Et si on parlait un peu des qualités de Benito Raman plutôt que de ses erreurs de jeunesse ? Dimanche, pour énerver les fans de Bruges, les supporters de Genk ont encore imité le show qu'il avait fait en s'emparant du micro à Gand.
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Et si on parlait un peu des qualités de Benito Raman plutôt que de ses erreurs de jeunesse ? Dimanche, pour énerver les fans de Bruges, les supporters de Genk ont encore imité le show qu'il avait fait en s'emparant du micro à Gand. En avril dernier, lors d'une interview accordée à ce magazine, il avait dit qu'il ne fallait pas trop regarder derrière soi. Même la presse à sensation allemande s'y tient. " Malgré mon jeune âge, j'ai pratiquement tout connu : le paradis et le fond du trou ", disait-il à l'époque. " J'ai été champion et j'ai disputé la Champions League avec La Gantoise, l'Europa League avec le Standard, la montée avec Düsseldorf mais aussi une relégation et des problèmes personnels. On l'oublie vite, je trouve. Moi, je suis très content de ce que j'ai fait jusqu'ici. " Le Benito d'avant, qui jouait au snooker à Gand jusque tard dans la nuit, y compris les veilles de match, n'existe plus depuis longtemps. Le Benito d'aujourd'hui, qui n'a que 24 ans, est professionnel, fiable et fort dans la tête mais plus encore, physiquement. La saison dernière, il était le roi du sprint. Pour les amateurs de statistiques, sprinter, à ce niveau, c'est tenir au moins deux secondes à 24 km/h. Le faire une fois n'est pas très difficile mais le répéter, oui. Raman le fait 52 à 53 fois par match. En plus de ses courses à vitesse intensive (18 à 24 km/h). Impossible d'y arriver sans se soigner, sous peine de blessure. Raman a été titulaire au cours des trois premiers matches de Bundesliga avec Schalke 04, un club où les Belges étaient rois à l'époque où quelques agents étaient très proches de Rudi Assauer, le directeur au cigare, avant de disparaître dans son sillage. Il semble donc bien parti pour faire encore mieux que la saison dernière (19 fois titulaire, 11 fois remplaçant, 10 buts, 4 assists et un transfert pour 13 millions d'euros). " Dans un monde où de nombreux joueurs demandent le ballon dans les pieds, il fait figure d'exception ", dit Roberto Martinez. Lui, son truc, ce sont les espaces et les sprints. De quoi exploiter les services de Mister Spaceman, Kevin De Bruyne, un autre Gantois. Sur ce plan, la sélection de Raman est moins surprenante que celle du jeune Yari Verschaeren, dont l'ascension est très rapide. Tous les grands pays suivent les Diables Rouges de près et il faut donc avoir les épaules solides. Mais bon, le sélectionneur était présent au dernier EURO U21 et il a beaucoup observé les jeunes, il sait ce qu'il fait. Martinez décèle rapidement les joueurs de talent et sait où les placer. Pour preuve le respect qu'il porte à Youri Tielemans, qui ne l'a jamais déçu. Il ne faudrait pas non plus que Raman perde son impertinence. Comme il le dit lui-même : " Je constate qu'à ma façon -je ne suis pas du genre à rester dans le troupeau- je joue tout de même en Bundesliga. " Mais mieux vaut tout de même ne pas essayer. Ça fait partie de sa personnalité, il ne veut pas être trop vite adulte ou blasé. Au début de l'année, lorsqu'on l'a contacté pour qu'il nous parle de sa résurrection en Bundesliga, il nous a fait une blague, affirmant qu'on s'était trompé de numéro avant de nous donner celui qui était soi-disant le bon. C'était celui d'un ami qu'il avait impliqué dans la plaisanterie. Ça, c'est Benito tout craché, il trouvait que c'était une bonne blague. Il s'était montré plus sérieux en nous parlant des problèmes de sa famille, qu'il ne devait désormais plus régler, quand ça allait mal. C'est du Raman : un grand coeur espiègle qui s'emballe vite. Lorsqu'il reviendra jouer en Belgique, intéressons-nous à son jeu, comme il le fait. Un chemin qui passera d'abord par Saint-Marin et l'Écosse.