Une déroute, une de plus. Le 31 mars dernier, le Legia Varsovie de Ricardo Sa Pinto s'incline sur la pelouse du Wisla Cracovie de Marcin Wasilewski, 4-0. Le Wisla, grand nom du football polonais, en proie à des difficultés, se classe pourtant sixième, quand le Legia figure à une deuxième place indigne de son rang et son statut de plus gros budget - et de loin - de l' Ekstraklasa.
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Une déroute, une de plus. Le 31 mars dernier, le Legia Varsovie de Ricardo Sa Pinto s'incline sur la pelouse du Wisla Cracovie de Marcin Wasilewski, 4-0. Le Wisla, grand nom du football polonais, en proie à des difficultés, se classe pourtant sixième, quand le Legia figure à une deuxième place indigne de son rang et son statut de plus gros budget - et de loin - de l' Ekstraklasa. Ce lourd revers symbolise une chose : Sa Pinto vient d'être lâché définitivement par son groupe. Le lendemain, la nouvelle de son licenciement tombe, via une communication minimale de l'entité au " L " majuscule. Si bien qu'en ce 1er avril, certains supporters legionisci (légionnaires en VF), agacés, pensent à une mauvaise blague... Tout est bien réel. Les propos du Président du club de la capitale, Dariusz Mioduski, relayés partout, le confirment. L'homme, magnat des médias, parle sans filtre d'une " ambiance détestable " dans le vestiaire, de " disputes incessantes " avec les arbitres, d'un " manque de respect " et d'une situation devenue " insupportable ". Des mots forts, qui visent évidemment Ricardo Sa Pinto et qui rappellent, en partie, son passage sur les bords de Meuse. Mioduski s'est aussi rendu compte, un peu tard, à trois journées de la fin de la phase classique du championnat, que le Legia ne gagnerait peut-être pas de trophée cette saison. Le 13 août, il avait engagé " Richard coeur de lion " pour cette mission : apporter électrochoc, grinta et ravalement de façade à une maison varsovienne délabrée. À l'époque, le Legia sort d'une élimination en préliminaires de Ligue des Champions, battu par les Slovaques du Spartak Trnava, et vient de plier le genou devant Dudelange, à domicile (1-2), au même stade, en Ligue Europa. Sa Pinto remplace alors Aleksandar Vukovic, ancien joueur légionnaire et coach ad interim, puisque c'est lui qui prend la suite, déjà, de Besnik Hasi en 2016 et qui se retrouve de nouveau sur le banc, depuis la semaine dernière. Bref, à peine nommé, Richard doit s'extirper du bourbier et battre les Luxembourgeois, chez eux, trois jours plus tard. Premier échec (2-2). Mais le natif de Porto ne se débine pas. Clés du sportif en main, il fait des choix forts. D'abord, il écarte le gardien habituel, Arkadiusz Malarz (38 ans), puis donne progressivement sa confiance au jeune Radoslaw Majecki (19). Surtout, il se passe de Michal Pazdan, défenseur central et pilier de 31 printemps, surprenant de combativité avec la Pologne lors de l'EURO 2016, parti banni à Ankaragüçü en janvier. Après un succès pour son baptême du feu, le technicien portugais reçoit une gifle au Wisla Plock, 1-4, comme pour lui signifier l'ampleur du chantier. Du coup, il impose ses bonnes vieilles méthodes : entraînements physiques, quasi paramilitaires, et jeu ultra-défensif, sans risque, aucun. Un style dur, qui a pu plaire à Sclessin, mais qui a ses limites. Au moins, le temps d'un instant, les victoires et les points s'enchaînent. Le Legia recolle à la tête, qu'il partage avec le modeste Lechia Gdansk, et les fans legionisci commencent même à comparer Sa Pinto à Stanislav Cherchesov, actuel sélectionneur de la Russie, auteur d'un doublé coupe-championnat, au même poste, en 2016. Sauf que la comparaison s'arrête là, à ce " style dur ", faisant transpirer les stars. Très vite, la dérive autoritaire de l'ex-T1 de Sclessin est mis à jour par ses propres soldats, qui s'épanchent dans la presse locale. Enfin, si le président Mioduski, qui s'est dit conscient du profil recruté, voulait de l'explosion, le voilà servi. La date du 9 décembre met aux prises Lechia et Legia, les deux leaders de l' Ekstraklasa. Sa Pinto retrouve au passage une connaissance, croisée à l'Etoile Rouge de Belgrade, blacklistée et réduite au noyau C du Standard, Filip Mladenovic. Avant la rencontre, le Serbe exprime son incompréhension quant à ses collaborations passées avec " Richard ". Après, ce dernier répond qu'il n'a pas de temps à perdre avec des " lâches " et des " menteurs ", un poil tendu par la fin dudit match, clôturé sur un score nul et vierge, surtout par une échauffourée avec le frère de Mladenovic, Stefan, qui l'aurait insulté à plusieurs reprises durant la partie. L'année 2019 s'annonce fleurie. Pour partir du bon pied, Ricardo Sa Pinto décide d'envoyer son équipe en stage, chez lui, au Portugal. La plupart des joueurs le vivent comme un camp militaire. Si le Legia est historiquement lié à l'armée, plusieurs terminent au bord des vomissements, après avoir été déjà contraints à un programme personnel des plus relevés, lors de la trêve hivernale. Artur Jedrzejczyk, international polonais, se permet d'en rire avec son coach, qu'il salue, au garde-à-vous. En parallèle, trois éléments portugais, aux CV et au rendement discutables, s'ajoutent aux deux ressortissants lusitaniens déjà présents dans l'effectif. Ce qui motive cette sortie de Krzysztof Maczynski, parti lui lui au Slask Wroclaw : " Sa Pinto est un lâche qui agit comme si c'était un dur. Est-ce une coïncidence si depuis son arrivée, le club n'a pris que des joueurs qui ont le même agent que lui ? " Des allégations peu fondées, mais qui cristallisent les tensions, que les résultats ne masquent plus. Le 13 mars, les Wojskowi (militaires en VF) rendent les armes contre le Rakow Czestochowa, club de D2, en quart de finale de la Coupe de Pologne (2-1). Une humiliation pour le Legia, qui brille d'ordinaire dans cette compétition, et qui sonne comme le clairon de l'avertissement. Finalement remercié deux semaines plus tard, Sa Pinto valide une terrible moyenne. Celui qui a connu sa plus longue idylle à Liège ne reste jamais plus de 23 matches, ni plus de cinq mois sur un banc. En sept ans, il a été nommé T1 neuf fois, dont deux à l'Atromitos, en Grèce. Deux jours après son départ, le 3 avril dernier, les légionnaires de Varsovie, soulagés, collent un 3-0 au Jagiellonia. Avant le coup d'envoi, les ultras légionnaires, toujours bouillants, présentent un énorme buste d'un homme en costard, portant un tee-shirt blanc flanqué d'un logique " L " majuscule et d'une plus surprenante ceinture d'explosifs, tandis que les fumis rouge crépitent autour. En dessous, un message, davantage destiné à leur Président : " Attentat à la médiocrité ".