Une affaire, a-t-on dit fin décembre, quand on a appris que le Borussia Dortmund avait payé les vingt millions requis par le contrat d' Erling Braut Haaland. Barcelone, le Real, l'Atlético Madrid, Manchester City, Arsenal, le Bayern, Chelsea et une dizaine de clubs moins cotés l'avaient visionné ces derniers mois et faisaient la file pour l'avant norvégien de 19 ans du Red Bull Salzbourg, mais Mino Raiola avait bien fait ses devoirs. L'agent néerlandais de l'attaquant avait discuté avec les clubs, évalué leur projet sportif et négocié montants et commissions.
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Une affaire, a-t-on dit fin décembre, quand on a appris que le Borussia Dortmund avait payé les vingt millions requis par le contrat d' Erling Braut Haaland. Barcelone, le Real, l'Atlético Madrid, Manchester City, Arsenal, le Bayern, Chelsea et une dizaine de clubs moins cotés l'avaient visionné ces derniers mois et faisaient la file pour l'avant norvégien de 19 ans du Red Bull Salzbourg, mais Mino Raiola avait bien fait ses devoirs. L'agent néerlandais de l'attaquant avait discuté avec les clubs, évalué leur projet sportif et négocié montants et commissions. Le Red Bull Leipzig, l'étape suivante qui paraissait logique pour un joueur brillant à Salzbourg, était intéressé. " Un profil très séduisant, surtout pour l'été, mais le joueur a immédiatement signifié qu'il voulait changer de club dès janvier ", a déclaré le directeur technique Markus Krosche. C'était difficile. Le principal club de Red Bull n'avait pas besoin d'un nouvel attaquant dans l'immédiat. La concurrence faisait déjà rage - Timo Werner, Yussuf Poulsen et Patrik Schick - et Haaland était plus cher en janvier. Raiola voulait quinze millions et le père, l'ancien footballeur Alf-Inge Haaland, en exigeait dix. La Juventus avait déjà versé dix millions à Raiola en été pour attirer Matthijs de Ligt à Turin et a renoncé à Haaland, tandis que Manchester United a tenté de conclure un deal direct avec le père Haaland. Il s'est attiré la colère de Raiola, qui vient encore de s'en prendre aux Red Devils dans La Repubblica, parce que son client Paul Pogba y est sur une voie de garage. " Il n'y a pas de projet sportif concret. Je ne voudrais transférer personne à Old Trafford ", a tonné le Néerlandais, pizzaiolo dans le restaurant familial d'Haarlem, dans une autre vie. Il l'a donc casé au Borussia Dortmund, où le jeune homme va gagner 36 millions lors des quatre saisons et demie à venir. Montant total, transfert et commissions compris : 81 millions. Plus un accord qui stipule que le manager et le père toucheront un pourcentage substantiel d'une éventuelle revente. " Il est ambitieux, athlétique, rapide, costaud et il a le sens du but. Nous ne pouvions nous permettre d'hésiter ", a reconnu Michael Zorc,le directeur sportif de Dortmund. Le club avait déjà hésité, dans le passé, et ça lui a coûté cher. En 2016, Haaland est apparu sur le radar des scouts du Borussia, qui l'avaient découvert au Bryne Fotballklubb, en D2 norvégienne. Ils ont suivi l'avant, sans plus. C'est qu'il n'avait encore que quinze ans. " Dans sa ville, où il réside depuis l'âge de trois ans, on parlait déjà de lui. Il était grand mais encore freluquet. Ses actions en course étaient belles. Un talent brut ", analyse le journaliste Nils Henrik Smith. En seize matches, il n'avait pas inscrit le moindre but et Hoffenheim l'avait renvoyé en Norvège à l'issue d'un test, le jugeant insuffisant. Il a été embauché par Molde, où il a séduit Ole Gunnar Solskjaer, lui-même un finisseur clinique, en quelques mois. " Depuis son arrivée, il doit avoir pris douze kilos de muscles ", a expliqué Solksjaer en novembre 2017. L'avant en a ri : " Cette année-là, je n'ai grandi que de cinq centimètres, contre douze l'année précédente. Molde l'a