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Encore demi-finaliste de la Champions League la saison dernière, l'Olympique lyonnais devra pourtant se passer de matches européens en 2020-2021. Et peut-être aussi de Memphis Depay même si rien n'est fait. Le Néerlandais a notamment été cité au Barça. Il ne reste pourtant pas sur une année extraordinaire. Touché aux ligaments croisés, il est resté sur la touche pendant six mois. Il a dû patienter jusqu'au 7 août, quand l'OL est allé défendre avec succès son 1-0 d'avance à la Juventus en huitième de CL, pour jouer ses premières minutes en 2020. Vous avez découvert une nouvelle part de vous-même durant ces longs mois d'absence ? Memphis DEPAY : Oui ! Vous savez comment c'est... Je n'ai même pas pu voir un match. Toute la durée de ma blessure, je n'ai pas regardé de football. Ça me rendait... (Il réfléchit) Émotif ! C'était mieux pour moi de me couper de ça et de me concentrer sur des choses différentes. J'étais là pour l'équipe, évidemment, avant les matches, à envoyer des messages, à les supporter. Mais j'ai voulu ne pas avoir à regarder les rencontres, car je ne pouvais pas y participer. Ça a été dur. J'ai trouvé mes autres talents il y a déjà longtemps, donc, c'était une manière pour moi de déconnecter, de sortir du football. Je l'ai mal vécu. C'est dans ces moments que l'on peut juger la motivation d'un joueur ? DEPAY : Oui, mais il faut le faire avec précaution. Certains joueurs n'ont aucun problème pour se battre et se surpasser. Pour d'autres, c'est plus difficile. C'est l'aspect mental qui entre en jeu. Dans mon cas, j'ai décidé de quitter Lyon un moment. Pas forcément pour déconnecter, mais pour avoir ma propre concentration. Imaginez, venir tous les jours au club, voir tous les autres joueurs s'entraîner... C'est compliqué. J'ai voulu m'éloigner de cela pour un temps. Je remercie d'ailleurs le coach et le président qui m'ont fait confiance. Ils ont compris que c'était pour mon bien et que j'allais être concentré, motivé et préparé à mon retour. C'est ce qu'il s'est passé. J'avais faim. Les gens pensent que vous pouvez être nerveux, parfois, mais tous vos proches, ici ou ailleurs, disent le contraire, que vous êtes un garçon calme. DEPAY : Ça, c'est sûr... Vous savez, tout le monde naît avec un certain visage et je suis né avec le mien. Beaucoup trouvent que j'ai un visage sérieux. Sur le terrain, j'ai toujours l'air sérieux et même un peu agressif, parfois. Mais tous ceux qui me connaissent, qui connaissent le vrai Memphis, celui du vestiaire, celui de la maison, celui qui reste en famille, savent comment je suis. Ils voient un visage que tout le monde ne voit pas. Je n'ai pas de problème avec ça. Tu ne peux pas être pote avec toute la Terre. Certains ne m'aiment pas, OK, mais je suis très chill, pour être honnête. Vous vous sentez incompris, parfois ? DEPAY : Tout le temps ! (Il rit) Tous les jours... Mais cette part-là de moi, c'est aussi ma personnalité. C'est lié à ce que je montre aux gens, à ma communication. Je suis né comme ça. Je veux me sentir bien dans ma peau, je fais ce qui me rend heureux. Ce n'est pas super difficile de me comprendre si on connaît mon parcours et ma vie. Sans ça, les questions sont faciles. Pourquoi fait-il ci ? Pourquoi fait-il ça ? Je ne vais pas changer pour autant. Je serai toujours le gars que je suis, donc, forcément, je serai toujours un peu incompris. Certains se demandent pourquoi je fais de la musique, pourquoi on dirait que je suis énervé, pourquoi j'agis comme cela. Honnêtement, c'est quelque chose que j'accepte... Vous avez écrit un jour : " Je ne suis pas un exemple, mais j'essaye. " DEPAY : Je sais que beaucoup de gens, de mon âge ou des plus jeunes, me regardent. J'essaye de... (Il s'arrête) Non, en fait, j'essaye juste d'être moi. Certains apprécient et en tirent des leçons. Que ce soit par rapport à d'où je viens, à ce que j'ai surmonté ou à mon parcours. J'ai beaucoup de retours de gens qui me disent : " Vous m'avez aidé, car j'étais dans une situation similaire et vous nous avez donné de la force. " J'essaye d'être moi-même. Je sais que je ne suis pas parfait. Je commets des erreurs et je ne veux pas que les gens m'admirent bêtement (il prend une voix douce) ou qu'ils pensent que ma vie est incroyable. Sur la photo où j'ai écrit cette phrase, je suis avec un petit garçon. Je me vois en lui. Lui aussi a grandi sans son père, il a une histoire compliquée. Je veux simplement lui montrer certaines choses, lui apporter des conseils. Lui montrer aussi que tout n'est pas parfait. Vous êtes très croyant. À quel point cela vous a aidé ? DEPAY : Énormément, surtout depuis que je suis en France. Je suis devenu plus mature, avec une part de moi qui prie et qui, simplement, est plus croyante. Croyante envers moi-même, mais aussi dans ma relation avec Dieu. Cela s'est développé ces deux ou trois dernières années, et ça m'aide, notamment pendant cette difficile période qu'a été ma blessure. Ce n'est qu'un exemple. Je crois juste que je ne peux pas tout faire tout seul. C'est différent pour chacun, mais j'ai cette foi. Tous les jours, je me dis que je dois agir mieux, être une bonne personne. Le développement commence par soi-même. Si tu