"Ils ont fait une erreur, celle de nous laisser en vie." C'est un Julian Nagelsmann un brin arrogant qui débarque en conférence de presse avant le quart de finale retour de Ligue des Champions. Pourtant, au match aller, Villarreal a surpris l'ensemble de la planète foot en faisant vaciller la défense bavaroise. Robert Lewandowski, Leroy Sané, Thomas Müller et consorts n'ont pas trouvé la faille et finalement, Villarreal a remporté la première manche 1-0. L'erreur dont parle le jeune entraineur allemand, c'est que les hommes d'Unai Emery ont péché à la finition. Au retour, le sous-marin jaune a résisté aux vagues bavaroises après l'ouverture du score de l'inévitable Lewandowski. Les Espagnols se sont même permis, sur un dernier contre, d'anéantir les espoirs de l'ogre allemand. Score final : 1-1. Pour la deuxième fois de son histoire, Villarreal s'invite dans le dernier carré de la Ligue des Champions. Avec à sa tête, un coach réputé pour ses aventures dans la plus petite Coupe d'Europe mais qui coinçait jusque-là dans la plus prestigieuse des compétitions européennes.

Le travail jusqu'aux détails

Le coach espagnol ne cachait d'ailleurs pas son envie de réussir dans la plus grande des Coupes continentales. "Je vis une histoire d'amour avec la Ligue Europa, mais j'aimerais en vivre une autre avec la Ligue des Champions", expliquait-il dans les colonnes du journal L'Equipe. Pour réussir, Mister Europa League a utilisé les mêmes recettes que celles qui lui ont permis de glaner quatre trophées européens. Une connaissance méticuleuse de l'adversaire et une adaptation rigoureuse selon l'équipe qui se présentait devant elle. "C'est une encyclopédie du football", racontait Etienne Capoue dans le quotidien sportif français. Unai Emery a appris de ses deux échecs au Paris Saint-Germain. Il restera l'homme qui était aux commandes lors de la remontada. Une rencontre marquée par certaines décisions arbitrales encore contestées. "Au haut niveau, on en revient aux détails", développait-il dans une interview accordée au magazine France Football.

Ce qui fait le succès de l'ancien entraineur d'Arsenal, c'est sa force de travail. Il esquisse un plan différent pour chaque rencontre en prenant le soin d'exploiter chaque faille et chaque détail. Avec une constante : un 4-4-2 bien organisé, avec un bloc compact réduisant au maximum les espaces entre les lignes. À l'aller face au Bayern Munich, les deux attaquants, Gerard Moreno et Arnaut Danjuma, prenaient les espaces dans le dos des latéraux bavarois, connus pour leurs velléités offensives. Cela laissait tout le loisir aux milieux de terrain comme Giovanni Lo Celso ou Dani Parejo de s'infiltrer dans les espaces créés dans la défense. L'unique but du match à l'Estadio de la Ceramica est d'ailleurs l'application de cette théorie soigneusement préparée.

Une autre caractéristique du jeu d'Unai Emery en Ligue des Champions, ce sont les projections vers l'avant dès la récupération du ballon. Une fois le ballon récupéré, on voit une équipe qui sprinte vers l'avant, des passes verticales, pour faire mal, le plus vite possible à la défense adverse. La Juventus est passée à la trappe de cette façon, pareil pour le Bayern Munich. Quand on connait le style de jeu de Jürgen Klopp, conçu de récupérations hautes et de transitions rapides, la demi-finale de mercredi sent la poudre. On peut s'attendre à un bloc bas de la part des Espagnols, qui laisseront le moins d'espace possible à des joueurs comme Mohamed Salah, Sadio Mané ou Luis Diaz qui n'attendent que ça pour déstabiliser la défense jaune. Résister durant nonante minutes et profiter un maximum de chaque récupération, voilà le mot d'ordre qu'Emery devrait transmettre, une nouvelle fois, à ses joueurs.

