Cela ressemble au lancement d'un produit mondialisé haut de gamme. Le story-telling est à la hauteur. Neymar qui marque à New York et à DC avec le Barça lors de l'International Champions Cup ; Neymar qui se bat à l'entraînement avec un coéquipier qui le traite de "pesetero" (mercenaire) à Miami. Neymar en tournée publicitaire à Shanghai ; Neymar à l'escale de Dubaï avec ses potes ; Neymar de retour à Barcelone ou encore Neymar en visite médicale (!) à Porto.
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Cela ressemble au lancement d'un produit mondialisé haut de gamme. Le story-telling est à la hauteur. Neymar qui marque à New York et à DC avec le Barça lors de l'International Champions Cup ; Neymar qui se bat à l'entraînement avec un coéquipier qui le traite de "pesetero" (mercenaire) à Miami. Neymar en tournée publicitaire à Shanghai ; Neymar à l'escale de Dubaï avec ses potes ; Neymar de retour à Barcelone ou encore Neymar en visite médicale (!) à Porto.On n'en aura pas raté une miette, même si chacun connaissait le dénouement du film. Durant ces deux mois d'intersaison, faute de jeu, on vend de l'impalpable, des chimères, du feuilleton à rebondissements, du vent, aussi. "C'est une période d'espoir, de rêve pour les supporters", nuance Laurent Nicolllin, le président de Montpellier. "C'est la seule période où tout est possible. Après, la réalité se charge de nous ramener les pieds sur terre."Comme Paul Pogba qui avait alimenté un buzz artificiel l'an dernier, via ses réseaux sociaux, avant son passage de la Juventus à Manchester United (105M€), l'entourage de Neymar a entretenu un suspense aussi éventé que l'attribution des JO 2024 à... Paris. Au final, le Brésilien est arrivé dans la Ville lumière vendredi 4 août, la veille de l'ouverture de la Ligue 1 pour "le transfert du siècle" (222M€).Une étiquette qui pourrait voler en éclats dès la saison prochaine, à moins que ne ce soit dans le mois en cours si d'aventure la concurrence devient féroce (City, United, Barça, voire Chelsea) à propos du prodige monégasque, Kylian Mbappé, entendu que les enchères débutent à 180M€, le prix déjà proposé par le Real. Le paiement de la fameuse clause, cette spécialité espagnole, a fait néanmoins exploser toutes les barrières mentales en vigueur jusqu'alors."Le PSG obéit ici à une triple logique. La politique sportive, le marketing et le rayonnement de la marque, considérant que le football est devenu un véritable marché mondial avec de nouveaux espaces à conquérir comme l'Asie ou l'Amérique du Nord. Le football européen est devenu un produit de consommation qui passionne toute la planète, il est donc assez logique que les prix flambent", déchiffre Michel Desbordes, professeur du marketing du sport à l'université de Paris Sud.Depuis leur arrivée à Paris, les Qataris n'ont jamais fait mystère de leurs buts suprêmes : gagner la Ligue des champions, faire du PSG le meilleur club du monde et, par ricochet, bénéficier d'une communication positive pour leur pays et des amis (influents) pour le futur. Qatar Sports Investments (QSI), l'actionnaire du club francilien, avait déjà essayé de faire venir O'Ney l'an dernier sur les bords de la Seine. En vain. Le père et agent du joueur auriverde s'était surtout servi du PSG pour obtenir une prolongation et une rallonge salariale en Catalogne.L'arrivée cet été du Principe do gol (le Prince du but) en France correspond à des intérêts bien compris des deux côtés de la table des négociations. Versant brésilien, l'ancien joueur de Santos devait sortir de l'ombre envahissante de Leo Messi pour devenir le meilleur joueur du monde et prétendre au Ballon d'or. "Les contrats des meilleurs joueurs du monde sont indexés sur leurs prestations et sur les récompenses individuelles", décrypte un cadre de Nike en Europe. Si tu n'es pas le meilleur joueur de ton équipe, il y a comme un plafond de verre qui limite ton horizon. En termes sportifs comme contractuels, Neymar devait sortir du voisinage de Messi (signé par Adidas). Tout le monde est gagnant : le joueur, Paris et nous."Un point de vue validé la semaine dernière par Tostao, la légende du Brésil 70, dans une colonne livrée à la Foha de Sao Paulo : "Il n'y a rien de contradictoire entre le bonheur de jouer pour une des meilleures équipes de l'histoire et l'admiration et l'amitié qu'il peut avoir pour Messi d'un côté, et le désir de devenir une plus grande star de l'autre." Depuis son premier contrat pour Santos à l'âge de onze ans (!) et comme de nombreuses icônes brésiliennes, Ney sait que le football est une industrie lucrative qui va assurer l'avenir de sa lignée pour plusieurs générations.Il n'empêche, l'horloge tourne et le néo-Parisien (25 ans), qui entame sa dixième saison professionnelle, regarde en arrière. Son compatriote Ronaldo a été triple meilleur joueur du monde FIFA (dont la première à 20 ans), Rivaldo a été choisi en 1999, Ronaldinho en 2004 et 2005 et Kaka en 2007, sans compter Romario en 94. Il n'a JAMAIS oublié non plus les échecs en Europe de l'idole de son enfance à Santos, Robinho, dont Walter Casagrande, l'ancien attaquant du Brésil dans les 80's disait qu'il serait "le meilleur joueur de foot de l'histoire, en dehors de Pelé."Du côté parisien, la venue du joueur de la