La saison dernière, quand on lui avait demandé s'il arrêterait de fumer dans l'hypothèse où Naples serait champion, Maurizio Sarri (59 ans) avait répondu : " Je préférerais être champion en fumant. "

Naples n'a pas décroché le titre et le coach fume toujours mais le travail remarquable fourni en Italie lui a valu un passage à Chelsea, où il succède à un autre entraîneur italien, Antonio Conte.

Sarri n'a pas raté son départ. C'est une étape supplémentaire dans une carrière qui n'a véritablement débuté qu'il y a quatre ans, lorsqu'il a effectué ses débuts en Serie A. Avant cela, il combinait encore sa passion avec un boulot dans une banque.

Il y a quatre ans, le football attractif qu'il produisait avec le modeste Empoli, qu'il a amené au plus haut niveau, a attiré l'attention. Mais en 2015, toute l'Italie a été surprise de voir Aurelio De Laurentiis lui confier les clefs de Naples.

Sarri, qui a grandi en Toscane mais est né à Naples, où son père a travaillé, n'a pas hésité : à 56 ans, c'était probablement sa dernière chance de travailler dans un grand club.

Trois ans plus tard, il joue la tête en Premier League. Et il ne s'en plaint pas, au contraire : " Je me sens très bien ici : l'ambiance est fantastique, le jeu est spectaculaire et je m'amuse comme un fou. "

" Chelsea est sur le bon chemin "

Cela s'est vu lors de Chelsea-Liverpool, lorsque vous discutiez gaiement avec Jurgen Klopp le long de la ligne de touche.

MAURIZIO SARRI : En effet. À un certain moment, je me suis tourné vers lui et j'ai vu qu'il rigolait. Je me suis déplacé vers son banc et je lui ai demandé ce qui le faisait rire. Il m'a dit : Je ris parce que je prends un plaisir fou ici. Et toi ? J'ai répondu : Moi aussi. C'est dans des situations comme celles-là qu'on voit qu'on est vraiment au sommet.

Quand on travaille bien et avec passion, on finit par atteindre ses objectifs. " Maurizio Sarri

Qu'avez-vous appris en quatre mois en Angleterre ?

SARRI : Je trouve que le résultat et notre niveau de jeu sont bons. Avoir joué autant de matches sans défaite dans un environnement aussi compétitif, c'est la preuve que nous sommes sur le bon chemin. Je suis d'autant plus content que les matches se suivent à un rythme effréné, ce qui laisse peu de possibilités de corriger le tir et de travailler en profondeur. Nous n'avons pratiquement pas le temps de nous entraîner mais je ne peux pas dire que je ne le savais pas : j'en étais parfaitement conscient et il m'appartenait de trouver l'équilibre entre les entraînements et les matches.

Y a-t-il autre chose qui vous a impressionné ? Et sur quels points pouvez-vous encore progresser ?

SARRI : Dès mon arrivée, j'ai constaté que le football était de très haut niveau et l'ambiance fantastique. Ici, tout est question de passion. Jusqu'ici, ça se passe très bien. Ce que nous devons mieux maîtriser, c'est l'aspect temporel. Le fait d'avoir peu de temps pour s'entraîner n'aide pas les coaches mais les joueurs non plus. Je ne pense pas seulement à l'aspect physique mais aussi au point de vue mental.

" Je suis le plus proche de Klopp "

Certains joueurs de Chelsea semblent renaître depuis que vous travaillez avec eux : David Luiz, Ross Barkley, Willian, Alvaro Morata...

SARRI : David Luiz m'a surpris par son intelligence et sa disponibilité. Il comprend ce qu'on lui demande et a suffisamment de qualités pour l'appliquer sur le terrain. Barkley a été longtemps blessé mais il travaille avec assiduité. Avec son talent, il est presque logique qu'il se montre à ce niveau. Willie est un joueur très talentueux. Son style de jeu convient à ce pays, c'est un mélange de classe brésilienne et d'endurance anglaise. Alvaro est très fort techniquement, rapide et doué mais c'est aussi un garçon sensible et les problèmes qu'il a connus l'ont affecté.

Vos résultats prouvent-ils que le beau jeu paye toujours ?

SARRI : Quand j'ai choisi de ne plus me consacrer qu'au football, je me suis juré de m'amuser et d'amuser les autres. Si mon équipe me suit et parvient à appliquer mes principes sur le terrain, je suis très content. Si les joueurs et les spectateurs sont heureux aussi, que demander de plus ? Mon idée du football est simple : les résultats sont la conséquence du travail fourni. Il en va ainsi de tout dans la vie : quand on travaille bien et avec passion, on finit par atteindre ses objectifs.

