"Les gens doivent comprendre que le Qatar avait le meilleur dossier et qu'on va organiser l'une des meilleures Coupes du monde de l'histoire", a déclaré l'émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, sur les antennes de la chaîne américaine CNN. Un émir qui doit se défendre face aux nombreuses accusations et interrogations qui pèsent sur la candidature qatarie, qui a été choisie en 2010 par le Comité exécutif de la FIFA pour organiser le Mondial 2022. Déjà accaparé par la lutte contre les terroristes de l'État islamique, le Qatar doit essaie dans le même temps de sauver la tenue de son Mondial, qui semble de plus en plus menacé. Flash-back.

Qatargate

En janvier 2013, l'hebdomadaire France Football publie une enquête au retentissement mondial. La FIFA et le Qatar auraient conclu un arrangement secret afin de s'assurer l'organisation du Mondial 2022. Le Qatar se serait ainsi appuyé sur de puissants relais, comme le président de la Fédération asiatique Mohammed Bin Hammam, radié à vie en décembre dernier, le président de la Fédération argentine et vice-président de la FIFA Julio Grondona ou l'ex-président de la Fédération brésilienne (CBF) Ricardo Texeira, qui a démissionné en mars du comité de la FIFA et de la CBF sur fond d'accusations de corruption.

En juin dernier, une autre enquête du Sunday Times révèle le montant déboursé par le Qatar pour acheter les votes des membres du comité exécutif. Au total, 5 millions d'euros auraient été distribués pour s'attirer la sympathie des votants.

Pour mettre les choses au clair, et surtout pour tenter de sauvegarder son image de transparence, une enquête d'une commission indépendante a été menée par l'ancien procureur américain Michael Garcia. Le rapport final devrait être rendu public d'ici début 2015 à la Chambre d'éthique de la FIFA. Un an d'enquête qui doit déterminer s'il y a eu corruption ou non lors de l'attribution de la Coupe du monde 2022, au même titre que la Russie pour l'édition 2018.

Au-delà des affaires de corruption, c'est l'essence même du projet qatari qui est remise en cause par certains. En septembre 2013, Joseph Blatter, président de la FIFA, avait déjà reconnu qu'organiser le Mondial au Qatar était une "erreur". "Il y a eu des influences politiques directes. Des chefs de gouvernement européens ont conseillé à leurs membres qui pouvaient voter de se prononcer pour le Qatar, parce qu'ils étaient liés à ce pays par des intérêts économiques importants".

Douze stades à construire, mais à quel prix ?

En mai dernier, les travaux de construction du 1er stade de cette édition 2022 ont été entamés, à 15km au sud de Doha. Avec celui-ci, 11 autres stades devraient également voir le jour. Les Qataris voient les choses en grand, avec des enceintes aux allures futuristes. Le budget total devrait avoisiner la somme astronomique de 50 milliards de dollars. Pour mener à bien ce projet, il faut évidemment de la main d'oeuvre, souvent étrangère, sans papiers et très peu chère.

Une enquête du Guardian a mis en lumière le véritable "esclavagisme" que l'émirat mettait en place pour construire dans des délais toujours plus rabotés. Des conditions de travail épouvantables, couplées à des cadences infernales, qui aboutissent à un chiffre inquiétant : un ouvrier meurt chaque jour sur les chantiers qataris. Un récent rapport d'une ONG népalaise pour les droits de l'homme estimait à 400 le nombre de morts sur les nombreux chantiers en cours au Qatar. En septembre dernier, les autorités qataries ont libéré deux Britanniques, membres d'une ONG, qui enquêtaient sur les conditions de travail de ces ouvriers. Une affaire qui avait fait grand bruit et qui mettait en lumière le manque de transparence des autorités. "Oui, c'est vrai, il y a des problèmes, mais nous sommes en train de les résoudre, nous mettons en place des lois, car ce n'est pas acceptable", a voulu rassurer l'émir. Le code qatari du travail est très strict, surtout pour les étrangers, qui ne peuvent casser leur contrat sans l'accord d'un tuteur. Ces travailleurs sont donc pris au piège, forcés de travailler sans relâche, parfois jusqu'à la mort.

Eté ou hiver ?

