Nous sommes le 10 décembre. Krzysztof Piatek et sa compagne Paulina Procyck se promènent dans le centre de Milan. L'attaquant du Genoa en est à ses premiers mois en Italie et il ne découvre pas seulement les stades : il fait aussi du tourisme. Sur la place devant la cathédrale, le couple s'arrête et demande à un passant de prendre une photo. Le 21 janvier, cette image fait la une de 'La Gazzetta dello Sport' sous le titre : 'Piatek : I love Milan.'

© BELGAIMAGE

Le couple ne sait pas encore combien Milan va compter. Cette visite dans la capitale de la mode est juste une idée de Paulina, une avocate polonaise qui est aussi fashionista. Elle tient même un blog. Pourtant, sur la photo, personne ne semble s'intéresser à eux. Trois mois plus tard, ce ne serait plus possible.

Le 22 janvier, au lendemain de la publication de la photo, le transfert de Piatek du Genoa à l'AC Milan est confirmé. L'international espoir polonais a coûté 35 millions d'euros aux rossoneri. Outre le joueur, un homme se frotte les mains : le président du Genoa, Enrico Preziosi, se souvient encore de l'entretien téléphonique qu'il a eu l'été dernier avec l'agent du joueur, Gabriele Giuffrida.

Preziosi était alors en vacances à Ibiza et il avait allumé la télévision pour voir à l'oeuvre le joueur qu'on venait de lui recommander. Ça lui avait plu. C'était un attaquant courageux, doté d'une bonne frappe et d'un bon jeu de tête. Le lendemain, il avait demandé à son directeur sportif, Giorgio Perinetti, de prendre contact avec le KS Cracovie.

Il y a quelques années, celui-ci avait versé 116.000 euros au Zaglebie Lubin, club avec lequel Piatek avait effectué ses débuts en D1 polonaise en 2013-2014. Au cours de ses deux dernières saisons à Cracovie, Piatek avait inscrit 32 buts en 65 matches de championnat.

Même s'il avait été présélectionné pour la Coupe du monde en Russie, Piatek était encore inconnu en Italie mais le Genoa n'avait pas hésité à débourser quatre millions pour s'assurer ses services.

Le foot comme exutoire

Lors de ses débuts, en préparation, aucune caméra ne s'était braquée sur lui. En Italie, deux transferts seulement retenaient l'attention : celui de Cristiano Ronaldo du Real à la Juventus impliquait le départ de Gonzalo Higuain, sans quoi les chiffres du vieux club turinois risquaient de plonger dans le rouge.

L'Argentin avait coûté 90 millions et il avait été deux fois champion en autant d'années mais il devait partir. L'AC Milan était intéressé mais, mis sous pression par le fair play financier de l'UEFA, il ne pouvait l'acheter sous peine de perdre sa place en Coupe d'Europe.

Officiellement, il le louait donc pour 18 millions pour une première saison. Mais en pratique, les deux clubs se mettaient d'accord sur un montant total de 54 millions pour un transfert définitif. Quant au salaire de Higuain, il se chiffrait à 9,5 millions pour la première saison.

Piatek, lui, était tout heureux de gagner 400.000 euros. Il n'avait pas encore joué en équipe nationale A mais il avait bien l'intention de se faire remarquer. Pas par des déclarations ronflantes car il ne parlait pas un mot d'italien, mais grâce aux valeurs que son père, Alexander, lui avait transmises depuis son plus jeune âge.

A Dzieronlow, en Silésie, au sud-ouest de la Pologne, la vie ne fait pas de cadeau. Il faut se lever tôt, travailler dur, s'entraîner par tous les temps et gommer ses lacunes sans se plaindre. Il affirme que le football l'a aidé à sortir de la misère.

Ses buts l'ont tenu à l'écart de la drogue et de l'existence désespérée des autres jeunes. La plupart de ces buts, il les a inscrits avec un maillot de Manchester United et le nom de Cristiano Ronaldo sur le dos. Et quand il est parti en Italie, Paula l'a suivi : ça l'a aidé.

