C'est une interview sans vagues que l'attaquant argentin Mauro Icardi (26) a accordée à LaGazzetta dello Sport, à l'occasion des 40 jours de son transfert au PSG. Et personne ne s'en est plaint.

Le joueur lui-même est content, même si Paris n'était pas son premier choix. " Je ne m'attendais pas à être reçu avec autant d'affection. Dès mon premier échauffement, l'accueil a été très chaleureux. "

Au PSG, on est satisfait également : Mauro se montre positif à l'égard du club, de l'entraîneur et de ses équipiers. Devant, la concurrence est pourtant très forte avec Neymar,Mbappé et, bientôt, Edinson Cavani. " C'est chouette de jouer aux côtés de joueurs super talentueux qui peuvent faire basculer un match à tout moment. Nous nous entendons bien en dehors du terrain également. Je suis vraiment tombé dans un chouette groupe. "

Les tifosi de l'Inter sont contents également. Ces dernières années, avec Icardi, c'était je t'aime moi non plus. " Nous avons déjà une maison à Milan mais nous en construisons encore une autre, près du nouveau siège de l'Inter, car c'est à Milan que nous voulons nous établir après ma carrière, mon épouse et moi. "

Pas un reproche non plus au nouvel entraîneur de l'Inter, Antonio Conte. Dès son arrivée, en mai, celui-ci avait pourtant clairement annoncé que le chapitre Icardi était clos. " L'Inter a trouvé un entraîneur qui veut gagner. "

Mais que va-t-il faire, au printemps prochain, lorsque son contrat de location au PSG viendra à échéance. " On fera le point à la fin du mois de mai. "

Victime d'un nouveau système

Beppe Marotta, le directeur général de l'Inter, se frotte les mains : la première grande interview accordée par Icardi après son départ tumultueux, qui a tenu la presse italienne en haleine cet été n'a pas fait de dégâts. C'est une bonne chose après que l'attaquant est parti à Paris avec une option d'achat de 70 millions le dernier jour du mercato mais non sans avoir prolongé son contrat jusqu'en 2022.

Comment la situation a-t-elle pu se dégrader à ce point alors qu'un an plus tôt, Icardi était encore le King de l'Inter ? Il y a un an, la carrière de Mauro Icardi tenait encore du conte de fées.

Le 23 octobre, il montait sur le terrain du Camp Nou avec ses équipiers et, comme tout le monde, il faisait une photo du stade vide mais imposant dans lequel son équipe allait affronter le FC Barcelone le lendemain en Ligue des Champions.

Il avait pourtant déjà une photo de lui au Camp Nou, mais sous le maillot du Barça. A ses côtés, ses parents, Juan Icardi et Analia Rivero, posaient fièrement. Elle avait été prise en 2008, alors qu'il venait de signer un contrat avec le club blaugrana. Il avait alors passé deux ans et demi à La Masia, le centre de formation qui a façonné Lionel Messi et tant d'autres stars.

© getty

Sa première saison s'était bien passée. Il débarquait d'un petit club de Gran Canaria, une des Iles Canaries, où sa famille s'était établie en 2002, après avoir quitté l'Argentine en raison de la crise économique. Les choses avaient changé le 2 mai 2009. Ce jour-là, le Barça s'était imposé au Real sur le score de 2-6 grâce à une trouvaille tactique.

Pep Guardiola avait inversé les rôles de Lionel Messi et Samuel Eto'o, alignant le meneur de jeu en pointe. Un coup dur pour l'évolution du jeune attaquant argentin car le Barça allait également appliquer ce système dans les équipes d'âge. Oscar Garcia, l'entraîneur des espoirs, faisait avancer Rafinha d'un cran et Icardi jouait de moins en moins. Il demandait donc à Barça TV de lui procurer des images de ses buts afin de les rassembler sur un DVD à l'intention des clubs intéressés.

Mauro et Wanda n'hésitent pas à s'afficher publiquement., getty
Mauro et Wanda n'hésitent pas à s'afficher publiquement. © getty

Coup de foudre en Méditerranée

C'est ainsi qu'en janvier 2011, un scout de la Sampdoria avait débarqué à Barcelone afin d'assister au derby face à l'Espanyol, en espoirs. Mais le jeune homme de 18 ans, que Riccardo Pecini était venu visionner, était sur le banc et n'était entré qu'à un quart d'heure du terme. Après le match, les deux hommes avaient discuté et Icardi avait décidé de quitter le Barça pour tenter sa chance en D2 italienne.

