Raheem contre le racisme

27/12/18 à 12:00 - Mise à jour à 21/12/18 à 15:22

Raheem Sterling se bat contre le racisme dans les stades de football et dans la presse. Ça suscite quelque émoi en Angleterre.

Raheem contre le racisme

Raheem Sterling lors du dernier match de Manchester City face à Chelsea. © BELGAIMAGE

Raheem Sterling n'a pas été choqué quand les supporters de Chelsea ont proféré des insultes racistes à son égard, dans le match Chelsea-Manchester City (2-0) du 8 décembre. L'ailier de 24 ans de Manchester City y est habitué depuis le début de sa carrière. La vie de Sterling n'a pas été pavée de roses.

Son père a été abattu alors qu'il était encore tout petit. À l'âge de cinq ans, il a quitté Kingston, en Jamaïque, où il était né, pour suivre sa mère et sa soeur en Angleterre. Là, sa mère a combiné ses études avec un emploi de femme d'ouvrage dans un hôtel. Raheem et sa soeur lui donnaient souvent un coup de main. "Nous nous disputions toujours : toi, tu t'occupes des toilettes et moi, je fais les lits!"

Sterling a souvent été confronté au racisme durant sa pénible ascension. Le sommet a été atteint à l'EURO 2016. L'équipe anglaise a été médiocre et s'est inclinée face à l'Islande en huitièmes de finale. Certains journaux anglais s'en sont pris à Sterling durant tout le tournoi, ce qui a incité ses propres supporters à le huer.

Gary Neville, qui faisait partie du staff technique, a déclaré la semaine passée à la BBC qu'il avait trouvé qu'une certaine presse faisait preuve d'un racisme latent. Après l'élimination, Sterling avait posté sur Instagram une photo signée #TheHatedOne.

Il y a un an, le footballeur a été attaqué par un homme qui lui a tenu des propos racistes, près du complexe d'entraînement de Manchester City. L'homme de 29 ans, un hooligan déjà condamné, a écopé d'une peine de prison de seize semaines. Quatre heures après l'incident, Sterling remontait sur le terrain.

Les attaques verbales des supporters de Chelsea ont manifestement fait déborder le vase. Le footballeur a posté un nouveau message sur Instagram. Sterling y compare la manière dont la presse a traité l'achat d'une maison par deux de ses jeunes coéquipiers, Tosin Adarabioyo et Phil Foden. Pour le premier, un Noir, la teneur était négative : il n'avait pas encore joué un seul match en Premier League mais pouvait déjà dépenser des millions pour une maison! Dans le cas du second, un Blanc, on écrivait que c'était un investissement pour l'avenir.

L'auteur du premier article, le journaliste Anthony Joseph, a réagi, déclarant n'avoir même pas pensé à la couleur d'Adarabioyo en rédigeant son article. Beaucoup de gens estiment pourtant que Sterling a marqué un point. Comme John Barnes, l'ancien ailier de Liverpool, auquel on jetait des peaux de bananes, dans un éditorial rédigé pour The Guardian : "La société adapte son regard sur les différents groupes en fonction de ce qu'on écrit sur eux. Si un musulman commet un meurtre, on le traite de terroriste avant même de connaître sa motivation. Mais quand un Blanc commet un meurtre, c'est un solitaire. Subtilement, la perception qu'on a de certaines parties de la population devient négative."

Par Steve Van Herpe

Nos partenaires