Revendre avec plus-value

A Gênes, il a atterri dans un club dont on parle peu. Tout ce qu'on lui demandait, c'était d'aider le club à se maintenir et de ne pas perdre le Derby della Lanterna face à la Sampdoria.

Le propriétaire, Enrico Preziosi, un des plus grands fabricants de jouets au monde, a racheté le club en 2003 après la faillite et la chute en D3. En 1997, il avait acheté Côme en D3 et l'avait fait monter en Serie A.

En 2007, le Genoa retrouvait également l'élite en terminant troisième du championnat de Serie B derrière deux autres clubs mythiques qui, pour diverses raisons, avaient effectué la culbute : la Juventus, reléguée après le scandale des matches truqués, et Naples, également rétrogradé après une faillite.

Contrairement aux deux autres promus, le Genoa n'avait pas poursuivi sa marche en avant. Preziosi avait vite compris que, ce qu'il devait faire, c'était assurer le maintien le plus vite possible et acheter des joueurs bon marché pour les revendre avec une belle plus-value et garder des finances saines.

C'est ce qu'il avait expliqué lors de la présentation de l'attaquant polonais, l'été dernier : " Pour un club comme le nôtre, le mot plus-value est synonyme de survie. " Ce n'était pas la première fois que le président des Grifoni achetait un joueur bon marché avant de le revendre plus cher.

L'exemple le plus connu est celui de Diego Milito, acquis pour 9,4 millions au Real Saragosse le tout dernier jour du mercato 2008 et revendu à l'Inter pour 28 millions en 2009. Une somme importante mais c'est en partie grâce à Milito que l'Inter avait remporté la Ligue des Champions face au Bayern par la suite.

Premier but après 70 secondes

Piatek n'avait pas eu besoin de période d'adaptation. Lors de son premier match officiel, en coupe face à Lecce, il n'était sur le terrain que depuis 70 secondes lorsqu'il avait inscrit son premier but. Ce jour-là, il avait marqué à quatre reprises. Une belle entrée en matière.

Il avait aussi marqué dès son premier match de championnat. Après cinq journées, son compteur affichait déjà six buts. Début octobre, après huit rencontres, il avait grimpé à treize.

Les statisticiens avaient fait le compte : pour chacun de ces buts, il n'avait pas eu besoin de plus de trois touches de balle. Il ne voulait pas qu'on le compare à d'autres attaquants. Son exemple, c'était Pippo Inzaghi, ex-buteur de l'AC Milan.

" Je n'ai qu'un objectif : marquer chaque semaine ", disait-il lors d'une des rares interviews qu'il accordait. " Mais si ça ne marche pas, je ne serai pas démoralisé pour autant : c'est juste une question de mentalité. " Aujourd'hui, Piatek (23) est international à part entière.

Il a effectué ses débuts le 11 septembre face à l'Irlande. Le 14 octobre, face à l'Italie en Ligue des Nations (0-1), il était sur le banc, le sélectionneur lui ayant préféré Roberto Lewandowski et Arkadiusz Milik.

En championnat, par contre, il était toujours titulaire. Davide Ballardini, son entraîneur à Gênes, était content de lui. Mais le 9 octobre, après une défaite face à Parme, il était limogé, alors que le Genoa était onzième, à trois points seulement d'un ticket pour la Ligue des Champions.

Ivan Juric, le successeur de Ballardini, était viré avant Noël. Le 7 décembre, Piatek rencontrait son troisième entraîneur en moins de six mois en Italie : l'ex-sélectionneur fédéral Cesare Prandelli. Ces changements et le climat de nervosité qui régnait au club n'avaient absolument aucun impact sur le rendement du nouvel attaquant.