En Angleterre, vous rencontrez des entraîneurs réputés : Jürgen Klopp, José Mourinho, Unai Emery...

SARRI : En matière de philosophie de jeu, celui dont je me sens le plus proche, c'est Klopp. Mourinho a des qualités humaines exceptionnelles et Emery est un bon élève : l'exécution offensive de son football est d'un très haut niveau.

Après quatre matches, vous étiez déjà assuré de sortir des poules de l'Europa League. Votre système de rotation fonctionne mieux qu'à Naples, où vous aviez échoué sur la scène européenne. C'est une revanche ?

SARRI : En football, on tire parfois des conclusions de chiffres qui ne veulent pas dire grand-chose. Il n'y a que 100 minutes d'écart entre le onzième joueur de Chelsea le plus utilisé, Mateo Kovacic et le douzième, Barkley. Alors : titulaires, remplaçants... Qu'est-ce que ça veut dire ? "

" Je ne pouvais pas faire mieux à Naples "

Quel héritage avez-vous laissé à Naples ?

SARRI : Les chiffres en disent long. J'ai repris un club qui avait terminé le championnat avec 64 points et qui, quand je l'ai quitté, en avait 94. Je ne pouvais pas faire mieux. Le reste est plus personnel, c'est le lien avec la ville et ses habitants. Vous ne m'entendrez jamais dire du mal de Naples.

Vous aviez une relation spéciale avec le propriétaire, Aurelio De Laurentiis. Cela menait parfois à des discussions animées. Qu'aimeriez-vous encore lui dire ?

SARRI : Rien de spécial. Je ne peux que le remercier de m'avoir donné la plus grosse satisfaction de ma vie en me confiant la direction du club de la ville où j'étais né et qui restera toujours dans mon coeur. C'était une aventure formidable qui ne peut être assombrie par une fin difficile.

Voici peu, Carlo Ancelotti a demandé qu'on arrête les matches lorsque le public insultait ou humiliait les joueurs. Vous êtes de son avis ?

SARRI : Tout à fait. Je suis le premier entraîneur italien à avoir demandé à l'arbitre d'intervenir dans un stade où on dénigrait les Napolitains. Je suis donc à 100 % d'accord.

