ll y a d'abord eu les retrouvailles au centre d'entraînement. Puis le stage à Marbella. Pour la première fois en trois ans, Nany Dimata a enfin eu droit à une préparation classique d'avant-saison. "C'était important de commencer l'année avec mes coéquipiers pour pouvoir tisser des liens plus intimes, plus profonds, pour mieux nous connaître", lance l'intéressé, dont la distance et la vidéo imposées par le Covid pour l'interview n'enlèvent rien aux (sou)rires faciles. "En arrivant en janvier, je n'ai pas eu le temps de me familiariser à l'équipe: j'ai directement dû rentrer dans les objectifs du club." À ce petit jeu-là, Nany ne s'est pourtant pas trop mal débrouillé... Débarqué en pleine lutte pour le titre en Liga 2, le natif de Mbuji-Mayi a planté cinq buts en l'espace de 1100 minutes. Trois anecdotiques, un décisif contre les concurrents de Majorque, et un autre après dix secondes face à Ponferradina, soit le plus rapide - et par ailleurs le 4000e - de l'histoire des Pericos en championnat. "J'ai vraiment trouvé l'énergie que je recherchais", reprend Dimata. "L'Espanyol me ressemble: c'est un club de première division qui s'est malheureusement retrouvé en Liga 2 et qui est remonté tout de suite au plus haut niveau. Un peu comme moi, qui n'ai pas pu rester au top suite à certaines circonstances, mais qui ai la soif de m'y retrouver au plus vite." Ce lundi, 20h30, Nany Dimata sort de sa deuxième séance d'entraînement de la journée. Un peu fatigué, mais d'humeur bavarde.
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ll y a d'abord eu les retrouvailles au centre d'entraînement. Puis le stage à Marbella. Pour la première fois en trois ans, Nany Dimata a enfin eu droit à une préparation classique d'avant-saison. "C'était important de commencer l'année avec mes coéquipiers pour pouvoir tisser des liens plus intimes, plus profonds, pour mieux nous connaître", lance l'intéressé, dont la distance et la vidéo imposées par le Covid pour l'interview n'enlèvent rien aux (sou)rires faciles. "En arrivant en janvier, je n'ai pas eu le temps de me familiariser à l'équipe: j'ai directement dû rentrer dans les objectifs du club." À ce petit jeu-là, Nany ne s'est pourtant pas trop mal débrouillé... Débarqué en pleine lutte pour le titre en Liga 2, le natif de Mbuji-Mayi a planté cinq buts en l'espace de 1100 minutes. Trois anecdotiques, un décisif contre les concurrents de Majorque, et un autre après dix secondes face à Ponferradina, soit le plus rapide - et par ailleurs le 4000e - de l'histoire des Pericos en championnat. "J'ai vraiment trouvé l'énergie que je recherchais", reprend Dimata. "L'Espanyol me ressemble: c'est un club de première division qui s'est malheureusement retrouvé en Liga 2 et qui est remonté tout de suite au plus haut niveau. Un peu comme moi, qui n'ai pas pu rester au top suite à certaines circonstances, mais qui ai la soif de m'y retrouver au plus vite." Ce lundi, 20h30, Nany Dimata sort de sa deuxième séance d'entraînement de la journée. Un peu fatigué, mais d'humeur bavarde. Alors Nany, comment va ce fameux genou? NANY DIMATA : Oh, ça fait très longtemps que je n'en ai plus entendu parler, hein ( Il rit). Ça va très bien, les stats parlent d'elles-mêmes: depuis janvier, je n'ai pas été une seule fois absent de la sélection et j'ai joué tous les matches. Toutes les conditions sont réunies pour que je sois bien dans ma peau. Dès janvier, tu savais que ton prêt à l'Espanyol se transformerait automatiquement en transfert en cas de promotion en Liga. Aucun regret? DIMATA: Non, ça fait partie des péripéties des joueurs, Anderlecht reste un grand club et je resterai Bruxellois jusqu'à la fin de ma vie. Au Sporting, les circonstances ont