n'es pas bien dans ta peau, c'est difficile d'aider les autres. Je crois qu'il faut d'abord être reconnaissant, car on a la chance de se lever tous les matins, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Ensuite, tu commences à apprécier ta vie, tu trouves une forme de paix intérieure. Chaque petit garçon ou petite fille construit son chemin, c'est plus ou moins facile, et c'est une aventure qui ne s'arrête jamais. Je continue à apprendre, à comprendre ce que je peux faire de mieux. Si ton regard se porte trop sur ce qu'il se passe partout dans le monde, je crois que ça peut te détruire. Garder une ligne conductrice, croire en Dieu, ça facilite les choses. Vous êtes capitaine à Lyon. Pensez-vous que cela surprenne le grand public, au regard de l'image que vous avez, pas toujours en accord avec qui vous êtes vraiment ? DEPAY : J'ai arrêté de me battre contre ce que les gens pensent que je mérite ou sur la place que je dois occuper. Je me vois comme un très bon joueur, et tout ce qui existe à l'extérieur, c'est très simple, je ne peux pas le contrôler, même si j'aimerais ! On peut parler de différentes choses, football ou non, mais personne ne me voit dans ce vestiaire, personne ne sait l'impact que je peux y avoir. Je suis ici pour performer et être le meilleur que je peux. Je donne tout. Certains y voient du positif, d'autres du négatif, il faut juste s'éloigner de cela. Vous savez ce que je fais ? (Il imite sa célébration, les yeux fermés et les deux doigts dans les oreilles, ndlr) C'est une image, mais c'est ça. C'est simple. En tout cas, ça l'est devenu. J'ai 26 ans. Avant, j'ai pu me poser des questions, notamment après mon passage à Manchester United et mes débuts en France. Beaucoup parlaient. Je n'ai rien à prouver, c'est juste une question de moi avec moi. Je suis en compétition avec moi-même. Je veux toujours être meilleur chaque saison, chaque année, chaque match. Dès que j'ai cette faim et cette motivation, j'ai cette capacité à m'améliorer. Et je vais devenir meilleur. Certains joueurs ont besoin de défis, d'autres d'amour, d'autres de la passion transmise par leur entraîneur... De quoi avez-vous besoin ? DEPAY : Définitivement, de liberté. De liberté sur le terrain et de liberté en dehors. C'est une manière de donner des responsabilités aux joueurs, et j'aime ça. C'est comme ça que je vois les choses et dans cette configuration que je me sens bien. Que ce soit à Lyon ou avec les Pays-Bas, je m'y retrouve. Je suis désormais plus âgé, c'est certain, mais je crois que l'évolution de mon jeu est très liée à la liberté que m'ont accordée mes entraîneurs. C'est quelque chose à l'intérieur de moi, ça me donne de la confiance. On va évidemment commettre des erreurs, mais certains entraîneurs t'imposent trop de restrictions, trop de choses dans la tête. Ça, ça bloque. C'est extrêmement important. Ressentez-vous aussi le besoin de créer ? DEPAY : Dans le football, comme en dehors. Je ne peux pas rester sans rien faire. Je suis à la poursuite du bonheur, et ce sont des choses qui me rendent heureux. Le football est la chose qui m'apporte le plus, mais je n'y joue pas 24h/24. Jour après jour, j'ai besoin de découvrir autre chose. Ça me complète. J'ai plusieurs passions, plusieurs talents, alors pourquoi pas ? Si je me sens bien avec ce que je fais, que ça me comble, je suis en paix. Ce n'est que dans ces conditions que je peux jouer mon football. Si les entraîneurs le comprennent, pourquoi ne le ferais-je pas ? Du moment que je marque des buts, que je guide l'équipe vers ce à quoi j'aspire. S'il faut se battre, j'y vais, mais j'ai besoin de créer et de me sentir également important pour l'équipe. Avec ma sélection nationale, par exemple, on a créé une certaine énergie et une manière de jouer qui fait que mes coéquipiers savent comment je vais me comporter, où je vais aller. Je m'y sens si bien que je peux aller à la guerre pour le coach. C'est ma manière de voir les choses. Vous pouvez occuper plusieurs postes sur un terrain. Quel est celui où vous vous sentez le plus à l'aise ? DEPAY : Faux numéro 9. C'est ma position préférée. Beaucoup plus que de jouer sur une aile. Je peux créer davantage et je suis plus impliqué dans le jeu collectif. Dans le même temps, je ne perds pas énormément d'énergie à défendre. Sur un côté, je cours beaucoup, on le voit à travers nos datas, mais c'est peut-être trop. J'ai des muscles massifs, et il faut être en mesure de se donner pendant nonante minutes. J'ai besoin, autour de moi, d'avoir des joueurs qui se sacrifient défensivement, capables aussi de me transmettre le ballon. En tant qu'ailier gauche, j'ai le sentiment de devoir courir beaucoup plus et, surtout, d'être " exclu ". J'ai besoin de me sentir au coeur du jeu, avec le loisir d'aller un peu à gauche, un peu à droite... Depuis que je suis petit, c'est comme ça que je me sens le mieux. Pourtant, c'est là que sont la plupart des défenseurs. C'est pourquoi je décroche beaucoup, je viens m'intercaler au milieu. C'est comme ça aussi que je peux attirer la défense et libérer un espace dans son dos. Après, je prends l'initiative de bouger, d'aller demander le ballon sur un côté si c'est nécessaire. Article d'Antoine Bourlon issu de France Football