Prandelli ne tarissait pas d'éloges à son sujet : " C'est l'attaquant le plus complet avec lequel j'aie travaillé. Krzysztof peut jouer en pointe mais aussi dans le dos d'un pivot. Il est généreux envers ses partenaires, travaille dur, couvre beaucoup de terrain et est le premier à défendre en perte de balle. Ce sera un des meilleurs finisseurs d'Europe. "

Un goal toutes les 109 minutes

Prandelli n'en a pas profité longtemps car les prestations de Piatek ne sont pas passées inaperçues. Le 21 janvier, au moment de l'annonce de son transfert à l'AC Milan, il a inscrit 13 buts et occupe la quatrième place au classement des buteurs derrière Cristiano Ronaldo, Fabio Quagliarella et Duvan Zapata d'Atalanta, tous auteurs de 14 buts.

Milan est cinquième au classement mais Higuain n'a marqué que six fois et se retrouve à la quatorzième place du classement des buteurs. Vu son prix, c'est trop peu. Le transfert de Piatek à peine conclu, l'Argentin est prié de faire ses valises pour Londres, où Chelsea le recueille.

Piatek est le transfert sortant le plus cher de toute l'histoire du Genoa. Il est également celui qui lui permet de faire la plus grosse plus-value : 35-4 = 31 millions de bénéfice. Le joueur lui-même se frotte les mains : le contrat de cinq ans (sans clause libératoire) qu'il a signé à Milan lui rapporte 1,8 million d'euros par an, soit plus de quatre fois plus qu'à Gênes. Sans les bonus ! S'il atteint la Ligue des Champions et s'il continue à marquer, il touchera davantage. Il n'est d'ailleurs pas impossible qu'il arrive à 25 buts.

Piatek, sa compagne et leur chien s'établissent donc dans les environs de la Piazza Gae Aulenti, un des nouveaux quartiers les plus chics de Milan. En découvrant Milanello, l'attaquant se dit surpris par les installations. Il l'est plus encore lorsque, avant le match contre Naples, le mythique attaquant ukrainien Andrei Shevchenko, vient lui serrer la main et échanger quelques mots avec lui.

Surpris mais pas impressionné, au contraire. Très vite, il fait ce que Higuain ne faisait pas assez souvent : marquer. Milan passe de la cinquième à la troisième place tandis que ses statistiques personnelles ne font que s'améliorer. La semaine dernière, avant le derby milanais, il avait déjà inscrit 19 buts en championnat (dont 13 avec le Genoa) et huit en coupe, soit 27 cette saison ou un but toutes les 109 minutes. Seul Lionel Messi fait mieux. Une statistique qui a suscité l'intérêt de la presse étrangère.

Zibi Boniek sous le charme

Gennaro Gattuso, son quatrième entraîneur de la saison, est très content de lui. Le coach qui insiste sur l'importance du collectif et du travail n'a que des louanges au sujet de la première année du Polonais dans la Botte : " C'est une espèce de Robocop. Il ne dit pas plus de quatre mots et ne parle pas pour ne rien dire. " Il apprécie aussi son attitude. " Krisztof est curieux, il s'intéresse à la vie du club. A Milanello, il regarde toutes les photos. "

Giorgio Perinetti, le directeur sportif de la Genoa qui a amené Piatek en Italie, estime que Gattuso n'a pas tout à fait tort lorsqu'il compare le Polonais à Robocop. " Il n'est jamais nerveux et n'a peur de rien. C'est un tueur au sang-froid, un finisseur. Mais il est également très fort techniquement. "

Grâce aux buts de Piatek, Milan tourne à nouveau à plein régime, ce qui devrait lui permettre d'atteindre son objectif : un ticket pour la Ligue des Champions. Le public revient en masse à San Siro puisque la moyenne est de 50.000 spectateurs et que le club n'est descendu qu'une seule fois sous la barre des 45.000.

Bref : tout le monde est content. Y compris Zbigniew Boniek, un des joueurs polonais les plus mythiques de tous les temps (il a joué à la Juventus) et aujourd'hui président de la fédération polonaise de football. " Krzysztof a quelque chose de très important pour un attaquant : la vitesse d'exécution. Il est rusé, il recharge constamment son pistolet et tire en pleine cible. " De quoi faire trembler Messi ?

