Le 28 mai 2016, la finale de la Ligue des Champions se disputera au stade San Siro, mais ni les supporters de l'AC Milan, ni ceux de l'Inter ne se font d'illusions. Ils savent pertinemment qu'aucun des deux clubs milanais ne sera présent sur la pelouse ce soir-là. Autrefois capitale du football européen, la ville de Milan dérive petit à petit vers la périphérie du gotha continental, voire même national. Rarement un derby avait vu ses deux protagonistes aussi mal classés au moment de s'affronter (7e et 9e), depuis la saison 2000-01 lorsque le Milan et l'Inter se qualifièrent pour la Coupe de l'UEFA. Une compétition désormais appelée Europa League et qui semble être le seul objectif auquel ils peuvent réellement prétendre.

Que l'on s'appelle le Real, Manchester ou le Bayern, si les caisses sont vides, il est difficile de rester en haut de l'affiche. En effet, le redimensionnement économique est la principale raison de la mauvaise passe des clubs milanais. Les temps ont bien changé comme le dit si bien le maire de Milan, Gianluca Pisapia à la Gazzetta dello Sport : "Nous étions habitués aux investissements pour faire venir des grands champions, mais la situation actuelle est aussi la conséquence de la récession économique que vit le pays."

Pas seulement, l'entrée en jeu du Fair Play Financier et sa règle d'or ("Ne dépenser que ce qu'on encaisse") a mis les clubs dos au mur. En Italie, on s'efforce de respecter les mesures imposées, mais ce n'est pas toujours simple. Détenteur de 70 % des parts de l'Inter depuis un an, Erick Thohir est un homme d'affaires indonésien qui a déjà une solide expérience dans le monde du foot, puisqu'également propriétaire du DC United en MLS (le championnat américain). Si l'historique patron Massimo Moratti a décidé de passer la main après 18 ans, c'est aussi parce que la situation financière devenait insoutenable, la gloire du fameux Triplete de 2010 (championnat, coupe et Champions League) n'a jamais su être exploitée à bon escient. Résultat, un trou béant de 100 millions d'€ lors du dernier bilan financier.

Masse salariale en baisse à l'Inter et comptes remis à flot à Milan

Des chiffres qui n'ont pas échappé à la commission de contrôle de l'UEFA qui a convoqué l'Inter à Nyon le 7 novembre dernier. Toutefois, Thohir y est allé plutôt confiant car conscient qu'il n'a fait qu'hériter d'une gestion calamiteuse à laquelle il pouvait difficilement remédier en seulement une année : "Il était important de partager notre projet avec l'UEFA. Notre business plan, la gestion et la structure de l'entreprise visent à ce que le club puisse s'autofinancer dans un futur proche."

Afin de redresser la barre, l'Indonésien a recruté des managers venant de tous horizons et aux CV bien garnis. L'un d'entre eux, Michael Bolingbroke, a exposé la stratégie : "Exporter notre marque, augmenter les bénéfices avec des investissements bien précis pour générer des nouveaux flux de revenus". Parallèlement, une spending review a déjà été effectuée, la masse salariale a par exemple était draconiquement réduite.

Au Milan, la situation est différente. Les comptes sont en ordre mais le problème est tout autre. Fininvest, la holding dirigée par Silvio Berlusconi, a décidé de fermer les robinets. Pisapia explique : "Ils ont limité les investissements à cause des bilans financiers, avec le temps, c'était certain que Fininvest allait commencer à réduire les sorties d'argent, mais tout a été fait en vitesse, sans la moindre gradualité. Cela a été un processus trop brusque."

Et contrairement à Moratti, Berlusconi n'a aucune intention de passer la main. Du coup, les comptes ont été remis à flot avec la vente de champions tels que Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic au PSG pour 65 millions d'€. Le départ successif des sénateurs (Alessandro Nesta, Pippo Inzaghi, Gennaro Gattuso, etc...) a également permis d'alléger le budget salaire. Toutefois, le Milan travaille son image à l'internationale depuis le début de l'ère Berlusconi et a de très bonnes bases pour se développer économiquement.

L'Inter toujours à San Siro et Milan dans un nouveau stade ?

Reste la question du stade qui concerne les deux équipes. San Siro est un temple qui respire l'histoire, mais un temple qui a bientôt cent ans. La Juve a montré l'exemple avec son J- Stadium qui fait le plein à chaque match, faisant exploser les recettes-guichets. Une enceinte qui vit 7 jours sur 7 avec des magasins, des restaurants et des activités. Chaque club milanais a sa petite idée en tête. Au Milan, c'est Barbara, la fille de Silvio promue administratrice déléguée, qui est en charge du dossier : "Il faut prendre exemple sur l'Angleterre, avec l'Emirates Stadium, Arsenal a doublé ses revenus stadiers en seulement cinq ans, le tout sans l'intervention de l'état." Thohir lui fait écho : "Un stade doit être fonctionnel 365 jours par an et pas seulement le jour du match." On parle ainsi d'un San Siro rénové mais seulement intériste, et d'une nouvelle maison pour le Milan. L'objectif étant la diversification des revenus, puisque les clubs italiens dépendent trop de la manne des droits TV.

