Il y a quelques années, alors que nous avions au bout du fil l'agent de Víctor Vázquez, alors au Club Bruges, il a détourné la conversation vers un autre de ses joueurs : " Le Real Madrid vient de l'acheter, mais pour l'instant il joue encore à Majorque. Retenez bien son nom : Marco Asensio. Un phénomène ! " Il n'avait pas tort car aujourd'hui, l'étoile d'Asensio brille de plus en plus au firmament du football. Il est temps de faire plus ample connaissance.
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Il y a quelques années, alors que nous avions au bout du fil l'agent de Víctor Vázquez, alors au Club Bruges, il a détourné la conversation vers un autre de ses joueurs : " Le Real Madrid vient de l'acheter, mais pour l'instant il joue encore à Majorque. Retenez bien son nom : Marco Asensio. Un phénomène ! " Il n'avait pas tort car aujourd'hui, l'étoile d'Asensio brille de plus en plus au firmament du football. Il est temps de faire plus ample connaissance. On ne compte plus les interviews que vous avez déjà accordées, mais vous vous souvenez de la première ? Honnêtement, non. Je pense que ça devait être pour la Televisión de Mallorca, mais il y en a eu tellement depuis... Avec toujours les mêmes questions qui reviennent sans cesse ? Effectivement. Ça doit être fastidieux. Procédons autrement. De quoi aimeriez-vous parler ? ( il rit) Je n'en sais rien. Vous pouvez décider vous-même. Après tout, c'est vous le journaliste. Oui, mais de quoi voudriez-vous parler ? D'autre chose que de football, peut-être... Vous aimez aussi la NBA et le tennis, paraît-il. Oui, c'est vrai. Lorsque vous regardez les matches de NBA, vous êtes bien éveillé lors de l'entraînement du matin ? C'est vrai qu'ils feraient mieux de modifier l'horaire des matches ( il rit). Si ce n'est pas trop tard, mon frère et moi restons devant la télévision. Vous pouvez apprendre certaines choses de la NBA ou du tennis ? Ou n'est-ce qu'un moment de loisir ? On peut apprendre de tout. J'aime beaucoup jouer au tennis aussi. Lorsque j'en ai l'occasion, je ne m'en prive pas. Vous regardez beaucoup de matches de football ? Oui. Avant, énormément. Aujourd'hui, j'essaie d'un peu diminuer la dose. Je ne regarde plus que quelques matches. Combien par semaine ? Ça dépend. Si un match m'apparaît attrayant, ou si l'un de mes amis joue, j'essaie de regarder. Le week-end, je regarde cinq ou six matches, environ. Y compris ceux de votre ancien club, Majorque ? Oui, si j'en ai l'occasion, je regarde toujours. Quels joueurs, entraîneurs ou équipes aimez-vous voir à l'oeuvre ? Les équipes qui proposent des choses intéressantes. Des matches ouverts, où l'on voit des buts. Vous aimez un style en particulier ? Ou un entraîneur dont le style vous plaît ? Julen Lopetegui. Ses équipes jouent toujours bien au football. Quel rôle le ballon jouait-il à la maison, quand vous étiez petit ? Un grand rôle. Mon père était footballeur. Tant ma famille néerlandaise que ma famille basque s'intéresse au football. Quand j'étais petit, j'ai reçu un ballon en cadeau. Et j'ai toujours joué au foot avec mon frère. C'était du football de rue ou vous jouiez à l'école ? Car vous faites partie d'une génération qui joue moins en rue. C'était quand même souvent du foot de rue, car on allait toujours sur le petit terrain de Son Ferrer ( un village de Majorque, ndlr). On y passait toutes les après-midis. Il m'arrivait aussi de jouer sur la plage. En même temps, je jouais aussi au foot en salle. Aujourd'hui, tout le monde sait qu'on vous a prénommé Marco en référence à Van Basten. Quand en avez-vous pris conscience ? Ma mère me l'a dit quand j'étais plus grand. C'est un prénom que mes parents trouvaient joli, d'autant qu'il était associé au footballeur. Je n'avais aucune idée de qui il s'agissait, mais plus tard, j'ai vu des petits films à son sujet. Dès votre plus jeune âge, vous aviez plus de talent que les autres dans les équipes où vous jouiez. Vous en avez pris conscience vous-même ou les gens autour de vous vous l'ont signalé ? Quand j'étais enfant, je jouais souvent contre des footballeurs plus âgés, car on me