Merveilleux, époustouflant, à couper le souffle. La beauté des arènes érigées par le Qatar en prévision du Mondial 2022 est inégalée. Joueurs, supporters et journalistes vont baigner dans un conte des mille et une nuits, dans deux ans. Par exemple, les plans de l'Al Bayt Stadium s'inspirent d'une tente arabe traditionnelle. Les voiles des bateaux utilisés par les pêcheurs de perles dans le Golfe persique se retrouvent dans l'architecture de l'Al-Janoub Stadium. L'Al Thumama Stadium représente une ghafiya, le couvre-chef que portent de nombreux hommes dans le monde arabe. Chacun des huit stades du Mondial a donc sa propre histoire.
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Merveilleux, époustouflant, à couper le souffle. La beauté des arènes érigées par le Qatar en prévision du Mondial 2022 est inégalée. Joueurs, supporters et journalistes vont baigner dans un conte des mille et une nuits, dans deux ans. Par exemple, les plans de l'Al Bayt Stadium s'inspirent d'une tente arabe traditionnelle. Les voiles des bateaux utilisés par les pêcheurs de perles dans le Golfe persique se retrouvent dans l'architecture de l'Al-Janoub Stadium. L'Al Thumama Stadium représente une ghafiya, le couvre-chef que portent de nombreux hommes dans le monde arabe. Chacun des huit stades du Mondial a donc sa propre histoire. Une chose est claire: le Qatar n'a pas regardé à la dépense ni à l'effort. En un temps-record, il a amélioré ses transports. Au Mondial des clubs, l'année dernière, des supporters ont déjà pu utiliser le tout nouveau réseau de métro de Doha, la capitale. "Le Qatar 2022 va permettre à des millions de personnes de découvrir le Moyen-Orient et le monde arabe", déclare Hassan Al Thawadi, le secrétaire général du comité d'organisation du Mondial 2022. "Il va les aider à mieux nous comprendre et à dissiper bon nombre de préjugés sur notre pays ou notre région. Nous sommes très heureux d'accueillir le monde en 2022." Gianni Infantino multiplie également les superlatifs quant à l'organisation du tournoi. Il y a quelques semaines, le président de la FIFA a effectué une visite à Doha. Il s'est plongé dans son luxe. Il est convaincu que les supporters du monde entier vont bientôt assister "au meilleur Mondial de tous les temps". Malheureusement, tout n'est pas rose dans le désert qatari. Amnesty International a publié un rapport qui n'est pas tendre pour le Qatar. La teneur du document: le pays a entrepris d'importantes réformes du travail, mais les applique trop peu. Des milliers de travailleurs sont toujours victimes d'abus. De précédentes enquêtes de l'organisme ont révélé qu'une centaine d'ouvriers immigrés n'avaient pas perçu de salaire pendant sept mois, lors de la construction d'un des stades. "Ce qui montre une fois de plus à quel point il est facile d'exploiter les travailleurs au Qatar, même quand ils oeuvrent à une des perles de la Coupe du monde", spécifie Steve Cockburn, d'Amnesty International. L'organisation vise également la fédération mondiale de football. "Si la FIFA avait usé de son influence pour contraindre le Qatar à opérer des réformes, il n'y aurait pas eu de tels abus", selon Cockburn. Mais la FIFA sacrifie tout au Game. Ses mots-clés? Toujours plus: plus grand, plus lucratif. Elle accueille les dommages collatéraux avec le sourire de Monsieur Propre. Les travailleurs ne sont pas les seules victimes de la machine à fric qu'est devenue la FIFA. Les footballeurs tirent de plus en plus souvent la sonnette d'alarme. La surcharge du calendrier les inquiète. La Ligue des Champions a déjà été étendue à plusieurs reprises, le Mondial des clubs est passé de sept à 24 équipes et la saison prochaine, une troisième coupe d'Europe voit le jour. Infantino a déjà rêvé d'un Mondial à 48 nations au lieu de 32, mais en vain. Depuis, l'UEFA a mis sur pied la Ligue des Nations, un tournoi qui se situe quelque part entre les matches amicaux et les officiels, mais qui rapporte gros. Tout cela profite au portefeuille des fédérations nationales, mais où placer la limite? La pandémie a accentué le débat. La semaine dernière, à la veille du match de Champions League du Real Madrid contre l'Inter, Luka Modric n'était pas particulièrement enthousiaste. "Nous vivons des temps complexes et nul ne s'inquiète de la santé des joueurs. Il y a beaucoup de blessures. Il ne faut pas créer encore plus de compétitions sous peine de déplorer encore plus de bobos. Je ne sais pas qui va disputer tous ces matches." Il n'est pas le premier. Kevin De Bruyne, Jürgen Klopp, Pep Guardiola...: ils sont tous perplexes. Le FIFPro, le syndicat international des joueurs, s'inquiète également de ces développements. "La fatigue physique et mentale des joueurs au mois de novembre est alarmante", vient de déclarer Vincent Gouttebarge, responsable médical du syndicat. "Je comprends que la plupart des supporters pensent que les joueurs sont trop grassement payés pour se plaindre, mais ils ont aussi besoin de repos pour prévenir les blessures." L'EURO a lieu l'été prochain. On n'est pas encore sûr qu'il se déroule dans douze pays comme prévu. La saison 2022-2023 va être surchargée, puisque la Coupe du monde se déroule du 21 novembre au 18 décembre et va donc interrompre toutes les compétitions nationales et européennes. Quelles en seront les conséquences physiques et mentales pour les joueurs? La FIFA poursuit son bonhomme de chemin comme si de rien n'était. Elle a adopté la même stratégie face aux allégations de corruption de fonctionnaires de la FIFA pour l'attribution des Mondiaux 2018 et 2022. Elle a certes procédé à une enquête interne et plusieurs pontes ont été suspendus à vie, mais d'après la FIFA, la Russie et le Qatar étaient irréprochables. Bref, des fake news. Mais quand on annonce aux gens qu'ils vont bientôt assister "au meilleur Mondial de tous les temps", on ressemble furieusement à un ancien président des États-Unis...