Depuis qu'Alex Ferguson a pris se retraite, il y a cinq ans, Manchester United a déjà connu quatre entraîneurs, en comptant Ole Gunnar Solksjaer, fraîchement arrivé à Old Trafford. Avant lui, David Moyes, Louis van Gaal et José Mourinho avaient des conceptions très différentes du foot et ont mené des politiques de transfert totalement opposées également.
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Depuis qu'Alex Ferguson a pris se retraite, il y a cinq ans, Manchester United a déjà connu quatre entraîneurs, en comptant Ole Gunnar Solksjaer, fraîchement arrivé à Old Trafford. Avant lui, David Moyes, Louis van Gaal et José Mourinho avaient des conceptions très différentes du foot et ont mené des politiques de transfert totalement opposées également. Avec, comme conséquence, que des grands noms comme Angel Di Maria, Henrikh Mkhitaryan, Bastian Schweinsteiger et Radamel Falcao sont partis plus vite qu'ils n'étaient arrivés. Un sort qui pourrait aussi être réservé à Alexis Sanchez, Fred et peut-être même Paul Pogba. Même si, durant l'ère post-Mourinho, le Français est revenu en grâce auprès des supporters des Mancunians. En comparaison avec l'afflux des deux dernières décennies, l'armoire à trophées s'est très peu remplie au cours des cinq dernières années. Les seules coupes à s'être ajoutées sont une FA Cup à l'époque de Louis van Gaal, et la League Cup et l'Europa League à la fin de la première campagne sous José Mourinho. Cette saison, les Red Devils sont relégués très loin derrière le Top 4 de la Premier League, au point qu'un ticket pour la Ligue des Champions League apparaît presque utopique. Mais malgré leurs déboires sportifs, les Red Devils restent l'un des plus grands noms du football mondial. En fait, Man United est bien davantage qu'un simple club de football. C'est, ni plus ni moins, qu'une religion universelle avec Old Trafford comme cathédrale. Le 6 février 1958 est resté une date iconique. Ce jour-là, l'équipe rentrait à Manchester après s'être qualifiée pour les demi-finales de la Coupe d'Europe des Clubs Champions sur le terrain de l'Etoile Rouge de Belgrade, mais l'avion qui transportait la délégation s'est écrasé lors d'une escale à l'aéroport de Munich. 23 personnes ont perdu la vie, dont neuf éléments des célèbres ' Busby Babes', le groupe de jeunes joueurs avec lesquels le manager écossais Matt Busby était devenu champion d'Angleterre un an plus tôt. Busby lui-même a lutté pendant de longs mois pour sa vie dans un hôpital bavarois. Lorsqu'on effectue une visite à Old Trafford, on comprend directement la place qu'occupe cette tragédie aérienne dans l'histoire du club. Dans le coin de l'East Stand, l'horloge est symboliquement arrêtée à 15h04, l'heure où la catastrophe s'est produite. Sous la BobbyCharlton Tribune, on passe par le 'Munich Tunnel', où un hommage est rendu aux victimes de Munich avec des photos et d'autres objets. Dix ans plus tard, très exactement, tout le football mondial a applaudi lorsque la deuxième génération de 'Babes', parmi lesquels George Best et Bobby Charlton, l'un des survivants du crash de Munich, ont remporté la finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions (l'actuelle Ligue des Champions) à Wembley contre Benfica. Après Wembley et le départ de Busby comme manager, le club a décliné et a même joué en deuxième division durant la saison 1974-'75. Il a fallu attendre 20 ans de plus avant que les Mancuniens ne récupèrent leur place dans le top anglais. Alex Ferguson, également un Ecossais, avait préparé une nouvelle génération très talentueuse. David Beckham, Ryan Giggs, Nicky Butt, Paul Scholes et les frères Gary et Phil Neville sont devenus les 'Fergie's Fledglings' (talents en herbe). La troisième génération de