Nous sommes le 10 décembre. Krzysztof Piatek et sa compagne Paulina Procyck se promènent dans le centre de Milan. L'attaquant du Genoa en est à ses premiers mois en Italie et il ne découvre pas seulement les stades : il fait aussi du tourisme. Sur la place devant la cathédrale, le couple s'arrête et demande à un passant de prendre une photo. Le 21 janvier, cette image fait la une de 'La Gazzetta dello Sport' sous le titre : 'Piatek : I love Milan.' Le couple ne sait pas encore combien Milan va compter. Cette visite dans la capitale de la mode est juste une idée de Paulina, une avocate polonaise qui est aussi fashionista. Elle tient même un blog. Pourtant, sur la photo, personne ne semble s'intéresser à eux. Trois mois plus tard, ce ne serait plus possible. Le 22 janvier, au lendemain de la publication de la photo, le transfert de Piatek du Genoa à l'AC Milan est confirmé. L'international espoir polonais a coûté 35 millions d'euros aux rossoneri. Outre le joueur, un homme se frotte les mains : le président du Genoa, Enrico Preziosi, se souvient encore de l'entretien téléphonique qu'il a eu l'été dernier avec l'agent du joueur, Gabriele Giuffrida. Preziosi était alors en vacances à Ibiza et il avait allumé la télévision pour voir à l'oeuvre le joueur qu'on venait de lui recommander. Ça lui avait plu. C'était un attaquant courageux, doté d'une bonne frappe et d'un bon jeu de tête. Le lendemain, il avait demandé à son directeur sportif, Giorgio Perinetti, de prendre contact avec le KS Cracovie. Il y a quelques années, celui-ci avait versé 116.000 euros au Zaglebie Lubin, club avec lequel Piatek avait effectué ses débuts en D1 polonaise en 2013-2014. Au cours de ses deux dernières saisons à Cracovie, Piatek avait inscrit 32 buts en 65 matches de championnat. Même s'il avait été présélectionné pour la Coupe du monde en Russie, Piatek était encore inconnu en Italie mais le Genoa n'avait pas hésité à débourser quatre millions pour s'assurer ses services. Lors de ses débuts, en préparation, aucune caméra ne s'était braquée sur lui. En Italie, deux transferts seulement retenaient l'attention : celui de Cristiano Ronaldo du Real à la Juventus impliquait le départ de Gonzalo Higuain, sans quoi les chiffres du vieux club turinois risquaient de plonger dans le rouge. L'Argentin avait coûté 90 millions et il avait été deux fois champion en autant d'années mais il devait partir. L'AC Milan était intéressé mais, mis sous pression par le fair play financier de l'UEFA, il ne pouvait l'acheter sous peine de perdre sa place en Coupe d'Europe. Officiellement, il le louait donc pour 18 millions pour une première saison. Mais en pratique, les deux clubs se mettaient d'accord sur un montant total de 54 millions pour un transfert définitif. Quant au salaire de Higuain, il se chiffrait à 9,5 millions pour la première saison. Piatek, lui, était tout heureux de gagner 400.000 euros. Il n'avait pas encore joué en équipe nationale A mais il avait bien l'intention de se faire remarquer. Pas par des déclarations ronflantes car il ne parlait pas un mot d'italien, mais grâce aux valeurs que son père, Alexander, lui avait transmises depuis son plus jeune âge. A Dzieronlow, en Silésie, au sud-ouest de la Pologne, la vie ne fait pas de cadeau. Il faut se lever tôt, travailler dur, s'entraîner par tous les temps et gommer ses lacunes sans se plaindre. Il affirme que le football l'a aidé à sortir de la misère. Ses buts l'ont tenu à l'écart de la drogue et de l'existence désespérée des autres jeunes. La plupart de ces buts, il les a inscrits avec un maillot de Manchester United et le nom de Cristiano Ronaldo sur le dos. Et quand il est parti en Italie, Paula l'a suivi : ça