Chaque filet qui tremble ressemble à une réponse. Celle adressée par Romelu Lukaku à ses détracteurs. Ils sont ceux qui ne cesseront jamais de le classer au rang des maladroits, la faute à une technique inégale. Ceux-là seront toujours les plus prompts à pointer du doigt un raté monumental, ou un match conclu sans but face à l'un des ténors du championnat.

À l'inverse, les défenseurs du mastodonte diabolique prendront sa défense avec ferveur à chaque but, à l'image d'un buteur qui célèbre souvent ses réalisations en faisant passer des messages à ses haters. Ils vous rappelleront aussi que les non-croyants en Big Rom' lui prédisaient l'enfer au coeur des systèmes défensifs à l'italienne. En bref, Romelu Lukaku divise tellement qu'il devient parfois difficile de situer sa véritable place, dans la jungle toujours bien peuplée des buteurs de référence de la planète.

Chez les buteurs, tout est souvent une question d'imaginaire et de réputation.

Face aux cages adverses, Romelu Lukaku fait partie de la catégorie de ceux qui surperforment. Comme tous les buteurs d'élite, ou presque. Cette saison, sous les couleurs de leur club, les quinze joueurs choisis ci-dessous comme les meilleurs finisseurs de la planète ont tous un ratio de buts par match supérieur à leurs expected goals. Tous, sauf Lautaro Martinez et Edin Dzeko, le Bosnien pourtant réputé comme un tueur de sang-froid mais qui brille plus par le volume de ses frappes que par leur fiabilité. Une preuve que chez les buteurs, tout est souvent une question de réputation. Des hommes qui vivent avec leurs chiffres, mais que l'imaginaire collectif classe souvent avec des critères bien éloignés du tableau statistique. Quand Karim Benzema est un esthète, Robert Lewandowski et Erling Braut Haaland des cyborgs, ou Mauro Icardi un renard télégénique, Lukaku ne serait qu'une brute épaisse, plus puissante que fine.

Comparaison entre les expected goals et les buts effectivement marqués cette saison, SFM
Comparaison entre les expected goals et les buts effectivement marqués cette saison © SFM

Le tableau est forcément réducteur. Car face aux filets adverses, Romelu Lukaku est loin d'être le plus maladroit de la bande. Avec 52% de tirs cadrés, il vogue ainsi dans les sphères de Robert Lewandowski ou de Timo Werner, références de la Bundesliga, et devant des attaquants aussi référencés que Sergio Agüero, Harry Kane ou Ciro Immobile.

Quand elle quitte les pieds de Lukaku, près d'une frappe cadrée sur deux finit au fond des filets.

Et comme près d'une frappe cadrée sur deux finit au fond des filets, Lukaku joue encore dans la cour des grands. Rares sont ceux qui s'offrent un ratio plus élevé. Il y a le chirurgical Mauro Icardi, qui trompe le gardien adverse dans 65% des cas quand sa frappe cible le cadre, et vogue un petit pourcent derrière l'impressionnant Haaland, qui doit encore confirmer dans le futur une première saison d'envergure européenne aux chiffres hors-normes. Si le Norvégien maintient cette cadence au fil des prochaines années, le concours du meilleur finisseur du monde deviendra rapidement aussi passionnant qu'un Tour de France contrôlé par le Team Ineos.

Que donnent les frappes réalisées par les buteurs?, SFM
Que donnent les frappes réalisées par les buteurs? © SFM

Parmi les buteurs les mieux cotés de la planète, une distinction s'opère rapidement à l'examen des chiffres. Il y a ceux qui étendent le champ d'action de leurs phases de finition, et créent un grand volume d'opportunités, et ceux qui privilégient la qualité de la position à la quantité des occasions. Ceux-là se mettent en évidence dans les expected goals. Là où Cristiano Ronaldo ou Luis Suárez tentent leur chance dans des positions généralement moins rémunératrices, avec une moyenne respective de 0,12 et 0,15 expected goal par tir, les renards des surfaces concentrent leurs reprises dans les zones les plus chaudes.

En moyenne, une frappe de Romelu Lukaku cette saison vaut 0,21 expected goal.

Entre les poteaux, rarement plus loin que le point de penalty, c'est là que les chances de marquer décollent. Lukaku facture 0,21 expected goal par tir, au sein d'une Inter où il est parfois impliqué dans la construction des mouvements automatisés du jeu d'Antonio Conte. Uniquement là pour finir, et pas vraiment pour construire, d'autres affichent des moyennes encore plus élevées: 0,22 pour Jamie Vardy, 0,24 pour Haaland, et surtout 0,3 pour Mauro Icardi, renard de la plus pure espèce.

Ce sont également ceux-là qui se distinguent en termes de big chances. Dans cette catégorie, on recense toutes les frappes au but évaluées au-delà de 0,25 expected goal. Soit celles qui ont, selon l'historique des situations semblables, plus d'une chance sur quatre de finir au fond. Plus de 40% des frappes tentées par Icardi sont, par exemple, supérieures à 0,25 xG. Dans ce classement spécifique, le renard argentin est suivi par Haaland, Vardy, Agüero et Lukaku, loin devant un Ronaldo qui tente souvent sa chance dans des situations bien plus audacieuses, et effectue moins de dix pourcents de ses frappes dans des scénarii à haut rendement.