Outre les affaires de corruption et la question des Droits de l'homme, c'est l'organisation pratico-pratique de ce Mondial qui pose également question. Le Qatar souhaite toujours jouer en été. Pour information, la température moyenne pendant la période estivale de ce petit état souverain est supérieure à 40°c. Et dans la "fraîcheur" de la nuit, cette température redescend à 29°c... Dans ces conditions, et sans dispositif technologique, jouer au football est mission impossible. "Notre dossier de candidature prévoyait une compétition en été, mais c'est à la FIFA de décider quelle est la meilleure période", a reconnu cheikh Tamim bin Hamad al-Thani. Pour soulager les joueurs et les supporters, on prévoit de construire des stades climatisés, qui maintiendraient une température plus supportable (et encore...) de 26 à 28°c. C'est pourquoi Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, a demandé aux organisateurs de déplacer la compétition en janvier et février 2022 ou novembre et décembre 2021 ou 2022 . Une alternative qui doit encore être adaptée aux différents championnats nationaux, qui seraient ainsi complètement chamboulés par l'instauration d'un Mondial en hiver. Une réunion à la FIFA est prévue en novembre 2015 pour étudier le cas, les résultats concrets devraient être connus d'ici février 2015.La FIFA planche donc sur une solution, mais certains n'y croient pas, comme l'ancien président de la Fédération allemande. "Les médecins disent qu'ils ne peuvent pas garantir qu'une Coupe du monde puisse se tenir en été dans ces conditions" affirme Theo Zwanziger.

Le Mondial 2022 dans un autre pays ?

La FIFA devra donc prendre une lourde décision à l'issue de la publication du rapport de Michael Garcia. Pour Nabil Ennasri, auteur de "L'énigme du Qatar", trois scénarios sont envisageables dans ce dossier.. Le premier consisterait à élargir l'organisation aux autres pays du Golfe, pour en faire un "Mondial du monde arabe". Cela permettrait de relâcher la pression qui pèse sur le Qatar. Le deuxième scénario, ce serait l'annulation pure et simple. Le Mondial serait déplacé dans un autre pays, les Etats-Unis ou l'Australie étant les candidats les plus intéressés. Le dernier scénario est simple : garder le Mondial au Qatar, afin de ne pas enrayer ce qui s'est mis en place. La solution la moins mauvaise pour Nabil Ennasri : "Le Qatar est innocent jusqu'à ce qu'il soit reconnu coupable. De plus, le Mondial 2022 et l'extrême focalisation qu'il suscite ont induit un certain nombre de changements positifs au sein de l'émirat. Enfin, cette option présente aussi l'avantage d'inscrire le monde arabe dans le circuit de la mondialisation alors qu'un retrait aurait des conséquences symboliques désastreuses ".

