"Le ballon arrive chez Trossard. Contrôle parfait, superbe frappe. Son envoi heurte la barre transversale. Incroyable ! Et frustrant pour Brighton. C'est la troisième fois qu'il touche le cadre du but de Manchester United. La barre en tremble encore, tellement l'envoi était puissant ". Il y a deux semaines, Jonathan Pearce, le commentateur vedette de l'émission Match of the Day sur la BBC, était dithyrambique à propos de Leandro Trossard, lorsque celui-ci a touché pour la troisième fois le cadre du but de David De Gea, le gardien de United. Ce jour là, rien n'a bien tournépour le Limbourgeois de 25 ans. " J'ai mal dormi cette nuit-là ", reconnaît Trossard. " Si j'ai quelque chose à me reprocher ? Sur ce tir renvoyé par la barre transversale, je n'ai pensé qu'à une chose : envoyer le ballon dans la lucarne. Ce genre de tir ne laisse aucune chance au gardien. Après coup, on pourrait dire que j'aurais dû placer calmement le ballon. Si j'avais envoyé le ballon dix centimètres plus bas, tout le monde m'aurait félicité pour ce but fantastique. La chance ne m'a pas souri. "
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"Le ballon arrive chez Trossard. Contrôle parfait, superbe frappe. Son envoi heurte la barre transversale. Incroyable ! Et frustrant pour Brighton. C'est la troisième fois qu'il touche le cadre du but de Manchester United. La barre en tremble encore, tellement l'envoi était puissant ". Il y a deux semaines, Jonathan Pearce, le commentateur vedette de l'émission Match of the Day sur la BBC, était dithyrambique à propos de Leandro Trossard, lorsque celui-ci a touché pour la troisième fois le cadre du but de David De Gea, le gardien de United. Ce jour là, rien n'a bien tournépour le Limbourgeois de 25 ans. " J'ai mal dormi cette nuit-là ", reconnaît Trossard. " Si j'ai quelque chose à me reprocher ? Sur ce tir renvoyé par la barre transversale, je n'ai pensé qu'à une chose : envoyer le ballon dans la lucarne. Ce genre de tir ne laisse aucune chance au gardien. Après coup, on pourrait dire que j'aurais dû placer calmement le ballon. Si j'avais envoyé le ballon dix centimètres plus bas, tout le monde m'aurait félicité pour ce but fantastique. La chance ne m'a pas souri. " C'est surtout le scénario du match qui reste en travers de la gorge du Diable rouge. Avec, en point d'orgue, l'intervention du VAR à la 97e minute pour une faute de main d'un coéquipier, Neal Maupay. " Nous avions égalisé à la 94e minute et il ne restait plus que trente secondes à jouer. Si le stade avait été plein, le public se serait manifesté à l'entame de la 95e minute. Sous la pression des supporters, l'arbitre aurait sans doute mis un terme à la rencontre. Mais, dans ce match à huis clos, il a encore laissé jouer pendant deux minutes supplémentaires... " La Premier League se jouera encore sans spectateur jusqu'au Nouvel An, au moins. Dans de nombreux pays, le public commence à revenir au stade. Quel est ton point de vue ? LEANDRO TROSSARD : Je comprends la décision des autorités. Aussi longtemps que le nombre de contaminations continuera à grimper en Angleterre, ce ne serait pas responsable de laisser entrer à nouveau des supporters. J'espère que le public pourra revenir le plus rapidement possible, mais pour mon jeu, ça ne change rien. Je fais ce que j'ai à faire. Avec ou sans public. Je ne suis pas le genre de joueur dont le taux d'adrénaline monte en fonction du nombre de personnes dans les gradins. L'avantage du terrain disparaît et c'est surtout un inconvénient pour les petites équipes. TROSSARD : Aujourd'hui, c'est la forme du jour qui est déterminante. En temps normal, lorsqu'on se retrouve mené et qu'il ne reste que dix minutes à jouer, le public pousse son équipe pour revenir à la marque. Mais dans les conditions actuelles, nous devons nous-mêmes trouver les ressources pour égaliser. Certains de tes collègues de Premier League ont été rappelés à l'ordre, parce qu'en pleine crise du coronavirus, ils ont quitté leur domicile pour des déplacements non-essentiels. Tu as respecté toutes les règles ou tu as été assez malin pour ne pas te faire prendre ? TROSSARD : ( il rit) La première réponse... Je ne voulais pas mettre ma famille en danger et je n'avais pas envie de louper deux semaines d'entraînement pour cause de quarantaine. Ça ne m'étonne pas que des footballeurs