jeunes talents élevés dans le sérail va dominer le football anglais durant deux décennies. Sous Ferguson, Man United sera sacré 13 fois champion d'Angleterre, remportera trois coupes d'Europe (une fois la Coupe des Vainqueurs de Coupe et deux fois la Ligue des Champions) et deux fois la Coupe du monde des clubs. Sir Alex Ferguson avait 71 ans lorsqu'il a pris sa retaite, il y a cinq ans. Depuis, les trophées se font rares. La saison actuelle est même dramatique. Après les échecs de Moyes et de Van Gaal, on avait pourtant engagé un 'vainqueur né' en la personne de José Mourinho. Mais c'était plutôt un mariage de raison voué à l'échec. Man United est synonyme de football chatoyant et offensif, et de politique de jeunes productive. Ce ne sont pas vraiment les points forts de ce Portugais narcissique, têtu, unidimensionnel, pragmatique et au comportement parfois douteux. Mourinho était, par ailleurs, en guerre avec certains joueurs, parmi lesquels le transfert-record Paul Pogba, et aurait déjà été renvoyé plus tôt dans n'importe quel autre grand club. Si la ligne de résultats de cette saison avait été poursuivie, c'eût été la campagne la plus pauvre depuis 1989-'90 et, au niveau des buts encaissés, depuis 1978-'79. La manière fait également défaut. Le football pratiqué sous Mourinho n'avait rien à voir avec celui qui a fait la réputation de Man United. En 1974, le directeur général Matt Busby avait réprimandé son entraîneur Tommy Docherty parce qu'il essayait d'éviter la relégation en prônant une approche prudente. " Même si nous descendons, nous devons le faire avec style, par respect pour nos supporters ", lui glissa-t-il. Et lorsque le défenseur central Jonny Evans est venu se plaindre auprès de Ferguson parce qu'il trouvait que les arrières latéraux jouaient trop haut, la seule réponse qu'il a obtenue fut : " Quand on s'appelle Man United, c'est l'adversaire qui doit nous craindre, pas l'inverse. " Ces derniers mois, Mourinho n'arrêtait pas de se plaindre. Son groupe n'était pas assez fort, le centre d'entraînement de Carrington ne lui convenait pas, le club manquait d'ambition et il ne recevait pas les transferts qu'il demandait. En cinq périodes de transferts, il a pourtant pu engager 11 joueurs (dont Romelu Lukaku) pour une somme de 385 millions d'euros. Il avait même convaincu la direction d'offrir un salaire de 550.000 euros par semaine à Alexis Sanchez. Sur le plan commercial, le club est cependant resté très performant, malgré les pauvres résultats sportifs. C'était le mérite d'Ed Woodward, l'executive vice-president. En 2005, l'homme qui gère Man U au quotidien a été très impliqué, en tant que banquier chez JP Morgan, dans le rachat de United par la famille Glazer et a doublé la valeur du club en une bonne dizaine d'années. Pour les propriétaires américains, il est - au grand désarroi de Mourinho - le roi d'Old Trafford. Selon beaucoup d'observateurs, son pouvoir est même supérieur à celui qu'avait Alex Ferguson à la grande époque. Woodward (47 ans) a reçu pour mission, de la part d'Avram et de Joel Glazer en Floride, de faire de Man U la 'marque' sportive la plus attrayante pour les sponsors potentiels. Il a révolutionné l'approche commerciale des Red Devils en s'associant à des sponsors régionaux et en cherchant un partenaire pour chaque produit (voitures, compagnies d'aviation, peinture, vin, café, etc.). Dans la dernière édition de la Deloitte Football Money League, Manchester United trône en première position avec des revenus annuels d'environ 630 millions d'euros. A peu près la moitié des accords commerciaux ont été personnellement conclus par Woodward lui-même. Un géant du football a été transformé en machine à fric. L'identité a été sacrifiée au profit d'une marque. Le