En fait, le Milan et l'Inter ne sont pas sans le sou, ils n'ont tout simplement plus le même pouvoir d'achat qu'autrefois et ont du mal à s'adapter à leur nouveau style de vie. Des clubs bien moins riches réussissent à obtenir des résultats, pourquoi pas eux ? Malheureusement, cet argent est souvent mal utilisé. "Le Milan doit changer de stratégie, on n'a pas peu dépensé, mais mal", furent les propos de Barbara l'an passé. Une déclaration qui a failli provoquer les démissions d'Adriano Galliani, dirigeant historique. Ce dernier a finalement gardé la main sur le sportif, mais sa politique est de plus en plus contestée. Écarté du club de façon incompréhensible depuis sa retraite sportive en 2009, Paolo Maldini faisait part de sa déception en avril dernier : "J'ai l'impression qu'on est en train de ruiner tout ce qui a été difficilement construit ces dix dernières années. Le Milan a eu la chance d'avoir plusieurs cycles gagnants grâce à la synergie des hommes, que ce soit les dirigeants, joueurs ou entraîneurs et pas grâce à une seule personne omnipotente. Pour gagner, il faut des idées, des projets et de la passion. Mais la passion seule ne suffit pas."

Un défilé d'entraîneurs de part et d'autre

Et le Milan improvise depuis quelques années maintenant, entre transferts loupés, prêts, joueurs en fin de contrat et une série d'entraîneurs débutants hormis Massimiliano Allegri. Leonardo, Clarence Seedorf et maintenant Inzaghi, tous des anciens joueurs plus ou moins envoyés au casse-pipe. Ce dernier a le mérite d'avoir réveillé l'engouement grâce à son statut d'idole absolue auprès du peuple milanista. Son professionnalisme poussé à l'extrême et son sens du détail sont des garanties pour une direction avec qui il est en parfaite syntonie. Malgré les difficultés qui ont commencé à apparaître après de bons débuts, Inzaghi fait l'unanimité, adoubé notamment par Arrigo Sacchi : "Il fait un excellent travail, il a réussi à transmettre son enthousiasme et son perfectionnisme." Mais cela ne suffit pas, l'effectif est ce qu'il est, et à la qualité, on préfère la quantité. Des bons attaquants empilés chaque année, tandis que la défense continue d'être le point faible. Après avoir aligné onze formations différentes en onze matches, le temps est maintenant aux certitudes. Le Milan doit exploiter cette saison sans Coupes d'Europe pour se relever.

L'Inter, elle, a été mieux construite, l'effectif est certes loin qualitativement des dernières années, mais il y a une bonne base, relativement jeune avec des joueurs tels que Kovacic et Icardi. Le problème est que l'hémorragie d'entraîneurs après le départ de José Mourinho en juin 2010 ne s'arrête plus, nous en sommes à 6 en 3 ans puisque Roberto Mancini fait son retour (après un premier passage de 2004 à 2008) et vient remplacer Walter Mazzarri. Le Toscan avait atteint l'objectif minimum l'an dernier avec une cinquième place acquise au milieu de nombreuses difficultés, seulement, dans un souci de progression, la direction s'attendait à ce qu'il fasse mieux cette saison. Les médias étaient d'ailleurs formels, cette Inter était l'outsider numéro un dans la course au titre. Cependant, elle continue de souffrir d'une incroyable irrégularité chronique, elle n'a par exemple jamais réussi à remporter plus de deux matches d'affilée avec Mazzarri. Le peuple nerazzurro l'avait pris en grippe, le licenciement était devenu inévitable, même si c'est un nouveau coup dur pour les finances. Ancienne gloire du club, Tarcisio Burgnich a commenté cette nouvelle : "L'entraîneur ne peut pas faire grand-chose s'il a une équipe incapable de faire la différence."

Des supporters fatalistes

Cette période de transition des équipes milanaises semble ainsi ne plus finir, entre-temps, ils se sont faits devancer dans la hiérarchie par la Roma et le Napoli, pour ne pas parler de la Juve, historique adversaire des deux clubs et loin, très loin devant. Les supporters des deux camps sont fatalistes et désabusés. Fut un temps où Milan était surnommée la ville aux 100.000 abonnés, ils ont facilement réduits de moitié, signe que la cité lombarde a définitivement perdu son statut de capitale du football européen.