Il était sûr d'avoir pris la bonne décision. Au Barça, il n'aurait de toute façon pas joué de si tôt en équipe première. Comment un joueur de 18 ans qui ne peut évoluer qu'à une seule position pouvait-il imaginer prendre la place de Messi ? " Je n'ai jamais regretté mon choix ", dit Icardi. " Je voulais jouer et je savais qu'à Barcelone, je n'avais pratiquement aucune chance d'y arriver. "

Un an et demi plus tard, la Sampdoria avait acheté le joueur qui avait beaucoup progressé en Primavera, l'équipe espoirs. Chez les pros, il avait été accueilli par un autre Argentin avec qui il devenait ami : Maxi Lopez, qui était également passé par le Barça (voir encadré). Il s'était également très bien entendu avec la femme de celui-ci, Wanda Nara.

En 2013, le couple avait invité le jeune joueur de 20 ans sur son bateau pour des vacances dans les Iles Eoliennes, en Méditerranée. Et là, ça avait été le coup de foudre entre Wanda et Icardi, six ans plus jeune qu'elle.

Cet été-là, Icardi était passé à l'Inter pour 13 millions. Naples le voulait également. Quant aux relations avec Maxi Lopez, elles étaient inexistantes : lorsque les deux hommes se rencontraient en match, ils ne se serraient même plus la main.

Un an après avoir épousé Wanda, en 2014, Icardi lui avait demandé de devenir son agent. A l'époque, elle s'occupait déjà de ses relations publiques. En 2016, elle lui avait obtenu un bien meilleur contrat. Au lieu de 1,3 million par an, il touchait désormais cinq millions, primes comprises.

Le salaire de la discorde

Le 24 octobre, c'est avec le brassard de capitaine que l'attaquant argentin montait sur le terrain de Barcelone, bien déterminé à démontrer qu'il faisait partie du cercle des grands attaquants, capables de marquer la Ligue des Champions de leur empreinte.

L'Inter s'était qualifié pour cette épreuve pour la première fois en six ans et, pour Icardi, il s'agissait d'une première expérience à ce niveau. En Serie A, il n'avait plus rien à prouver : il avait déjà été deux fois meilleur buteur. En 2014, il avait inscrit 22 buts, tout comme Luca Toni (Hellas Vérone). Quatre ans plus tard, il avait marqué 29 buts, à l'instar de Ciro Immobile.

Peu avant le match à Barcelone, il avait inscrit le but de la victoire face à l'AC Milan, même si le souvenir qu'on garde de ce match est surtout celui du bisou qu'il avait donné à Wanda après le coup de sifflet final. Au Camp Nou, Icardi se mettait en évidence, tout comme lors du match retour, au cours duquel il inscrivait le but égalisateur après avoir marqué pour la première fois en Ligue des Champions face à Tottenham.

Bref, tout semblait réuni pour la signature d'un nouveau contrat, dont on parlait depuis longtemps en coulisses. Les choses devaient être réglées avant la fin de l'année. Le contrat d'Icardi, qui courait jusqu'en 2021 et dont la clause de rupture était fixée à 110 millions d'euros, faisait de lui un des joueurs les mieux payés de Serie A.

Il touchait 4,5 millions d'euros par an. Certes, Cristiano Ronaldo (31 millions) était sur une autre planète mais ce qui dérangeait Wanda Nara, c'était que son mari touchait moins que son compatriote Paulo Dybala, équipier de Ronaldo à la Juventus et rival d'Icardi pour une place en équipe nationale.

Tiki Taka à la Wanda

Wanda demandait une prolongation de contrat jusqu'en 2023 et un salaire annuel de 8 millions d'euros, ce qui aurait fait d'Icardi le joueur le mieux payé de Serie A après Cristiano Ronaldo. Pour l'Inter, c'était trop. Beppe Marotta et les dirigeants chinois du club étaient prêts à lui offrir au maximum 6 millions d'euros, montant pouvant grimper à 7 millions avec les primes.

Les négociations étaient interrompues et reportées au début de l'année suivante. Icardi avait besoin de vacances. Elles auront duré plus longtemps que prévu, Icardi rentrant d'Argentine quelques jours plus tard. Ce n'était pas bon signe au moment d'entamer les négociations. Le capitaine avait enfreint le règlement d'ordre intérieur et montré le mauvais exemple à ses équipiers.