fait que tout le monde n'était pas sur la même longueur d'onde, il a donc fallu emprunter d'autres routes pour mener mes objectifs personnels. Qu'est-ce que tu retiendras de ton passage à Anderlecht? DIMATA: C'est rare que je me pose pour penser à des trucs trop négatifs ou à un endroit où ça s'est mal passé. J'ai un gros caractère et j'essaie d'aller chercher le positif, sans me dire que c'est à cause de telle ou telle personne que ça n'a pas fonctionné. Ce que je retiens, c'est que j'ai eu des coéquipiers grandioses, comme mon meilleur pote Bakkali, Adri ( Trebel, ndlr), Sambi ( Lokonga, ndlr), Doku, Saelemaekers... et que j'ai pu rejouer après ma blessure. Les trois derniers joueurs que tu cites sont partis vers des clubs plus huppés, la preuve qu'il y a un talent monstre au Sporting. Comment expliques-tu que la sauce n'ait pas vraiment pris malgré tout? DIMATA : Parfois, il faut pouvoir gérer des situations individuellement et pas spécialement de façon uniforme. Une équipe est un ensemble de personnalités qui méritent d'être traitées différemment et ça n'a pas toujours été fait de la meilleure des manières. Ça fait partie aussi partie de l'apprentissage du club et du staff qui était "nouveau" dans le domaine, mais je pense qu'on n'avait pas suffisamment d'équilibre. Certains joueurs étaient livrés à eux-mêmes, mais quand tu es jeune, tu as besoin de confiance, de gens qui te parlent, qui croient en toi et te donnent l'envie de toujours progresser. Si tu veux faire une équipe de jeunes, il faut être capable de gérer la jeunesse. Après un bon début de saison, tu as complètement disparu de l'équipe en décembre avant d'entrer au jeu quatre fois de suite en janvier en étant décisif (un assist contre Charleroi, un penalty provoqué contre Mouscron). Tu as reçu des explications de Vincent Kompany? DIMATA : Est-ce que l'on a vraiment eu des discussions? ( Il réfléchit) On en a eu deux, trois, quatre... mais je ne suis pas quelqu'un qui parle énormément, je suis plus dans les actes. On peut me parler comme on veut, c'est bien beau, mais si les actes ne suivent pas au final... On a beau me dire "T'es le meilleur", si on ne me met pas sur le terrain, je suis censé faire quoi? Mais je n'ai pas de haine envers qui que ce soit: c'était leur choix, leur apprentissage... On ne peut pas leur en vouloir comme s'ils avaient énormément d'expérience dans le management. Comme ton ex-T1 Franky Vercauteren, par exemple? DIMATA : Je respecte énormément Franky Vercauteren. Il est difficile à cerner au départ, il a une façon de se comporter qui te donne l'impression qu'il est tout le temps fâché sur toi. Puis tu comprends que ça n'a rien à voir. C'est un coach d'expérience qui connaît les jeunes, les joueurs de caractère, sait comment gérer telle ou telle situation. Tout cequ'il fait a pour but d'améliorer, de perfectionner les joueurs. Il te dira toujours les choses en face, les yeux dans les yeux, même si ça fait un peu mal, mais au moins c'est la vérité. Pour que tu progresses, pas pour te mettre KO. Tu veux te donner à 200% pour un coach comme ça. Et je n'étais pas le seul: tout le monde était super content de Franky. Tu avais une moins bonne relation avec Kompany qu'avec Vercauteren? DIMATA : ( Il hésite) Peut-être. Quand tu es joueur, tu sais qui sait s'y prendre avec toi et avec le groupe et tu as plus de facilité à recevoir, accepter et être à l'écoute que lorsque tu ne sens pas forcément cette réactivité. Franky est rempli de caractère, mais il peut aussi être humble et dire "Je ne le voyais pas comme ça, mais en fait tu avais raison, je vais réfléchir à ton idée". C'est quelque chose de touchant: ça crée un lien entre l'entraîneur et le joueur. C'est donc