l'a aidé. A Gênes, il a atterri dans un club dont on parle peu. Tout ce qu'on lui demandait, c'était d'aider le club à se maintenir et de ne pas perdre le Derby della Lanterna face à la Sampdoria. Le propriétaire, Enrico Preziosi, un des plus grands fabricants de jouets au monde, a racheté le club en 2003 après la faillite et la chute en D3. En 1997, il avait acheté Côme en D3 et l'avait fait monter en Serie A. En 2007, le Genoa retrouvait également l'élite en terminant troisième du championnat de Serie B derrière deux autres clubs mythiques qui, pour diverses raisons, avaient effectué la culbute : la Juventus, reléguée après le scandale des matches truqués, et Naples, également rétrogradé après une faillite. Contrairement aux deux autres promus, le Genoa n'avait pas poursuivi sa marche en avant. Preziosi avait vite compris que, ce qu'il devait faire, c'était assurer le maintien le plus vite possible et acheter des joueurs bon marché pour les revendre avec une belle plus-value et garder des finances saines. C'est ce qu'il avait expliqué lors de la présentation de l'attaquant polonais, l'été dernier : " Pour un club comme le nôtre, le mot plus-value est synonyme de survie. " Ce n'était pas la première fois que le président des Grifoni achetait un joueur bon marché avant de le revendre plus cher. L'exemple le plus connu est celui de Diego Milito, acquis pour 9,4 millions au Real Saragosse le tout dernier jour du mercato 2008 et revendu à l'Inter pour 28 millions en 2009. Une somme importante mais c'est en partie grâce à Milito que l'Inter avait remporté la Ligue des Champions face au Bayern par la suite. Piatek n'avait pas eu besoin de période d'adaptation. Lors de son premier match officiel, en coupe face à Lecce, il n'était sur le terrain que depuis 70 secondes lorsqu'il avait inscrit son premier but. Ce jour-là, il avait marqué à quatre reprises. Une belle entrée en matière. Il avait aussi marqué dès son premier match de championnat. Après cinq journées, son compteur affichait déjà six buts. Début octobre, après huit rencontres, il avait grimpé à treize. Les statisticiens avaient fait le compte : pour chacun de ces buts, il n'avait pas eu besoin de plus de trois touches de balle. Il ne voulait pas qu'on le compare à d'autres attaquants. Son exemple, c'était Pippo Inzaghi, ex-buteur de l'AC Milan. " Je n'ai qu'un objectif : marquer chaque semaine ", disait-il lors d'une des rares interviews qu'il accordait. " Mais si ça ne marche pas, je ne serai pas démoralisé pour autant : c'est juste une question de mentalité. " Aujourd'hui, Piatek (23) est international à part entière. Il a effectué ses débuts le 11 septembre face à l'Irlande. Le 14 octobre, face à l'Italie en Ligue des Nations (0-1), il était sur le banc, le sélectionneur lui ayant préféré Roberto Lewandowski et Arkadiusz Milik. En championnat, par contre, il était toujours titulaire. Davide Ballardini, son entraîneur à Gênes, était content de lui. Mais le 9 octobre, après une défaite face à Parme, il était limogé, alors que le Genoa était onzième, à trois points seulement d'un ticket pour la Ligue des Champions. Ivan Juric, le successeur de Ballardini, était viré avant Noël. Le 7 décembre, Piatek rencontrait son troisième entraîneur en moins de six mois en Italie : l'ex-sélectionneur fédéral Cesare Prandelli. Ces changements et le climat de nervosité qui régnait au club n'avaient absolument aucun impact sur le rendement du nouvel attaquant. Prandelli ne tarissait pas d'éloges à son sujet : " C'est l'attaquant le plus complet avec lequel j'aie travaillé. Krzysztof peut jouer en pointe mais aussi dans le dos d'un pivot. Il est généreux envers ses partenaires, travaille