A quelques heures du match de Ligue des Champions à Genk, les joueurs descendent du bus dans une quasi-indifférence. Dries Mertens et Lorenzo Insigne, considérés comme les stars de l'équipe, n'ont pas l'air heureux. Le Belge est pourtant sur le point de battre le record du nombre de buts inscrits par Diego Maradona et il est très populaire en ville. Insigne est non seulement un des trois internationaux italiens de Naples (avec le défenseur Giovanni Di Lorenzo et le gardien Alex Meret), mais également le seul vrai Napolitain de l'équipe.
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A quelques heures du match de Ligue des Champions à Genk, les joueurs descendent du bus dans une quasi-indifférence. Dries Mertens et Lorenzo Insigne, considérés comme les stars de l'équipe, n'ont pas l'air heureux. Le Belge est pourtant sur le point de battre le record du nombre de buts inscrits par Diego Maradona et il est très populaire en ville. Insigne est non seulement un des trois internationaux italiens de Naples (avec le défenseur Giovanni Di Lorenzo et le gardien Alex Meret), mais également le seul vrai Napolitain de l'équipe. Mais ce soir-là, Carlo Ancelotti a décidé de se passer d'eux. Alors que toute sa famille est dans la tribune, Mertens a appris qu'il serait sur le banc. C'est le Polonais Arkadiusz Milik, attaquant de pointe préféré d'Ancelotti, qui joue à sa place de prédilection. Lorsque Milik est revenu de blessure il y a deux ans, Aurelio De Laurentiis, le propriétaire du club, n'a guère apprécié que Maurizio Sarri continue à aligner Mertens en pointe. En 2016, De Laurentiis avait versé 32 millions d'euros sur le compte de l'Ajax pour faire venir le Polonais et il avait bien l'intention de le revendre avec bénéfice quelques années plus tard. Insigne, lui, a appris juste avant le départ pour la Luminus Arena qu'il passerait la soirée dans la tribune. Carlo Ancelotti estime qu'il ne s'est pas suffisamment entraîné au cours des jours précédents et il veut faire un exemple. Il a l'embarras du choix car à Naples, tous les postes sont dédoublés. Et Ancelotti a annoncé qu'il ferait encore plus tourner cette saison que lors de la saison dernière. Mais à Genk, Naples doit se contenter d'un nul. Milik est invisible et Mertens, entré au jeu dans la dernière demi-heure, n'est guère meilleur. Un coup dur car Naples, qui a pourtant battu Liverpool quelques semaines plus tôt, manque de régularité en championnat aussi. Il joue bien lors des grands matches mais mal contre les petites équipes. Comme si, après les départs de Marek Hamsik en février et de Raúl Albiol en juin, l'équipe manquait de leaders. Ces contre-performances sont surprenantes car lors du mercato d'été, le principal adversaire de la Juventus s'était encore renforcé. Aurelio De Laurentiis avait déboursé 112 millions d'euros pour acheter des nouveaux joueurs et combler l'écart qui le séparait des Turinois. Seuls la Juve et l'Inter d'Antonio Conte avaient dépensé plus. Kalidou Koulibaly, acheté à Genk pour 8 millions d'euros en 2014 et dont de Laurentiis estime qu'il vaut à présent 100 millions, s'était vu adjoindre l'aide du Grec Kostas Manolas, considéré, à l'instar de Koulibaly, comme un des meilleurs défenseurs de Serie A. Pour s'assurer ses services, Naples n'avait pas hésité à verser 36 millions sur le compte de l'AS Rome. Sur le flanc droit, Giovanni Di Lorenzo, venu d'Empoli pour 9 millions seulement, avait vite fait office de révélation. La défense, considérée comme le point faible de l'équipe la saison dernière, semblait donc désormais solide. De plus, jusqu'au dernier jour du mercato, De Laurentiis avait tenté d'acheter Mauro Icardi à l'Inter mais l'attaquant avait rapidement fait savoir qu'en Italie, seule la Juventus l'intéressait. Finalement, il avait été prêté au PSG et Naples a transféré Fernando Llorente, en fin de contrat à Tottenham et, dès lors, gratuit. Mais le grand coup frappé par De Laurentiis, c'était le transfert pour 46 millions de Hirving Lozano, l'ailier mexicain du PSV. Jamais il n'avait dépensé autant d'argent pour un joueur depuis qu'il avait repris le club en faillite en 2006 et l'avait ramené de la D3 aux sommets du football italien. Avec ce noyau, Naples faisait figure d'outsider principal pour le titre mais trois mois plus tard, avant le match de Ligue des Champions à Liverpool, il n'était que septième en championnat et miné par un conflit interne entre le propriétaire et les joueurs. Après le nul à domicile contre Salzbourg en Ligue des Champions, ceux-ci avaient refusé de partir au vert pour une semaine et étaient rentrés chez eux. Du coup, le propriétaire avait voulu leur infliger l'amende maximale autorisée en Italie (25 % du salaire) et les joueurs avaient menacé d'aller en justice. Comme si ce conflit interne et les mauvais résultats ne suffisaient pas, plusieurs joueurs et/ou leurs femmes ont été victimes de home jacking ou d'attaques. A Naples, c'est courant. L'an dernier, Milik et sa femme avaient été agressés et dévalisés en pleine rue. Pendant la trêve internationale, les épouses d'Allan, Piotr Zielinski et Insigne ont quitté provisoirement la ville, traumatisées. Quoi qu'il en soit, après avoir conservé ses piliers pendant plusieurs années, De Laurentiis veut désormais faire le ménage. En janvier, le PSG avait manifesté son intérêt pour le Brésilien Allan mais le président napolitain avait estimé que l'offre de 75 millions faite par le club parisien était insuffisante. Il voulait 100 millions. Aujourd'hui, il veut acheter des jeunes joueurs dans l'intention de les revendre plus tard. Le nom de Sander Berge (Genk) revient souvent. Mertens et José María Callejón, qui en sont tous deux à leur septième saison (seul Insigne, formé au club, est là depuis plus longtemps), sont poussés vers la sortie. Ils sont en fin de contrat et veulent resigner aux mêmes conditions mais De Laurentiis n'a pas l'intention de les suivre. Soit ils revoient fortement leurs prétentions à la baisse, soit ils s'en vont. Et le fait qu'ils étaient à la base de la mutinerie au sujet de la mise au vert ne plaide pas en leur faveur. Même la tête de Carlo Ancelotti, toujours serein, semblait mise à prix mais mercredi soir, son horizon et celui des joueurs contestés s'est quelque peu dégagé. Grâce au but de Dries Ciro Mertens à Anfield, Naples n'a plus besoin que d'un point contre Genk pour se qualifier pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Ce but à Anfield est le 117e de Mertens en six ans et demi sous le maillot napolitaine. Plus que quatre et il rejoindra Marek Hamsik, le meilleur buteur absolu de l'histoire de Naples. A moins que le club ne le pousse vers la sortie en janvier ou qu'Ancelotti continue à faire tourner comme il le fait cette saison. Mertens quittera Naples par la grande porte et, après la Pizza Margherita, il y aura une Pizza Mertens. On peut déjà passer commande.