Comme Lautaro Martinez, rentré trop tard d'Argentine également, il était mis à l'amende. Mais si Martinez s'en tirait avec 25.000 euros, Icardi devait verser 100.000 euros. Les dirigeants de l'Inter tiquaient encore davantage en lisant dans une interview accordée par Wanda Nara au quotidien espagnol AS que " de nombreux clubs étaient intéressés par Mauro " et qu'on " était loin d'avoir trouvé un accord concernant la prolongation de son contrat. L'Inter ne nous a pas encore fait de proposition convenable. "

Wanda Nara n'imaginait pas l'ampleur des dégâts. Dès qu'elle apparaissait en public, dans la presse ou sur les réseaux sociaux, elle focalisait l'attention. Dans Tiki Taka, un talk show sur le football, on remarquait autant ses décolletés plongeants que son discours quant à la situation de Mauro ou ce qui se passait à l'Inter. La matière était sensible mais elle mettait les pieds dans le plat alors que, par ailleurs, elle devait encore négocier le contrat de son mari.

Le 10 février, toujours dans Tiki Taka, elle se lamentait : " J'aimerais que le club protège davantage Mauro car, parfois, il y a des indiscrétions. " Et elle ajoutait : " Si je dois choisir entre un nouveau contrat et un joueur capable de donner cinq bons ballons, je préférerais qu'on engage quelqu'un qui soutienne davantage Mauro. "

L'Inter demandait au joueur ce qu'il pensait de tout cela. La plupart du temps, Icardi se tenait tranquille mais dans ce cas, il prenait la défense de son épouse.

Un attaquant en panne

La meilleure chose qu'un attaquant sous pression puisse faire, c'est inscrire des buts de façon à faire taire tout le monde. Mais début 2019, Mauro Icardi n'y arrivait plus. Or, tout le monde sait qu'un attaquant qui ne marque pas est un homme seul. Surtout s'il ne retrousse pas les manches pour aider ses équipiers.

Icardi est un attaquant à l'ancienne, qui attend le ballon dans le rectangle et entame une action ou marque. Bref : un joueur qui fait la différence lorsqu'il est bien servi ou qu'il peut profiter d'une erreur de l'adversaire, comme la semaine dernière au Club Bruges.

Le 13 février dernier, il se présentait à l'entraînement, comme d'habitude, mais à 12h20, il était appelé dans le bureau du directeur sportif qui lui signifiait qu'il ne serait plus capitaine.

A 12h34, l'Inter tweetait : " L'Inter communique que, désormais, le brassard de capitaine sera porté par Samir Handanovic. Immédiatement, Marcelo Brozovic, qui n'était pas n'importe qui dans le vestiaire, likait le tweet.

Après un bref entretien, l'attaquant décidait de ne pas partir à Vienne, où son équipe disputait un match d'Europa League deux jours plus tard. A 14 heures, il montait dans sa voiture et rentrait chez lui.

Au cours des semaines qui suivaient, dès qu'il arrivait au club, il allait voir le kiné. Il avait mal au genou, et ça pouvait durer. Ça durait même tellement que le club faisait appel à un conciliateur. Spalleti, l'entraîneur, devenait fou. Il ne contrôlait plus son vestiaire et savait qu'on allait le lui reprocher.

Dès avant la fin du championnat, il était acquis que l'entraîneur ne resterait pas même si, lors de la toute dernière journée, il parvenait à qualifier l'équipe pour la deuxième fois d'affilée pour la Ligue des Champions. Icardi, titulaire, était pratiquement invisible et manquait la conversion d'un penalty.

Lukaku, l'homme 9

Début mai, lors de la présentation du nouvel entraîneur, Antonio Conte, on apprenait qu'Icardi pouvait partir. Mieux : il devait partir. Conte avait jeté son dévolu sur deux attaquants : Romelu Lukaku et Edin Dzeko.

Icardi accompagnait encore le groupe en stage et en tournée en Chine mais lorsque Lukaku débarquait, début août, on lui donnait le numéro 9 de l'Argentin. Les solutions n'étaient cependant pas nombreuses car l'Inter, qui avait besoin d'argent pour répondre aux exigences du Fair Play Financier de l'UEFA, réclamait entre 60 et 70 millions pour son attaquant.

