Avec onze buts en 42 matches à West Ham, soit un rendement supérieur à celui de Sébastien Haller, l'attaquant français arraché à Francfort à l'été 2019 pour un montant de plus de cinquante millions et déjà reparti du côté de l'Ajax, Tomas Soucek impressionne. Mieux, le Tchèque rayonne dans l'art de s'infiltrer dans le rectangle adverse. Placé comme milieu défensif dans le 4-2-3-1 mis en place par David Moyes, il est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs box-to-box de Premier League.
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Avec onze buts en 42 matches à West Ham, soit un rendement supérieur à celui de Sébastien Haller, l'attaquant français arraché à Francfort à l'été 2019 pour un montant de plus de cinquante millions et déjà reparti du côté de l'Ajax, Tomas Soucek impressionne. Mieux, le Tchèque rayonne dans l'art de s'infiltrer dans le rectangle adverse. Placé comme milieu défensif dans le 4-2-3-1 mis en place par David Moyes, il est aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs box-to-box de Premier League. Lorsqu'il pousse les portes de l'équipe première en 2015, après avoir fait toutes ses classes au Slavia, Tomas n'est pas un joueur en qui le club de la capitale tchèque place beaucoup d'espoirs. Formé en tant que milieu défensif, la plupart de ses coaches voient éventuellement en lui un défenseur central, mais pas un milieu de terrain capable de s'adapter au football moderne. Prêté au début de l'année 2015 au Viktoria Zizkov, en D2 tchèque, Soucek tarde à convaincre. "Ce n'était pas comme s'il était négligé, il n'était juste pas assez bon", déclare David Cermak, un journaliste tchèque, à la BBC. Intronisé coach du Slavia Prague en décembre 2017, Jindrich Trpisovsky, qui avait lancé Tomas dans le grand bain professionnel lors de son prêt à Zizkov, inscrit directement son nom sur ses feuilles de match. Quelques semaines plus tard, le joueur de 26 ans est proposé à Gand, à la recherche d'un numéro 6 à l'aise avec le ballon après le départ de Sven Kums, par l'entremise de Maxime Dery, scout pour La Gantoise à ce moment-là. "C'était un joueur qui m'impressionnait, car je le trouvais super intelligent. Il avait déjà de bons pieds pour un joueur de sa taille et c'était lui qui dictait le tempo de son équipe. Ce que j'appréciais aussi chez lui, c'était sa faculté à rester calme même lorsqu'il était mis sous pression. Il n'avait pas peur d'effacer un homme pour donner de l'air au jeu", explique Dery avant de parler de ses défauts. "Il ne se projetait pas du tout vers l'avant et n'avait donc pas du tout de stats. On avait l'impression qu'il s'arrêtait de jouer une fois que le ballon arrivait dans le dernier tiers du terrain." Racheté par des Chinois, le Slavia demande alors entre cinq et six millions pour lâcher Soucek, ce qui représente un trop gros montant pour La Gantoise, surtout pour un joueur de 22 ans à l'époque, qui n'a pas encore réussi à faire son trou dans son propre championnat. La saison 2018-2019 est celle de la consécration pour le Slavia, avec un doublé Coupe-championnat, sans oublier un quart de finale d'Europa League. Rien que ça. Et l'homme de la saison s'appelle Tomas Soucek. Véritable métronome au milieu d'une équipe composée de visages connus en Pro League, comme Simon Deli, Michael Ngadeu ou Peter Olayinka, il inscrit la bagatelle de 18 buts en 49 matches toutes compétitions confondues, ce qui fait de lui le milieu défensif le plus décisif d'Europe. Après avoir gommé cet aspect trop timoré de son jeu, il attise rapidement de nombreuses convoitises. Nommé capitaine au début de la saison suivante, le Tchèque continue à marcher sur l'eau. Avec huit réalisations en 17 rencontres et de grosses prestations en Champions League, dans un groupe de la mort composé de l'Inter, du Barça et de Dortmund, Soucek impressionne et cède au chant des sirènes de Premier League le 29 janvier 2020, avec un surprenant prêt payant, assorti d'une option d'achat qui le lie à West Ham. Le médian s'adapte directement au jeu britannique et permet aux Hammers de se maintenir. Il ne faut donc pas longtemps aux Londoniens pour lever l'option d'achat d'environ seize millions, considérée comme dérisoire par certains médias tchèques, au vu de son statut de révélation de l'année outre-Manche. "Je vais être honnête, je ne le voyais pas du tout évoluer comme il l'a fait. J'avais décelé son talent en tant que numéro 6, mais pas qu'il allait devenir aussi complet. C'est devenu un milieu de terrain super moderne. Celui qui te dit avant la saison 2018 qu'il allait devenir aussi fort offensivement est un menteur", affirme Dery. Placé dans un système avec deux demi-défensifs, le Tchèque a tendance à se porter énormément vers l'avant, bien aidé par son équipier Declan Rice, qui reste lui devant la défense. Très agressif en récupération et à l'aise dans le jeu long, Soucek constitue également une arme redoutable sur les phases arrêtées, notamment sur corner, où rien que cette saison, il a déjà fait mouche trois fois grâce à son mètre 92. Avec presque six duels aériens remportés par match, il est d'ailleurs l'un des meilleurs de Premier League dans ce domaine, devant un certain Christian Benteke et n'est dépassé que de peu par Oliver McBurnie de Sheffield United. Paradoxal pour un joueur qui n'était à l'époque pas réputé pour son jeu de tête. Avec un style un peu à l'ancienne, à la Thomas Müller, Soucek est pourtant un véritable box-to-box moderne, capable de parcourir un grand nombre de kilomètres sur un match en alliant rigueur défensive et apport offensif. Il est également l'un des joueurs qui commet le plus de fautes par match, lui qui brille en reconversion défensive. Accompagné par le puissant Michail Antonio, Soucek amène beaucoup d'impact offensivement, et ce n'est pas pour rien si West Ham est l'une des équipes qui tente et réussit le plus de centres en Premier League. "Ce sont un peu des buts de raccroc qu'il met. Il est toujours là sur les deuxièmes ballons, on a l'impression que c'est un aimant. Ça démontre bien qu'il est toujours présent au bon endroit", poursuit Dery, aujourd'hui scout indépendant basé dans le sud de la France. Dans un football moderne où les numéro 6 grands et costauds se font de plus en plus rares dans les grosses cylindrées, laissant place à des récupérateurs plus petits et plus techniques, Soucek fait figure d'exception. Trouver un joueur similaire est donc très compliqué. "Il a une capacité à défendre debout qui rappelle Patrick Vieira", ajoute même Dery. "Il n'est pas du tout explosif, mais possède une très grande réactivité. Depuis qu'il s'est musclé, on peut dire que Leon Goretzka est celui qui ressemble le plus à Soucek." Dans une ligue au fort accent belge, c'est pourtant ce Tchèque qui fait figure de bonne surprise du championnat. À charge pour Youri Tielemans et Kevin De Bruyne de lui montrer qui sont les patrons autour du rond central. Par Robin Maroutaeff