Un entraineur à messages

Si ce travail d'Emery peut être exécuté à ce point, c'est également grâce à la capacité d'adaptation des joueurs qui peuplent le vestiaire de Villarreal. Un groupe taillé pour le coach espagnol qui ne se compose d'aucune star mais bien de revanchards, des joueurs qui ont échoué ailleurs ou des jeunes qui veulent franchir un palier. Emery a besoin d'un effectif qui l'écoute, un groupe avec qui il peut échanger. Francis Coquelin disait de lui dans le magazine So Foot que c'était "un entraineur à messages. Il transmet énormément à ses joueurs et communique beaucoup pour savoir si un tel dispositif nous convient. C'est un coach qui aime construire des groupes et fédérer autour de lui." Emery n'est pas un entraineur de stars, il n'aime pas les égos. À Paris, l'Espagnol avouera lui-même qu'il a échoué dans cette transmission aux joueurs, à l'image du fossé qui s'est créé avec son capitaine, Thiago Silva : "Je voulais que Thiago Silva sorte de sa zone de confort mais je n'ai pas réussi."

Le plus important pour le mentor espagnol, c'est de faire passer son message, de convaincre ses joueurs à s'adapter au plan plutôt que de les contraindre. Un style qui fonctionne particulièrement en Coupe d'Europe lors des matches couperets. Lors de ces rencontres, la concentration et la parfaite exécution du plan sont des éléments primordiaux, et le discours d'un coach est essentiel pour parvenir à avoir l'adhésion du groupe. "Si tous les joueurs étaient aussi investis que lui, il serait bien plus reconnu aujourd'hui", concédait Capoue. À Villarreal, Emery a trouvé un vestiaire investi, qui écoute et comprend son message. De quoi pouvoir préparer un nouveau plan pour les demi-finales face à Liverpool et faire tomber un troisième géant d'Europe dans ce dernier carré. Contre une équipe qui n'a perdu qu'une seule rencontre en 2022 (le huitième de finale retour contre l'Inter Milan), le défi de l'entraineur espagnol est grand. La reconnaissance n'en sera que plus belle pour celui qui veut toujours devenir le meilleur entraineur du monde.

