Personne n'a jamais douté de ses qualités footballistiques. Depuis plusieurs années, Luis Suarez est l'un des meilleurs attaquants au monde. Mais son nom a toujours suscité des réticences. L'Uruguayen est un mauvais perdant, qui a déjà franchi à plusieurs reprises les limites du tolérable, alternant les buts et les controverses qui entachaient ses prestations. Comme il ne semblait pas retenir les leçons, il était plus honni qu'aimé.

Mordre un adversaire une fois, passe encore. Mais deux fois... Dans plusieurs éditoriaux, il était décrit comme un psychopathe. Suarez n'hésitait pas à sacrifier les règles sur l'autel de la victoire et représentait un danger pour le sport. Il n'avait rien à faire sur les terrains anglais. C'était un comédien, un parasite, un fléau.
Mais, en six mois, les choses peuvent changer du tout au tout. En juillet dernier, Suarez était seul au monde. Après avoir tenté de précipiter son départ, il en était réduit à faire des tours de terrain au centre d'entraînement de Liverpool. Selon l'entraîneur, Brendan Rodgers, il avait discrédité le club. Aujourd'hui, tout est oublié, pardonné. Avec 22 buts en autant de matches de Premier League - sans tenir compte de la rencontre du week-end dernier face à Everton -, Suarez a renvoyé les autres joueurs au rang de débutants.
Il éclabousse de sa classe un des championnats les plus difficiles et les plus beaux du monde. On lui attribue même des qualités dignes d'un Lionel Messi. L'attaquant uruguayen respire la confiance. Il maîtrise le ballon, se montre plus rapide et plus vif que ses adversaires. Ses équipiers cherchent constamment à lui donner le cuir. Au cours des dernières rencontres, il était même capitaine. Luis-le-Terrible est soudain devenu Luis-le-Conquérant.

Cette réhabilitation-éclair de Luis Suarez est dans l'air du temps : en football, les héros tombent aussi vite qu'ils sont réhabilités, et inversement. Il y a peu, il était encore le joueur le plus haï d'Angleterre et avant Noël, à sa grande surprise, il prenait le train en direction de Londres, où lui était attribué le prix de la Fédération des Supporters de Football. Un demi-million de passionnés de football l'avaient élu Joueur de l'Année 2013. Si quelqu'un avait osé prédire cela il y a six mois, on l'aurait pris pour un fou. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Luis Suarez s'est fait pas mal de nouveaux amis ces derniers temps.

Un côté barbare

Pourtant, en trois ans de Premier League, il ne comptait plus ses ennemis. La saison dernière, dans une interview à The Guardian, il avait affirmé ne pas regretter ses actes mais être conscient que par moments, il frôlait la folie. Une phrase en disait long : "Si je me comportais à la maison comme sur le terrain, il y a longtemps que ma femme aurait demandé le divorce." Luis Suarez a un côté barbare. Une de ses spécialités consiste à inscrire des buts sur des situations dans lesquelles d'autres n'auraient même pas tenté leur chance. Il anticipe les erreurs de l'adversaire, met le pied partout et rend la vie impossible aux défenseurs qui font deux têtes de plus que lui. En front de bandière, il prend des coups. Mais il en rend. Rien ne semble l'arrêter. Et dire que depuis son arrivée en Europe, à l'été 2006, il n'a pratiquement pas eu de vacances. Chaque été, il a disputé un tournoi : la Coupe du monde, la Copa America, les Jeux Olympiques ou la Coupe des Confédérations.

L'Uruguayen a toujours voulu être le roi du village. Il a beaucoup progressé dans certains domaines, comme la technique de frappe. Mais dans sa tête, ça gamberge toujours autant. On le voit souvent donner l'impression d'errer sans savoir où aller. A Groningue, Ron Jans appelait ça le style Suarez. C'est à cause de cela qu'il y a trois ans, beaucoup avaient émis des réserves quant à sa réussite en Premier League. En Angleterre, il n'arriverait pas à se faufiler aussi souvent entre ces robustes défenseurs, disait-on. C'était une erreur. Personne ne comprend comment il arrive toujours à profiter de la plus petite ouverture mais vu le nombre de fois que cela se produit, ça ne peut plus être un hasard.
Aux Pays-Bas, quand on le traitait d'égoïste, il s'énervait, admettant qu'il était certes opportuniste mais qu'il n'ignorait pas ses équipiers. A Liverpool, il joue de plus en plus en équipe. Les statistiques prouvent d'ailleurs qu'il est bien plus qu'un simple finisseur. Comme la saison dernière, il fait des jaloux parmi les meilleurs meneurs de jeu de la Premier League. Avant le dernier match, il en était à cinq assists, soit autant que Kevin Mirallas ou Sergio Agüero et deux de plus que Mesut Özil. Il effectue donc le boulot de deux, voire trois joueurs. Car en matière de nombre de dribbles aussi, il rivalise avec les meilleurs, y compris Eden Hazard. Suarez est également l'attaquant qui tire le plus au but de loin. Il semble être partout à la fois et domine la Premier League.

Retrouvez l'intégralité de ce portrait dans votre Sport/Foot Magazine de cette semaine.

