"Faux! De nouvelles inventions. Je suis en Argentine depuis septembre. #fakenews."
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"Faux! De nouvelles inventions. Je suis en Argentine depuis septembre. #fakenews." Tel est le message publié sur les réseaux sociaux par Jorge Messi, père et agent de Lionel, lorsque l'émission de télévision El Chiringuito prétend, il y a deux semaines, qu'il a rencontré une délégation du PSG au consulat du Qatar à Barcelone. Pourtant, même après cela, les journalistes campent sur leurs positions: selon eux, quelques jours plus tôt, l'avion privé de Messi a bel et bien quitté Rosario pour Barcelone. Ajoutez à cela les déclarations spontanées de Neymar ("Je veux rejouer avec Messi") après la victoire du PSG sur Manchester United au début du mois, et l'on comprend que plusieurs médias aient abondé dans le sens d'un départ. Mais Messi est cité dans d'autres clubs. On affirme ainsi qu'un contrat à vie attend l'Argentin à Manchester City. Il y jouerait d'abord sous la direction de son ancien mentor, Pep Guardiola (dont le contrat a été prolongé de deux ans à la surprise générale), avant de devenir ambassadeur du City Football Group, qui possède des clubs dans différents pays (Espagne, États-Unis, Australie, Japon, Chine, Inde, France et Belgique). Ferrán Soriano, CEO des Citizens, est lui-même passé par Barcelone de 2003 à 2008. D'autres rumeurs font état d'un retour à Rosario ou d'un départ pour la Serie A, afin de pouvoir à nouveau affronter Cristiano Ronaldo. Bref, les spéculations au sujet de l'avenir de Messi vont bon train et cela ne va faire qu'empirer au cours des prochains mois, puisque son contrat à Barcelone prend fin le 30 juin 2021. À partir du 1er janvier, il est donc libre de discuter avec n'importe quel club. Mais existe-t-il une chance qu'il reste au Barça? Depuis le fameux "burofax", une sorte d'envoi recommandé transmis au FC Barcelone à la mi-août, cette chance est très mince. Dans sa lettre, Messi disait vouloir utiliser la clause de son contrat lui permettant de quitter le club avant la fin de son bail à condition de prévenir celui-ci avant la fin de la saison. En principe, celle-ci aurait dû prendre fin le 31 mai, mais les avocats de Messi argumentaient que, dans les faits, elle s'était poursuivie jusqu'au 23 août, date de la finale de la Ligue des Champions. L'argument n'a pas convaincu. Le président Josep Bartomeu a prévenu le clan Messi que le "burofax" était arrivé trop tard. Si Messi voulait partir, comme il en avait l'intention, le club qui souhaitait l'engager devait payer 700 millions d'euros. L'Argentin pouvait se tourner vers les tribunaux, mais il a affirmé dans un entretien accordé à Goal.com qu'il n'avait pas l'intention d'attaquer le Barça en justice. "J'aime ce club qui m'a tout donné. C'est le club de ma vie." Cette interview démontrait cependant que, depuis un bout de temps, Messi avait la tête ailleurs. "Depuis le début de l'année, je répète au président que je veux partir. Pour moi, c'était le bon moment pour faire un pas de côté. J'estimais que le club avait besoin de gens plus jeunes et que mon époque touchait à sa fin. Je le regrettais, car j'avais toujours dit que je voulais terminer ma carrière ici. Nous avons connu une année difficile, j'ai beaucoup souffert entre les matches et les entraînements. À un certain moment, j'ai décidé de changer d'air, de me fixer un nouvel objectif. Pas à cause du résultat en Ligue des Champions ( 2-8, face au Bayern, ndlr), ça faisait longtemps que j'y pensais. Je l'ai dit au président et il m'a toujours dit que je pourrais décider de partir ou de rester en fin de saison. Il n'a pas tenu parole." Ce n'est pas le seul reproche de Messi à Bartomeu. "J'ai toujours dit que je voulais rester au Barça pour remporter des trophées et écrire de nouvelles pages de la légende du club. Mais la vérité, c'est que depuis un bout de temps, il n'y a plus de projet, plus rien. On jongle et on bouche