Analyse de l'importance des 'big chances' dans le jeu de chaque attaquant, SFM
Analyse de l'importance des 'big chances' dans le jeu de chaque attaquant © SFM

Pour classer les rois de la finition, il semble donc indiqué de voir qui sont les attaquants qui brillent le plus sur ces big chances, opportunités presque trop grosses pour être galvaudées. Le tout en retirant de l'équation les penalties, spécialité à part qui ne met en oeuvre que de rares aspects de la panoplie du buteur.

Sur ces occasions avec 25% de chances de réussite, nombreux sont ceux qui oscillent entre 45 et 55% parmi les buteurs d'élite. Un peloton de référence au sein duquel on retrouve Lukaku, en bonne compagnie: entre les 55% de Sergio Agüero et les 45% de Luis Suárez, le Diable rouge côtoie Benzema, Vardy, Werner, Mbappé et Lewandowski.

Lukaku tire bien, mais il tire peu: 2,71 frappes par match, cela l'installe dans le fond de la classe des buteurs les plus influents du Vieux Continent.

Curieusement, Ronaldo vogue sous cette moyenne, tout comme Harry Kane ou, surtout, Ciro Immobile, dont les 23 big chances sont surtout des penalties (12) et qui affiche un bien faible rendement quand les grosses occasions ont lieu de plein jeu (deux marquées sur onze, soit 18% de réussite). Par contre, le Belge tire très peu. Ses 2,71 tentatives par match le placent parmi les attaquants les plus discrets de notre sélection. Pourtant, l'Inter présente un système de jeu qui lui permet de multiplier les occasions dangereuses, mais trouver Lukaku dans la surface semble parfois être une mission délicate pour ses coéquipiers.

Au sommet de l'infaillibilité offensive, on retrouve toujours les deux mêmes hommes, finisseurs allergiques au gaspillage. Quand l'occasion a de fortes chances de finir au fond, Icardi et Haaland n'aiment pas décevoir. 63% de concrétisation pour le Norvégien, et même 70% pour l'Argentin du PSG.

Icardi et Haaland se distinguent, dans le volume et dans l'efficacité de leurs 'big chances', SFM
Icardi et Haaland se distinguent, dans le volume et dans l'efficacité de leurs 'big chances' © SFM

Peut-on tirer un classement de profils si différents? Même si Icardi et Haaland semblent se distinguer par la qualité, alors que Ronaldo ou Kylian Mbappé impressionnent plus par leur volume, ainsi que par leur faculté à répondre présents dans les grands rendez-vous, tout semble finalement se tenir de très près. Et guider la réflexion vers une seule conclusion: à l'heure de reprendre un ballon dans la surface adverse pour l'envoyer au fond des filets, Romelu Lukaku fait partie des hommes les plus fiables de la planète.

Tous les chiffres sont issus de Wyscout et rassemblent les matches disputés en compétition officielle et en club au cours de la saison 2019/2020.

