Peut-on comprendre Barcelone en faisant abstraction de l'aspect catalan et socio-politique ?

En ne considérant le Barça que comme un club de football, on passe quand même à côté d'une certaine signification. Le club est étroitement lié à la Catalogne. Historiquement, Barcelone a toujours accusé du retard sur Madrid, la capitale, et le club a subi la loi du Real. Nous avons commencé à changer la donne ces dix ou quinze dernières années mais n'oubliez pas que Madrid a dominé le football pendant nonante ans, qu'il a enlevé neuf coupes d'Europe et conquis plus de titres et de coupes d'Espagne que n'importe quel autre club. Il a toujours eu une avance sur nous.

Jusqu'à présent...

Ces dix dernières années, La Masia a produit une grande génération. Sans elle, nous n'aurions pu refaire notre retard. Madrid n'est pas champion une saison et il dépense 160 millions pour recruter trois joueurs : Illaramendi, Isco et Bale. Barcelone ne peut se le permettre. Nous sommes toutefois capables de rivaliser avec lui sans dépenser autant d'argent. D'accord, nous pouvons dépenser 60 ou 70 millions pour enrôler Neymar mais pas trois ou quatre joueurs. Nous ne sommes pas pauvres mais nous sommes confrontés au club le plus riche du monde. Les gens ont l'air de trouver normal que nous rivalisions. Ils doivent quand même savoir que beaucoup de joueurs n'ont pas coûté un euro : Andres Iniesta, Leo Messi, Xavi, Victor Valdez, Puyol, Pedro... C'est unique et ça ne se reproduira peut-être plus jamais. Sans notre centre de formation, tout serait différent.

La Masia peut-elle faire éclore des joueurs sans discontinuer ?

On y fait de l'excellent travail mais les talents qui y sont préparés sont souvent innés et nous avons été gâtés ces derniers temps. Ces promesses bénéficient d'un excellent accompagnement mais il peut arriver qu'il n'y ait tout simplement pas de talent, un moment donné.

Votre génération, celle de 1987, était exceptionnelle : vous, Cesc Fabregas, Lionel Messi...

Les joueurs issus de notre école sont parfaits pour jouer à Barcelone mais ils connaissent des problèmes ailleurs. Je pense que nous sommes esclaves de notre propre style. C'est parfait tant qu'on forme un footballeur pour briller à Barcelone car il s'y intègre aisément mais s'il rejoint un club qui n'a pas la même philosophie, qui ne joue pas la possession du ballon comme nous, il a un problème. Un joueur du Barça qui est transféré ailleurs souffre. Le joueur du Real est plus individualiste -le constat n'est pas négatif. Il peut s'intégrer facilement ailleurs. Regardez les grands championnats: cela commence à changer mais on y trouve beaucoup plus d'anciens Madrilènes que d'anciens Barcelonais.

Par Side Low à Barcelone

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Gerard Piqué dans votre Sport/Foot Magazine

Peut-on comprendre Barcelone en faisant abstraction de l'aspect catalan et socio-politique ?En ne considérant le Barça que comme un club de football, on passe quand même à côté d'une certaine signification. Le club est étroitement lié à la Catalogne. Historiquement, Barcelone a toujours accusé du retard sur Madrid, la capitale, et le club a subi la loi du Real. Nous avons commencé à changer la donne ces dix ou quinze dernières années mais n'oubliez pas que Madrid a dominé le football pendant nonante ans, qu'il a enlevé neuf coupes d'Europe et conquis plus de titres et de coupes d'Espagne que n'importe quel autre club. Il a toujours eu une avance sur nous.Jusqu'à présent...Ces dix dernières années, La Masia a produit une grande génération. Sans elle, nous n'aurions pu refaire notre retard. Madrid n'est pas champion une saison et il dépense 160 millions pour recruter trois joueurs : Illaramendi, Isco et Bale. Barcelone ne peut se le permettre. Nous sommes toutefois capables de rivaliser avec lui sans dépenser autant d'argent. D'accord, nous pouvons dépenser 60 ou 70 millions pour enrôler Neymar mais pas trois ou quatre joueurs. Nous ne sommes pas pauvres mais nous sommes confrontés au club le plus riche du monde. Les gens ont l'air de trouver normal que nous rivalisions. Ils doivent quand même savoir que beaucoup de joueurs n'ont pas coûté un euro : Andres Iniesta, Leo Messi, Xavi, Victor Valdez, Puyol, Pedro... C'est unique et ça ne se reproduira peut-être plus jamais. Sans notre centre de formation, tout serait différent.La Masia peut-elle faire éclore des joueurs sans discontinuer ?On y fait de l'excellent travail mais les talents qui y sont préparés sont souvent innés et nous avons été gâtés ces derniers temps. Ces promesses bénéficient d'un excellent accompagnement mais il peut arriver qu'il n'y ait tout simplement pas de talent, un moment donné.Votre génération, celle de 1987, était exceptionnelle : vous, Cesc Fabregas, Lionel Messi...Les joueurs issus de notre école sont parfaits pour jouer à Barcelone mais ils connaissent des problèmes ailleurs. Je pense que nous sommes esclaves de notre propre style. C'est parfait tant qu'on forme un footballeur pour briller à Barcelone car il s'y intègre aisément mais s'il rejoint un club qui n'a pas la même philosophie, qui ne joue pas la possession du ballon comme nous, il a un problème. Un joueur du Barça qui est transféré ailleurs souffre. Le joueur du Real est plus individualiste -le constat n'est pas négatif. Il peut s'intégrer facilement ailleurs. Regardez les grands championnats: cela commence à changer mais on y trouve beaucoup plus d'anciens Madrilènes que d'anciens Barcelonais.Par Side Low à BarceloneRetrouvez l'intégralité de l'interview de Gerard Piqué dans votre Sport/Foot Magazine