Il faut aimer la politique pour comprendre et accepter un bref retour en arrière. Renfiler sa doudoune et ses moufles, respirer l'atmosphère de ces fêtes de fin d'années sans grandes roues ni vin chaud. Se remémorer le phrasé d' Alexander De Croo à l'approche de ce Noël qu'on nous avait promis "différent". Certains en sont sortis groggys, sans cadeau ni bons voeux. D'autres ont carrément préféré fuir. Parfois jusqu'à l'autre bout de l'Europe.
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Il faut aimer la politique pour comprendre et accepter un bref retour en arrière. Renfiler sa doudoune et ses moufles, respirer l'atmosphère de ces fêtes de fin d'années sans grandes roues ni vin chaud. Se remémorer le phrasé d' Alexander De Croo à l'approche de ce Noël qu'on nous avait promis "différent". Certains en sont sortis groggys, sans cadeau ni bons voeux. D'autres ont carrément préféré fuir. Parfois jusqu'à l'autre bout de l'Europe. Bienvenue à Mazyr, Biélorussie. À une centaine de kilomètres au nord-ouest de Tchernobyl. Atmosphère de fin du monde ou ville morte, c'est selon, et cela ne doit pas grand-chose à la crise sanitaire actuelle qui paralyse le globe. "Non, vraiment, ça ne doit rien à tout ça", n'ironise même pas Leo Njengo, Belgo-Camerounais exilé aux confins de l'Europe orientale. "Ici, il n'y a rien à faire, mais ce n'est pas la faute du Covid. C'est même comme s'il n'existait pas. Les restos sont ouverts, on fait du shopping sans masque et même dans les hôpitaux, ce n'est pas forcément surprenant de voir des gens se balader à découvert." Bienvenue dans un pays où l'on vous demande aussi de retirer votre masque en arrivant sur le tarmac de l'aéroport. Pour Leo Njengo, cela remonte au lundi 11 janvier dernier au soir. De ces fins de journées polaires où le mercure se fige autour des -30°. De son entrée sur le territoire biélorusse, Leo retient autant l'accueil glacial que les deux mois qui suivront sans jamais être confronté à un test PCR. De quoi sans doute accentuer cette sensation de liberté que dit ressentir notre homme depuis qu'il a rejoint la Vysshaya Liga local, la première division biélorusse. C'est le paradoxe d'un joueur qui aura été contraint de fuir à près de 2.000 kilomètres de chez lui pour continuer à croire en sa bonne étoile. Formé à Genk, passé successivement par la deuxième division portugaise, Westerlo, Dessel, OHL, le KSK Heist, Visé puis finalement Cappellen, en D2 Amateurs, Leo Njengo était devenu ces dernières années un de ces talents perdus pour le haut niveau. Un "joueur de fulgurances", pour José Riga, qui côtoiera le joueur du temps de son passage à Visé, mais un artiste trop inconstant pour revendiquer un rôle en vue chez les Oies, malgré un premier test positif et un match amical abouti contre le Sporting de Charleroi à l'été 2019 ayant débouché sur le dernier contrat rémunéré de Leo Njengo en Belgique. La suite, c'est une saison blanche en Province de Liège et un passage devenu inéluctable par la case chômage. Suffisant pour se mettre à penser reconversion, à même pas 27 ans. Pour se mettre à douter, aussi. Devenu propriétaire d'un appartement du côté d'Anvers, puis papa en novembre 2020, Leo ne peut plus se satisfaire d'un statut d'intermittent. "Ce qui fait qu'après Visé, je me suis mis à chercher un vrai travail parce qu'il fallait que je rembourse mon crédit. J'aurais pu faire facteur, travailler la nuit et m'occuper de mon fils la journée, mais mentalement, je n'étais pas prêt à faire le switch." L'avantage d'avoir bourlingué, c'est qu'on ramène toujours des souvenirs. Ceux précieusement conservés de ses années en péninsule ibérique mènent à un certain Joachim Adukor. Un ancien coéquipier ghanéen prévenant, aujourd'hui actif au FK Sarajevo, qui se mettra en quête de retrouver un club à son ancien professeur de portugais. "Je l'avais aidé à trouver ses marques à son arrivée à Trofense, au Portugal. Lui a été surpris que je me retrouve à jouer en D2 Amateurs, à Cappellen, et il a voulu me filer un coup de main. Au départ, il m'avait parlé de D2 suédoise et puis bon, cette offre de Biélorussie est arrivée, ce n'était pas exactement ce dont je rêvais, mais c'était une opportunité." La seule qui vaille pour un jeune père de famille dont la priorité était d'abord de pouvoir faire en sorte de payer ses charges mensuelles. "Ce qui est dur, c'est que je suis parti tout seul puisque ma femme travaille et que mon bébé est logiquement resté en Belgique avec elle. Si ça se passe bien dans les prochains mois, on se posera la question de s'établir durablement ici. Mais pour l'instant, j'ai seulement un contrat d'un an et un tout petit salaire. Entre 1200 et 1500 euros net par mois." Ses débuts en championnat effectués le vendredi 12 mars ne racontent pas encore le début d'une renaissance. Battu 1-0 pour sa découverte du championnat biélorusse avec le Slavia Mazyr, Leo Njengo ne sait pas encore de quoi son avenir sera fait. Tout juste se rend-il compte que deux mois après son arrivée, il a déjà perdu six kilos et une partie de ses muscles. La faute à une préparation menée tambour battant pour arriver à l'heure au rendez-vous. Une spécificité familiale empruntée à son frère, un certain Joël Njengo, conducteur des états-majors de la N-VA depuis 2013, connu des footeux comme ancien gardien de but formé à l'Antwerp, aussi passé par les sélections des jeunes Lions indomptables du Cameroun. "On n'a pas la même vie, mon frère et moi", calme d'entrée Leo. "Moi, jamais je ne pourrais être chauffeur et rouler toute la journée avec le stress inhérent à la fonction. À La Poste, au moins, tu sais quand tu termines. Mais quand tu travailles pour la N-VA, tu n'as pas d'horaires. Tu commences à 5 heures du matin, mais parfois, tu peux aussi terminer très tard." Plus que de potentiels griefs politiques ou moraux, c'est donc l'ingratitude de la fonction qui agiterait le cocon familial des Njengo au moment de faire le point sur les destinées professionnelles tous azimuts de la fratrie. "Au début, quand j'ai appris qu'il était le chauffeur de Bart De Wever, puis de Jan Jambon, j'ai été choqué d'apprendre qu'il bossait pour la N-VA", relance Leo. "Mais chacun sa vie, après tout. Et en fait, De Wever et Jambon, ils sont assez sympas. Quand je les ai rencontrés pour la première fois, il y a tout de suite eu un bon clic. En fait, au-delà de tout ce qu'on peut en penser politiquement, ce que j'apprécie, c'est que je sens qu'ils respectent le travail de mon frère." Cela tombe bien, le respect, c'est aussi visiblement ce qu'est venu chercher en Biélorussie le seul Belge présent cette année dans le championnat local. "Je ne suis en tout cas clairement pas venu ici pour m'amuser parce qu'il n'y a strictement rien à faire à Mazyr." Ce n'est heureusement pas là que les hommes de Roberto Martínez ont prévu de séjourner en septembre prochain.