Par Lentin Goodijk (Voetbal International)
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Par Lentin Goodijk (Voetbal International)"À la fin de cette saison, nous dirons au revoir à Rayane Bounida. Avec des regrets dans nos coeurs, mais aussi avec nos voeux de réussite les plus sincères." écrit dans un communiqué le RSC Anderlecht ce dimanche soir. Le club le plus titré du Royaume a tout fait pour garder son joyau de la couronne de Neerpede, mais son départ semblait inévitable. C'était déjà clair avant le début de l'année. Le président d'Anderlecht, Wouter Vandenhaute, a bien tenté d'intervenir pour que Bounida continue de grandir à l'ombre de Saint-Guidon. Il a même appelé les supporters à se mobiliser. "Peut-être que nos fans peuvent applaudir à la minute 14, son numéro de maillot", a déclaré le président des Mauves dans le podcast MIDMID.En vain, puisque c'est à Amsterdam et non pas à Bruxelles que Bounida a signé lundi son premier contrat professionnel. Il semble clair que l'Ajax s'est attaché les service d'un joueur spécial. C'est un transfert pour lequel les Amstellodamois ont travaillé dur dans l'ombre. Mais pourquoi l'Ajax a-t-il voulu aller aussi loin pour attirer Bounida et pourquoi il sera logique d'être patient avec le jeune Belge ?Les amateurs de foot découvrent le petit Bounida sur les réseaux sociaux voici huit ans. Ce petit milieu de terrain né en 2006 fait le buzz sur YouTube grâce à une vidéo de compilation de ses meilleures actions publiée par son père. Les images sont immédiatement devenues virales. Les amateurs de football en Belgique et à l'étranger sont stupéfaits par la facilité et la bravoure avec lesquelles le petit sur le terrain a dribblé ses adversaires pour ensuite marquer. Bounida fait un tabac. De plus en plus de vidéos de ses dribbles géniaux fleurissent sur la toile, toutes accompagnées des plus grands superlatifs. À peine pubère, Bounida paraphe un contrat de sponsoring avec Nike et est invité à réaliser des vidéos de freestyle avec les rois de YouTube. Au printemps 2017, peu après son treizième anniversaire, la chaîne de Soufiane Touzani met en ligne une compilation de Bounida titrée : "GREATEST TALENT IN THE WORLD !", qui a été visionnée depuis par plus de deux millions d'internautes. Un an plus tard, Bounida est opposé au champion du monde de freestyle Sean Garnier. Une vidéo qui fera plus de sept millions ( !) de vues. Sur sa propre page Instagram, tenue de manière très professionnelle, le Belge de seize ans compte désormais un peu moins de 400 000 followers, soit plus qu'Anderlecht sur le même réseau. C'est une tendance que l'on observe de plus en plus souvent depuis l'essor des médias sociaux. Tout le monde veut être le premier à dire qu'il connaissait dès le début la nouvelle Next Big Thing ou Rising Star.Entre tous ces superlatifs et cette attention croissante, Bounida effectue ses premiers pas vers la maturité, à l'intérieur comme à l'extérieur des lignes. Anderlecht a essayé de l'aider autant que possible dans son évolution. Ce Belge aux racines marocaines est né à un jet de pierre de Bruxelles et a rejoint la très prisée académie de Neerpede dès l'âge de sept ans. Le club s'est efforcé de protéger Bounida de cette attention débordante, mais n'a pas non plus caché sa fierté d'avoir un tel talent dans ses rangs. "Rayane est un talent exceptionnel", a déclaré le responsable de l'académie des jeunes Jean Kindermans en 2020. "Cela fait quinze ans que je suis dans le métier et je n'ai pas vu beaucoup de joueurs de son niveau", a ajouté celui qui a également vu grandir des joueurs comme Romelu Lukaku et Youri Tielemans.Dans le même reportage de Sporza, Urbain Haesaert, le responsable du recrutement d'Anderlecht de 2010 à 2018, s'est également exprimé sur Rayane Bounida. "C'est un joueur du top européen, un joueur incroyablement bon et qui dispose de toutes les qualités nécessaires pour réussir. Il est encore petit et devra encore grandir un peu, mais c'est un joueur d'une valeur incroyable, qui est capable de jouer à plusieurs postes. Il est tellement fort aussi bien techniquement que tactiquement ", affirmait encore le découvreur de talents qui est revenu à l'Ajax en 2018. Dans la capitale néerlandaise, le scout aujourd'hui âgé de 80 ans a déjà fait venir d'autres talents belges au début du siècle, puisqu'il est impliqué dans les recrutements de Thomas Vermaelen, Jan Vertonghen, Toby Alderweireld, Tom de Mul et Stanley Aborah, pour ne citer qu'eux. Il y a un an et demi, Haesaert avait déjà reconnu que les Amstellodamois étaient intéressés par Bounida. "Bien sûr, mais qui ne le ferait pas ? Barcelone, Manchester, Chelsea : tout le monde veut Rayane Bounida''.La concurrence était féroce et l'Ajax a donc employé tous les moyens nécessaire pour convaincre Bounida de venir dans la capitale des Pays-Bas. L'été dernier, le grand talent et sa famille ont été invités à une visite approfondie de De Toekomst, l'équivalent de Neerpede. Toutes les stars de l'Ajax sont venues et Mo Nouri, le frère d'Abdelhak, était également présent. Bounida est l'une des idoles de Nouri et il lui dédie encore régulièrement des buts en montrant le chiffre 34 avec ses doigts. L'offensive de charme des Amstellodamois semble avoir fonctionné. Car si plusieurs grands clubs européens ont tenté d'attirer Bounida avec des contrats encore plus