Orel Mangala attendra encore un peu avant d'enrichir son passeport. En mars prochain, il sera sans doute encore coincé dans le sud de l'Allemagne, du côté de Stuttgart. Loin de la phase de groupes de l'EURO Espoirs pour laquelle les Diablotins de Jacky Mathijssen ont lamentablement échoué à se qualifier et qui se tiendra cette année en Slovénie et en Hongrie. Un drame pour beaucoup, juste une phase finale en moins pour Mangala, ancien demi-finaliste des Championnats d'Europe et du Monde en 2015, avec les U17 en Bulgarie et au Chili, puis présent, déjà, il y a un an et demi en Italie pour l'EURO Espoirs des petits hommes de Johan Walem. Parce que depuis longtemps, la vie d'Orel Mangala est rythmée par ces appels systématiques en équipes nationales d'âges. Ceux censés regrouper la crème de la crème du futur du football belge. Ou en tout cas ses produits les plus avancés, les plus clinquants. Orel Mangala a toujours été de ceux-là, mais veut désormais s'inscrire dans l'instant présent.
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Orel Mangala attendra encore un peu avant d'enrichir son passeport. En mars prochain, il sera sans doute encore coincé dans le sud de l'Allemagne, du côté de Stuttgart. Loin de la phase de groupes de l'EURO Espoirs pour laquelle les Diablotins de Jacky Mathijssen ont lamentablement échoué à se qualifier et qui se tiendra cette année en Slovénie et en Hongrie. Un drame pour beaucoup, juste une phase finale en moins pour Mangala, ancien demi-finaliste des Championnats d'Europe et du Monde en 2015, avec les U17 en Bulgarie et au Chili, puis présent, déjà, il y a un an et demi en Italie pour l'EURO Espoirs des petits hommes de Johan Walem. Parce que depuis longtemps, la vie d'Orel Mangala est rythmée par ces appels systématiques en équipes nationales d'âges. Ceux censés regrouper la crème de la crème du futur du football belge. Ou en tout cas ses produits les plus avancés, les plus clinquants. Orel Mangala a toujours été de ceux-là, mais veut désormais s'inscrire dans l'instant présent. Orel, après deux saisons pleines en D2 allemande, tu es devenu cette saison un titulaire indiscutable en Bundesliga avec Stuttgart. Tu cumules donc déjà près de cent matches pros (96) à 22 ans. Ce dont peu de joueurs de ton âge peuvent se targuer. Tu t'estimes en avance sur ton plan de carrière? OREL MANGALA: On peut dire ça, oui. En tout cas, si on m'avait dit il y a quelques années, quand j'étais encore à Anderlecht, que mes premiers pas professionnels, je les effectuerais directement en Bundesliga, je ne l'aurais pas cru. Oui, parce que tu as quitté la Belgique à 18 ans. À un âge ou beaucoup regrettent un départ précipité vers l'étranger... MANGALA: J'ai l'habitude de dire qu'en tant qu'homme, j'ai grandi ici, en Allemagne. Ce qui a fait de moi quelqu'un de plus rapidement adulte. J'ai toujours été d'un naturel assez posé, mais en Allemagne, je suis aussi devenu plus réfléchi. Donc non, je n'ai jamais regretté d'être parti si tôt. Ça a été plus dur pour ma mère de me voir quitter le pays. Mon père, lui, il avait compris que c'était vraiment ce que je voulais faire, il m'a encouragé à franchir le pas. Bon, et puis ça a été dur pour moi aussi, évidemment. Je ne parlais pas allemand et je n'étais pas au courant que je parlais aussi bien anglais en fait ( rires). À l'école, j'étais bon en dictée, mais en arrivant, je me suis rendu compte que j'avais un meilleur niveau que ce que je pensais. À quel moment c'est devenu concret pour toi de quitter Anderlecht? MANGALA: Après la Coupe du monde U17. C'est là que les discussions ont commencé entre Anderlecht et quelques équipes en Allemagne. Je revenais d'une bonne saison en U21 où il y avait notamment eu cette demi-finale de Youth League, et je me suis rendu compte que je n'avais pas envie de rester bloqué à ce niveau-là encore deux ou trois saisons. Je voulais au minimum pouvoir m'entraîner avec un noyau pro et Anderlecht ne m'a pas proposé ça. À l'époque, il y avait pas mal de jeunes chez les A, mais surtout pas mal de jeunes à ma position avec Leander ( Dendoncker, ndlr), Youri ( Tielemans, ndlr), même encore Dennis ( Praet, ndlr). Et même si j'avais alors très envie de jouer un jour pour mon club de coeur, pour Anderlecht, je ne voulais pas non plus être la troisième ou la quatrième option. Et vu que René Weiler ne regardait pas trop ce qui se faisait plus bas, je me suis décidé à relever ce challenge en Allemagne. Après une saison en prêt avec les U19 de Dortmund, tu