Le temps pressait. Il était clair que les deux solutions possibles en Italie, à savoir un transfert dans des clubs qui avaient de l'argent, ne se présenteraient pas. Aurelio De Laurentiis cherchait encore un attaquant pour Naples et faisait la cour à Icardi mais celui-ci préférait être impliqué dans un échange avec Paulo Dybala, de la Juventus.

L'Inter n'avait cependant pas envie de renforcer une équipe déjà supérieure tant au niveau sportif qu'au niveau financier. L'attaquant, lui, n'était pas pressé de partir. " Je suis bien à Milan ", disait-il encore à une semaine de la fin du mercato. Les responsables sportifs commençaient toutefois à s'énerver.

L'affaire se débloquait le 29 août, lorsque l'Inter présentait Alexis Sanchez, un autre attaquant. Le soir-même, Icardi ne se présentait pas au repas traditionnel des joueurs, avant le coup d'envoi de la saison. Le lendemain, on apprenait qu'il était ouvert à un départ à l'Atlético Madrid. Ce club disputait la Ligue des Champions et c'était une condition indispensable à ses yeux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il avait refusé l'offre de Monaco.

Le 2 septembre, à quelques heures de la clôture du mercato, le PSG lançait une bouée de sauvetage à Icardi, à Wanda et à l'Inter. Un accord profitable à toutes les parties et dont le Club Bruges a fait les frais naguère.

Fiche Mauro Icardi

Né le 19/02/1993 à Rosario, en Argentine

Formé à Vecindario (Gran Canaria, Iles Canaries), il est arrivé à La Masia (FC Barcelone) en 2008. En 2011-2012, il a joué avec la Primavera de la Sampdoria et à la fin de la même saison, il a effectué ses débuts avec le club de Serie B, qui est remonté en Serie A au terme du championnat.

Pas si blonde

Enfant, en Argentine, Wanda Nara (32) avait attiré l'attention d'une agence de modèles qui l'avait repérée en rue et avait laissé sa carte de visite à sa mère. Lorsqu'elle avait le choix entre un défilé de mode pour enfants et une fête d'anniversaire, elle préférait le défilé.

Sa famille ne s'intéressait pas au football. C'est par hasard qu'elle avait rencontré Maxi Lopez, au cours d'un défilé de mode. Il jouait à Barcelone, ils s'étaient mariés alors qu'elle avait 22 ans et elle l'avait suivi en Espagne puis en Italie.

Ils avaient eu très rapidement trois enfants mais en 2013, alors que Maxi Lopez jouait à la Sampdoria, elle avait craqué pour son équipier Mauro Icardi, ami du couple et six ans plus jeune qu'elle.

A 26 ans, elle s'était séparée de Maxi Lopez, qui allait encore jouer par la suite à l'AC Milan, à Catane et à Vasco da Gama. Il évolue aujourd'hui au FC Crotone, en D2. " Nous n'avions plus confiance l'un dans l'autre ", dit-elle à ce sujet.

Pour beaucoup, elle avait le mauvais rôle : elle avait laissé tomber ses enfants et son mari pour le meilleur ami de celui-ci. Mais elle n'a jamais réagi aux histoires parlant des écarts de Maxi Lopez pendant le mariage.

En 2014, elle épousait Icardi, à qui elle donnait deux petites filles. La famille recomposée (Wanda a la garde des trois autres) compte donc cinq enfants, dont les visages apparaissent souvent sur le compte Instagram du couple très glamour.

En 2015, après s'être séparé d' Abian Morano Santana, Mauro lui demandait de devenir son agent. Elle n'avait pas la licence mais la FIFA venait justement de lever toutes les barrières à cet égard. Par le passé, lorsque Maxi Lopez discutait avec son manager, elle se tenait toujours à l'écart. Les choses ont donc bien changé.

