Le premier attaquant à avoir vu son tir repoussé par Gianluigi Buffon a 54 ans et dirige aujourd'hui le Liberia en sa qualité de président. Le 19 novembre 1995, à l'occasion du match opposant Parme à l'AC Milan, George Weah s'était retrouvé nez à nez avec Superman. Vingt-cinq ans plus tard, Buffon a disputé 657 matches de Serie A et 124 de Ligue des Champions. Mais à 42 ans, il tient toujours sa place entre les perches. Et cette saison, il s'est offert un come-back à Parme.
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Le premier attaquant à avoir vu son tir repoussé par Gianluigi Buffon a 54 ans et dirige aujourd'hui le Liberia en sa qualité de président. Le 19 novembre 1995, à l'occasion du match opposant Parme à l'AC Milan, George Weah s'était retrouvé nez à nez avec Superman. Vingt-cinq ans plus tard, Buffon a disputé 657 matches de Serie A et 124 de Ligue des Champions. Mais à 42 ans, il tient toujours sa place entre les perches. Et cette saison, il s'est offert un come-back à Parme. Comment vous est venue l'idée de retrouver votre ancien club? GIANLUIGI BUFFON: Après le dernier match entre la Juventus et Parme, j'ai un peu parlé avec le président de Parme, Kyle Krause, qui m'a demandé pourquoi je ne reviendrais pas ici. Ça m'a touché. Les Américains n'ont pas peur de rêver et c'était ce que je cherchais: quelqu'un qui me permette de rêver. Je découvre aussi un entraîneur ( Enzo Maresca, ndlr) qui ne pense pas seulement au résultat, mais aussi au jeu, qui sait faire passer son message et qui maîtrise plusieurs langues. Comment ont réagi vos enfants quand vous leur avez dit que vous ne joueriez plus en Ligue des Champions, mais en deuxième division? BUFFON: Ils ont été très surpris. Ils espéraient que je joue à Barcelone ou au Real, ou à tout le moins en Turquie ou en Grèce. Mais j'estimais qu'il était temps de leur donner deux leçons de vie importantes. Premièrement, il faut croire en soi. Je sais encore ce que je vaux, je n'ai pas besoin qu'on me dise que je peux encore jouer au plus haut niveau. Je vais donc montrer en D2 que je suis encore un des meilleurs. Deuxièmement, votre meilleur ami n'est pas celui qui a le plus de followers sur Instagram ou sur Facebook. Il faut voir plus loin que les apparences, juger les gens sur ce qu'ils font et ce qu'ils sont. Gianluigi Donnarumma est-il, comme vous, parti pour 25 ans de règne sans concurrence entre les perches? BUFFON: Je n'en sais rien, mais ce que je sais, c'est qu'il peut m'apprendre des choses. J'ai déjà assimilé quelques-unes de ses techniques. Cela me rendra plus fort au cours des quelques années que je passerai encore au but. Je suis en paix avec moi-même, je ne le considère pas comme un rival. J'admire les autres bons gardiens comme tous les grands sportifs. Il n'aura pas la tâche facile à Paris. BUFFON: J'ai livré une excellente saison au PSG, mais j'ai commis une erreur en Ligue des Champions. Nous n'avons cependant pas perdu 1-0 à la dernière minute mais 3-1, ce qui veut dire que je n'étais pas le seul coupable. Je suis sur le devant de la scène depuis l'âge de 17 ans, je dois sans cesse faire mes preuves. Ce fut le cas à la Juventus ainsi qu'au PSG, et il n'en ira pas autrement à Parme. Les grands joueurs n'ont jamais droit à l'erreur, tout le monde guette un moment de faiblesse. Ce sera le cas avec Donnarumma également. Il doit faire preuve de sérénité par rapport à cela, savoir qu'il est fort, mais que ce ne sera pas rose tous les jours, qu'il aura aussi des moments difficiles à Paris. À Paris, vous disiez: "Tant que je peux voir la Tour Eiffel par la fenêtre, c'est que j'ai une bonne vue et que je peux continuer à défendre les filets." Comment se porte votre vue? BUFFON: Si je continue, c'est parce que je rêve encore et que je continuerai à rêver tant que je suis au sommet. Si je me sens faiblir, j'arrêterai dans la minute. Mais je me sens bien à la maison et avec mes amis aussi. Le jour où j'arrêterai, je ne serai pas traumatisé. Je peux être heureux sans football, car je veux encore faire autre chose dans la vie. Des choses que je n'ai pas encore eu le temps de faire. Mais d'abord, il y a ce rêve. C'est peut-être utopique, mais ça me motive. Ce rêve a-t-il quelque chose à voir avec la prochaine Coupe du monde? BUFFON: À 43 ans, je n'ai plus le droit de dire à Roberto Mancini qu'il doit me reprendre, mais la prochaine Coupe du monde me permet de continuer à rêver. Le jour où je ne rêverai plus, pourquoi jouerais-je encore au football? Pour ramener Parme en Serie A, certainement. Je suis pratiquement sûr que Mancini ne m'appellera plus, car il a suffisamment de choix. Mais j'ai besoin de savoir qu'il y a une Coupe du monde dans un an et demi pour continuer à jouer. Regrettez-vous d'avoir refusé la proposition de l'Atalanta il y a un an? Tout semblait en ordre, vous aviez même discuté avec Gasperini. BUFFON: C'était un beau défi, avec un entraîneur que j'apprécie, un visionnaire qui voit des choses que d'autres ne voient pas, un club qui a beaucoup évolué ces dernières années. Mais Andrea Pirlo est arrivé. Nous avons discuté et il m'a dit: "Je pensais que je pouvais compter sur toi." À ce moment-là, je n'ai pas été assez cynique pour ne penser qu'à moi. À mon âge, il est important d'être fiable et correct. Finalement, je n'ai pas encaissé le moindre but lorsque j'ai joué et j'ai remporté la Coupe d'Italie. Pirlo n'aurait-il pas dû vous faire davantage confiance? En d'autres termes: n'espériez-vous pas jouer plus? BUFFON: Un grand club doit avoir des points d'ancrage. Un bon gardien, notamment. Wojciech Szczesny est un des trois meilleurs gardiens d'Europe. Il fallait lui faire confiance. Qu'attendez-vous de cette saison en Serie B? BUFFON: Monza, le club de Silvio Berlusconi, sera l'équipe à battre. Je pointe aussi Frosinone parmi les favoris, car je crois aux qualités d'entraîneur de Fabio Grosso, avec qui j'ai été champion du monde à Berlin en 2006. Par Luigi Garlando