Face au mur jaune de Dortmund en pleine incandescence, Axel Witsel savoure, presque surpris par la tournure des évènements. Juste avant la mi-temps, il profite d'un deuxième ballon sur corner pour inscrire le 3-1 d'une bicyclette face à Leipzig. Nous sommes le 26 août 2018, la saison de Dortmund est lancée, que dire de celle de Witsel qui se met dans la poche ses nouveaux supporters dès son premier match de Bundesliga. Celui dont les 18 mois passés dans le championnat chinois font craindre un manque de rythme s'impose très vite comme un cadre de l'équipe de Lucien Favre.
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Face au mur jaune de Dortmund en pleine incandescence, Axel Witsel savoure, presque surpris par la tournure des évènements. Juste avant la mi-temps, il profite d'un deuxième ballon sur corner pour inscrire le 3-1 d'une bicyclette face à Leipzig. Nous sommes le 26 août 2018, la saison de Dortmund est lancée, que dire de celle de Witsel qui se met dans la poche ses nouveaux supporters dès son premier match de Bundesliga. Celui dont les 18 mois passés dans le championnat chinois font craindre un manque de rythme s'impose très vite comme un cadre de l'équipe de Lucien Favre. Plus de trois ans après, le tableau est moins reluisant. La dernière titularisation d'Axel remonte au 18 janvier dernier avec un but inscrit...dans ses propres filets. Un tacle désespéré dans son rectangle qui trompe le gardien Kobel et précipite l'élimination de Dortmund à Sankt Pauli (deuxième division) en Coupe d'Allemagne (2-1). Une sortie sans gloire d'autant plus préjudiciable que la Coupe offrait à l'homme aux 120 sélections chez les Diables une perspective de temps de jeu plus importante qu'en championnat. Les quatre derniers matchs de Bundesliga, il les a commencés sur le banc. Pire, il n'est même pas monté au jeu lors de la dernière rencontre, une lourde défaite 2-5 face à Leverkusen, où son apparition aurait pu équilibrer une équipe à la dérive.Pour mieux comprendre les difficultés de Witsel à s'imposer dans le onze, il faut regarder non pas dans les 16 mètres mais bien dans son champ d'action, entre les deux surfaces. Là où le rythme éreintant de la Bundesliga se fait le plus ressentir et réduit les trentenaires à une espèce en voie de disparition. Dans les équipes de pointe du championnat, Christophe Kramer (30 ans, Mönchengladbach) et Kevin Kampl (31 ans, Leipzig) sont les seuls à émerger au milieu de terrain. A 33 ans, plus besoin de faire l'éloge du professionnalisme du principal intéressé. Son retour aussi précoce que convaincant pour disputer l'Euro est la dernière preuve d'un soin de son corps poussé à l'extrême. Mais Witsel pas plus que quiconque ne peut aller à l'encontre de l'horloge biologique. Cette saison, son impact défensif est à la baisse : son nombre d'interceptions par match (0,9) est le plus bas de ses quatre saisons au Borussia, loin de son chiffre d'1,5 la saison dernière. Ses 9,5 sprints par matchs en font un des joueurs de Bundesliga les moins performants en la matière. Dans son équipe, il est même le seul joueur à descendre sous les 14 sprints par matchs. Payerait-il le prix de son retour précoce en fin de saison passée ? Voir les valeurs de course du Liégeois si basses n'est pas en soi une catastrophe. Au fil de sa riche carrière, Chaloupe s'est moins distingué par la répétition des courses à haute intensité que par sa science du placement et sa capaciter à contrôler le tempo d'un match. Des qualités qui ne font pas vraiment écho au football de Marco Rose, son nouvel entraîneur. Le contrôle, la temporisation, très peu pour lui. Dans une interview accordée au Guardian, il confesse : "Une équipe de Marco Rose ? C'est une équipe qui est toujours dans la course, avec ou sans ballon. Toujours être dans l'intensité pour mettre la pression sur l'adversaire. Je m'inspire un peu de Klopp et de Tuchel. Faire des passes pendant 90 minutes ne m'intéresse pas, ce que je veux, c'est aller vers l'avant".Bercé par les préceptes du football à la Red Bull, Rose a mis en place dès ses débuts un jeu au pressing étouffant, des équipes de jeunes de Salzburg jusqu'à l'équipe première qu'il a emmenée en demi-finale de l'Europa League 