquer est un instinct ? LEWANDOWSKI : Oui, mais il faut y associer d'autres paramètres. Ce n'est pas aussi simple que ça. Surtout quand on est fatigué. 90% des buts marqués sont une question de concentration et de réflexion, alors qu'on est fatigué et qu'on réfléchit automatiquement plus lentement. Dans le rectangle, on ne dispose que de 0,1, voire 0,2 seconde pour réfléchir, prendre une décision et entrer en interaction avec le ballon. Il faut y travailler à l'entraînement, pour que les mouvements et les tirs deviennent automatiques. Peu importe qu'on réceptionne le ballon du pied gauche ou du droit, il faut être prêt. Trop réfléchir à une action est contre-productif. Vous analysez les défenseurs adverses ? LEWANDOWSKI : Nous avons un staff qui analyse tout ce que fait l'adversaire et nous explique à quoi nous attendre. Je connais beaucoup de défenseurs et j'essaie de me préparer en fonction d'eux. Je sais que ce sera toujours difficile, que je devrai être concentré à 100%, prêt à m'engager dans un duel et à le gagner. Peu m'importe où le défenseur joue, il ne pense qu'à une chose : me déstabiliser. La saison passée, vous avez inscrit 34 buts en Bundesliga, votre meilleur total. Ciro Immobile, lui, a marqué 36 buts en Italie et est donc l'attaquant le plus prolifique d'Europe, mais il a disputé six matches de plus. Il a toutefois remporté le Soulier d'Or du meilleur buteur européen. Ça vous gêne ? LEWANDOWSKI : Ce référendum serait évidemment plus correct si tout le monde jouait le même nombre de matches. Ce Soulier d'Or peut être un objectif pour cette saison. LEWANDOWSKI : Ce sera difficile, à cause de la surcharge du calendrier. On ne peut pas jouer l'intégralité de tous les matches. Il faut parfois lever le pied en pensant au match suivant. C'est l'équipe qui compte. Par exemple, la saison écoulée, on m'a dit qu'avec mes quinze buts en Coupe d'Europe, j'aurais pu battre le record de 17 buts établi par Cristiano Ronaldo en Ligue des Champions si les quarts et les demi-finales s'étaient déroulés en aller-retour. Mais ça ne m'intéresse pas. On parle parfois du record de Gerd Müller en Bundesliga, quarante buts inscrits durant la saison 1971-1972. Mais pour y parvenir, il faut se concentrer sur la seule Bundesliga durant toute une saison. Comme je vous l'ai dit, je ne pense pas au nombre de buts que je marque, c'est l'équipe qui compte. Vous venez quand même d'être élu Joueur de l'Année par l'UEFA. LEWANDOWSKI : J'en suis naturellement très heureux. Ça signifie que je suis tout en haut de la hiérarchie. Je compte y rester. Un trophée pareil est très important pour la confiance. Il démontre que mes efforts n'ont pas été vains. Petit, je rêvais de me produire pour les plus grands clubs du monde, mais je savais déjà qu'on ne progresse qu'en travaillant plus. Je le fais toujours. Chaque jour. C'est pour ça que je ne pense pas avoir déjà atteint le top de mes aptitudes. On jauge les attaquants au nombre de buts marqués. Les records ne vous intéressent pas ? LEWANDOWSKI : Ils sont importants pour la confiance, naturellement, et j'aide l'équipe en marquant. Mais en inscrire un ou deux de plus ne fait pas toujours la différence. De nombreux observateurs vous considèrent comme le meilleur attaquant du monde. LEWANDOWSKI : J'ai toujours travaillé pour être le meilleur. Je suis évidemment très fier d'avoir remporté le triplé avec le Bayern, et d'avoir marqué en Ligue des Champions, comme en Coupe d'Allemagne et en championnat. Nous sommes au top et devons y rester. Ça va nous coûter encore plus d'énergie, nous allons devoir nous donner encore plus sur le terrain. Nous y sommes préparés. Nous savons que tous nos adversaires rêvent de nous battre. Il s'agit de rester ambitieux et forts mentalement. C'est souvent plus important que le football en lui-même. Comme en équipe nationale, vous êtes de plus en plus un leader du Bayern. C'était particulièrement manifeste à Lisbonne, pendant la phase finale de la Ligue des Champions. LEWANDOWSKI : J'essaie d'aider chacun avec mon expérience, dans le vestiaire et sur le terrain. J'essaie d'avoir toujours une influence positive sur la concentration générale. Si je remarque qu'elle n'est pas optimale, je le fais immédiatement remarquer. Vous sentez-vous unanimement respecté ? LEWANDOWSKI : Oui et j'en suis très heureux. Comment avez-vous acquis ce respect ? LEWANDOWSKI : Les négociations menées il y a deux ans m'ont littéralement boosté. J'ai donné mon avis sur tout ce que je trouvais important. J'ai parlé de ce que j'attendais. La direction a parlé avec la même ouverture. C'était là une base parfaite. Je me sens très bien ici. Je suis soutenu par tout le club, tout le monde reconnaît mes mérites. Vous êtes sous contrat jusqu'en 2023. Que voulez-vous encore réussir dans votre carrière ? LEWANDOWSKI : Il peut se produire encore beaucoup de choses. Mon contrat actuel n'est certainement pas le dernier. Je veux jouer encore longtemps et je veux atteindre encore plus de choses. Mes collègues à Munich sont sur la même longueur d'ondes. Si vous dites vous sentir mieux qu'à 26 ans, ça veut dire que vous pouvez encore jouer dix ans. LEWANDOWSKI : Dix ans ? Peut-être huit. Est-il possible que vous acheviez votre carrière à Munich ? LEWANDOWSKI : C'est une option, mais je ne pense pas encore à la fin de ma carrière. De même que je ne réfléchis pas encore au mode de vie que j'adopterai à l'issue de cette carrière. Je me sens chez moi à Munich, comme à Varsovie, où vit ma famille, mais penser à tout ça est vraiment prématuré. Pensez-vous déjà à la fin de l'année, quand on élira le meilleur footballeur du monde ? LEWANDOWSKI : Non ? Pourquoi ? Qui cela pourrait-il être d'autre que vous ? LEWANDOWSKI : L'année n'est pas encore achevée. Nous devons continuer à prester et j'espère que tout le monde le verra et que nous en serons récompensés. Que tout le monde voie aussi ce que vous avez réalisé. LEWANDOWSKI : Avec l'équipe. Vous avez été actif dans la lutte contre le Covid-19 et vous avez également envoyé beaucoup de messages contre le racisme. Cela fait-il partie de votre rôle de footballeur ? LEWANDOWSKI : Oui, c'est très important. J'aime inspirer les autres. Mais je préfère ne pas m'exprimer officiellement sur ces choses. J'agis en coulisses. Il n'y a pas que le football dans la vie. Il y a aussi votre marque de café. Est-il important d'avoir une activité indépendante du football ? LEWANDOWSKI : Je suis assez occupé en-dehors du football. Le café est l'idée d'un ami. Nous avons adapté son goût, travaillé ensemble au produit, après beaucoup de discussions sur les détails à ajouter ou à apporter. Tout ça est très positif pour mon après-carrière. Je suis totalement concentré sur le football, mais il n'est pas interdit de s'occuper d'autre chose entre les matches et les entraînements.