Dele Alli aurait pu venir tout bousiller. On joue la 68e minute de l'affiche de la 18e journée de championnat quand le talentueux milieu de terrain des Spurs écrase sa semelle droite sur la cheville de Kevin De Bruyne, qui se plie mais ne rompt pas. Une scène qui rappelle le " horror tackle " du même Alli sur Brecht Dejaegere en février dernier lors de 16e de finale d'Europa League.
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Dele Alli aurait pu venir tout bousiller. On joue la 68e minute de l'affiche de la 18e journée de championnat quand le talentueux milieu de terrain des Spurs écrase sa semelle droite sur la cheville de Kevin De Bruyne, qui se plie mais ne rompt pas. Une scène qui rappelle le " horror tackle " du même Alli sur Brecht Dejaegere en février dernier lors de 16e de finale d'Europa League. Deux minutes plus tard, KDB déboule côté gauche, passe devant Leroy Sané et est servi par Ilkay Gündogan, avant d'allumer du gauche Hugo Lloris qui ne peut que détourner l'envoi dans ses filets. Un sixième but en championnat qui vient couronner une prestation exceptionnelle à tous points de vue. Car KDB est sûrement ce qui se fait de plus complet sur la planète foot. Il actionne le pressing, distribue, prend la fondeur, tacle, et marque. Seul le jeu de tête semble manquer à sa panoplie. Aujourd'hui, les louanges pleuvent sur le divin rouquin. L'Etihad Stadium, qui accueille peut-être le plus beau spectacle d'Europe à l'heure actuelle, chantonne d'ailleurs à sa gloire. Mais au spectacle, on se contient, on se lève, on tape dans les mains et on se rassied aussi vite. Le temps est glacial, l'ambiance quasi tout autant, la brume fait son apparition mais ne gâche rien à la partition qui s'offre à nous. Tout est précis, léché, et exécuté avec une vitesse folle. Ce que vivent les fans des Citizens depuis le début de saison est tout bonnement exceptionnel. Depuis la victoire de City dans le derby, le titre de champion ne peut plus lui échapper, alors que la concurrence a déjà timbré ses lettres de félicitations. Une question reste : est-ce que City peut battre cette saison tous les records de PL ? Avec ce 16e succès de rang, en voilà un premier acté (le record du nombre de victoires en Premier League avait déjà été enlevé à Swansea lors de la précédente journée, ndlr). Pep Guardiola ne baisse pas la garde pour autant. Ce n'est pas dans son tempérament. Dans les dernières minutes de la rencontre, le stratège espagnol s'emporte sur le quatrième arbitre qui n'aurait apparemment pas compris les consignes du futur changement. Alors que tout le stade s'attend à ovationner l'homme de la soirée et de ce début de saison, Kevin De Bruyne, qui commence enfin à déposer ses mains sur les hanches, c'est l'insaisissable Leroy Sané qui est remplacé par Bernardo Silva. Mauricio Pochettino, à l'image de Jürgen Klopp l'an dernier qui dérégula par deux fois le City de Guardiola, avait misé sur un pressing haut afin d'enrayer la machine mancunienne, qui était pourtant privée de son " autre " métronome David Silva, particulièrement en verve ces dernières semaines. Sauf qu'aujourd'hui, le dernier rempart n'est plus Claudio Bravo mais Ederson, dont la qualité du jeu au pied est époustouflante. De quoi rassurer un Eliaquim Mangala trop souvent maladroit avec le cuir. Après cette nouvelle démonstration face à une des meilleures formations anglaises sur le plan technique, Pep ne cachait pas sa joie en conférence de presse. Jamais avare en compliments au sujet de non numéro 17, il s'est à nouveau lâché. " Je n'ai pas de mot. Pas de mot pour décrire une telle performance, le nombre de passe décisives (six passes-clefs face aux Spurs, ndlr), le nombre de changements d'aile, etc. Et il a continuellement le match dans sa tête, quand on a la balle mais surtout quand on ne l'a pas. Il est capable de faire un pressing de 40 mètres sur le gardien. Et en voyant ça, ses équipiers