football était presque devenu accessoire au 'Theatre of Dreams'. Mais la richesse et la puissance commerciale ne peuvent pas résoudre tous les problèmes, et l'argent ne suffit pas pour engranger des victoires. Heureusement, Woodward a progressivement pris conscience que le club, et donc surtout lui, a fait fausse route ces dernières années. Des gens pas assez qualifiés ont pris de mauvaises décisions, pour de mauvaises raisons. Le contrat de David Moyes court encore pour 180 jours, cela en dit long sur le désastre qu'est devenu Old Trafford. Les supporters réagissent de façon de plus en plus apathique au football fade pratiqué par leurs favoris. Lors du match de Ligue des Champions contre les Young Boys Berne, une partie des 75.000 sièges est restée inoccupée. Cela a provoqué une onde de choc dans le 'Munich Tunnel'. Ed Woodward a décidé d'engager un directeur sportif et a refusé la demande de Mourinho de recruter Toby Alderweireld ou Harry Maguire, car il avait déjà pu acheter deux défenseurs centraux auparavant : Eric Bailly et Victor Lindelof. Manchester United se trouve à la croisée des chemins. Plus tôt, la décision avait déjà été prise de revoir la formation des jeunes et le travail de scouting. Les agents seront désormais tenus à distance, dans la mesure du possible, et maintenant que Mourinho est parti, il ne faudra plus attendre très longtemps avant que le directeur sportif ne reçoive un bureau au centre d'entraînement de Carrington. Ed Woodward sait qu'il est sous pression. Surtout de la part de la 'Class of '92', les 'Fledglings' avec le consultant Gary Neville comme critique le plus acerbe. Et, cela n'a échappé à personne, cela fait un moment qu'on ne l'a plus vu aux côtés d'Alex Ferguson dans la tribune d'honneur. Le mois passé, il a cependant décidé de refaire la jonction avec la période Ferguson. Les insiders pensent que l'Ecossais, à peine rétabli d'une hémorragie cérébrale, n'est pas étranger à l'engagement d'Ole Gunnar Solksjaer (45 ans) comme intérimaire (dans l'attente de l'arrivée de Mauricio Pocchetino en été ? ). Le Norvégien est un ancien joueur de Ferguson et appelle toujours Sir Alex le 'boss'. Le retour de Mike Phelan comme T2 est un signal encore plus fort. L'ancien international anglais est aussi un ancien joueur de Ferguson. Avec onze apparitions, il avait joué un rôle non négligeable dans le premier titre de Giggs et Cie en 1993. Ferguson a beaucoup d'estime pour l'ancien défenseur, on a pu le constater lorsqu'il l'a emmené à la finale de la Coupe d'Allemagne en 2002 pour visionner Shinji Kagawa, Robert Lewandowski et Matt Hummels. Phelan était l'adjoint de Ferguson lorsque celui-ci a arrêté, et les insiders estiment que son retour pourrait corriger l'erreur de casting commise avec David Moyes. Old Trafford doit miser sur la continuité. Solskjaer a commencé par un joli douze sur douze (jusqu'à présent, seul Busby a fait mieux en 1946 avec cinq victoires d'affilée), mais un retour au sommet n'est pas pour demain. La Premier League a subi une énorme évolution ces dernières années. Des clubs comme Manchester City, Tottenham et Liverpool ont pris beaucoup d'avance grâce à leur stabilité sportive et une politique de transferts réfléchie. Le club et les supporters doivent réapprendre la modestie et se contenter de peu. Les temps glorieux des deux dernières décennies appartiennent au passé. C'est, paradoxalement, une déclaration d'un rival ancestral qui se révèle porteuse d'espoir. " Il existe une pyramide du football basée sur l'argent, l'histoire, le statut et les supporters à l'échelle mondiale ", a écrit l'ancienne icône de Liverpool Jamie Carragher dans le Telegraph. " Manchester United restera toujours l'un des plus grands clubs. " Par François Colin