Par Süleyman Oztürk

Personne n'a jamais douté de ses qualités footballistiques. Depuis plusieurs années, Luis Suarez est l'un des meilleurs attaquants au monde. Mais son nom a toujours suscité des réticences. L'Uruguayen est un mauvais perdant, qui a déjà franchi à plusieurs reprises les limites du tolérable, alternant les buts et les controverses qui entachaient ses prestations. Comme il ne semblait pas retenir les leçons, il était plus honni qu'aimé. Mordre un adversaire une fois, passe encore. Mais deux fois... Dans plusieurs éditoriaux, il était décrit comme un psychopathe. Suarez n'hésitait pas à sacrifier les règles sur l'autel de la victoire et représentait un danger pour le sport. Il n'avait rien à faire sur les terrains anglais. C'était un comédien, un parasite, un fléau. Mais, en six mois, les choses peuvent changer du tout au tout. En juillet dernier, Suarez était seul au monde. Après avoir tenté de précipiter son départ, il en était réduit à faire des tours de terrain au centre d'entraînement de Liverpool. Selon l'entraîneur, Brendan Rodgers, il avait discrédité le club. Aujourd'hui, tout est oublié, pardonné. Avec 22 buts en autant de matches de Premier League - sans tenir compte de la rencontre du week-end dernier face à Everton -, Suarez a renvoyé les autres joueurs au rang de débutants. Il éclabousse de sa classe un des championnats les plus difficiles et les plus beaux du monde. On lui attribue même des qualités dignes d'un Lionel Messi. L'attaquant uruguayen respire la confiance. Il maîtrise le ballon, se montre plus rapide et plus vif que ses adversaires. Ses équipiers cherchent constamment à lui donner le cuir. Au cours des dernières rencontres, il était même capitaine. Luis-le-Terrible est soudain devenu Luis-le-Conquérant. Cette réhabilitation-éclair de Luis Suarez est dans l'air du temps : en football, les héros tombent aussi vite qu'ils sont réhabilités, et inversement. Il y a peu, il était encore le joueur le plus haï d'Angleterre et avant Noël, à sa grande surprise, il prenait le train en direction de Londres, où lui était attribué le prix de la Fédération des Supporters de Football. Un demi-million de passionnés de football l'avaient élu Joueur de l'Année 2013. Si quelqu'un avait osé prédire cela il y a six mois, on l'aurait pris pour un fou. Le moins qu'on puisse dire, c'est que Luis Suarez s'est fait pas mal de nouveaux amis ces derniers temps. Un côté barbare Pourtant, en trois ans de Premier League, il ne comptait plus ses ennemis. La saison dernière, dans une interview à The Guardian, il avait affirmé ne pas regretter ses actes mais être conscient que par moments, il frôlait la folie. Une phrase en disait long : "Si je me comportais à la maison comme sur le terrain, il y a longtemps que ma femme aurait demandé le divorce." Luis Suarez a un côté barbare. Une de ses spécialités consiste à inscrire des buts sur des situations dans lesquelles d'autres n'auraient même pas tenté leur chance. Il anticipe les erreurs de l'adversaire, met le pied partout et rend la vie impossible aux défenseurs qui font deux têtes de plus que lui. En front de bandière, il prend des coups. Mais il en rend. Rien ne semble l'arrêter. Et dire que depuis son arrivée en Europe, à l'été 2006, il n'a pratiquement pas eu de vacances. Chaque été, il a disputé un tournoi : la Coupe du monde, la Copa America, les Jeux Olympiques ou la Coupe des Confédérations. L'Uruguayen a toujours voulu être le roi du village. Il a beaucoup progressé dans certains domaines, comme la technique de frappe. Mais dans sa tête, ça gamberge toujours autant. On le voit souvent donner l'impression d'errer sans savoir où aller. A Groningue, Ron Jans appelait ça le style Suarez. C'est à cause de cela qu'il y a trois ans, beaucoup avaient émis des réserves quant à sa réussite en Premier League. En Angleterre, il n'arriverait pas à se faufiler aussi souvent entre ces robustes défenseurs, disait-on. C'était une erreur. Personne ne comprend comment il arrive toujours à profiter de la plus petite ouverture mais vu le nombre de fois que cela se produit, ça ne peut plus être un hasard. Aux Pays-Bas, quand on le traitait d'égoïste, il s'énervait, admettant qu'il était certes opportuniste mais qu'il n'ignorait pas ses équipiers. A Liverpool, il joue de plus en plus en équipe. Les statistiques prouvent d'ailleurs qu'il est bien plus qu'un simple finisseur. Comme la saison dernière, il fait des jaloux parmi les meilleurs meneurs de jeu de la Premier League. Avant le dernier match, il en était à cinq assists, soit autant que Kevin Mirallas ou Sergio Agüero et deux de plus que Mesut Özil. Il effectue donc le boulot de deux, voire trois joueurs. Car en matière de nombre de dribbles aussi, il rivalise avec les meilleurs, y compris Eden Hazard. Suarez est également l'attaquant qui tire le plus au but de loin. Il semble être partout à la fois et domine la Premier League. Retrouvez l'intégralité de ce portrait dans votre Sport/Foot Magazine de cette semaine.Par Süleyman Oztürk