Personnage à part, le défenseur du PSG a bossé à l'usine, connu le succès grâce à YouTube, passe son temps libre dans les musées et râle encore devant le prix du café dans la capitale. Discussion avec un type qui a les crampons sur terre.
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Personnage à part, le défenseur du PSG a bossé à l'usine, connu le succès grâce à YouTube, passe son temps libre dans les musées et râle encore devant le prix du café dans la capitale. Discussion avec un type qui a les crampons sur terre. Est-on en train de parler à un extraterrestre ? THOMAS MEUNIER : (Sourire) Non, pas du tout. Pourquoi ? Parce qu'un footeux qui monte une société spécialisée dans l'art contemporain, s'exprime sur l'actualité, aime la politique et partage ses coups de coeur artistiques ou littéraires sur les réseaux sociaux, c'est pas banal... MEUNIER : Les gens disent que je sors du lot, mais, en réalité, ça vient juste du fait que j'aime parler de ce que je fais. Les autres joueurs ont différents hobbies, mais ne les exposent pas. Quand on me demande ce que j'aime dans la vie, ça ne m'embête pas de le dire et de développer, pendant que d'autres préfèrent rester discrets. Vous n'avez pas l'impression de passer pour l'intello de service ? MEUNIER : Non, je ne me vois pas du tout comme plus intelligent. Je me vois comme plus ouvert. C'est différent. J'adore l'actualité, je regarde la politique, je peux passer une soirée sur TV5 ou Ushuaïa. Tout m'intéresse. Parfois, je me perds un peu. Je veux faire plein de trucs en même temps, sans me concentrer à 100% sur une tâche. La procrastination est quelque chose qui m'est vraiment propre. Ma copine me le répète souvent. Je passe du coq à l'âne, parce que j'ai envie de tout faire et tout m'intéresse. Je lis un livre sur le sport, un roman, une comédie et, en réalité, je lis la moitié à chaque fois. J'aime bien m'éparpiller. À la fin, je finis quand même par aller au bout, même si j'en ai dix en même temps et que ça prend six mois. Vous trouvez des interlocuteurs pour échanger au PSG ? MEUNIER : J'adore aller au contact. J'ai déjà parlé des heures avec Edinson (Cavani, ndlr) de son amour pour la chasse. Il m'a montré des vidéos, des photos. C'est un domaine que je ne connaissais pas et je m'intéresse assez vite. Chacun a ses passions. Alphonse (Areola, ndlr), il adore les montres. Moi, je n'y connais pas grand-chose. Mais, quand il en parle, tu ressens sa passion. Il te parle des modèles, des millimètres, de tout. C'est passionnant. En fait, Alphonse il est comme moi avec l'art. Il peut vous dire s'il y a des choses cotées ou non. C'est une passion comme une autre.Ça se respecte. Vous ne vous sentez donc pas trop à part dans ce vestiaire ? MEUNIER : Non. La seule chose, c'est qu'il y a un fossé avec les plus jeunes. Ils profitent pleinement de leur statut de footballeur. Les choses sont faciles d'accès, on a toujours des avantages au niveau de la vie, des sorties, des filles. Je suis casé depuis mes dix-sept ans avec la même fille, on a deux enfants et tout se passe très bien. J'ai vraiment trouvé mon équilibre. C'est difficile de pouvoir créer des affinités avec des joueurs qui sont plus libres, même si j'entretiens d'excellentes relations avec mes coéquipiers. Si je veux commencer à intégrer ma femme, mes enfants, ce n'est pas simple. Mais ils ont raison de profiter de ce statut. C'est normal. Du coup, vous l'utilisez comment votre temps libre sur Paris ? Vous enchaînez les expos et les musées ? MEUNIER : Quand j'ai du temps libre le week-end, je fais toujours des choses pour les enfants. On va souvent à la Cité des sciences. C'est top ! La semaine, le coach aime bien fixer les entraînements en fin d'après-midi. Du coup, quand mes enfants sont à l'école, je profite du temps libre avec ma femme. On va beaucoup au cinéma. Le cinéma le matin, c'est juste magnifique.On est trois dans la salle, c'est parfait. On va voir aussi pas mal d'expos. J'adore le Centre Pompidou. Paris, c'est juste incroyable. Je ne sais plus qui disait : " Les Parisiens détestent Paris, mais ils ne peuvent pas la quitter. " Pour les étrangers, c'est exactement la même chose. Vous pourriez choisir un club en fonction de la richesse culturelle de la ville ? MEUNIER : Non, parce que je dois toujours voir mes priorités, et ma priorité, c'est le foot. Ce qui remplit le frigo, c'est le football, pas l'amour des musées. J'aurai toujours une possibilité de voyager et de faire ce que j'ai envie de faire à un moment où un autre. Cet amour pour l'art, il vous vient d'où ? MEUNIER : D'une prof qui s'appelait Nadine Martin. Elle était artiste elle-même. Le métier d'enseignant, c'est le boulot