Par Valentin Pauluzzi

Le 28 mai 2016, la finale de la Ligue des Champions se disputera au stade San Siro, mais ni les supporters de l'AC Milan, ni ceux de l'Inter ne se font d'illusions. Ils savent pertinemment qu'aucun des deux clubs milanais ne sera présent sur la pelouse ce soir-là. Autrefois capitale du football européen, la ville de Milan dérive petit à petit vers la périphérie du gotha continental, voire même national. Rarement un derby avait vu ses deux protagonistes aussi mal classés au moment de s'affronter (7e et 9e), depuis la saison 2000-01 lorsque le Milan et l'Inter se qualifièrent pour la Coupe de l'UEFA. Une compétition désormais appelée Europa League et qui semble être le seul objectif auquel ils peuvent réellement prétendre.Que l'on s'appelle le Real, Manchester ou le Bayern, si les caisses sont vides, il est difficile de rester en haut de l'affiche. En effet, le redimensionnement économique est la principale raison de la mauvaise passe des clubs milanais. Les temps ont bien changé comme le dit si bien le maire de Milan, Gianluca Pisapia à la Gazzetta dello Sport : "Nous étions habitués aux investissements pour faire venir des grands champions, mais la situation actuelle est aussi la conséquence de la récession économique que vit le pays."Pas seulement, l'entrée en jeu du Fair Play Financier et sa règle d'or ("Ne dépenser que ce qu'on encaisse") a mis les clubs dos au mur. En Italie, on s'efforce de respecter les mesures imposées, mais ce n'est pas toujours simple. Détenteur de 70 % des parts de l'Inter depuis un an, Erick Thohir est un homme d'affaires indonésien qui a déjà une solide expérience dans le monde du foot, puisqu'également propriétaire du DC United en MLS (le championnat américain). Si l'historique patron Massimo Moratti a décidé de passer la main après 18 ans, c'est aussi parce que la situation financière devenait insoutenable, la gloire du fameux Triplete de 2010 (championnat, coupe et Champions League) n'a jamais su être exploitée à bon escient. Résultat, un trou béant de 100 millions d'€ lors du dernier bilan financier.Masse salariale en baisse à l'Inter et comptes remis à flot à MilanDes chiffres qui n'ont pas échappé à la commission de contrôle de l'UEFA qui a convoqué l'Inter à Nyon le 7 novembre dernier. Toutefois, Thohir y est allé plutôt confiant car conscient qu'il n'a fait qu'hériter d'une gestion calamiteuse à laquelle il pouvait difficilement remédier en seulement une année : "Il était important de partager notre projet avec l'UEFA. Notre business plan, la gestion et la structure de l'entreprise visent à ce que le club puisse s'autofinancer dans un futur proche."Afin de redresser la barre, l'Indonésien a recruté des managers venant de tous horizons et aux CV bien garnis. L'un d'entre eux, Michael Bolingbroke, a exposé la stratégie : "Exporter notre marque, augmenter les bénéfices avec des investissements bien précis pour générer des nouveaux flux de revenus". Parallèlement, une spending review a déjà été effectuée, la masse salariale a par exemple était draconiquement réduite.Au Milan, la situation est différente. Les comptes sont en ordre mais le problème est tout autre. Fininvest, la holding dirigée par Silvio Berlusconi, a décidé de fermer les robinets. Pisapia explique : "Ils ont limité les investissements à cause des bilans financiers, avec le temps, c'était certain que Fininvest allait commencer à réduire les sorties d'argent, mais tout a été fait en vitesse, sans la moindre gradualité. Cela a été un processus trop brusque."Et contrairement à Moratti, Berlusconi n'a aucune intention de passer la main. Du coup, les comptes ont été remis à flot avec la vente de champions tels que Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic au PSG pour 65 millions d'€. Le départ successif des sénateurs (Alessandro Nesta, Pippo Inzaghi, Gennaro Gattuso, etc...) a également permis d'alléger le budget salaire. Toutefois, le Milan travaille son image à l'internationale depuis le début de l'ère Berlusconi et a de très bonnes bases pour se développer économiquement.L'Inter toujours à San Siro et Milan dans un nouveau stade ?Reste la question du stade qui concerne les deux équipes. San Siro est un temple qui respire l'histoire, mais un temple qui a bientôt cent ans. La Juve a montré l'exemple avec son J- Stadium qui fait le plein à chaque match, faisant exploser les recettes-guichets. Une enceinte qui vit 7 jours sur 7 avec des magasins, des restaurants et des activités. Chaque club milanais a sa petite idée en tête. Au Milan, c'est Barbara, la fille de Silvio promue administratrice déléguée, qui est en charge du dossier : "Il faut prendre exemple