aient été pris en flagrant délit. Il y aura toujours des personnes qui tentent de contourner les règles. Ou qui se comportent différemment parce qu'elles portent un autre regard sur la situation. Tes statistiques sont plutôt bonnes, avec cinq buts lors de ta première saison. On peut parler d'une première réussie ? TROSSARD : Vu que je n'ai été titularisé que lors de la moitié des matches, je peux me montrer satisfait du nombre de buts que j'ai inscrits. J'espère faire mieux cette saison-ci. Si je termine cette campagne avec moins de buts ou un temps de jeu moindre, je devrai considérer ma saison comme un échec. La saison dernière, 25 joueurs ont inscrit au moins dix buts en Premier League. Ton objectif est-il d'atteindre également le double chiffre ? TROSSARD : C'est un objectif à ma portée, mais pour l'atteindre, je ne devrai plus tirer sur le poteau... ( il rit) Avec un peu de chance, j'en serais déjà à cinq buts actuellement. Mais aussi longtemps que je parviendrai à me placer plusieurs fois en position de tir pendant un match, je ne devrai pas me faire de soucis. Les dix buts finiront pas tomber. Cette saison, ou au cours des prochaines années. Tu reçois beaucoup de liberté de la part du manager Graham Potter, et ce n'est pas pour te déplaire. TROSSARD : Comme tous les joueurs, je reçois des directives concernant mon jeu de position et les lignes de courses. Après, je reçois la liberté pour m'infiltrer entre les lignes et pour participer à la construction du jeu comme milieu de terrain supplémentaire. Lorsque le match commence, il faut faire confiance à son instinct. Le manager le répète souvent : " Les lignes de courses que nous définissons peuvent vous aider dans certaines situations. Mais sur le terrain, il faut aussi faire appel à son intelligence footballistique " .La saison dernière, Brighton a un moment été mêlé à la lutte contre la relégation. Quels seront vos objectifs, cette saison ? TROSSARD : Le milieu du classement. Si nous terminons plus haut, ce sera du bonus. La saison dernière, nous avons battu notre record de points en Premier League ( 41 unités, ndlr) et je sens que nous pouvons réaliser quelque chose cette saison. Il faut du temps pour créer un véritable groupe - à Genk, nous avons mis trois ans pour construire l'équipe championne - et il faudra aussi un certain temps pour créer des automatismes. Tu fais partie de la deuxième génération de Belges qui ont rejoint la Premier League. Des joueurs comme Björn Engels (Aston Villa), Timothy Castagne, Dennis Praet, Youri Tielemans (Leicester) ou Leander Dendoncker (Wolves) n'ont pas réussi à se caser dans un club du Big Six. Cette génération-ci est-elle moins talentueuse que celle de Romelu Lukaku, Kevin De Bruyne, Eden Hazard, Toby Alderweireld et Jan Vertonghen ? TROSSARD : Ce sera compliqué de retrouver une génération aussi talentueuse que celle de Kevin, Eden, Romelu et consorts. Donnez-nous encore un ou deux ans. D'ici là, je suis convaincu qu'un joueur de notre génération parviendra à décrocher un transfert dans un grand club anglais. Car ce genre de clubs recherche avant tout des grands noms ou des joueurs qui ont l'expérience de la Premier League. Je me sens bien à Brighton et j'ai envie de grandir avec ce club, mais je sais que j'ai encore une marge de progression suffisante pour briguer une place dans un club du subtop anglais. Kevin De Bruyne a fait parler de lui récemment pour un différend avec son agent concernant les commissions. Ça confirme que souvent, les joueurs ne connaissent pas les détails de leur transfert. Tu y prêtes attention ? TROSSARD : Je ne veux pas parler du cas de Kevin De Bruyne, mais la confiance est la base de toute relation entre un joueur et son agent. Il est logique qu'un agent veuille gagner de l'argent grâce au joueur. Ce dernier doit donc clarifier ses intentions et voir si le lien entre les deux parties est solide. Tu travailles depuis huit ans avec Josy Comhair. Tu as vraiment confiance en lui ? TROSSARD : Nous n'avons jamais eu de conflit. Il s'est toujours montré honnête envers moi. Parfois, j'apprends par hasard comment on est arrivés à certaines situations, mais cela correspond toujours avec ce que Josy m'avait raconté. C'est à ce genre de détails que je constate que je peux lui vouer une confiance aveugle. Il était déjà présent tout