que je respecte le plus au monde. C'est tellement difficile de pouvoir captiver des enfants et de faire en sorte qu'ils aient l'envie de suivre un cours, ou même d'aller à l'école. Cette femme-là possédait vraiment un pouvoir d'attraction. Quand elle parlait, c'était toujours avec passion. Je n'y connaissais rien à l'art. Elle a réussi à me transcender. Vous peignez, dessinez ? MEUNIER : Non, je n'ai plus le temps. À Bruges, j'avais travaillé pour une marque qui fabriquait des auvents pour les vérandas. C'était un sponsor du club. Il voulait faire quelque chose avec moi. Je leur avais fait toute une gamme de motifs. C'était en vente en magasin. D'après ce que je sais, ça avait très bien marché. Ça ne vous manque pas ? MEUNIER : Non. J'ai compensé ce vide avec les musées et les expos. Depuis que je suis sur Paris, j'ai pu assouvir mon envie. Ça vous emmerde qu'on dise que les footeux n'ont pas de cerveau ? MEUNIER : Les gens qui disent ça ont des lacunes intellectuelles. Le football est un domaine dans lequel on est très médiatisé, et même quand on ne veut pas l'être, on l'est quand même. Je prends l'exemple d'Anthony Martial et de ce qui est sorti avec sa copine. Ce genre de truc, ça se passe tous les jours. Tout le monde connaît un mec qui envoie des photos de lui à une meuf pour la draguer. Ou un mec qui va à droite, à gauche. Sur les quinze mecs autour de nous, y en a peut-être six qui ont déjà commis l'adultère. Les footballeurs n'ont pas le droit à l'erreur. On est tout de suite catalogués comme des gens qui ne pensent qu'à leur grosse voiture. J'ai des potes qui m'ont parlé de la Lamborghini de Ronaldo en le traitant de gros frimeur. Mais je leur réponds que s'ils avaient son salaire, ils feraient sûrement pareil. Il a travaillé, a gagné plein d'argent, pourquoi n'en profiterait-il pas ? Il y a beaucoup de gens envieux. Les réactions sont disproportionnées. Et le fait qu'un mec dise une connerie dans une interview, O.K., mais moi, je peux vous trouver dix gars qui prononcent une phrase de dix mots avec une faute dedans. Le football est le reflet de la société. On insiste, mais pourquoi êtes-vous si différent des autres ? MEUNIER : Ça vient de mon éducation, surtout de ma grand-mère qui était enseignante et qui a toujours été ouverte. Elle adorait la musique classique, le dessin, elle était assez créative. Je suis content d'avoir grandi avec la vie que j'ai eue, avec les hauts et les bas. J'ai été deux ans en centre de formation. J'ai aimé la vie en communauté, l'école, tout ça, mais il y avait une chose qui me dérangeait à ce moment-là, c'était le football. Étonnamment, c'est ce que j'aimais faire, mais j'aimais jouer au football quand j'avais envie de jouer au football. Pas quand ça devenait une obligation. C'est un système qui m'a un peu dégoûté. Jouer doit rester un plaisir et là, ça devenait une obligation. D'ailleurs, quand je me suis fait virer du centre de formation, j'étais heureux. Je suis arrivé dans le bureau de l'entraîneur, j'étais avec ma mère et il a dit qu'il n'allait pas me garder. On est rentrés à la maison, l'affaire était réglée. J'étais presque content. Sauf que votre père ne vous a plus adressé la parole... MEUNIER : Comme beaucoup de papas, il voyait en moi l'occasion de réaliser son rêve. Je me suis pris la tête un nombre incalculable de fois avec lui sur les terrains. C'était quelqu'un d'obstiné. Mais j'étais assez compréhensif par rapport à lui. Le football, c'est son amour. Il vit pour ça et il a été déçu. Pendant des mois, il ne m'a pas parlé. Mais je connaissais l'oiseau. (Sourire)Du coup, vous percez comment ? MEUNIER : Ma mère a passé le coup de fil qui a changé le cours de ma vie à jamais. Il y avait une petite annonce dans le journal pour une journée de détection à Virton. Elle a appelé, j'y suis allé, on a joué un match, j'ai marqué dix buts, c'était reparti. Il n'y avait que deux ou trois entraînements par semaine, c'était pas loin de la maison, je pouvais avoir une vie sociale, aller au cinéma, au bowling, à l'école, avec mes potes. Pour moi, c'était parfait. Je vivais le football à nouveau comme une passion et un vrai hobby, pas comme une obligation. Ensuite, j'ai marqué quelques buts qui ont fait sensation et qui tournaient sur YouTube. Du coup, on est venu m'observer. C'est également l'époque où vous commencez à bosser. Encore une particularité. MEUNIER : J'ai eu mon bac, mais il était hors de question pour mes parents que je reste à glander à la maison. Le délégué de l'équipe m'a trouvé un boulot. J'ai commencé comme postier, puis je suis allé à l'usine pour préparer des pièces autos. C'est ce qui vous permet de garder les pieds sur terre, aujourd'hui ? MEUNIER : Ouais, mais même sans avoir eu ces expériences, les valeurs du travail et de l'argent, je les avais. Mes grands-parents ont eu une grosse importance dans mon éducation. Mon grand-père était militaire, ma grand-mère enseignante. Eux, c'était vraiment à l'ancienne. L'éducation était à la dure, mais toujours juste. Ça m'a grandement servi. Vous êtes choqué par tout l'argent qui circule dans le monde du ballon ? MEUNIER : Non. C'est sûr qu'il existe un fossé énorme, mais pas uniquement dans le foot. Le Mayweather en boxe (invaincu en 50 combats professionnels), il fait un combat, il prend deux cents millions. C'est juste dingue ! Dans le foot, ça profite à tout un système, et il n'y a rien de négatif pour personne. Le foot crée de l'emploi dans beaucoup de domaines. Tout ça fait partie de l'évolution. Même si ç'a explosé et que ça n'a pas été crescendo. Mais tout cet argent sert à tout le monde et personne ne peut se plaindre du système actuel. Vous profitez comment de votre argent ? MEUNIER : J'ai eu du mal à me décoincer. C'est dû à mon éducation. On m'appelait " le radin " ou " la pince ". (Sourire) Ça fait trois ans que je suis à Paris, je n'ai vraiment pas à me plaindre, mais quand je bois un double expresso, que le mec m'apporte l'addition et que je vois que c'est 10?, bah, ça me fait mal à la gueule de prendre mon portefeuille pour payer. Ma femme me dit à chaque fois : " Quoi, c'est trop cher ? " Mais oui, c'est trop cher. (Rire) Après, c'est Paris. Vous vous sentez à l'aise dans ce monde du foot ? MEUNIER : J'ai toujours su séparer le foot de la vie privée. À partir du moment où je peux exercer mon travail et ma passion comme je l'entends, ça me convient très bien. Après, j'ai la vie privée que je veux avoir. Il n'y a pas de foot à la maison. Je ne veux pas saouler ma femme avec ça. Et puis, je ne vois pas beaucoup mes enfants avec mes horaires. Ce n'est pas pour commencer à regarder des matches à la maison. Vos coéquipiers à Paris sont-ils au courant de votre ancienne vie ? MEUNIER : Oui, quelques-uns. Après, je ne la dévoile pas sur la place publique. J'ai bien grandi depuis. Maintenant, je suis un footeux comme les autres. La célébrité, ça vous plaît ? MEUNIER : J'ai toujours été quelqu'un de réservé et j'aime mon espace privé. Après, à Paris, pour moi, ça reste assez calme. Pour ma femme, c'est différent. Elle doit supporter ça, les photos, s'arrêter régulièrement...Surtout quand on est en Belgique. Je ne peux pas dire que ça m'embête, parce que j'en profite. Cette célébrité nous offre énormément d'avantages. Tout le monde rêverait d'avoir son heure de gloire. Ça fait partie du jeu. Ce n'est pas encore envahissant. Je peux sortir de chez moi. J'ai une vie assez calme et normale pour un footballeur du PSG. Qu'est-ce qui vous manque le plus de votre ancienne vie ? MEUNIER : Cet anonymat justement. Quand je jouais, on allait boire un verre après les matches. Ce côté un peu naturel et terre à terre. Pour moi, boire une bière avec mes coéquipiers après un match, c'est presque obligatoire. À Paris, c'est impossible. C'est tellement professionnalisé, il y a tellement d'enjeu... Je peux comprendre qu'il faille contrôler et que tout a son importance, mais c'est ce côté un peu nature qui me manque. Vous auriez fait quoi de votre vie si vous n'aviez pas été un footeux ? MEUNIER : J'aurais fait des études, c'est certain. J'avais un petit truc pour la com. Ou peut-être quelque chose dans les langues. J'ai toujours aimé la langue française. Mais je serais sûrement revenu dans mon petit bled. Quand vous vous retournez sur votre carrière, vous hallucinez ? MEUNIER : Oui. Pour moi, je suis toujours le Meunier qui jouait à Virton. Je suis bien conscient de ce qui arrive, mais je pose la même question à ma femme tous les deux jours. " Tu te rends compte que je joue à Paris ? " Quand on en parle, on se dit souvent : " T'imagines où on est ? Est-ce qu'un jour t'aurais imaginé acheter un appartement à Paris ? " Avec l'argent qu'on gagnait, on aurait pu acheter une place de parking, c'est tout. Là, notre vie a complètement changé. La vie qu'on peut offrir à nos enfants grâce au football, c'est quelque chose. Bruges, c'était déjà exceptionnel pour moi. On me disait souvent : " Mais qu'est-ce qu'il va foutre à Bruges ? C'est beaucoup trop ambitieux. " Finalement, je suis au PSG. C'est juste hallucinant. Vous visiterez toujours les musées parisiens la saison prochaine ? MEUNIER : J'espère. Le club connaît mes intentions. Je veux rester à Paris. Les dirigeants savent que je suis ouvert à faire ma quatrième année ici, comme pour signer un nouveau contrat. Ce sera leur décision, tout est entre leurs mains.