getty
C'est une interview sans vagues que l'attaquant argentin Mauro Icardi (26) a accordée à LaGazzetta dello Sport, à l'occasion des 40 jours de son transfert au PSG. Et personne ne s'en est plaint. Le joueur lui-même est content, même si Paris n'était pas son premier choix. " Je ne m'attendais pas à être reçu avec autant d'affection. Dès mon premier échauffement, l'accueil a été très chaleureux. " Au PSG, on est satisfait également : Mauro se montre positif à l'égard du club, de l'entraîneur et de ses équipiers. Devant, la concurrence est pourtant très forte avec Neymar,Mbappé et, bientôt, Edinson Cavani. " C'est chouette de jouer aux côtés de joueurs super talentueux qui peuvent faire basculer un match à tout moment. Nous nous entendons bien en dehors du terrain également. Je suis vraiment tombé dans un chouette groupe. " Les tifosi de l'Inter sont contents également. Ces dernières années, avec Icardi, c'était je t'aime moi non plus. " Nous avons déjà une maison à Milan mais nous en construisons encore une autre, près du nouveau siège de l'Inter, car c'est à Milan que nous voulons nous établir après ma carrière, mon épouse et moi. " Pas un reproche non plus au nouvel entraîneur de l'Inter, Antonio Conte. Dès son arrivée, en mai, celui-ci avait pourtant clairement annoncé que le chapitre Icardi était clos. " L'Inter a trouvé un entraîneur qui veut gagner. " Mais que va-t-il faire, au printemps prochain, lorsque son contrat de location au PSG viendra à échéance. " On fera le point à la fin du mois de mai. " Beppe Marotta, le directeur général de l'Inter, se frotte les mains : la première grande interview accordée par Icardi après son départ tumultueux, qui a tenu la presse italienne en haleine cet été n'a pas fait de dégâts. C'est une bonne chose après que l'attaquant est parti à Paris avec une option d'achat de 70 millions le dernier jour du mercato mais non sans avoir prolongé son contrat jusqu'en 2022. Comment la situation a-t-elle pu se dégrader à ce point alors qu'un an plus tôt, Icardi était encore le King de l'Inter ? Il y a un an, la carrière de Mauro Icardi tenait encore du conte de fées. Le 23 octobre, il montait sur le terrain du Camp Nou avec ses équipiers et, comme tout le monde, il faisait une photo du stade vide mais imposant dans lequel son équipe allait affronter le FC Barcelone le lendemain en Ligue des Champions. Il avait pourtant déjà une photo de lui au Camp Nou, mais sous le maillot du Barça. A ses côtés, ses parents, Juan Icardi et Analia Rivero, posaient fièrement. Elle avait été prise en 2008, alors qu'il venait de signer un contrat avec le club blaugrana. Il avait alors passé deux ans et demi à La Masia, le centre de formation qui a façonné Lionel Messi et tant d'autres stars. Sa première saison s'était bien passée. Il débarquait d'un petit club de Gran Canaria, une des Iles Canaries, où sa famille s'était établie en 2002, après avoir quitté l'Argentine en raison de la crise économique. Les choses avaient changé le 2 mai 2009. Ce jour-là, le Barça s'était imposé au Real sur le score de 2-6 grâce à une trouvaille tactique. Pep Guardiola avait inversé les rôles de Lionel Messi et Samuel Eto'o, alignant le meneur de jeu en pointe. Un coup dur pour l'évolution du jeune attaquant argentin car le Barça allait également appliquer ce système dans les équipes d'âge. Oscar Garcia, l'entraîneur des espoirs, faisait avancer Rafinha d'un cran et Icardi jouait de moins en moins. Il demandait donc à Barça TV de lui procurer des images de ses buts afin de les rassembler sur un DVD à l'intention des clubs intéressés. C'est ainsi qu'en janvier 2011, un scout de la Sampdoria avait débarqué à Barcelone afin d'assister au derby face à l'Espanyol, en espoirs. Mais le jeune homme de 18 ans, que Riccardo Pecini était venu visionner, était sur le banc et n'était entré qu'à un quart d'heure du terme. Après le match, les deux hommes avaient discuté et Icardi avait décidé de quitter le Barça pour tenter sa chance en D2 italienne. Il était sûr d'avoir pris la bonne décision. Au Barça, il n'aurait de toute façon pas joué de si tôt en équipe première. Comment un joueur de 18 ans qui ne peut évoluer qu'à une seule position pouvait-il imaginer prendre la place de Messi ? " Je n'ai jamais regretté mon choix ", dit Icardi. " Je voulais jouer et je savais qu'à Barcelone, je n'avais pratiquement aucune chance d'y arriver. " Un an et