rejoins Stuttgart pour 2,5 millions d'euros, avec qui tu vas découvrir la Bundesliga une saison avant d'être prêté à Hambourg, en deuxième division allemande. Un championnat d'hommes où on te demande de faire la loi dans une équipe candidate au titre. À seulement 19 ans, le challenge était important... MANGALA: Chaque match était un combat. Là, j'ai appris à jouer avec la pression. À jouer chaque match pour le gagner. On visait la montée. Rien n'importait d'autre que la gagne, peu importe la manière. Est-ce que ce n'est pas parfois un peu de ce vice-là qu'il a manqué aux Diablotins ces derniers mois? MANGALA: C'est possible. Peu de joueurs dans ce groupe avaient l'expérience de devoir jouer chaque week-end pour gagner. Pour la prime de match, pour les trois points, pour le maintien, pour le titre. C'est quand tu te retrouves mené au score et que tu dois te bagarrer pour revenir à hauteur que tu constates ce genre de choses. Si tu ne connais pas cette situation, tu ne peux pas bien réagir. Pour beaucoup, c'est dans la tête que ça s'est joué. Et si tu n'es pas préparé, ce n'est pas si facile que ça de devoir revenir contre des équipes comme la Moldavie ou la Bosnie. Ça se joue clairement plus au caractère qu'au talent. Tu es quasiment un cas unique dans ta génération. Un des rares finalement à avoir été titulaire dans toutes les sélections d'âges avec la Belgique. Des U15 aux Espoirs. Ce n'est pas étrange de voir les uns et les autres disparaître peu à peu autour de toi? MANGALA: Ça n'a pas toujours été facile, pourtant. Avec certains, j'ai dû me battre pour avoir ma place, mais c'est vrai qu'à la fin, j'étais toujours repris, souvent titulaire. Le plus dur, ça a été avec Bob Browaeys. Bien sûr, il y a les demi-finales de l'EURO et du Mondial. Mais en quart contre la Croatie à l'EURO, je ne joue pas. En demi, contre la France, je suis sur le banc. Mais voilà, c'est mon mérite d'avoir toujours travaillé. On ne parle plus aujourd'hui d'Ismael Azzaoui, d'Alper Ademoglou, de Christophe Janssens, de Jorn Vancamp ou de Dennis Van Vaerenbergh par exemple, qui étaient des tauliers des U17 de Bob Browaeys, demi-finalistes du Mondial U17 au Chili. Ça fait bizarre aujourd'hui de voir que tu es un des seuls à t'être imposé au tout haut niveau à l'heure où l'on se parle? MANGALA: C'est un métier difficile qu'on a choisi. J'ai eu la chance d'avoir souvent les bons conseils qui m'ont permis de faire les bons choix. Mais attention, Ismael Azzaoui, il n'a pas été verni ces dernières années, mais là, il est fit. Il a signé à Heracles Almelo. Ce week-end, il est monté contre l'Ajax. Ne l'enterrez pas trop vite. On a beaucoup parlé de la génération 1999, des Albert Sambi Lokonga, Mike Trésor Ndayishimiye ou Sebastiaan Bornauw ces dernières semaines. Les 1998 auxquels tu appartiens ont souvent fait moins de bruit malgré vos résultats probants avec les U17. Comment tu l'expliques? MANGALA: Ce qu'on a connu en 2015, on ne nous l'enlèvera pas. Jamais. Peut-être qu'initialement, on parlait moins d'un Wout Faes ou d'un Orel Mangala, mais finalement, et je crois c'est sans doute lié au fait d'avoir connu de grands tournois plus jeunes, on se retrouve par exemple, tous les deux titulaires dans des grands championnats. Ce n'est pas le hasard. Là encore, je crois qu'avoir la chance de participer à des phases finales de grands tournois dès le plus jeune âge, ça n'a pas de prix. En cela, cette défaite en Bosnie le 17 novembre dernier (3-2) et cette élimination de la course à l'EURO Espoirs U21 marquent la fin d'une aventure. Comment tu l'as vécue? MANGALA: C'est spécial de se dire que désormais, il n'y aura plus de trêve internationale systématique. Cela fait huit ans que je vis avec ce rythme des rassemblements réguliers avec la même génération. On était comme une bande de potes. Et pour moi, c'était aussi l'occasion de rentrer en Belgique ( rires). On imagine que le vol retour de Bosnie n'a pas été joyeux. Un peu comme un dernier jour de classe où tout le monde aurait doublé. C'était à peu près ça, l'ambiance? MANGALA: Oui, on n'était pas fiers en tout cas. Parce qu'on s'entend tous très bien et qu'on rêvait de vivre cette aventure ensemble. Malheureusement, après des défaites comme ça, il n'y a pas grand-chose à dire. On avait tous la tête basse. Tout le monde s'est souhaité bonne chance en club. Tout le monde espère surtout pouvoir se retrouver un jour un échelon plus haut. Mais on sait bien sûr que tous n'y arriveront pas. De cette génération