Chaque filet qui tremble ressemble à une réponse. Celle adressée par Romelu Lukaku à ses détracteurs. Ils sont ceux qui ne cesseront jamais de le classer au rang des maladroits, la faute à une technique inégale. Ceux-là seront toujours les plus prompts à pointer du doigt un raté monumental, ou un match conclu sans but face à l'un des ténors du championnat. À l'inverse, les défenseurs du mastodonte diabolique prendront sa défense avec ferveur à chaque but, à l'image d'un buteur qui célèbre souvent ses réalisations en faisant passer des messages à ses haters. Ils vous rappelleront aussi que les non-croyants en Big Rom' lui prédisaient l'enfer au coeur des systèmes défensifs à l'italienne. En bref, Romelu Lukaku divise tellement qu'il devient parfois difficile de situer sa véritable place, dans la jungle toujours bien peuplée des buteurs de référence de la planète.Face aux cages adverses, Romelu Lukaku fait partie de la catégorie de ceux qui surperforment. Comme tous les buteurs d'élite, ou presque. Cette saison, sous les couleurs de leur club, les quinze joueurs choisis ci-dessous comme les meilleurs finisseurs de la planète ont tous un ratio de buts par match supérieur à leurs expected goals. Tous, sauf Lautaro Martinez et Edin Dzeko, le Bosnien pourtant réputé comme un tueur de sang-froid mais qui brille plus par le volume de ses frappes que par leur fiabilité. Une preuve que chez les buteurs, tout est souvent une question de réputation. Des hommes qui vivent avec leurs chiffres, mais que l'imaginaire collectif classe souvent avec des critères bien éloignés du tableau statistique. Quand Karim Benzema est un esthète, Robert Lewandowski et Erling Braut Haaland des cyborgs, ou Mauro Icardi un renard télégénique, Lukaku ne serait qu'une brute épaisse, plus puissante que fine.Le tableau est forcément réducteur. Car face aux filets adverses, Romelu Lukaku est loin d'être le plus maladroit de la bande. Avec 52% de tirs cadrés, il vogue ainsi dans les sphères de Robert Lewandowski ou de Timo Werner, références de la Bundesliga, et devant des attaquants aussi référencés que Sergio Agüero, Harry Kane ou Ciro Immobile.Et comme près d'une frappe cadrée sur deux finit au fond des filets, Lukaku joue encore dans la cour des grands. Rares sont ceux qui s'offrent un ratio plus élevé. Il y a le chirurgical Mauro Icardi, qui trompe le gardien adverse dans 65% des cas quand sa frappe cible le cadre, et vogue un petit pourcent derrière l'impressionnant Haaland, qui doit encore confirmer dans le futur une première saison d'envergure européenne aux chiffres hors-normes. Si le Norvégien maintient cette cadence au fil des prochaines années, le concours du meilleur finisseur du monde deviendra rapidement aussi passionnant qu'un Tour de France contrôlé par le Team Ineos.Parmi les buteurs les mieux cotés de la planète, une distinction s'opère rapidement à l'examen des chiffres. Il y a ceux qui étendent le champ d'action de leurs phases de finition, et créent un grand volume d'opportunités, et ceux qui privilégient la qualité de la position à la quantité des occasions. Ceux-là se mettent en évidence dans les expected goals. Là où Cristiano Ronaldo ou Luis Suárez tentent leur chance dans des positions généralement moins rémunératrices, avec une moyenne respective de 0,12 et 0,15 expected goal par tir, les renards des surfaces concentrent leurs reprises dans les zones les plus chaudes.Entre les poteaux, rarement plus loin que le point de penalty, c'est là que les chances de marquer décollent. Lukaku facture 0,21 expected goal par tir, au sein d'une Inter où il est parfois impliqué dans la construction des mouvements automatisés du jeu d'Antonio Conte. Uniquement là pour finir, et pas vraiment pour construire, d'autres affichent des moyennes encore plus élevées: 0,22 pour Jamie Vardy, 0,24 pour Haaland, et surtout 0,3 pour Mauro Icardi, renard de la plus pure espèce.Ce sont également ceux-là qui se distinguent en termes de big chances. Dans cette catégorie, on recense toutes les frappes au but évaluées au-delà de 0,25 expected goal. Soit celles qui ont, selon l'historique des situations semblables, plus d'une chance sur quatre de finir au fond. Plus de 40% des frappes tentées par Icardi sont, par exemple, supérieures à 0,25 xG. Dans ce classement spécifique, le renard argentin est suivi par Haaland, Vardy, Agüero et Lukaku, loin devant un Ronaldo qui tente souvent sa chance dans des situations bien plus audacieuses, et effectue moins de dix pourcents de ses frappes dans des scénarii à haut rendement.Pour classer les rois de la finition, il semble donc indiqué de voir qui sont les attaquants qui brillent le plus sur ces big chances, opportunités presque trop grosses pour être galvaudées. Le tout en retirant de l'équation les penalties, spécialité à part qui ne met en oeuvre que de rares aspects de la panoplie du buteur.Sur ces occasions avec 25% de chances de réussite, nombreux sont ceux qui oscillent entre 45 et 55% parmi les buteurs d'élite. Un peloton de référence au sein duquel on retrouve Lukaku, en bonne compagnie: entre les 55% de Sergio Agüero et les 45% de Luis Suárez, le Diable rouge côtoie Benzema, Vardy, Werner, Mbappé et Lewandowski.Curieusement, Ronaldo vogue sous cette moyenne, tout comme Harry Kane ou, surtout, Ciro Immobile, dont les 23 big chances sont surtout des penalties (12) et qui affiche un bien faible rendement quand les grosses occasions ont lieu de plein jeu (deux marquées sur onze, soit 18% de réussite). Par contre, le Belge tire très peu. Ses 2,71 tentatives par match le placent parmi les attaquants les plus discrets de notre sélection. Pourtant, l'Inter présente un système de jeu qui lui permet de multiplier les occasions dangereuses, mais trouver Lukaku dans la surface semble parfois être une mission délicate pour ses coéquipiers.Au sommet de l'infaillibilité offensive, on retrouve toujours les deux mêmes hommes, finisseurs allergiques au gaspillage. Quand l'occasion a de fortes chances de finir au fond, Icardi et Haaland n'aiment pas décevoir. 63% de concrétisation pour le Norvégien, et même 70% pour l'Argentin du PSG.Peut-on tirer un classement de profils si différents? Même si Icardi et Haaland semblent se distinguer par la qualité, alors que Ronaldo ou Kylian Mbappé impressionnent plus par leur volume, ainsi que par leur faculté à répondre présents dans les grands rendez-vous, tout semble finalement se tenir de très près. Et guider la réflexion vers une seule conclusion: à l'heure de reprendre un ballon dans la surface adverse pour l'envoyer au fond des filets, Romelu Lukaku fait partie des hommes les plus fiables de la planète.Tous les chiffres sont issus de Wyscout et rassemblent les matches disputés en compétition officielle et en club au cours de la saison 2019/2020.