une question d'affinités... DIMATA : Oui, c'est ça. Pour moi, il n'y en avait pas du tout avec Vincent Kompany et je pense que c'était pareil pour la plupart des autres joueurs. Il n'y avait pas cette liberté d'expression au sens propre ou sur le terrain. Parfois, j'avais la sensation que les joueurs avaient peur, ils n'étaient pas spécialement libres. Les plus jeunes comme les "expérimentés". Au final, certains gars qui avaient appris à jouer d'une certaine façon toute leur vie devenaient d'autres personnes. Mais le football, ce n'est pas la PlayStation: tu as des instructions, mais quand tu arrives sur le terrain, ce sont tes propres qualités, tes propres initiatives, l'intuition. Il faut avoir une certaine psychologie, être pratiquement un éducateur. Certains y arrivent, comme Franky Vercauteren. D'autres pas. Les dernières semaines, certains disaient voir ton mal-être au quotidien. Tu étais arrivé au bout, ça devenait compliqué de rester au Sporting? DIMATA : Oui. Anderlecht est un club que j'aime parce que je viens de là et que j'y ai grandi. C'est aussi pour ça que la situation m'attristait: je ne comprenais pas pourquoi je n'avais pas la chance de représenter le club de ma propre ville. À un moment donné, je me suis dit que c'était de me faute, que je devais redoubler d'efforts. Mais plus je travaillais, plus je me rendais compte que ça ne changeait rien. Je m'entraînais super bien et je parvenais à faire la différence quand je rentrais au jeu, mais je n'avais rien en retour. J'aurais dû faire quoi pour jouer, moi? Vers la fin, quand ma famille me donnait des conseils pour me relancer, je n'avais plus cette même réactivité, je n'avais plus envie de me donner à 100% sans avoir de retour. C'est quand tu sens que personne ne prête attention à ce que tu fais que tu comprends que tu n'as plus ta place. À ce moment-là, il vaut mieux partir directement pour prendre à nouveau du plaisir. À Anderlecht, on m'avait pris mon plaisir. J'avais pourtant marqué plein de goals en peu de temps à mes débuts, j'avais tout fait pour revenir après un an et demi de blessure, j'avais enchaîné les coaches et les préparateurs physiques, j'étais de retour et j'avais déjà aidé mon équipe à gagner, mais je ne jouais plus du tout... J'ai senti qu'il y a eu un déclic quand je suis revenu de l'équipe nationale. Du jour au lendemain, je suis passé du blanc au noir sans aucune raison valable. C'était pourtant grâce à Anderlecht que je me retrouvais là. Le timing de cette sélection en a surpris beaucoup. Qu'est-ce que t'a dit Roberto Martínez pour justifier son choix? DIMATA : J'avais déjà eu plusieurs discussions avec lui, notamment quand j'étais à Ostende. Il me disait qu'il me suivait énormément et que je devais me préparer tout doucement mentalement à intégrer le groupe, puis la blessure a énormément fait traîner les choses. Ça m'a un peu surpris d'être appelé aussi rapidement après mon retour de blessure, mais je pense que c'était une manière de me motiver, comme une récompense après tout le travail effectué. Le jour du rassemblement, il m'a dit que ce n'était pas une finalité, que ça ne représentait rien du tout, mis à part la preuve qu'il continuait à me regarder travailler. Il m'a encouragé à chercher plus loin et à prendre les exemples qui étaient devant moi en sélection. Ça m'a énormément motivé, j'avais juste envie d'en découdre en revenant. Tu savais d'emblée que tu ne jouerais ni contre le Danemark ni contre l'Islande? DIMATA : Non, mais je n'étais pas triste. Je n'allais pas chercher à brûler les étapes. Puis il fallait regarder d'où je venais: ça aurait été très ingrat de ma part de râler de ne pas rentrer cinq ou dix minutes alors que quelques semaines plus