Par Stefano Boldrini

La saison dernière, quand on lui avait demandé s'il arrêterait de fumer dans l'hypothèse où Naples serait champion, Maurizio Sarri (59 ans) avait répondu : " Je préférerais être champion en fumant. " Naples n'a pas décroché le titre et le coach fume toujours mais le travail remarquable fourni en Italie lui a valu un passage à Chelsea, où il succède à un autre entraîneur italien, Antonio Conte. Sarri n'a pas raté son départ. C'est une étape supplémentaire dans une carrière qui n'a véritablement débuté qu'il y a quatre ans, lorsqu'il a effectué ses débuts en Serie A. Avant cela, il combinait encore sa passion avec un boulot dans une banque. Il y a quatre ans, le football attractif qu'il produisait avec le modeste Empoli, qu'il a amené au plus haut niveau, a attiré l'attention. Mais en 2015, toute l'Italie a été surprise de voir Aurelio De Laurentiis lui confier les clefs de Naples. Sarri, qui a grandi en Toscane mais est né à Naples, où son père a travaillé, n'a pas hésité : à 56 ans, c'était probablement sa dernière chance de travailler dans un grand club. Trois ans plus tard, il joue la tête en Premier League. Et il ne s'en plaint pas, au contraire : " Je me sens très bien ici : l'ambiance est fantastique, le jeu est spectaculaire et je m'amuse comme un fou. " Cela s'est vu lors de Chelsea-Liverpool, lorsque vous discutiez gaiement avec Jurgen Klopp le long de la ligne de touche. MAURIZIO SARRI : En effet. À un certain moment, je me suis tourné vers lui et j'ai vu qu'il rigolait. Je me suis déplacé vers son banc et je lui ai demandé ce qui le faisait rire. Il m'a dit : Je ris parce que je prends un plaisir fou ici. Et toi ? J'ai répondu : Moi aussi. C'est dans des situations comme celles-là qu'on voit qu'on est vraiment au sommet. Qu'avez-vous appris en quatre mois en Angleterre ? SARRI : Je trouve que le résultat et notre niveau de jeu sont bons. Avoir joué autant de matches sans défaite dans un environnement aussi compétitif, c'est la preuve que nous sommes sur le bon chemin. Je suis d'autant plus content que les matches se suivent à un rythme effréné, ce qui laisse peu de possibilités de corriger le tir et de travailler en profondeur. Nous n'avons pratiquement pas le temps de nous entraîner mais je ne peux pas dire que je ne le savais pas : j'en étais parfaitement conscient et il m'appartenait de trouver l'équilibre entre les entraînements et les matches. Y a-t-il autre chose qui vous a impressionné ? Et sur quels points pouvez-vous encore progresser ? SARRI : Dès mon arrivée, j'ai constaté que le football était de très haut niveau et l'ambiance fantastique. Ici, tout est question de passion. Jusqu'ici, ça se passe très bien. Ce que nous devons mieux maîtriser, c'est l'aspect temporel. Le fait d'avoir peu de temps pour s'entraîner n'aide pas les coaches mais les joueurs non plus. Je ne pense pas seulement à l'aspect physique mais aussi au point de vue mental. Certains joueurs de Chelsea semblent renaître depuis que vous travaillez avec eux : David Luiz, Ross Barkley, Willian, Alvaro Morata... SARRI : David Luiz m'a surpris par son intelligence et sa disponibilité. Il comprend ce qu'on lui demande et a suffisamment de qualités pour l'appliquer sur le terrain. Barkley a été longtemps blessé mais il travaille avec assiduité. Avec son talent, il est presque logique qu'il se montre à ce niveau. Willie est un joueur très talentueux. Son style de jeu convient à ce pays, c'est un mélange de classe brésilienne et d'endurance anglaise. Alvaro est très fort techniquement, rapide et doué mais c'est aussi un garçon sensible et les problèmes qu'il a connus l'ont affecté. Vos résultats prouvent-ils que le beau jeu paye toujours ? SARRI : Quand j'ai choisi de ne plus me consacrer qu'au football, je me suis juré de m'amuser et d'amuser les autres. Si mon équipe me suit et parvient à appliquer mes principes sur le terrain, je suis très content. Si les joueurs et les spectateurs sont heureux aussi, que demander de plus ? Mon idée du football est simple : les résultats sont la conséquence du travail fourni. Il en va ainsi de tout dans la vie : quand on travaille bien et avec passion, on finit par atteindre ses objectifs. En Angleterre, vous rencontrez des entraîneurs réputés : Jürgen Klopp, José Mourinho, Unai Emery... SARRI : En matière de philosophie de jeu, celui dont je me sens le plus proche, c'est Klopp. Mourinho a des qualités humaines exceptionnelles et Emery est un bon élève : l'exécution offensive de son football est d'un très haut niveau. Après quatre matches, vous étiez déjà assuré de sortir des poules de l'Europa League. Votre système de rotation fonctionne mieux qu'à Naples, où vous aviez échoué sur la scène européenne. C'est une revanche ? SARRI : En football, on tire parfois des conclusions de chiffres qui ne veulent pas dire grand-chose. Il n'y a que 100 minutes d'écart entre le onzième joueur de Chelsea le plus utilisé, Mateo Kovacic et le douzième, Barkley. Alors : titulaires, remplaçants... Qu'est-ce que ça veut dire ? " Quel héritage avez-vous laissé à Naples ? SARRI : Les chiffres en disent long. J'ai repris un club qui avait terminé le championnat avec 64 points et qui, quand je l'ai quitté, en avait 94. Je ne pouvais pas faire mieux. Le reste est plus personnel, c'est le lien avec la ville et ses habitants. Vous ne m'entendrez jamais dire du mal de Naples. Vous aviez une relation spéciale avec le propriétaire, Aurelio De Laurentiis. Cela menait parfois à des discussions animées. Qu'aimeriez-vous encore lui dire ? SARRI : Rien de spécial. Je ne peux que le remercier de m'avoir donné la plus grosse satisfaction de ma vie en me confiant la direction du club de la ville où j'étais né et qui restera toujours dans mon coeur. C'était une aventure formidable qui ne peut être assombrie par une fin difficile. Voici peu, Carlo Ancelotti a demandé qu'on arrête les matches lorsque le public insultait ou humiliait les joueurs. Vous êtes de son avis ? SARRI : Tout à fait. Je suis le premier entraîneur italien à avoir demandé à l'arbitre d'intervenir dans un stade où on dénigrait les Napolitains. Je suis donc à 100 % d'accord. Par Stefano Boldrini