se disent : si ce gars court comme ça, je dois le faire aussi. C'est le meilleur exemple pour les jeunes et notre académie. Il nous aide à être un meilleur club et une plus grande institution pour le futur. " Le coach espagnol avait vu juste concernant KDB. Et ce, depuis longtemps. Avant d'annoncer officiellement son départ du Bayern Munich pour Man City, Guardiola a longtemps conversé avec son ami et ex-coéquipier, Txiki Begiristain, actuel directeur technique des Citizens. Il fallait préparer le terrain, rajeunir les cadres, pointer les joueurs qui allaient s'intégrer au système. Le nom de De Bruyne était inscrit en gras, il devait être le métronome du City version Guardiola alors qu'il était également annoncé avec insistance du côté du PSG, qui allait finalement se rabattre sur Angel Di Maria, et du Bayern Munich, où le technicien espagnol officiait pourtant toujours. " Je me rappelle avoir croisé Robbie Savage (ex-joueur devenu consultant pour la télé anglaise, ndlr) peu après le transfert de De Bruyne à City ", raconte Stuart Brennan, journaliste au Manchester Evening News et grand spécialiste de Manchester City. " Il m'avait dit : comment peut-on mettre 75 millions d'euros pour un tel joueur ? Les fans ne se déplacent pas au stade pour voir un Kevin De Bruyne. "Aujourd'hui, l'homme reconnaît s'être totalement loupé. " Depuis ses débuts, KDB est populaire auprès des fans mais cette saison, il a pris une nouvelle dimension. C'est le meilleur milieu de terrain au monde. Le trio qu'il forme avec Fernandinho et David Silva est exceptionnel. Ça fait plus de 20 ans que je fais ce métier et jamais je n'ai vu une telle équipe sur les pelouses anglaises. " Pep Guardiola est le premier responsable de cette révolution footballistique. Elle avait été draconienne dès la prise de pouvoir de l'Espagnol et aura pris un peu moins de douze mois à se mettre définitivement en marche. De Bruyne a compris très vite qu'il n'avait pas affaire à un tacticien lambda. Sa sortie " explosive " après le match amical des Diables face au Mexique se voulait être une prise de conscience ou plutôt une mise en garde. Totalement sous le charme de Guardiola, KDB sait mieux que quiconque l'importance du système, de la tactique. " Il est intelligent et il dit les choses ", poursuit Brennan. " Il s'arrête tout le temps en mixed zone, il est vraiment easy going. C'est aussi une façon pour lui de communiquer avec ses fans. Même s'il peut sembler timide de prime abord, il a une forte personnalité. Et c'est très important aux yeux de Guardiola. Il suffit de voir comment il brille dans les grands matches. " Face à Liverpool, Arsenal, Manchester United, Chelsea et Tottenham, à chaque fois De Bruyne a été élu homme du match. Là où l'on pointe les errements de Romelu Lukaku, qui ne serait qu'un buteur face aux sans-grade, KDB brille de plus belle. Les défenses sont moins cadenassées, les espaces plus grands, il peut alors étaler la qualité de ses courses vers l'avant. " Il a un QI de footballeur exceptionnel. Il comprend tout, joue juste, déclenche le pressing quand il le faut. C'est sans conteste le meilleur joueur de Premier League et un Ballon d'Or en puissance. Il a réussi à reléguer David Silva au second rang. Il faut arriver à se rendre compte de la performance ", témoigne Damien Comolli, ex-directeur sportif de Tottenham et Liverpool, aujourd'hui consultant en Premier League. Il est 19h20, City-Tottenham a rendu son verdict définitif depuis 5 minutes. Le stade est déjà quasiment vide. À l'image d'un match de NBA, on quitte les gradins quand la victoire (ou la défaite) est pliée. Comme à chaque fois, les Blues ont fait le taf. Ils rejoignent le couloir de l'Etihad Stadium sous de discrets applaudissements. Les Christmas songs de Mariah Carey, Tom Jones, ou Mary J Blige peuvent retentir dans des pubs, rapidement pris d'assaut. Noël est partout à Manchester où les amateurs de mauvais