demi plus tard, la Sampdoria avait acheté le joueur qui avait beaucoup progressé en Primavera, l'équipe espoirs. Chez les pros, il avait été accueilli par un autre Argentin avec qui il devenait ami : Maxi Lopez, qui était également passé par le Barça (voir encadré). Il s'était également très bien entendu avec la femme de celui-ci, Wanda Nara. En 2013, le couple avait invité le jeune joueur de 20 ans sur son bateau pour des vacances dans les Iles Eoliennes, en Méditerranée. Et là, ça avait été le coup de foudre entre Wanda et Icardi, six ans plus jeune qu'elle. Cet été-là, Icardi était passé à l'Inter pour 13 millions. Naples le voulait également. Quant aux relations avec Maxi Lopez, elles étaient inexistantes : lorsque les deux hommes se rencontraient en match, ils ne se serraient même plus la main. Un an après avoir épousé Wanda, en 2014, Icardi lui avait demandé de devenir son agent. A l'époque, elle s'occupait déjà de ses relations publiques. En 2016, elle lui avait obtenu un bien meilleur contrat. Au lieu de 1,3 million par an, il touchait désormais cinq millions, primes comprises. Le 24 octobre, c'est avec le brassard de capitaine que l'attaquant argentin montait sur le terrain de Barcelone, bien déterminé à démontrer qu'il faisait partie du cercle des grands attaquants, capables de marquer la Ligue des Champions de leur empreinte. L'Inter s'était qualifié pour cette épreuve pour la première fois en six ans et, pour Icardi, il s'agissait d'une première expérience à ce niveau. En Serie A, il n'avait plus rien à prouver : il avait déjà été deux fois meilleur buteur. En 2014, il avait inscrit 22 buts, tout comme Luca Toni (Hellas Vérone). Quatre ans plus tard, il avait marqué 29 buts, à l'instar de Ciro Immobile. Peu avant le match à Barcelone, il avait inscrit le but de la victoire face à l'AC Milan, même si le souvenir qu'on garde de ce match est surtout celui du bisou qu'il avait donné à Wanda après le coup de sifflet final. Au Camp Nou, Icardi se mettait en évidence, tout comme lors du match retour, au cours duquel il inscrivait le but égalisateur après avoir marqué pour la première fois en Ligue des Champions face à Tottenham. Bref, tout semblait réuni pour la signature d'un nouveau contrat, dont on parlait depuis longtemps en coulisses. Les choses devaient être réglées avant la fin de l'année. Le contrat d'Icardi, qui courait jusqu'en 2021 et dont la clause de rupture était fixée à 110 millions d'euros, faisait de lui un des joueurs les mieux payés de Serie A. Il touchait 4,5 millions d'euros par an. Certes, Cristiano Ronaldo (31 millions) était sur une autre planète mais ce qui dérangeait Wanda Nara, c'était que son mari touchait moins que son compatriote Paulo Dybala, équipier de Ronaldo à la Juventus et rival d'Icardi pour une place en équipe nationale. Wanda demandait une prolongation de contrat jusqu'en 2023 et un salaire annuel de 8 millions d'euros, ce qui aurait fait d'Icardi le joueur le mieux payé de Serie A après Cristiano Ronaldo. Pour l'Inter, c'était trop. Beppe Marotta et les dirigeants chinois du club étaient prêts à lui offrir au maximum 6 millions d'euros, montant pouvant grimper à 7 millions avec les primes. Les négociations étaient interrompues et reportées au début de l'année suivante. Icardi avait besoin de vacances. Elles auront duré plus longtemps que prévu, Icardi rentrant d'Argentine quelques jours plus tard. Ce n'était pas bon signe au moment d'entamer les négociations. Le capitaine avait enfreint le règlement d'ordre intérieur et montré le mauvais exemple à ses équipiers. Comme Lautaro Martinez, rentré trop tard d'Argentine également, il était mis à l'amende. Mais si Martinez s'en tirait avec 25.000 euros, Icardi devait verser 100.000 euros. Les dirigeants de l'Inter tiquaient encore davantage en lisant dans une interview accordée par Wanda Nara au quotidien espagnol AS que " de nombreux clubs étaient intéressés par Mauro " et qu'on " était loin d'avoir trouvé un accord concernant la prolongation de son contrat. L'Inter ne nous a pas encore fait de proposition convenable. " Wanda Nara n'imaginait pas l'ampleur des dégâts. Dès qu'elle apparaissait en public, dans la presse ou sur les réseaux sociaux, elle focalisait l'attention. Dans Tiki Taka, un talk show sur le football, on remarquait autant ses décolletés plongeants que son discours quant à la situation de Mauro ou ce qui se passait à