Resté quatre ans (2005-2009) à la tête de l'Olympique de Marseille, l'un des postes les plus éjectables du football français, le Franco-Sénégalais s'est mis les bouillants ultras olympiens dans la poche avec sa défense sans concession du club et sa politique de reconstruction réussie après des années d'insuccès.

Pape Diouf, né en 1951 à Abéché (Tchad) où son père militaire était en poste, arrivé à Marseille à 18 ans et décédé mardi à l'âge de 68 ans, c'était d'abord une carrure tutoyant le mètre quatre-vingt-dix.

C'était aussi une élégance, avec sa sempiternelle moustache sombre sur son large sourire, ses costumes et ses cravates assorties, ainsi que sa voix posée maniant l'emphase et l'ironie, surtout pour pourfendre ses adversaires médiatiques: le Paris SG, bien sûr, mais aussi ses détracteurs au sein du club, qui ont malgré tout fini par avoir raison de lui en 2009.

Son sens de la formule, soignée sur les banc de l'institut de Sciences politiques d'Aix-en-Provence, a souvent fait mouche, ajoutant au décorum d'un championnat français où les Marseillais, sevrés de victoires, avaient bien besoin de retrouver des raisons de rêver.

Il critiquait par exemple la Coupe de la Ligue, trophée mal-aimé du football français, la qualifiant de "petite danseuse" pas indispensable dans un calendrier surchargé.

La province contre Paris

Et pour mieux séduire les supporters, l'ancien journaliste sportif de La Marseillaise devenu par la suite agent de plusieurs joueurs de l'équipe de France et enfin manager de l'OM pendant une saison avant d'accéder à la présidence, jouait souvent la province contre Paris.

"A Marseille, il y a des turbulences, parfois des débordements et quelques excès. Mais il n'y a pas de haine, ni d'entêtement borné, avait-il dit. Il n'y a pas ici de public méchant, parfois haineux comme on peut le voir à Paris", lançait-il en 2008 avant un choc contre le PAris Saint-Germain, qualifiant certains ultras du PSG de "brigands de stade".

Plus tard, il pourfendait les idées reçues contre la deuxième plus grande ville de France et son club: "Marseille est une ville sur laquelle il faut toujours taper. Si tous les clubs en France étaient l'objet de la même attention que l'OM, vous verriez beaucoup plus de clubs dans les cabinets des juges", déclarait-il en 2014 lorsqu'il était inquiété dans une affaire de transferts présumés frauduleux de l'OM, avant de voir son inculpation annulée quatre ans plus tard.

En retour, les supporters marseillais l'ont défendu bec et ongles au moment de son départ de la présidence, après quatre années marquées par un redressement sportif auquel il n'aura manqué qu'un titre de champion, finalement remporté, sous le mandat de son successeur Jean-Claude Dassier, en 2010.

Lutte contre le racisme

Cette cote de popularité, Diouf a même essayé de la faire fructifier en politique, se portant candidat à la mairie de Marseille en 2014 à la tête d'un collectif citoyen.

"Je veux tourner le dos à toute démarche politique car lorsqu'un lampadaire est en panne, ce n'est ni de gauche ni de droite que d'essayer de le réparer", disait-il alors. Cette figure plutôt ancrée à gauche ne recueillera qu'environ 6% des voix mais son image restera indemne aux yeux des Marseillais.

Sa liberté de ton l'a aussi conduit à batailler contre le racisme, notamment lors de l'affaire dites des "quotas", quand avait émergé fin 2010 l'idée, finalement abandonnée, d'imposer des quotas officieux de binationaux dans les centres de formation et les écoles de football de France.

"Je suis le seul président noir d'un club en Europe. C'est un constat pénible, à l'image de la société européenne et, surtout, française, qui exclut les minorités ethniques", avait-il déploré dans les colonnes du magazine Jeune Afrique.

Resté quatre ans (2005-2009) à la tête de l'Olympique de Marseille, l'un des postes les plus éjectables du football français, le Franco-Sénégalais s'est mis les bouillants ultras olympiens dans la poche avec sa défense sans concession du club et sa politique de reconstruction réussie après des années d'insuccès.Pape Diouf, né en 1951 à Abéché (Tchad) où son père militaire était en poste, arrivé à Marseille à 18 ans et décédé mardi à l'âge de 68 ans, c'était d'abord une carrure tutoyant le mètre quatre-vingt-dix.C'était aussi une élégance, avec sa sempiternelle moustache sombre sur son large sourire, ses costumes et ses cravates assorties, ainsi que sa voix posée maniant l'emphase et l'ironie, surtout pour pourfendre ses adversaires médiatiques: le Paris SG, bien sûr, mais aussi ses détracteurs au sein du club, qui ont malgré tout fini par avoir raison de lui en 2009.Son sens de la formule, soignée sur les banc de l'institut de Sciences politiques d'Aix-en-Provence, a souvent fait mouche, ajoutant au décorum d'un championnat français où les Marseillais, sevrés de victoires, avaient bien besoin de retrouver des raisons de rêver.Il critiquait par exemple la Coupe de la Ligue, trophée mal-aimé du football français, la qualifiant de "petite danseuse" pas indispensable dans un calendrier surchargé.Et pour mieux séduire les supporters, l'ancien journaliste sportif de La Marseillaise devenu par la suite agent de plusieurs joueurs de l'équipe de France et enfin manager de l'OM pendant une saison avant d'accéder à la présidence, jouait souvent la province contre Paris."A Marseille, il y a des turbulences, parfois des débordements et quelques excès. Mais il n'y a pas de haine, ni d'entêtement borné, avait-il dit. Il n'y a pas ici de public méchant, parfois haineux comme on peut le voir à Paris", lançait-il en 2008 avant un choc contre le PAris Saint-Germain, qualifiant certains ultras du PSG de "brigands de stade".Plus tard, il pourfendait les idées reçues contre la deuxième plus grande ville de France et son club: "Marseille est une ville sur laquelle il faut toujours taper. Si tous les clubs en France étaient l'objet de la même attention que l'OM, vous verriez beaucoup plus de clubs dans les cabinets des juges", déclarait-il en 2014 lorsqu'il était inquiété dans une affaire de transferts présumés frauduleux de l'OM, avant de voir son inculpation annulée quatre ans plus tard.En retour, les supporters marseillais l'ont défendu bec et ongles au moment de son départ de la présidence, après quatre années marquées par un redressement sportif auquel il n'aura manqué qu'un titre de champion, finalement remporté, sous le mandat de son successeur Jean-Claude Dassier, en 2010.Cette cote de popularité, Diouf a même essayé de la faire fructifier en politique, se portant candidat à la mairie de Marseille en 2014 à la tête d'un collectif citoyen. "Je veux tourner le dos à toute démarche politique car lorsqu'un lampadaire est en panne, ce n'est ni de gauche ni de droite que d'essayer de le réparer", disait-il alors. Cette figure plutôt ancrée à gauche ne recueillera qu'environ 6% des voix mais son image restera indemne aux yeux des Marseillais.Sa liberté de ton l'a aussi conduit à batailler contre le racisme, notamment lors de l'affaire dites des "quotas", quand avait émergé fin 2010 l'idée, finalement abandonnée, d'imposer des quotas officieux de binationaux dans les centres de formation et les écoles de football de France."Je suis le seul président noir d'un club en Europe. C'est un constat pénible, à l'image de la société européenne et, surtout, française, qui exclut les minorités ethniques", avait-il déploré dans les colonnes du magazine Jeune Afrique.