goût en ont pour leur argent. Quatre jours plus tôt, Huddersfield-Chelsea. À chacune de ses touches de balles, le " petit " (24.500 places) John Smith Stadium frémit. Les supporters des Terriers ont beau réserver, tradition oblige, un bel accueil au champion en titre, le traitement en défaveur d'Eden ne trompe pas. Le Belge fait peur. Repositionné à la pointe du système de Conte, Hazard fait son show. Le plus souvent en une touche. Parfois de la poitrine, le plus souvent de l'extérieur du pied droit. Toujours dans le bon timing. La seule manière de l'arrêter consiste à abîmer l'artiste. Ce que les petits gars de Town ont même du mal à faire. Alors, Eden s'amuse, distribue les caviars, mais reste en retrait. Ce soir-là, dans un coin perdu de la campagne du Yorkshire, pas de buts, même pas d'assist, mais le trophée d'homme du match et une bronca lors de son remplacement pour Michy Batshuayi à 20 minutes du terme. La routine pour un génie. Quelques instants plus tard, dans le tunnel, Eden aura un mot sympa pour son pote Laurent Depoitre, buteur dans les dernières minutes alors que la star des Blues avait déjà été mise au congélo par Conte. La rançon de la gloire pour un joueur devenu trop précieux pour travailler ses stats en fin de match quand celui-ci est déjà plié. Devant les micros, Eden s'amuse encore du retard de points sur City, se fout gentiment de la gueule d'un journaliste visiblement surpris par tant de camaraderie et refile son prix du jour à Willian. Moins détendu, il y a Thibaut Courtois. À peine le coup de sifflet final a-t-il retenti que le portier des Diables regrette déjà ce clean-sheet abandonné dans la dernière minute sur un heading parfait de Depoitre. La preuve est ainsi faite qu'il dégouline de professionnalisme en toutes circonstances là où l'indifférence semble rythmer le quotidien de Hazard. Les deux tauliers de Chelsea ne sont clairement pas taillés dans le même moule, mais courent derrière le même objectif. Le même bus, aussi. Il est 22h30 et celui des Londoniens n'attend pas. Il y a un avion privé qui les attend à Leeds dans l'heure. Oui, nous sommes en Premier League et dans trois jours il y a un autre match. Une autre aventure. Entre le 2 décembre et le 6 janvier, Chelsea aura en tout disputé 11 rencontres. De quoi vous donner envie de rentrer chez vous le plus vite possible. " Chelsea n'est pas Manchester City mais a réussi à revenir dans le coup et Hazard y est pour beaucoup ", enchaîne Damien Comolli. " En Ligue des Champions face à l'Atlético Madrid, il avait été brillantissime alors que Chelsea ne tourne plus à plein régime comme l'an dernier après les départs de Matic et Diego Costa. Aujourd'hui, Conte l'aligne devant car Alvaro Morata revient de blessure, ce qui est évidemment un sérieux désaveu pour Batshuayi. Même s'il reste plus déterminant un cran plus bas. Pourquoi ne pas l'aligner dans le rôle de David Silva aux côtés de De Bruyne en sélection ? Si vous arrivez à reproduire ce duo, je pense que les Diables seraient injouables à la Coupe du monde. " Pour Michy Batshuayi, la période est moins festive. Il n'est pas et n'a jamais été une priorité pour Antonio Conte, même si les déclarations du mentor italien à son propos se voulaient encourageantes en début de saison. Conte aurait aimé bénéficier du renfort de Fernando Llorente l'été dernier comme back-up de l'attaquant numéro un, Alvaro Morata. L'entourage de Batsman a longtemps discuté avec Monaco lors du dernier mercato mais sans arriver à un accord. Le joueur a finalement préféré poursuivre l'aventure chez les Blues plutôt que d'être prêté dans un club de Premier League de second rang. Cet hiver, l'ex-Marseillais devrait toutefois être loué en vue de la Coupe du monde. À l'inverse, Thibaut Courtois n'a jamais été discuté. Avec David De Gea, il truste le titre de meilleur gardien de Premier League. L'été dernier, son agent, Christophe Henrotay, s'était