d'Espoirs, tu penses qu'il y en a combien qui franchiront le cap avec les A? MANGALA: Il y a quelques noms qui s'imposent. Charles De Ketelaere, j'aime bien. Trésor et Albert aussi, je pense. Après, il y a les joueurs qui ont le potentiel pour réussir et les joueurs qui parviennent à exploiter ce potentiel au mieux. Ce ne sont pas toujours les mêmes qui finissent par percer. Un mois avant la défaite en Bosnie, il y avait eu celle en Moldavie (1-0). Et là, ce qui avait surpris, ce sont les changements de Zinho Vanheusden et d'Alexis Saelemaekers effectués à la mi-temps, et commandités à distance par leur club respectif. Ça a été dur à comprendre pour le groupe? MANGALA: On nous avait prévenus la veille du match, c'était donc planifié, mais vu le score, on espérait qu'on laisse tomber, que l'équipe nationale passe avant tout. Si vous voyez la réaction d'Alexis, vous savez que ce n'est donc pas un problème de motivation comme certaines mauvaises langues ont pu le dire. Quand un gars qui est titulaire à l'AC Milan et en tête de la Serie A est révolté de sortir, tout est dit. Alexis et Zinho étaient dégoûtés parce qu'avec les Diablotins, ils jouaient avec et pour des amis. Et je peux vous dire qu'ils étaient tous les deux très énervés à ce moment-là. Parce qu'on était menés et qu'on les a forcés à sortir, alors qu'il y avait un résultat à aller chercher. Si on gagnait ce soir-là, on était qualifiés pour l'EURO. Mais voilà, c'est aussi ça le football professionnel visiblement. Moi, en Allemagne, je n'ai en tout cas pas eu de consignes par rapport à ça. Quand Mathijssen a repris les Espoirs, il a installé le même système que Martinez. Avec Orel Mangala dans le rôle d'Axel Witsel. À l'époque, Marc Wilmots avait dû convaincre Witsel d'accepter ce rôle de sentinelle, qui le privait de mettre de temps à autre le nez à la fenêtre. Comment s'est passé la transition pour toi? MANGALA: Le coach m'a tenu un discours très détaillé en me disant que ce poste pouvait me convenir. On a eu un entretien individuel où on a analysé quelques matches des Diables. Voir comment Witsel ou Tielemans jouaient à cette position. Ça m'a permis de comprendre exactement ce que le coach attendait de moi. Je me suis rendu compte que c'était dans mes cordes de faire ce travail-là. Et de toute façon, cela ne changeait pas grand-chose pour moi, dans le sens où j'avais déjà joué là. Bien sûr, j'aime bien monter, apporter le surnombre, mais si le coach me donne vraiment comme consigne de m'installer en 6, je le fais avec plaisir. Il y a quelques mois, Roberto Martinez citait déjà ton nom en conférence de presse. Entre-temps, tu es devenu titulaire en Bundesliga. Ce qui laisse penser qu'après Saelemaekers, Bornauw, Vanheusden et Delcroix, tu pourrais être le prochain à faire le bond chez les A? MANGALA: Moi, je suis prêt pour ça. Je suis prêt à accepter la pression qui va avec. J'ai l'impression d'avoir le vécu pour affronter ces prochaines étapes. J'ai envie d'apprendre au contact de ces joueurs-là. Je veux entendre les anecdotes d'un Jan Vertonghen, je veux voir Axel Witsel "jouer en vrai". Pour moi, qui était devant les écrans géants au Heysel en 2014, ça aurait encore une autre signification. J'ai vu tous les matches de cette équipe-là, en faire partie, ce serait juste magnifique. Tu ne redoutes jamais de te prendre un mur? De transformer le compte de fée en petit cauchemar, à l'image des débuts difficiles d'un Sebastiann Bornauw avec les A? MANGALA: Jouer pour la Belgique, le pays où j'ai grandi, ce sera une fierté. Mais pas spécialement une pression. Tout peut toujours arriver. Si c'est arrivé à Sebastiaan, ça peut arriver à tout le monde, mais je suis d'un naturel optimiste, je ne pense jamais à ce qu'il pourrait se passer de mal. Pour moi, rejoindre ce groupe-là, c'est juste la suite logique. Toi, tu ne regrettes jamais de ne pas bénéficier de la même exposition médiatique que des gars comme Charles De Ketelaere et Albert Sambi Lokonga, qui ont l'avantage d'avoir percé en Belgique? MANGALA: C'est toujours bien d'être reconnu dans son pays, je ne dirais pas non à un peu plus de bonne publicité, mais je ne le vis pas mal. C'est un choix de carrière. En Allemagne, je suis petit à petit en train de faire mon trou, je suis sûr que mon tour viendra aussi en Belgique. Mais ce n'est pas pour autant le moment pour moi de revenir. Ceci dit, cela me ferait évidemment sourire de reformer le binôme du milieu avec Albert, mais peut-être ailleurs qu'à Anderlecht qui sait.