sur l'Angleterre, avec l'Emirates Stadium, Arsenal a doublé ses revenus stadiers en seulement cinq ans, le tout sans l'intervention de l'état." Thohir lui fait écho : "Un stade doit être fonctionnel 365 jours par an et pas seulement le jour du match." On parle ainsi d'un San Siro rénové mais seulement intériste, et d'une nouvelle maison pour le Milan. L'objectif étant la diversification des revenus, puisque les clubs italiens dépendent trop de la manne des droits TV.En fait, le Milan et l'Inter ne sont pas sans le sou, ils n'ont tout simplement plus le même pouvoir d'achat qu'autrefois et ont du mal à s'adapter à leur nouveau style de vie. Des clubs bien moins riches réussissent à obtenir des résultats, pourquoi pas eux ? Malheureusement, cet argent est souvent mal utilisé. "Le Milan doit changer de stratégie, on n'a pas peu dépensé, mais mal", furent les propos de Barbara l'an passé. Une déclaration qui a failli provoquer les démissions d'Adriano Galliani, dirigeant historique. Ce dernier a finalement gardé la main sur le sportif, mais sa politique est de plus en plus contestée. Écarté du club de façon incompréhensible depuis sa retraite sportive en 2009, Paolo Maldini faisait part de sa déception en avril dernier : "J'ai l'impression qu'on est en train de ruiner tout ce qui a été difficilement construit ces dix dernières années. Le Milan a eu la chance d'avoir plusieurs cycles gagnants grâce à la synergie des hommes, que ce soit les dirigeants, joueurs ou entraîneurs et pas grâce à une seule personne omnipotente. Pour gagner, il faut des idées, des projets et de la passion. Mais la passion seule ne suffit pas."Un défilé d'entraîneurs de part et d'autreEt le Milan improvise depuis quelques années maintenant, entre transferts loupés, prêts, joueurs en fin de contrat et une série d'entraîneurs débutants hormis Massimiliano Allegri. Leonardo, Clarence Seedorf et maintenant Inzaghi, tous des anciens joueurs plus ou moins envoyés au casse-pipe. Ce dernier a le mérite d'avoir réveillé l'engouement grâce à son statut d'idole absolue auprès du peuple milanista. Son professionnalisme poussé à l'extrême et son sens du détail sont des garanties pour une direction avec qui il est en parfaite syntonie. Malgré les difficultés qui ont commencé à apparaître après de bons débuts, Inzaghi fait l'unanimité, adoubé notamment par Arrigo Sacchi : "Il fait un excellent travail, il a réussi à transmettre son enthousiasme et son perfectionnisme." Mais cela ne suffit pas, l'effectif est ce qu'il est, et à la qualité, on préfère la quantité. Des bons attaquants empilés chaque année, tandis que la défense continue d'être le point faible. Après avoir aligné onze formations différentes en onze matches, le temps est maintenant aux certitudes. Le Milan doit exploiter cette saison sans Coupes d'Europe pour se relever.L'Inter, elle, a été mieux construite, l'effectif est certes loin qualitativement des dernières années, mais il y a une bonne base, relativement jeune avec des joueurs tels que Kovacic et Icardi. Le problème est que l'hémorragie d'entraîneurs après le départ de José Mourinho en juin 2010 ne s'arrête plus, nous en sommes à 6 en 3 ans puisque Roberto Mancini fait son retour (après un premier passage de 2004 à 2008) et vient remplacer Walter Mazzarri. Le Toscan avait atteint l'objectif minimum l'an dernier avec une cinquième place acquise au milieu de nombreuses difficultés, seulement, dans un souci de progression, la direction s'attendait à ce qu'il fasse mieux cette saison. Les médias étaient d'ailleurs formels, cette Inter était l'outsider numéro un dans la course au titre. Cependant, elle continue de souffrir d'une incroyable irrégularité chronique, elle n'a par exemple jamais réussi à remporter plus de deux matches d'affilée avec Mazzarri. Le peuple nerazzurro l'avait pris en grippe, le licenciement était devenu inévitable, même si c'est un nouveau coup dur pour les finances. Ancienne gloire du club, Tarcisio Burgnich a commenté cette nouvelle : "L'entraîneur ne peut pas faire grand-chose s'il a une équipe incapable de faire la différence."Des supporters fatalistesCette période de transition des équipes milanaises semble ainsi ne plus finir, entre-temps, ils se sont faits devancer dans la hiérarchie par la Roma et le Napoli, pour ne pas parler de la Juve, historique adversaire des deux clubs et loin, très loin devant. Les supporters des deux camps sont fatalistes et désabusés. Fut un temps où Milan était surnommée la ville aux 100.000 abonnés, ils ont facilement réduits de moitié, signe que la cité lombarde a définitivement perdu son statut de capitale du football européen.Par Valentin Pauluzzi