rebaptisé manchild. Plus de centimètres et de kilos = plus de buts. Quatre sa première saison, seize la seconde, avec un exploit sur le terrain de Brann, le leader invaincu de la compétition : quatre buts en 21 ( ! ) minutes. Or, durant les 14 premiers matches de la saison, la formidable défense de Bergen n'avait encaissé que cinq goals. " Les premiers mois, Haaland ne s'est absolument pas fait remarquer mais j'ai rarement vu un joueur se développer aussi rapidement ", raconte son ancien coéquipier Ruben Gabrielsen, maintenant à Toulouse, en se remémorant les débuts de Haaland en Eliteserien. " c'était un gamin à son arrivée et un an et demi plus tard, c'est une bête qui s'en est allée. " Mais toujours pas au Borussia Dortmund, qui n'a même pas voulu l'intégrer à ses catégories d'âge en 2018. Les scouts de la Juventus et du Bayer Leverkusen étaient convaincus mais l'avant avait les pieds sur terre. " Je suis flatté mais aller en Allemagne ou en Italie serait prématuré ", a-t-il déclaré en août 2018, quand on a appris qu'il rejoindrait Salzbourg en janvier. Red Bull a payé huit millions et Haaland a signé pour cinq saisons. " Là, j'aurai plus de temps de jeu. " Comme à Molde, ses premiers mois à Salzbourg sont hésitants. Il est souvent dans la tribune, il est titularisé une fois et entre quatre fois au jeu, brièvement, pour n'inscrire qu'un seul but. Mais alors que ses coéquipiers fêtent leur sixième titre national d'affilée en Autriche, le 30 mai, il fait la une mondiale en inscrivant neuf buts contre le Honduras (12-0), au Mondial U20. Du jamais-vu. La Norvège est éliminée au premier tour mais Haaland est sacré meilleur buteur du tournoi. Cet exploit le dope moralement car à son retour en Autriche, il a changé. Il est devenu impossible à freiner. A la mi-septembre, quand le Racing Genk entame sa campagne en Ligue des Champions dans la cité de Mozart, le Norvégien a déjà marqué 14 buts et délivré cinq assists. En huit matches. Ce soir-là, il en ajoute trois à son compteur. C'est son quatrième hat-trick d'une saison qui vient à peine de commencer. " Il marque avec une facilité incroyable ", réagit le médian Zlatko Junuzovic à l'issue du 6-2 contre le club limbourgeois. " J'ai entendu beaucoup de doutes : - Erling marque en championnat mais il n'y parviendra jamais à un niveau supérieur. Et voilà : encore un hattrick. " Il entre dans l'histoire : il est le premier joueur depuis Wayne Rooney en 2004 à réussir un hat-trick lors de ses débuts en Ligue des Champions. Avec trois buts différents. Un tir puissant du droit, un ballon bien placé du pied gauche et, après une belle course, un tir subtil. Il reste d'un calme olympien quand un journaliste lui demande comment on se sent quand on marque 17 buts en neuf parties. " Très bien. " Son secret ? " Travailler dur. " Ses modèles ? " Zlatan Ibrahimovic, quand j'étais un gosse. Le plus grand de tous. Et un Scandinave, comme moi. " Rêve-t-il d'une carrière semblable ? " Naturellement mais des millions d'enfants ont le même rêve, dans le monde entier. " Puis, un léger sourire sur les lèvres, il rentre au vestiaire, son premier ballon de Ligue des Champions sous le bras. Son coéquipier Maximilian Wöber, qui avait déjà joué pour l'Ajax et Séville à 21 ans, est plus enthousiaste. " Un phénomène. Malgré sa grande taille, il est très mobile et il contrôle toujours le ballon, même quand il est lancé à pleine vitesse. Il est très difficile de jouer contre lui à l'entraînement. En général, la seule solution est de commettre une faute. Ce soir, il a encore prouvé qu'il pouvait devenir un des meilleurs avants du monde." Et son entraîneur américain Jesse Marsch d'ajouter : " C'est un vrai joueur d'équipe, qui court aussi pour les autres. " Le capitaine Andreas Ulmer a confié que la veille du match contre Genk, Haaland se