l'Inter. La matière était sensible mais elle mettait les pieds dans le plat alors que, par ailleurs, elle devait encore négocier le contrat de son mari. Le 10 février, toujours dans Tiki Taka, elle se lamentait : " J'aimerais que le club protège davantage Mauro car, parfois, il y a des indiscrétions. " Et elle ajoutait : " Si je dois choisir entre un nouveau contrat et un joueur capable de donner cinq bons ballons, je préférerais qu'on engage quelqu'un qui soutienne davantage Mauro. " L'Inter demandait au joueur ce qu'il pensait de tout cela. La plupart du temps, Icardi se tenait tranquille mais dans ce cas, il prenait la défense de son épouse. La meilleure chose qu'un attaquant sous pression puisse faire, c'est inscrire des buts de façon à faire taire tout le monde. Mais début 2019, Mauro Icardi n'y arrivait plus. Or, tout le monde sait qu'un attaquant qui ne marque pas est un homme seul. Surtout s'il ne retrousse pas les manches pour aider ses équipiers. Icardi est un attaquant à l'ancienne, qui attend le ballon dans le rectangle et entame une action ou marque. Bref : un joueur qui fait la différence lorsqu'il est bien servi ou qu'il peut profiter d'une erreur de l'adversaire, comme la semaine dernière au Club Bruges. Le 13 février dernier, il se présentait à l'entraînement, comme d'habitude, mais à 12h20, il était appelé dans le bureau du directeur sportif qui lui signifiait qu'il ne serait plus capitaine. A 12h34, l'Inter tweetait : " L'Inter communique que, désormais, le brassard de capitaine sera porté par Samir Handanovic. Immédiatement, Marcelo Brozovic, qui n'était pas n'importe qui dans le vestiaire, likait le tweet. Après un bref entretien, l'attaquant décidait de ne pas partir à Vienne, où son équipe disputait un match d'Europa League deux jours plus tard. A 14 heures, il montait dans sa voiture et rentrait chez lui. Au cours des semaines qui suivaient, dès qu'il arrivait au club, il allait voir le kiné. Il avait mal au genou, et ça pouvait durer. Ça durait même tellement que le club faisait appel à un conciliateur. Spalleti, l'entraîneur, devenait fou. Il ne contrôlait plus son vestiaire et savait qu'on allait le lui reprocher. Dès avant la fin du championnat, il était acquis que l'entraîneur ne resterait pas même si, lors de la toute dernière journée, il parvenait à qualifier l'équipe pour la deuxième fois d'affilée pour la Ligue des Champions. Icardi, titulaire, était pratiquement invisible et manquait la conversion d'un penalty. Début mai, lors de la présentation du nouvel entraîneur, Antonio Conte, on apprenait qu'Icardi pouvait partir. Mieux : il devait partir. Conte avait jeté son dévolu sur deux attaquants : Romelu Lukaku et Edin Dzeko. Icardi accompagnait encore le groupe en stage et en tournée en Chine mais lorsque Lukaku débarquait, début août, on lui donnait le numéro 9 de l'Argentin. Les solutions n'étaient cependant pas nombreuses car l'Inter, qui avait besoin d'argent pour répondre aux exigences du Fair Play Financier de l'UEFA, réclamait entre 60 et 70 millions pour son attaquant. Le temps pressait. Il était clair que les deux solutions possibles en Italie, à savoir un transfert dans des clubs qui avaient de l'argent, ne se présenteraient pas. Aurelio De Laurentiis cherchait encore un attaquant pour Naples et faisait la cour à Icardi mais celui-ci préférait être impliqué dans un échange avec Paulo Dybala, de la Juventus. L'Inter n'avait cependant pas envie de renforcer une équipe déjà supérieure tant au niveau sportif qu'au niveau financier. L'attaquant, lui, n'était pas pressé de partir. " Je suis bien à Milan ", disait-il encore à une semaine de la fin du mercato. Les responsables sportifs commençaient toutefois à s'énerver. L'affaire se débloquait le 29 août, lorsque l'Inter présentait Alexis Sanchez, un autre attaquant. Le soir-même, Icardi ne se présentait pas au repas traditionnel des joueurs, avant le coup d'envoi de la saison. Le lendemain, on apprenait qu'il était ouvert à un départ à l'Atlético Madrid. Ce club disputait la Ligue des Champions et c'était une condition indispensable à ses yeux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il avait refusé l'offre de Monaco. Le 2 septembre, à quelques heures de la clôture du mercato, le PSG lançait une bouée de sauvetage à Icardi, à Wanda et à l'Inter. Un accord profitable à toutes les parties et dont le Club Bruges a fait les frais naguère.