entretenu avec le Real Madrid. Mais le dernier rempart de Chelsea n'a pas la bougeotte. Il est devenu au fil des ans un cadre sur et en dehors du terrain. Il aime la rigueur d'Antonio Conte, son professionnalisme, la répétition des phases d'un jeu parfois trop téléguidé pour des artistes type Eden Hazard ou Willian. Mais Thibaut Courtois est tourné résultats et performances. Et depuis le début de sa carrière, ça lui réussit plutôt bien. Dimanche, 17 décembre, WBA-Manchester United. Dans la banlieue de Birmingham, les hommes de José Mourinho s'en vont chercher un deuxième succès de suite après la leçon reçue une semaine plus tôt par Manchester City. À la 27e minute de jeu, Romelu Lukaku reprend joliment de la tête un centre venu de la gauche. La quasi copie-conforme de son but inscrit quatre jours plus tôt face à Bourmemouth. À West Brom, Big Rom plante son 10e but de la saison (alors qu'il a délivré 4 assists). Autant que Sergio Agüero, et trois de moins que le meilleur buteur de Premier League, Mohamed Salah. Mais comme face à Bourmemouth, Lukaku n'affiche aucune joie après avoir envoyé le ballon au fond des filets. Il toise simplement ses supporters alors que ses partenaires arrivent en masse pour le féliciter. Une marque de respect pour ses anciennes couleurs ou sa façon à lui de répondre aux nombreuses critiques des dernières semaines ? En conférence de presse, José Mourinho expliquera cette non-célébration par la première option. Romelu Lukaku a connu des derniers temps difficiles. Le derby face à City, où il est impliqué dans les deux buts, n'a évidemment rien arrangé. Si l'homme dit se couper du monde extérieur et de la critique, on a du mal à le croire. D'autant que celle-ci fut particulièrement virulente. La bonne affaire de l'été s'est transformée, en quelques semaines et une période de disette devant le but, en énorme arnaque. Rien de nouveau, certes, Lukaku n'est que le symbole d'un milieu où le retournage de veste est roi. " C'est ridicule de rappeler sans arrêt le prix de son transfert ", assène Damien Comolli. " C'est un marché totalement irrationnel, qui ne répond à aucune logique. Car il y a de plus en plus de cash alors que le pool des joueurs du top est le même. La question qu'il faut se poser au sujet de Lukaku : est-il à sa place ou non ? Et, pour moi, il l'est. Il continue de marquer alors qu'il est encore très jeune et loin de son seuil de maturité. On continue à pointer ses lacunes techniques, alors qu'il a progressé sur tous les aspects ces dernières saisons et il va continuer à le faire. Il est aussi tributaire de la présence de Paul Pogba dans une équipe qui ne propose pas grand-chose en terme de jeu. " L'influence du milieu de terrain français (guidée par leur agent respectif, Mino Raiola) a joué un grand-rôle dans l'arrivée de Rom chez les Red Devils. Alors que le transfert avait été grossièrement scénarisé par le duo lors de vacances sur les hauteurs de Los Angles, la relation n'est plus au beau fixe entre la Pioche et Big Rom. Le Français n'aurait que peu apprécié toute la médiatisation autour de son comparse, le reléguant au second plan. Lukaku n'entretient pas non plus les meilleurs sentiments avec son agent. Alors qu'il soutenait l'avoir choisi il y a deux ans car " son discours était cash et direct ", des tensions sont depuis lors apparues, comme lors du refus de prolongation de contrat avec Everton (encouragée par Raiola) ou peu avant l'officialisation de son transfert. Cette fois, Romelu se méfie du double-jeu de Raiola qui a palpé une jolie commission sur son dos (les journalistes anglais parlent de 14 millions d'euros). Quand on sait qu'en Angleterre, le joueur est lui-même imposé sur la valeur de la commission lors du transfert, il y a de quoi se montrer circonspect sur le rôle exact de son impresario. Surtout quand celui-ci s'appelle Mino Raiola.Par Thomas Bricmont en Angleterre, avec Martin Grimberghs