tôt, j'étais encore sur la touche. Tu as été sélectionné après quatre petits matches en club, mais par la suite, tu n'es plus apparu dans la sélection. Roberto Martínez t'a-t-il expliqué les raisons? DIMATA: Non, je n'ai plus eu de discussions avec lui par la suite. J'imagine que tout est lié au rendement en club. En août, j'avais été titulaire trois fois et deux fois buteur. Après ça, je n'ai presque plus joué. Maintenant, cette sélection de septembre fait partie d'un processus plus long et avait surtout pour objectif de me motiver. En février, tu as finalement quitté Anderlecht pour rejoindre l'Espanyol au bout d'une fameuse chevauchée en voiture... DIMATA: Après le match contre La Gantoise ( où il a joué cinq minutes, ndlr), l'Espanyol m'a fait comprendre qu'il ne restait plus que le lendemain pour finaliser le transfert. Il n'y avait plus d'avion, plus de train, rien du tout donc je n'avais plus le choix: il fallait prendre la voiture. On est partie avec mon grand frère et on a roulé pendant près de onze heures. Sur la route, j'avais l'impression de retrouver ma liberté, de sortir de prison ( Il sourit). On n'a pratiquement pas fait d'arrêt, sauf les pauses-pipi sur les aires d'autoroute, et la plupart du temps on essayait de dormir, même si ce n'était pas évident avec le stress de ne pas être sûr de signer. On est arrivés directement sur le parking de l'hôpital pour passer la visite médicale et le jour-même, je signais. Ton coach Vicente Moreno a récemment déclaré à Onze Mondial qu'il cherchait à ce que son équipe "maîtrise tous les registres de jeu pour s'adapter à toutes les situations.". Ça passe par quoi à l'entraînement? DIMATA: C'est très espagnol, avec beaucoup de possession de balle, mais c'est aussi très varié, avec de la finition, de la tactique, des formes de jeu à trois ou quatre derrière... L'idée est de nous donner le plus de possibilités et d'idées pour que l'on puisse s'autogérer sur le terrain les jours de match. Moreno est un coach très rigoureux, il attend beaucoup d'efforts de chacun, il est toujours derrière ses joueurs et s'il faut crier, il le fait. On sent qu'il tient à l'union dans l'équipe, qu'il est capable de la faire passer avant lui. De retour en Liga, vous allez faire face à des adversaires plus huppés. Dans la même interview, Moreno préconise "de concéder moins d'espaces, cibler deux-trois mécanismes de sortie de balle pour privilégier les sorties sur les ailes ou dans le coeur du jeu." Comment se prépare-t- on à endosser le rôle d' underdog ? DIMATA: Ça revient à ce que disait le coach: on s'adapte à toutes les situations. Que notre adversaire nous prive de ballon ou au contraire nous le laisse, on va s'ajuster et jouer sur ses faiblesses. C'est notre connaissance de l'adversaire qui a fait notre force la saison dernière: on sait ce que l'on doit faire ou pas et on sait par où aller pour avoir la chance de concrétiser. En Liga 2, on a montré qu'on était une équipe unie, très solidaire. Je pense que tout le monde nous attendra pour ça cette année. Avec les départs de Varane, Ramos et Zidane au Real, les imbroglios Messi et Griezmann au Barça, cette Liga semble un peu moins sexy que les autres années... DIMATA : Il y a peut-être moins de stars, mais Villarreal n'en avait pas spécialement pour remporter l'Europa League il y a quelques mois. Je suis persuadé que la plupart des footballeurs veulent jouer en Espagne: en signant au FC Séville, Erik Lamela a dit qu'il n'imaginait pas terminer sa carrière sans évoluer en Liga. C'est pareil pour moi: beaucoup me destinaient à la Premier League, mais j'ai toujours dit que j'allais jouer en Espagne. La culture, le plaisir, le tiki-taka, les supporters... c'est énorme!