Seleçao répond à minima à trois objectifs. Frapper un grand coup sur le marché des transferts après une saison ratée (perte du titre après 4 ans de règne, humiliation à... Barcelone (1-6) et une campagne de recrutement indigente (Jesé, Ben Arfa, Krychowiak, Guedes - à la notable exception de Meunier, Draxler et Lo Celso)." Kluivert et Létang (les directeurs sportifs) ont été 'exfiltrés' pour faire place à Antero Henrique (ex-Porto), une vraie pointure européenne du poste", assure une source proche du club. Dani Alvès, Berchiche (Real Sociedad) sont arrivés ; Juan Foyth (Estudiantes) ne va pas tarder et d'autres peut-être (Oblak, le portier de l'Atlético ? ). On va aussi juger Henrique sur sa capacité à régler les départs (Aurier, Matuidi, Lucas, Di Maria ? ) pour faire rentrer le PSG dans les clous du fair-play financier suite au transfert de Neymar, qui a été géré par le président Nasser al-Khelaïfi."Outre la dimension sportive, le passage de Neymar de Catalogne en Île-de-France a également une portée éminemment politique, suite à la crise qui secoue le Qatar depuis une paire de mois. Début juin, l'Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l'Egypte ont coupé tout lien diplomatique avec Doha. Ils reprochent aux Qataris leurs liens ambivalents avec des organisations terroristes internationales ou des entités comme les Frères musulmans et plus sûrement leurs relations avec l'Iran. Le pays subit aussi un blocus avec la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes."L'Arabie saoudite, qui a de plus en plus de mal à assumer son leadership dans le monde sunnite face au salafisme, n'a pas supporté les velléités de grandeur du Qatar", analyse Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS. Une des treize conditions posées par les pays du Golfe à la levée de cette mise en quarantaine concerne même la fermeture d'Al Jazeera, la chaîne d'information."Les nations voisines veulent faire rentrer le Qatar dans le rang. L'activisme diplomatique et politique du petit émirat qui, depuis des années, ouvre ses portes et ses antennes aux opposants de la plupart des pays arabes, en particulier islamistes, n'est guère acceptable pour les grands pays autour", poursuit Luizard.La perspective de la Coupe du monde 2022 joue aussi un rôle dans le transfert de Neymonstro. "Le Qatar refuse que le blocus nuise aux préparatifs du Mondial en 2022", souligne Luc Dayan, ancien actionnaire de Lille, qui avait négocié en 2006 une arrivée des Qataris au PSG, finalement avortée. Comme ils disent là-bas, ce sera : "une Coupe du monde historique, la première organisée par un pays moyen-oriental, arabe et islamique". Signer Neymar, c'est une façon de se protéger, de redorer leur image et de rappeler ce qu'ils font à Paris depuis six ans."D'autres, comme Jean-Christophe Gallien, professeur à la Sorbonne, sur France Info, la radio française, affirment même que "le transfert de Neymar à Paris, c'est un cadeau fait à la France. Le Qatar est au coeur d'une crise et il cherche - comme il l'a toujours fait - à se doter d'alliés. Là, il y a une remobilisation du partenaire français pour la négociation à venir avec les pays du Golfe." Le gouvernement français coincé entre ses accointances avec Riyad et Doha pourrait ainsi se montrer conciliant lors des tractations à venir, menées par le Koweït."Le Qatar pèse énormément dans l'économie du football à travers Be In Sports, les achats de droits, le sponsoring (Qatar Airways est le partenaire des grands tournois de la FIFA jusqu'en 2022), la Coupe du monde 2022... Ça joue nécessairement à un moment donné en termes d'influence", relance Luc Dayan. Le transfert de Neymar à Paris a également réveillé quelques antagonismes entre certains clubs de la noblesse européenne (Bayern, Juventus, Barcelone...) et les nouveaux riches adossés à un État (Manchester City, PSG).Le Real pour des raisons de concurrence évidente avec son rival historique, et les clubs anglais majeurs, rapport à leur nature ultra-libérale à l'instar de Chelsea, accusé en son temps de déréguler le marché, se tiennent à l'écart de ce clash XXL. "Le fair-play financier a été mis en place pour éviter que les clubs ne creusent des déficits abyssaux mais aussi pour que de nouveaux entrants très riches ne puissent s'acheter la plus belle compétition de clubs du monde à fonds perdus", explique un dirigeant d'un des meilleurs clubs français.Sans surprise, Jean-Michel Aulas, le président de Lyon, se range du côté de l'aristocratie continentale à laquelle il n'appartient pas : "L'arrivée de Neymar apporte une visibilité extrême à la Ligue 1 mais il s'agit d'une dérégulation déraisonnable. Ce gain d'attractivité ne compense pas la perte de revenus liés à la C1. Si Paris au travers de moyens disproportionnés et Monaco (grâce à sa fiscalité avantageuse) confisquent les deux places qualificatives, il n'y aura plus guère de suspense", déclarait-il au Journal du dimanche, il y a dix jours. Cruelle ironie quand on sait que c'est lui qui a négocié pour les Français la nouvelle répartition inique de la Ligue des champions à partir de l'année prochaine (l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne auront quatre équipes en phase de poules, soit la moitié du plateau)... Par Rico Rizzitelli