2018. Son passage à Mönchengladbach confirme son penchant pour un football qui va à 100 à l'heure : en 88 matchs sous ses ordres, l'équipe a marqué 169 buts, tout en en encaissant 129. Au pays des autoroutes sans limitation de vitesse, le risque est grand d'oublier de regarder dans le rétroviseur. Le Borussia Dortmund est déjà dans les temps sur la feuille de route : les Borussen sont deuxièmes de Bundesliga malgré un lourd bilan de 54 buts encaissés en 21 matchs, ce qui en fait la cinquième défense la plus perméable. Un mariage footballistique qui a le don de faire revivre Thomas Meunier, tout heureux de pouvoir débouler sur la droite comme à ses plus belles heures, mais qui profite moins à Witsel. Son replacement en défense centrale en début de saison avait déjà de quoi alerter sur son intégration dans le milieu de terrain imaginé par Marco Rose. Si les absences d'Hummels et de Zagadou expliquent ce changement de position, quand Witsel est retourné dans l'entrejeu, il a souffert de la comparaison avec Mahmoud Dahoud. L'international allemand de 26 ans se projette plus volontiers vers l'avant et fluidifie le jeu de Dortmund, quitte à ce que l'équipe soit moins équilibrée qu'avec Witsel. L'absence de Dahoud suite à un problème au genou a réinstallé Witsel aux commandes du milieu de terrain. Son retour de blessure a coïncidé avec le séjour sur le banc du Diable Rouge. Le mercato est également passé par là : le nom de Witsel a été beaucoup circulé, notamment à la Juventus, jamais contraire à se renforcer avec un trentenaire en fin de contrat. Mais le deal ne s'est pas fait, Axel est resté dans la Ruhr malgré des perspectives de temps de jeu pas franchement encourageantes et la quasi-certitude de partir gratuitement en juin. Un statut qui ne plaidera pas pour la réintégration du Liégeois dans l'équipe. Dans le milieu, l'heure est désormais à la confirmation des jeunes pépites Jude Bellingham (18 ans) et Giovanni Reyna (19) plutôt que de se reposer sur un joueur dont on sait qu'il ne sera plus au club la saison prochaine. Le cas Witsel ne pose pourtant pas de problème au sein du noyau. Interrogé par la RTBF sur la situation de son coéquipier et ami, Thomas Meunier se montre plutôt positif : "Il y a des clubs où les joueurs sont renvoyés dans les noyaux B ou C et dont on n'entend plus parler, on leur fait des crasses. Ce que j'aime ici, au Borussia, c'est que quand tu es correct avec les gens, les gens sont aussi corrects avec toi. Axel a toujours été professionnel et correct avec le club. Son aventure avec Dortmund semble toucher à sa fin, même si on n'est jamais à l'abri d'une surprise. Il s'entraîne tous les jours, ne discute pas et est toujours exemplaire". Après tout, Witsel a déjà prouvé à maintes reprises son utilité, surtout dans une équipe si jeune et si offensive. Avec encore l'Europa League à disputer (Dortmund jouera contre les Rangers de Glasgow), la fin de saison s'annonce encore chargée, ce qui pourrait lui profiter pour grapiller du temps de jeu. A un âge où l'on dit des joueurs qu'ils se bonifient comme le bon vin, la période est à la réflexion quant à son nouveau point de chute. C'est que la Ruhr n'est pas franchement réputée pour ses vignobles. Comme toutes les anciennes gloires du Standard, Witsel n'a pas échappé aux rumeurs l'envoyant à ses premières amours. Au risque de décevoir l'enthousiasme liégeois, Thomas Meunier tempère : "Avec Thorgan et Axel, on en rit ensemble ! On l'a charrié avec ça, on lui a dit : "C'est déjà la fin de carrière". Axel est encore au top de sa forme, comme un mec de 25 ans. Et je pense qu'il peut encore aligner quelques années sur le terrain dans les clubs de haut niveau. Il ne reviendra pas tout de suite. Il reviendra, c'est certain, mais pas tout de suite". Difficile de miser sur la future vareuse d'un joueur qui a pris tout le monde à contre-pied à chacun de ses transferts, du Standard à Dortmund, en passant par Benfica, le Zenit et Tianjin. Il faudra également se remettre d'un potentiel manque de rythme. Une contrainte qui n'a rien d'insurmontable pour quelqu'un qui s'est rétabli en un rien de temps d'une rupture du temps d'achille et même de 18 mois passés dans le championnat chinois.