dur, couvre beaucoup de terrain et est le premier à défendre en perte de balle. Ce sera un des meilleurs finisseurs d'Europe. " Prandelli n'en a pas profité longtemps car les prestations de Piatek ne sont pas passées inaperçues. Le 21 janvier, au moment de l'annonce de son transfert à l'AC Milan, il a inscrit 13 buts et occupe la quatrième place au classement des buteurs derrière Cristiano Ronaldo, Fabio Quagliarella et Duvan Zapata d'Atalanta, tous auteurs de 14 buts. Milan est cinquième au classement mais Higuain n'a marqué que six fois et se retrouve à la quatorzième place du classement des buteurs. Vu son prix, c'est trop peu. Le transfert de Piatek à peine conclu, l'Argentin est prié de faire ses valises pour Londres, où Chelsea le recueille. Piatek est le transfert sortant le plus cher de toute l'histoire du Genoa. Il est également celui qui lui permet de faire la plus grosse plus-value : 35-4 = 31 millions de bénéfice. Le joueur lui-même se frotte les mains : le contrat de cinq ans (sans clause libératoire) qu'il a signé à Milan lui rapporte 1,8 million d'euros par an, soit plus de quatre fois plus qu'à Gênes. Sans les bonus ! S'il atteint la Ligue des Champions et s'il continue à marquer, il touchera davantage. Il n'est d'ailleurs pas impossible qu'il arrive à 25 buts. Piatek, sa compagne et leur chien s'établissent donc dans les environs de la Piazza Gae Aulenti, un des nouveaux quartiers les plus chics de Milan. En découvrant Milanello, l'attaquant se dit surpris par les installations. Il l'est plus encore lorsque, avant le match contre Naples, le mythique attaquant ukrainien Andrei Shevchenko, vient lui serrer la main et échanger quelques mots avec lui. Surpris mais pas impressionné, au contraire. Très vite, il fait ce que Higuain ne faisait pas assez souvent : marquer. Milan passe de la cinquième à la troisième place tandis que ses statistiques personnelles ne font que s'améliorer. La semaine dernière, avant le derby milanais, il avait déjà inscrit 19 buts en championnat (dont 13 avec le Genoa) et huit en coupe, soit 27 cette saison ou un but toutes les 109 minutes. Seul Lionel Messi fait mieux. Une statistique qui a suscité l'intérêt de la presse étrangère. Gennaro Gattuso, son quatrième entraîneur de la saison, est très content de lui. Le coach qui insiste sur l'importance du collectif et du travail n'a que des louanges au sujet de la première année du Polonais dans la Botte : " C'est une espèce de Robocop. Il ne dit pas plus de quatre mots et ne parle pas pour ne rien dire. " Il apprécie aussi son attitude. " Krisztof est curieux, il s'intéresse à la vie du club. A Milanello, il regarde toutes les photos. " Giorgio Perinetti, le directeur sportif de la Genoa qui a amené Piatek en Italie, estime que Gattuso n'a pas tout à fait tort lorsqu'il compare le Polonais à Robocop. " Il n'est jamais nerveux et n'a peur de rien. C'est un tueur au sang-froid, un finisseur. Mais il est également très fort techniquement. " Grâce aux buts de Piatek, Milan tourne à nouveau à plein régime, ce qui devrait lui permettre d'atteindre son objectif : un ticket pour la Ligue des Champions. Le public revient en masse à San Siro puisque la moyenne est de 50.000 spectateurs et que le club n'est descendu qu'une seule fois sous la barre des 45.000. Bref : tout le monde est content. Y compris Zbigniew Boniek, un des joueurs polonais les plus mythiques de tous les temps (il a joué à la Juventus) et aujourd'hui président de la fédération polonaise de football. " Krzysztof a quelque chose de très important pour un attaquant : la vitesse d'exécution. Il est rusé, il recharge constamment son pistolet et tire en pleine cible. " De quoi faire trembler Messi ?