Il reste bien encore un point commun entre le PSG des années 2000 et celui des Qataris : la crise de novembre. A part ça, c'est tout. Un autre monde, une autre dimension et beaucoup d'argent et d'ambition séparent les deux époques. Pourtant, le PSG s'attarde à cultiver cette tradition désormais bien ancrée. En novembre, le club ferme boutique et se ramasse quelques défaites bien senties. En l'an 1 du nouveau règne, en 2011, Antoine Kombouaré avait lâché prise dans le clasico et subi une élimination européenne peu glorieuse face au Red Bull Salzbourg. Rebelote en l'an 2 : défaites contre Saint-Etienne et Rennes à domicile, élimination en Coupe de la Ligue. Juste de quoi pimenter cette Ligue 1, promise depuis deux ans au géant parisien. Les médias en ont profité pour s'emparer de cette crise de novembre, sans pour autant trop charger la bête. Car, alors que le nouveau PSG peinait sur la scène nationale, il flambait en Ligue des Champions : trois victoires en trois matches.

"Il y a une telle classe de différence désormais entre le PSG et les autres équipes que le club parisien peut même se permettre de lever le pied en championnat pour se concentrer sur la Coupe d'Europe", avait dit à l'époque Luis Fernandez. Depuis lors, tout est rentré dans l'ordre. Le PSG s'est détaché au classement et file vers le troisième titre de son histoire. Le premier d'une longue série. A cela s'ajoute une performance de haut vol en Ligue des Champions avec une leçon donnée à Valence et une élimination de justesse face au grand Barcelone. Les dirigeants qataris avaient ciblé le titre et un quart de finale européen comme objectifs. Atteint !

Et pourtant, ce PSG ne suscite pas l'admiration. Cette somme d'individualités ne fait pas encore une force collective. "C'est sans doute le champion le plus cher de la Ligue 1 et à l'identité de jeu la plus floue", explique Vincent Duluc, journaliste à L'Equipe. "Lors des six premiers mois, le PSG s'est montré très quelconque avant de devenir très solide défensivement après la trêve. Mais, en même temps, bien défendre, c'est la chose la plus facile du monde en football ! Le PSG reste une équipe de contres, de jeu rapide. Cela lui permet d'être champion de France mais cela ne suffit pas pour marquer l'esprit collectif."

Ancelotti, Ibrahimovic et Leonardo sur le départ

Certes, à l'instar de Chelsea ou de Manchester City, aucune équipe ne s'est formée en un jour. "On dit toujours qu'il faut du temps pour former une belle équipe mais c'est un faux débat car le PSG ne va pas prendre de temps pour installer cette équipe. Elle va changer chaque année."

Car à peine construite, cette formation pourrait déjà subir un sérieux lifting. L'entraîneur italien Carlo Ancelotti a très mal vécu qu'on le remette en question lors de la crise de novembre. Son image auprès des propriétaires qataris a pourtant évolué suite à la belle prestation contre Barcelone mais on évoque toujours un départ au Real de Madrid. "Un mec contesté au PSG et qui finit au Real, cela signifie qu'en France, on a mal compris les choses, non ?", le défend Daniel Riolo, journaliste à RMC et grand connaisseur du PSG.

Ancelotti est reconnu pour sa maîtrise des egos. Il a fait énormément de bien pour la mise en place du projet du PSG. En France, aucun entraîneur n'avait connu pareille pléthore de stars et il fallait un nom de cet acabit pour avoir une emprise sur des joueurs comme Zlatan Ibrahimovic ou Ezequiel Lavezzi. Pourtant, beaucoup lui reprochent de ne pas avoir su donner une identité de jeu plus flamboyante. A ce niveau, la place prise par l'attaquant suédois a peut-être empêché le PSG de trouver cette identité. Avec ses 32 buts en 41 matches disputés, le géant suédois a réussi pleinement sa saison mais son charisme empêche ses coéquipiers de se développer.

"Il n'a pas aidé le PSG à bien jouer. Il faisait la différence tout seul et du coup, le schéma offensif ne reposait que sur lui", estime Duluc. "Il monopolise l'attention, demande tous les ballons et en descendant très bas dans le jeu, il gêne des joueurs comme Javier Pastore", corrobore Riolo. A 31 ans, certains doutent donc que le PSG puisse passer un palier avec lui. La Juventus a déjà tenté une approche et Zlatan n'a jamais caché qu'il regrettait la vie en Italie.