les trous au fur et à mesure qu'ils se créent." Il n'y a pas que le manque de projet sportif qui chiffonne La Pulga. D'un point de vue économique, le club souffre. Bartomeu va sans doute entrer dans l'histoire comme le président qui a mené Barcelone au bord de la banqueroute. La pandémie n'a fait qu'accentuer les choses. Récemment, le président par intérim, Carlos Tusquets, qui a repris la direction du club depuis la démission de Bartomeu en attendant les élections du 24 janvier, a déclaré que la situation financière du Barça était "très mauvaise". Il a ajouté qu'il aurait mieux valu que Messi soit vendu lors du dernier mercato. Cela aurait également allégé le club de son salaire: cinquante millions d'euros par an, plus les primes. "Un salaire intenable", dit Emili Rousaud, un des candidats-présidents. "Personne dans le monde du football ne gagne autant d'argent. Il ne veut pas partir parce qu'il ne gagne pas assez, il veut partir pour gagner des trophées." Bien que tout indique que Messi va refermer la porte du Camp Nou derrière lui au terme de cette saison, tous les candidats à la présidence qui se présentent aux élections ont un point commun: ils veulent parler avec l'Argentin et tenter de le garder. Rousaud dit vouloir présenter "un projet attractif" à Messi. Il veut même donner son nom au Camp Nou. Joan Laporta, ex-président et à nouveau candidat, pense que Messi n'a pas encore pris sa décision. "Je pense qu'il n'exclut rien", dit-il dans une interview au Guardian. "Messi aime le Barça et je pense qu'il va écouter la proposition que le nouveau président lui fera. Ce qui lui fait le plus mal, c'est qu'on lui ait menti. J'ai vu sa relation avec l'ancienne direction se détériorer: ils ont mis toute la responsabilité sur son dos. Il n'aurait pas dû accepter. Si je suis élu, je vais parler avec lui." Toutefois, le "burofax" de Messi a divisé les socios. C'est ce qu'affirme l'historien du sport espagnol Angel Iturriaga au site The Athletic. "De nombreux socios plus âgés, plus conservateurs, n'ont pas digéré le fait que Messi ait voulu tourner le dos au club. Il est devenu leur cible et ils n'hésitent pas à le montrer du doigt lorsque son niveau faiblit. Évidemment, on ne peut pas demander à Messi, qui aura 34 ans l'an prochain, d'inscrire soixante buts par saison, comme avant. Mais ils le critiquent parfois de façon exagérée, comme après la défaite contre Cadix ( 2-1, ndlr). Ce n'était certainement pas son meilleur match, mais d'autres n'ont pas répondu présents non plus. Pourtant, c'est Messi qui a tout pris. Il était la cible de toutes les critiques, tout comme Bartomeu l'était de la part d'autres socios avant cela." Messi divise donc plus que jamais les fans. Maintenant que Bartomeu est parti, l'Argentin est responsable de tous les échecs. Mais sur le terrain, tous les ballons passent toujours par lui. Si l'équipe a des problèmes, c'est à lui de les résoudre. Et il y arrive de moins en moins. Bien qu'il continue à donner le meilleur de lui-même, il donne parfois l'impression d'être sur pilote automatique. D'autres signes témoignent d'un certain laisser-aller dans son jeu et dans son engagement. Un exemple: lorsque Ronald Koeman décide de le laisser à la maison pour les matches de Champions League au Dynamo Kiev (0-4) et à Ferencvaros (0-3), il ne réagit pas. Si l'un des prédécesseurs du Néerlandais avait osé faire ça, cela aurait fait du bruit, aucun doute là-dessus. Après la défaite face à la Juventus en Ligue des Champions (0-3), le capitaine ne s'est pas exprimé devant la presse, mais Marc-André ter Stegen et Antoine Griezmann ont été envoyés au feu. Après le 1-3 face au Real Madrid, Messi n'est pas venu à l'interview non plus. Ce sont les tout jeunes Sergiño Dest et Pedri qui se sont retrouvés dans la fosse aux lions. Messi semble décidé à se murer dans le silence jusqu'en fin de saison. Il a entamé sa dernière danse avec le FC Barcelone. À moins que ce ne soit une marche funèbre.