"Les gens doivent comprendre que le Qatar avait le meilleur dossier et qu'on va organiser l'une des meilleures Coupes du monde de l'histoire", a déclaré l'émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, sur les antennes de la chaîne américaine CNN. Un émir qui doit se défendre face aux nombreuses accusations et interrogations qui pèsent sur la candidature qatarie, qui a été choisie en 2010 par le Comité exécutif de la FIFA pour organiser le Mondial 2022. Déjà accaparé par la lutte contre les terroristes de l'État islamique, le Qatar doit essaie dans le même temps de sauver la tenue de son Mondial, qui semble de plus en plus menacé. Flash-back.QatargateEn janvier 2013, l'hebdomadaire France Football publie une enquête au retentissement mondial. La FIFA et le Qatar auraient conclu un arrangement secret afin de s'assurer l'organisation du Mondial 2022. Le Qatar se serait ainsi appuyé sur de puissants relais, comme le président de la Fédération asiatique Mohammed Bin Hammam, radié à vie en décembre dernier, le président de la Fédération argentine et vice-président de la FIFA Julio Grondona ou l'ex-président de la Fédération brésilienne (CBF) Ricardo Texeira, qui a démissionné en mars du comité de la FIFA et de la CBF sur fond d'accusations de corruption.En juin dernier, une autre enquête du Sunday Times révèle le montant déboursé par le Qatar pour acheter les votes des membres du comité exécutif. Au total, 5 millions d'euros auraient été distribués pour s'attirer la sympathie des votants.Pour mettre les choses au clair, et surtout pour tenter de sauvegarder son image de transparence, une enquête d'une commission indépendante a été menée par l'ancien procureur américain Michael Garcia. Le rapport final devrait être rendu public d'ici début 2015 à la Chambre d'éthique de la FIFA. Un an d'enquête qui doit déterminer s'il y a eu corruption ou non lors de l'attribution de la Coupe du monde 2022, au même titre que la Russie pour l'édition 2018.Au-delà des affaires de corruption, c'est l'essence même du projet qatari qui est remise en cause par certains. En septembre 2013, Joseph Blatter, président de la FIFA, avait déjà reconnu qu'organiser le Mondial au Qatar était une "erreur". "Il y a eu des influences politiques directes. Des chefs de gouvernement européens ont conseillé à leurs membres qui pouvaient voter de se prononcer pour le Qatar, parce qu'ils étaient liés à ce pays par des intérêts économiques importants".Douze stades à construire, mais à quel prix ?En mai dernier, les travaux de construction du 1er stade de cette édition 2022 ont été entamés, à 15km au sud de Doha. Avec celui-ci, 11 autres stades devraient également voir le jour. Les Qataris voient les choses en grand, avec des enceintes aux allures futuristes. Le budget total devrait avoisiner la somme astronomique de 50 milliards de dollars. Pour mener à bien ce projet, il faut évidemment de la main d'oeuvre, souvent étrangère, sans papiers et très peu chère.Une enquête du Guardian a mis en lumière le véritable "esclavagisme" que l'émirat mettait en place pour construire dans des délais toujours plus rabotés. Des conditions de travail épouvantables, couplées à des cadences infernales, qui aboutissent à un chiffre inquiétant : un ouvrier meurt chaque jour sur les chantiers qataris. Un récent rapport d'une ONG népalaise pour les droits de l'homme estimait à 400 le nombre de morts sur les nombreux chantiers en cours au Qatar. En septembre dernier, les autorités qataries ont libéré deux Britanniques, membres d'une ONG, qui enquêtaient sur les conditions de travail de ces ouvriers. Une affaire qui avait fait grand bruit et qui mettait en lumière le manque de transparence des autorités. "Oui, c'est vrai, il y a des problèmes, mais nous sommes en train de les résoudre, nous mettons en place des lois, car ce n'est pas acceptable", a voulu rassurer l'émir. Le code qatari du travail est très strict, surtout pour les étrangers, qui ne peuvent casser leur contrat sans l'accord d'un tuteur. Ces travailleurs sont donc pris au piège, forcés de travailler sans relâche, parfois jusqu'à la mort.Eté ou hiver ?Outre les affaires de corruption et la question des Droits de l'homme, c'est l'organisation pratico-pratique de ce Mondial qui pose également question. Le Qatar souhaite toujours jouer en été. Pour information, la température moyenne pendant la période estivale de ce petit état souverain est supérieure à 40°c. Et dans la "fraîcheur" de la nuit, cette température redescend à 29°c... Dans ces conditions, et sans dispositif technologique, jouer au football est mission impossible. "Notre dossier de candidature prévoyait une compétition en été, mais c'est à la FIFA de décider quelle est la meilleure période", a reconnu cheikh Tamim bin Hamad al-Thani. Pour soulager les joueurs et les supporters, on prévoit de construire des stades climatisés, qui maintiendraient une température plus supportable (et encore...) de 26 à 28°c. C'est pourquoi Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, a demandé aux organisateurs de déplacer la compétition en janvier et février 2022 ou novembre et décembre 2021 ou 2022 . Une alternative qui doit encore être adaptée aux différents championnats nationaux, qui seraient ainsi complètement chamboulés par l'instauration d'un Mondial en hiver. Une réunion à la FIFA est prévue en novembre 2015 pour étudier le cas, les résultats concrets devraient être connus d'ici février 2015.La FIFA planche donc sur une solution, mais certains n'y croient pas, comme l'ancien président de la Fédération allemande. "Les médecins disent qu'ils ne peuvent pas garantir qu'une Coupe du monde puisse se tenir en été dans ces conditions" affirme Theo Zwanziger.Le Mondial 2022 dans un autre pays ?La FIFA devra donc prendre une lourde décision à l'issue de la publication du rapport de Michael Garcia. Pour Nabil Ennasri, auteur de "L'énigme du Qatar", trois scénarios sont envisageables dans ce dossier.. Le premier consisterait à élargir l'organisation aux autres pays du Golfe, pour en faire un "Mondial du monde arabe". Cela permettrait de relâcher la pression qui pèse sur le Qatar. Le deuxième scénario, ce serait l'annulation pure et simple. Le Mondial serait déplacé dans un autre pays, les Etats-Unis ou l'Australie étant les candidats les plus intéressés. Le dernier scénario est simple : garder le Mondial au Qatar, afin de ne pas enrayer ce qui s'est mis en place. La solution la moins mauvaise pour Nabil Ennasri : "Le Qatar est innocent jusqu'à ce qu'il soit reconnu coupable. De plus, le Mondial 2022 et l'extrême focalisation qu'il suscite ont induit un certain nombre de changements positifs au sein de l'émirat. Enfin, cette option présente aussi l'avantage d'inscrire le monde arabe dans le circuit de la mondialisation alors qu'un retrait aurait des conséquences symboliques désastreuses ".