Autre homme sur la sellette : Leonardo. Certes, le directeur sportif ne s'est pas beaucoup trompé dans ses achats (réussites d'Ibra, de Thiago Silva, de Lavezzi, de Marco Verratti, etc) mais on lui reproche une communication maladroite et un carnet d'adresses qui se résume à l'Italie. Or, les dirigeants qataris ont, eux, bien vu que le football se jouait d'abord en Allemagne et en Angleterre. "Il a le job le plus facile en Europe : il reçoit une tonne d'argent... pour être champion de France. Je pense que c'est jouable", affirme ironiquement Duluc.

Blaise Matuidi, la révélation

Si la politique du PSG doit encore s'affiner pour acquérir la dimension européenne, elle suffit largement pour régner en France. Lyon et Marseille ont bénéficié d'un début de championnat canon pour tenir dans le sillage du PSG jusqu'à la trêve. Mais après, la force du noyau parisien a fait l'affaire. La défense, organisée autour de Thiago Silva (qui, après une adaptation compliquée par une série de petites blessures, a fait honneur à son étiquette de meilleur défenseur du monde), s'est érigée en forteresse. Et les qualités individuelles des joueurs offensifs ont fait le reste. Ibrahimovic a mis sa valise de buts ; Lavezzi et Pastore ont enchanté par leurs éclairs de génie. Mais la grande révélation de la saison se nomme Blaise Matuidi. L'ancien Stéphanois a pris une nouvelle ampleur dans l'entrejeu. Comme Thiago Motta a souvent été blessé, c'est sur lui que reposait l'équilibre de cette formation. Il a abattu un travail défensif exemplaire, compensant souvent le manque de replacement des attaquants parisiens.

Reste désormais au PSG "nouvelle mouture" à se faire aimer en France. Les dirigeants qataris sont surpris par le dénigrement systématique dont ils sont victimes dans les médias et se demandent comment se rapprocher du peuple français. Plusieurs pistes sont étudiées : comme celles de transférer davantage de joueurs français (ou de joueurs issus de L1) ou de faire venir un entraîneur français. Dans cette optique, le nom d'Arsène Wenger revient avec insistance.