surclassait dans une catégorie supérieure. Un entraîneur m'a dit que j'avais quelque chose en plus. Mais je n'ai jamais pensé que je pourrais arriver si loin. En fait, je n'y pensais pas, je voulais simplement jouer. Le reste ne m'intéressait pas. Bien sûr, ça fait plaisir lorsqu'on dit du bien de vous, mais pour moi, ça s'arrêtait là. Donc, vous vous disiez : je sais que je suis le meilleur, mais je dois continuer à travailler comme si de rien n'était. Oui, mais je ne pensais pas que j'étais le meilleur. Je voulais simplement m'amuser en jouant. Qui vous a aidé à garder les pieds sur terre ? Ma famille, surtout mon père. Il me répétait sans cesse : " Du calme, reste les pieds sur terre ". Je l'ai toujours retenu. Mais il n'avait pas besoin de me le dire, je ne planais pas. À dix ans, vous vous êtes affilié au Real Majorque. C'était la belle période du club, qui jouait en D1 et avait remporté la Copa del Rey. Quelle était alors votre ambition ? Lorsque je suis arrivé à Majorque, mon objectif était d'atteindre la Première. Au début, les équipiers sont aussi des amis. Mais, en grandissant, j'ai parfois pu m'entraîner avec les A et profiter des entraînements spécifiques de Joaquín Caparrós ( à l'époque coach de Majorque, ndlr). L'appétit est venu en mangeant. Combien de fois vous a-t-on contacté pour quitter Majorque ? Je ne compte plus. Chaque année, une proposition arrivait sur la table. Uniquement des clubs espagnols ou également des clubs étrangers ? Également des clubs étrangers. Ils étaient même plus nombreux que les clubs espagnols. C'était une bonne décision de rester à Majorque jusqu'à 19 ans ? Je trouve que oui. Je voulais grandir avec Majorque. Même si certaines propositions étaient attrayantes, j'ai tenu bon. Aujourd'hui, on voit des joueurs de 15, 16 ou 17 ans qui partent en Angleterre. Votre exemple tranche avec eux. Comme quoi, il y a plusieurs chemins pour arriver au sommet. Oui, moi je suis resté à la maison, auprès de ma famille et de mes proches. C'est important de se sentir bien. J'étais heureux à Majorque, je sentais que j'avais encore une marge de progression et je savais qu'en continuant de la sorte, des portes s'ouvriraient. Vous êtes aujourd'hui footballeur professionnel, et à première vue, vous menez une vie de luxe. C'est le cas ? Bien sûr, dans certains domaines, ce ne sont pas les possibilités qui manquent. D'un autre côté, tout n'est pas aussi facile qu'on pourrait l'imaginer. Comme joueur, il faut constamment s'améliorer. Ce n'est pas simple d'arriver au plus haut niveau, on ne reçoit pas de cadeaux. Il faut saisir sa chance lorsqu'elle se présente. Et être conscient que cette chance pourrait être la dernière... Oui, mais il ne faut pas trop y penser. Lorsque je monte sur le terrain, je pense simplement à m'amuser, et c'est de cette manière que j'ai reçu ma chance. Lors d'une interview, vous êtes revenu sur le match entre Majorque et Cordoue, qui s'est terminé sur un 0-0 et qui a failli condamner Majorque à la descente en D3. Vous aviez 18 ans et aviez pris place sur le banc. Ça reste toujours le match qui vous a procuré le plus d'angoisse ? Je pense que oui. En plus, je me souviens que je m'étais blessé trois semaines auparavant. J'avais une petit fracture et j'avais reçu une infiltration avant le match. Je sentais que même les joueurs les plus expérimentés étaient sous pression. La tension était à couper au couteau. En fin de compte, nous nous sommes sauvés et tout le monde a fondu en larmes. C'était un moment d'intense émotion. C'est tout de même étrange de vous entendre reparler de ce match, alors que vous avez déjà joué en Ligue des Champions et que vous revenez de la Coupe du Monde. C'est vrai que j'ai déjà joué des matches très importants. Mas je pense que la pression est différente. On n'aborde pas un match de Ligue des Champions ou une Coupe du monde de la même manière. Là, on essaie de se montrer. Alors que Cordoue-Majorque, c'était une question de vie ou de mort. On savait que, si cela tournait mal, on descendait. À Majorque, certains équipiers criaient : " Cours, garçon, tu joues avec