passait l'hymne de la Ligue des Champions en roulant dans les rues de Salzbourg. " J'étais en train de sortir le chien quand j'ai entendu une mélodie familière. La voiture d'où elle sortait s'est arrêtée, le conducteur a baissé la vitre. C'était Erling. Il écoutait l'hymne pour se motiver avant le match contre Genk." Plus tard, il a dit sur le site de Red Bull que c'était son air préféré. "Je le connais depuis mon enfance." Deux semaines plus tard, quand il rejoint l'Angleterre avec l'équipe, il est presque pathétique quand il avoue avoir l'impression de rentrer chez lui. Son père, un médian, a joué dix ans en Premier League, à Nottingham Forest, Leeds et Manchester City. Erling est né à l'ombre d'Elland Road, le stade de Leeds. " La Premier League est la destination de mes rêves ", a-t-il dit au quotidien norvégien Aftenpostern quand il se distinguait à Molde. " Et Leeds est mon club favori. Je veux être champion d'Angleterre, un jour. " Alf-Inge a aussi conservé d'excellents souvenirs du Yorkshire. Aux côtés de Harry Kewell et Alan Smith, il a terminé troisième en championnat et joué les demi-finales de Coupe UEFA. Il a disputé 181 matches de Premier League, jusqu'à ce qu'un méchant tacle de Roy Keane dans le derby de Manchester en 2000 mette un terme à sa carrière. " Quand j'entends ces chiffres, je réalise que je ne suis encore nulle part. Une bonne saison à Molde et quelques bons mois à Salzbourg, ce n'est rien comparé à la carrière de mon père. " Mais il reconnaît : " Ce serait magnifique de marquer à Anfield. " Comme Alf-Inge en 1997. C'est un match spectaculaire. 3-0 pour Liverpool, 3-1, 3-2 et à l'heure, 3-3 par Haaland, qui est monté au jeu quatre minutes plus tôt. Peu après, toutefois, Mohamed Salah scelle le sort des Autrichiens. Il marque trois buts dans la double confrontation avec Naples et à Genk, où il entre une nouvelle fois au jeu, il marque le 1-4, portant son total à 28 buts et sept assists en 22 matches, Bundesliga autrichienne et Coupe ÖFB confondues. Du jamais-vu. Il est grand (1m94), costaud (87 kilos) mais rapide. Il a de bons pieds et peut se rendre utile en profondeur comme dos au but. Surtout, il est capable d'accélérer en plein sprint, une arme fatale dans le jeu de transition de Red Bull. Dortmund suit son développement avec stupéfaction, comme le reconnaît Markus Pilawa, le chef du scouting, à The Athletic, un site sportif payant. Le club a déjà vu ses matches, en direct ou à la télévision, et analysé ses paramètres physiques et médicaux. " Il n'y a aucune garantie qu'il marque en Bundesliga comme il le fait en Autriche mais plusieurs facteurs accroissent cette chance. Nous étudions son développement physique, sa personnalité et son langage corporel. Plus tard, quand les choses se concrétisent, nous essayons de suivre le joueur en dehors du terrain, de voir comment il se comporte. " Thomas Delaney, le médian danois du Borussia, confie à Bundesliga.com que " Dortmund a besoin d'un avant comme lui. Un jeune qui a le sens du but, qui est grand tout en étant rapide et fin technicien. Il a quelque chose de spécial. " C'est une première offensive de charme de la direction du Borussia, qui demande à d'autres joueurs d'envoyer des messages WhatAapp au Norvégien. Le plan est clair : il faut donner à Haaland le sentiment qu'on le veut vraiment. Il vient. Son compatriote Björn Gulden, qui a aussi joué à Bryne puis en Bundesliga, à Nuremberg, et est directeur de Puma depuis 2013, espère qu'il va abandonner Nike au profit de la marque allemande, sponsor du Borussia. En vain. Il continue à marquer chaussés des Nike Mercurial Vapor 360. Trois fois à ses débuts à Augsbourg (34 minutes), deux fois contre le FC Cologne (25') et l'Union Berlin (77'), une fois en coupe contre le Werder Brême (45'). Son compteur à Dortmund s'affole aussi...