PAR STÉPHANE VANDE VELDE

Il reste bien encore un point commun entre le PSG des années 2000 et celui des Qataris : la crise de novembre. A part ça, c'est tout. Un autre monde, une autre dimension et beaucoup d'argent et d'ambition séparent les deux époques. Pourtant, le PSG s'attarde à cultiver cette tradition désormais bien ancrée. En novembre, le club ferme boutique et se ramasse quelques défaites bien senties. En l'an 1 du nouveau règne, en 2011, Antoine Kombouaré avait lâché prise dans le clasico et subi une élimination européenne peu glorieuse face au Red Bull Salzbourg. Rebelote en l'an 2 : défaites contre Saint-Etienne et Rennes à domicile, élimination en Coupe de la Ligue. Juste de quoi pimenter cette Ligue 1, promise depuis deux ans au géant parisien. Les médias en ont profité pour s'emparer de cette crise de novembre, sans pour autant trop charger la bête. Car, alors que le nouveau PSG peinait sur la scène nationale, il flambait en Ligue des Champions : trois victoires en trois matches. "Il y a une telle classe de différence désormais entre le PSG et les autres équipes que le club parisien peut même se permettre de lever le pied en championnat pour se concentrer sur la Coupe d'Europe", avait dit à l'époque Luis Fernandez. Depuis lors, tout est rentré dans l'ordre. Le PSG s'est détaché au classement et file vers le troisième titre de son histoire. Le premier d'une longue série. A cela s'ajoute une performance de haut vol en Ligue des Champions avec une leçon donnée à Valence et une élimination de justesse face au grand Barcelone. Les dirigeants qataris avaient ciblé le titre et un quart de finale européen comme objectifs. Atteint ! Et pourtant, ce PSG ne suscite pas l'admiration. Cette somme d'individualités ne fait pas encore une force collective. "C'est sans doute le champion le plus cher de la Ligue 1 et à l'identité de jeu la plus floue", explique Vincent Duluc, journaliste à L'Equipe. "Lors des six premiers mois, le PSG s'est montré très quelconque avant de devenir très solide défensivement après la trêve. Mais, en même temps, bien défendre, c'est la chose la plus facile du monde en football ! Le PSG reste une équipe de contres, de jeu rapide. Cela lui permet d'être champion de France mais cela ne suffit pas pour marquer l'esprit collectif."Ancelotti, Ibrahimovic et Leonardo sur le départCertes, à l'instar de Chelsea ou de Manchester City, aucune équipe ne s'est formée en un jour. "On dit toujours qu'il faut du temps pour former une belle équipe mais c'est un faux débat car le PSG ne va pas prendre de temps pour installer cette équipe. Elle va changer chaque année." Car à peine construite, cette formation pourrait déjà subir un sérieux lifting. L'entraîneur italien Carlo Ancelotti a très mal vécu qu'on le remette en question lors de la crise de novembre. Son image auprès des propriétaires qataris a pourtant évolué suite à la belle prestation contre Barcelone mais on évoque toujours un départ au Real de Madrid. "Un mec contesté au PSG et qui finit au Real, cela signifie qu'en France, on a mal compris les choses, non ?", le défend Daniel Riolo, journaliste à RMC et grand connaisseur du PSG. Ancelotti est reconnu pour sa maîtrise des egos. Il a fait énormément de bien pour la mise en place du projet du PSG. En France, aucun entraîneur n'avait connu pareille pléthore de stars et il fallait un nom de cet acabit pour avoir une emprise sur des joueurs comme Zlatan Ibrahimovic ou Ezequiel Lavezzi. Pourtant, beaucoup lui reprochent de ne pas avoir su donner une identité de jeu plus flamboyante. A ce niveau, la place prise par l'attaquant suédois a peut-être empêché le PSG de trouver cette identité. Avec ses 32 buts en 41 matches disputés, le géant suédois a réussi pleinement sa saison mais son charisme empêche ses coéquipiers de se développer. "Il n'a pas aidé le PSG à bien jouer. Il faisait la différence tout seul et du coup, le schéma offensif ne reposait que sur lui", estime Duluc. "Il monopolise l'attention, demande tous les ballons et en descendant très bas dans le jeu, il gêne des joueurs comme Javier Pastore", corrobore Riolo. A 31 ans, certains doutent donc que le PSG puisse passer un palier avec lui. La Juventus a déjà tenté une approche et Zlatan n'a jamais caché qu'il regrettait la vie en Italie. Autre homme sur la sellette : Leonardo. Certes, le directeur sportif ne s'est pas beaucoup trompé dans ses achats (réussites d'Ibra, de Thiago Silva, de Lavezzi, de Marco Verratti, etc) mais on lui reproche une communication maladroite et un carnet d'adresses qui se résume à l'Italie. Or, les dirigeants qataris ont, eux, bien vu que le football se jouait d'abord en Allemagne et en Angleterre. "Il a le job le plus facile en Europe : il reçoit une tonne d'argent... pour être champion de France. Je pense que c'est jouable", affirme ironiquement Duluc.Blaise Matuidi, la révélation Si la politique du PSG doit encore s'affiner pour acquérir la dimension européenne, elle suffit largement pour régner en France. Lyon et Marseille ont bénéficié d'un début de championnat canon pour tenir dans le sillage du PSG jusqu'à la trêve. Mais après, la force du noyau parisien a fait l'affaire. La défense, organisée autour de Thiago Silva (qui, après une adaptation compliquée par une série de petites blessures, a fait honneur à son étiquette de meilleur défenseur du monde), s'est érigée en forteresse. Et les qualités individuelles des joueurs offensifs ont fait le reste. Ibrahimovic a mis sa valise de buts ; Lavezzi et Pastore ont enchanté par leurs éclairs de génie. Mais la grande révélation de la saison se nomme Blaise Matuidi. L'ancien Stéphanois a pris une nouvelle ampleur dans l'entrejeu. Comme Thiago Motta a souvent été blessé, c'est sur lui que reposait l'équilibre de cette formation. Il a abattu un travail défensif exemplaire, compensant souvent le manque de replacement des attaquants parisiens. Reste désormais au PSG "nouvelle mouture" à se faire aimer en France. Les dirigeants qataris sont surpris par le dénigrement systématique dont ils sont victimes dans les médias et se demandent comment se rapprocher du peuple français. Plusieurs pistes sont étudiées : comme celles de transférer davantage de joueurs français (ou de joueurs issus de L1) ou de faire venir un entraîneur français. Dans cette optique, le nom d'Arsène Wenger revient avec insistance. PAR STÉPHANE VANDE VELDE