Par Alexandre Gérard

"Ils ont fait une erreur, celle de nous laisser en vie." C'est un Julian Nagelsmann un brin arrogant qui débarque en conférence de presse avant le quart de finale retour de Ligue des Champions. Pourtant, au match aller, Villarreal a surpris l'ensemble de la planète foot en faisant vaciller la défense bavaroise. Robert Lewandowski, Leroy Sané, Thomas Müller et consorts n'ont pas trouvé la faille et finalement, Villarreal a remporté la première manche 1-0. L'erreur dont parle le jeune entraineur allemand, c'est que les hommes d'Unai Emery ont péché à la finition. Au retour, le sous-marin jaune a résisté aux vagues bavaroises après l'ouverture du score de l'inévitable Lewandowski. Les Espagnols se sont même permis, sur un dernier contre, d'anéantir les espoirs de l'ogre allemand. Score final : 1-1. Pour la deuxième fois de son histoire, Villarreal s'invite dans le dernier carré de la Ligue des Champions. Avec à sa tête, un coach réputé pour ses aventures dans la plus petite Coupe d'Europe mais qui coinçait jusque-là dans la plus prestigieuse des compétitions européennes. Le coach espagnol ne cachait d'ailleurs pas son envie de réussir dans la plus grande des Coupes continentales. "Je vis une histoire d'amour avec la Ligue Europa, mais j'aimerais en vivre une autre avec la Ligue des Champions", expliquait-il dans les colonnes du journal L'Equipe. Pour réussir, Mister Europa League a utilisé les mêmes recettes que celles qui lui ont permis de glaner quatre trophées européens. Une connaissance méticuleuse de l'adversaire et une adaptation rigoureuse selon l'équipe qui se présentait devant elle. "C'est une encyclopédie du football", racontait Etienne Capoue dans le quotidien sportif français. Unai Emery a appris de ses deux échecs au Paris Saint-Germain. Il restera l'homme qui était aux commandes lors de la remontada. Une rencontre marquée par certaines décisions arbitrales encore contestées. "Au haut niveau, on en revient aux détails", développait-il dans une interview accordée au magazine France Football. Ce qui fait le succès de l'ancien entraineur d'Arsenal, c'est sa force de travail. Il esquisse un plan différent pour chaque rencontre en prenant le soin d'exploiter chaque faille et chaque détail. Avec une constante : un 4-4-2 bien organisé, avec un bloc compact réduisant au maximum les espaces entre les lignes. À l'aller face au Bayern Munich, les deux attaquants, Gerard Moreno et Arnaut Danjuma, prenaient les espaces dans le dos des latéraux bavarois, connus pour leurs velléités offensives. Cela laissait tout le loisir aux milieux de terrain comme Giovanni Lo Celso ou Dani Parejo de s'infiltrer dans les espaces créés dans la défense. L'unique but du match à l'Estadio de la Ceramica est d'ailleurs l'application de cette théorie soigneusement préparée. Une autre caractéristique du jeu d'Unai Emery en Ligue des Champions, ce sont les projections vers l'avant dès la récupération du ballon. Une fois le ballon récupéré, on voit une équipe qui sprinte vers l'avant, des passes verticales, pour faire mal, le plus vite possible à la défense adverse. La Juventus est passée à la trappe de cette façon, pareil pour le Bayern Munich. Quand on connait le style de jeu de Jürgen Klopp, conçu de récupérations hautes et de transitions rapides, la demi-finale de mercredi sent la poudre. On peut s'attendre à un bloc bas de la part des Espagnols, qui laisseront le moins d'espace possible à des joueurs comme Mohamed Salah, Sadio Mané ou Luis Diaz qui n'attendent que ça pour déstabiliser la défense jaune. Résister durant nonante minutes et profiter un maximum de chaque récupération, voilà le mot d'ordre qu'Emery devrait transmettre, une nouvelle fois, à ses joueurs. Si ce travail d'Emery peut être exécuté à ce point, c'est également grâce à la capacité d'adaptation des joueurs qui peuplent le vestiaire de Villarreal. Un groupe taillé pour le coach espagnol qui ne se compose d'aucune star mais bien de revanchards, des joueurs qui ont échoué ailleurs ou des jeunes qui veulent franchir un palier. Emery a besoin d'un effectif qui l'écoute, un groupe avec qui il peut échanger. Francis Coquelin disait de lui dans le magazine So Foot que c'était "un entraineur à messages. Il transmet énormément à ses joueurs et communique beaucoup pour savoir si un tel dispositif nous convient. C'est un coach qui aime construire des groupes et fédérer autour de lui." Emery n'est pas un entraineur de stars, il n'aime pas les égos. À Paris, l'Espagnol avouera lui-même qu'il a échoué dans cette transmission aux joueurs, à l'image du fossé qui s'est créé avec son capitaine, Thiago Silva : "Je voulais que Thiago Silva sorte de sa zone de confort mais je n'ai pas réussi." Le plus important pour le mentor espagnol, c'est de faire passer son message, de convaincre ses joueurs à s'adapter au plan plutôt que de les contraindre. Un style qui fonctionne particulièrement en Coupe d'Europe lors des matches couperets. Lors de ces rencontres, la concentration et la parfaite exécution du plan sont des éléments primordiaux, et le discours d'un coach est essentiel pour parvenir à avoir l'adhésion du groupe. "Si tous les joueurs étaient aussi investis que lui, il serait bien plus reconnu aujourd'hui", concédait Capoue. À Villarreal, Emery a trouvé un vestiaire investi, qui écoute et comprend son message. De quoi pouvoir préparer un nouveau plan pour les demi-finales face à Liverpool et faire tomber un troisième géant d'Europe dans ce dernier carré. Contre une équipe qui n'a perdu qu'une seule rencontre en 2022 (le huitième de finale retour contre l'Inter Milan), le défi de l'entraineur espagnol est grand. La reconnaissance n'en sera que plus belle pour celui qui veut toujours devenir le meilleur entraineur du monde.Par Alexandre Gérard