l'argent de ma famille ".Lorsque vous êtes parti au Real Madrid, vous avez été prêté à l'Espanyol la première saison. À ce moment-là, vous pensiez que vous retourneriez à Madrid, là où tellement de jeunes doivent plier bagage chaque année ? Oui, lorsque je suis parti à l'Espanyol, mon intention était d'y jouer un an, puis de retourner définitivement à Madrid. Vous pensiez que c'était possible ? Oui, car dès ma première année au Real, j'ai pu participer à la préparation d'avant-saison. C'est après que nous avons convenu que la meilleure solution, pour mon développement, serait d'être prêté afin que je puisse emmagasiner de l'expérience en D1. Cela s'est bien passé : j'ai joué et j'ai progressé. J'ai aussi appris à supporter une autre forme de pression, car à l'Espanyol, on jouait parfois avec le feu. C'était une bonne chose pour moi, car on peut apprendre de toutes les situations. Sur le plan humain, c'était aussi un sacré changement : quitter Son Ferrer pour aller vivre à Barcelone puis à Madrid. C'est vrai. Et, en plus, tout s'est passé très vite. J'ai débuté à 17 ans en équipe A de Majorque, et à 18 ans, je signais à Madrid. Ensuite, j'ai terminé la saison à Majorque et je suis parti à Barcelone. Ma vie a changé. Ma famille m'a accompagné, car je ne voulais pas rester seul. Après, je suis venu ici ( à Madrid, ndlr) : dans le plus grand club du monde, où la pression est énorme. Mais je me suis facilement adapté et j'ai été bien accueilli par mes coéquipiers. Votre parcours est comparable à celui de Rafael Nadal, un autre Majorquin qui a conquis le monde. Vous avez déjà discuté de son rôle dans votre transfert à Madrid ? Oui, on en a déjà discuté, mais ce n'est pas lui qui a réglé mon transfert. Il a parlé avec le président ( Florentino Pérez, ndlr) et lui a dit qu'il y avait un bon footballeur à Majorque, qu'il avait intérêt à aller jeter un coup d'oeil. Vous avez dû modifier votre jeu pour trouver une place au Real ? J'ai évolué et j'ai amélioré certains aspects de mon jeu, surtout sur le plan défensif. Et il faut aussi être efficace. Le reste dépend de ce que l'entraîneur vous demande. Il y a toujours des petites nuances. Pourtant, vos entraîneurs à Majorque affirment que vous faites toujours les mêmes gestes que lorsque vous étiez à l'entraînement à 18 ans. C'est lorsque je peux effectuer les mêmes gestes que lorsque j'étais petit, que je me sens le plus à l'aise. Mais, bien sûr, j'ai dû améliorer certains points : sur le plan tactique, défensif et aussi offensif, évidemment. Mais vous avez l'impression d'être resté le même que lorsque vous étiez petit ? Oui, parce que c'est de cette manière que je prends le plus de plaisir. Et, lorsque je prends du plaisir, je joue mieux. J'essaie toujours de prendre du plaisir. Ça ne réussit pas tout le temps. Il arrive que rien ne réussisse dans un match très important... Donc, dans un match important, c'est plus compliqué de prendre du plaisir ? Mais, si l'on prend du plaisir dans ce genre de match également, celui-ci n'est que plus jouissif. On peut prendre du plaisir en brillant offensivement ou en réalisant une belle action, bien sûr, mais aussi en réalisant une belle course ou en récupérant un ballon. Ou en entendant les encouragements des supporters. Lors des soirées de Ligue des Champions à Bernabéu, par exemple. C'est dans ces matches-là que je prends le plus de plaisir. Quart de finale, demi-finale, devoir refaire un handicap, inscrire un but... Vous comprenez que certains footballeurs n'apprécient pas ce genre de match ? Je peux le comprendre, oui. Certains joueurs doivent accomplir des gestes qu'ils ne devaient pas faire lorsqu'ils étaient petits, et ça ne leur plaît pas toujours. Vous faites souvent référence à votre enfance, à ce souci de répéter les mêmes gestes. Tout semble très naturel, chez vous. Oui, lorsque je dois accomplir des gestes qui ne me ressemblent pas, je me sens moins à l'aise. J'essaie toujours de rester le plus naturel possible. Pas uniquement dans le football, mais aussi dans la vie de tous les jours. Je n'aime pas ce qui est artificiel ou faux.Par José Sanchis