juteux, il n'a plus changé d'avis ces derniers mois. L'Ajax serait sa prochaine destination.A Anderlecht, ce choix a fait mal. L'académie est désormais très réputée et l'entraîneur principal Vincent Kompany est réputé pour donner souvent sa chance aux jeunes joueurs (même si ça se voit moins cette saison). "Il va sans dire que le Royal Sporting Club d'Anderlecht a entamé des discussions à temps pour lier Rayane au club. Notre club a offert à Rayane un parcours sur mesure pour finalement faire ses débuts rêvés dans l'équipe première", a écrit le club dans un communiqué la semaine dernière. Cette situation contractuelle a suscité beaucoup d'émoi en Belgique. Et finalement, même Kompany a été invité à réagir. Le jeune entraîneur a préféré prononcer de sages paroles. "Il ne faut pas oublier que Rayane est encore un enfant", a souligné l'entraîneur anderlechtois, qui a également dû faire face à beaucoup de pression et d'attention extérieures lorsqu'il était jeune à Anderlecht. "Oui, mais je n'avais pas des millions de followers sur les médias sociaux et les gens ne posaient pas de questions sur moi à l'entraîneur de l'équipe première", a-t-il ajouté avec une pointe d'ironie.Dimanche, trois jours après son seizième anniversaire, Anderlecht a confirmé le départ de Bounida. Dans une déclaration détaillée, le club a exprimé sa déception d'une manière honnête, mais élégante et correcte. "Malgré le parcours sportif tracé, Rayane choisit de poursuivre sa formation à l'étranger. Le club regrette, mais respecte sa décision. Le RSCA tient à remercier le staff sportif et surtout tous les entraîneurs qui ont guidé Rayane pendant toutes ces années pour leur engagement. Le RSCA continuera à investir dans ces nombreux autres talents qui se préparent aujourd'hui à un avenir brillant à Neerpede. Pour eux, un parcours sportif les attend, qui les mènera peut-être à l'équipe première du RSCA. Comme nos fans l'attendent de notre club et de nos joueurs. À la fin de cette saison, nous dirons au revoir à Rayane Bounida. Avec des regrets dans nos coeurs, mais aussi avec nos voeux de réussite les plus sincères. Rayane est un enfant de Neerpede, un ket de la maison, pour toujours". Le milieu de terrain lui-même a réagi à ses adieux dans une vidéo léchée sur Instagram : " Je me porte bien ici et j'ai le mauve dans le sang, mais pour voler, il faut parfois quitter le nid ". Et il est temps de voler maintenant.Lundi, Bounida a atterri à Amsterdam où il espère franchir la prochaine étape de son développement dès l'été prochain. La patience devra être de mise dans son cas, non seulement pour lui-même mais certainement aussi pour tous ses suiveurs et supporters. Par le passé, des étiquettes d'"enfant prodige" ou de "nouveau Lionel Messi" ont pesé trop lourdement sur les épaules d'un footballeur qui a encore tant à apprendre. Physiquement, bien sûr, il doit encore se développer vu qu'il ne mesure qu'1m62 pour 48 kilos. Bounida n'est certainement pas encore prêt sur ce point pour la première division néerlandaise mais Haesaert n'est pas inquiet à ce sujet. "Le physique, ça se développe. La classe individuelle et la vision du jeu, c'est beaucoup plus difficile, et Rayane en dispose en abondance", a assuré le recruteur à Sporza.Le talent naturel de Bounida est extraordinaire, c'est indéniable. Sa capacité à diriger le ballon et son intelligence sur le terrain sont tout simplement étonnants et bufflants à son âge. Bounida dribble incroyablement bien et pense plus vite que les autres. Il joue le plus souvent dans un rôle de milieu de terrain offensif où il peut trouver des ouvertures aussi bien du pied gauche que du droit. Son jeu sans ballon est aussi déjà très bon car il sait reconnaître les moments où il faut aller en profondeur ou joindre les attaquants.Bref, le talent et le potentiel sont indéniablement présents. Sa bravoure et ses qualités techniques dans les petits espaces devraient permettre à Rayane Bounida de s'intégrer à l'Ajax. Mais il reste important de souligner que les footballeurs se développent rarement de manière linéaire. Lorsqu'on évalue un jeune talent, on part souvent du principe qu'il va grandir de manière exponentielle dans tous les domaines, alors que nous savons maintenant que ce n'est pas toujours le cas. Les exemples en la matière ne manquent pas."Le club a tout fait pour développer au maximum le talent de Rayane et des nombreux autres joueurs prometteurs de Neerpede. En premier lieu au niveau sportif, avec un encadrement professionnel des jeunes joueurs qui compte parmi les meilleurs d'Europe. Mais aussi sur le plan personnel et au niveau de son parcours scolaire, notre club l'a toujours encouragé et guidé à viser le meilleur. Tout cela a contribué à l'énorme talent mais aussi au grand garçon qu'est Rayane Bounida aujourd'hui", a souligné le club bruxellois dans son communiqué publié dimanche.Cet encadrement sera également important à l'Ajax, même si Bounida peut également compter sur le soutien de sa famille comme l'expliquait Jean Kindermans en 2020 : "Rayane a une famille fantastique. Son père est très terre à terre et a conscience des étapes qui doivent encore être franchies. C'est une question de patience, de travail acharné et d'un peu de chance". Le potentiel est différent de la garantie, mais au moins la dernière acquisition de l'Ajax a beaucoup de potentiel.