au début de ma carrière, lorsque personne ne me connaissait. C'est facile, comme agent, de venir frapper à la porte d'un joueur qui vient d'être champion avec Genk et qui a inscrit une vingtaine de buts. Quel plan Comhair avait-il élaboré pour toi ? TROSSARD : Ma priorité, c'était de devenir footballeur professionnel. Lorsque j'ai rencontré Josy, mon horizon était bouché dans le noyau A de Genk. Je lui ai directement expliqué que je voulais obtenir du temps de jeu. Peu importe dans quel club. J'ai été prêté à Lommel et à OHL, et depuis lors, ma progression a été linéaire. Josy a toujours conclu de bons accords, dans lesquels tout le monde s'est retrouvé. Tu es marié, tu as un enfant, tu gagnes beaucoup d'argent dans un grand championnat, tu es international... Tu aurais été aussi heureux si tu avais fait carrière à Eupen ou à Saint-Trond, par exemple ? TROSSARD : ( il réfléchit) Disons qu'au départ, je rêvais d'atteindre l'équipe première de Genk. J'aurais été très heureux de jouer dix ans pour Genk. Mais mes ambitions dépassaient les frontières de la Belgique. Avant le coup d'envoi de chaque match de Premier League, les joueurs mettent un genou à terre en solidarité avec le mouvement Black Lives Matter. C'est chouette que ça continue en Angleterre, alors que dans d'autre pays, ce geste symbolique a rapidement été abandonné. TROSSARD : Après concertation, les capitaines des différents clubs ont décidé que tous les joueurs mettraient un genou à terre. Et j'ai cru comprendre que nous poursuivrons cette action jusqu'au terme de la saison. En NFL, les joueurs peuvent décider eux-mêmes s'ils s'agenouillent ou pas. N'est-ce pas mieux que d'imposer le geste aux joueurs ? TROSSARD : Je ne sais pas si à Brighton, certains joueurs préféreraient ne pas devoir mettre un genou à terre. Mais ça ne me choquerait pas si l'un de mes partenaires refusait. Si l'on n'est pas d'accord, il est normal que l'on ne participe pas. Il faut avoir le courage de ses opinions. Qu'est-ce qui te passe par la tête, pendant ces quelques secondes où tu es agenouillé ? TROSSARD : Le geste ne dure pas plus de cinq secondes, et avant qu'on ne s'en rende compte, on pense déjà au match. En fait, c'est difficile de penser tous les jours aux incidents qui se sont produits, la vie continue. Mais en tant que personnalités connues, nous pouvons exercer une certaine influence. C'est la raison pour laquelle, en juin, tu t'es déclaré partisan du mouvement Black Lives Matter ? TROSSARD : Je voulais inciter les gens à réfléchir. Mon message était clair : le racisme n'a pas sa place dans notre société. Ni sur un terrain de football, ni dans un stade, ni ailleurs. Nulle part. Le racisme, c'est dénigrant. Je trouve que c'est l'une des pires choses que l'on puisse vivre. Je savais que mes déclarations provoqueraient des réactions négatives, mais je m'en fiche. Je sais que les gens qui critiquent tout le temps sont mal dans leur peau. Même après un match fantastique, durant lequel vous avez inscrit trois buts, il y aura toujours des gens pour vous faire des remarques. Ton engagement est-il lié au fait que tu as beaucoup d'amis issus de l'immigration ? TROSSARD : En effet. Je peux compter mes amis belges d'origine sur les doigts d'une main. J'ai grandi à Lanklaar, une entité de la commune de Dilsem-Stokkem où vivent de nombreuses personnes issues de différentes cultures. J'étais souvent dehors, et en rue, je me suis lié d'amitié avec des garçons dont les racines étaient à l'étranger. L'un de mes meilleurs amis est noir. Losque j'étais jeune, j'étais souvent chez lui, à la maison, et j'ai pu découvrir sa culture. Je ne fais pas de différence entre un blanc et un noir. Je trouve étrange que des gens puissent s'opposer à une société multiculturelle. Nous devons tirer parti de nos différences. En janvier 2019, tu as posté sur Instagram une photo de toi sur un stand de tir à San Diego. Tu le referais à l'heure actuelle, avec le mouvement BLM ? TROSSARD : Je partage des photos avec les gens qui me suivent sur des sujets qui me rendent heureux. Il ne faut pas toujours voir le mal partout. J'aime regarder des films d'action, où les coups de feu s'enchaînent, et je me suis toujours demandé ce que ça me ferait si j'avais une arme en main. Et bien, c'est plutôt anxiogène. On se rend compte que ce n'est pas un jouet.