L'ambiance sera sans doute bouillante au stade Pierre Mauroy ce samedi pour un derby du Nord très attendu. Les deux clubs ne sont séparés que d'une unité en faveur du tenant du titre en Ligue 1 et doivent éviter de laisser filer l'AS Monaco, dernier détenteur provisoire d'un billet européen pour la saison prochaine.
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L'ambiance sera sans doute bouillante au stade Pierre Mauroy ce samedi pour un derby du Nord très attendu. Les deux clubs ne sont séparés que d'une unité en faveur du tenant du titre en Ligue 1 et doivent éviter de laisser filer l'AS Monaco, dernier détenteur provisoire d'un billet européen pour la saison prochaine. A trois jours de ce duel, les supporters des Sang et Or ont déjà enflammé le stade Bollaert lors d'un entraînement ouvert au public. Les hommes de Franck Haise ont pu constater que leurs supporters croyaient en eux. Interdits de déplacement chez le voisin après les incidents qui avaient émaillé le derby en septembre dernier, les ultras lensois devaient témoigner de leur soutien inconditionnel autrement. Ils n'ont pas hésité à le faire avec une pointe de sarcasme en affichant une banderole où l'on pouvait lire le message suivant"Finissez la saison en beauté et éclatez ces tordus". La phrase fait évidemment référence aux propos tenus par Hatem Ben Arfa sur son compte Instagram où il avait qualifié de "tordus", le président du LOSC Olivier Létang et son entraîneur Jocelyn Gourvennec. Mis à pied par les Dogues depuis le 8 avril, HBA connaîtra sa sanction prochainement la semaine prochaine puisqu'il doit rencontrer sa direction, probablement mercredi jeudi, selon les informations de RMC. L'ailier de 35 ans, qui n'est arrivé à Lille que le 19 janvier dernier, pourrait être licencié alors qu'il n'a porté le maillot des champions de France en titre que neuf fois. Les coulisses lilloises sont plutôt agitées ces derniers temps puisque le coordinateur sportif du club, Sylvain Armand, a été suspendu jusqu'au terme de la saison après ses altercations lors de la rencontre entre le FC Nantes et le LOSC.Du côté lensois, l'ambiance est plus euphorique, surtout depuis que Jonathan Clauss a été sélectionné en équipe de France par Didier Deschamps. Cela faisait depuis 2006 et Alou Diarra qu'un Sang et Or n'avait plus eu le droit de revêtir la plus célèbre tunique bleue du football hexagonal.'Les Lillois savaient qu'ils connaîtraient une saison difficile après s'être parés des lauriers du champion la saison passée. Le départ de Christophe Galtier n'a pas été facile à digérer et malgré les doutes émis à son sujet, Jocelyn Gourvennec accomplit un travail respectable au stade Pierre Mauroy, même si la qualité du football n'enthousiasme pas autant que sous son prédécesseur. L'ancien coach de Bordeaux et de Guingamp a même mené lesDogues en 1/8e de finale de Champions League, même si Chelsea s'est forcément montré un plat de résistance trop copieux pour ses ouailles. En Ligue 1, les dernières semaines n'ont pas été mauvaises avec un bilan de neuf points sur quinze (deux victoires et trois partages). Mais à l'exception d'un OGC Nice trop concentré par la possibilité de remporter une Coupe de France dans quelques semaines, les adversaires du LOSC ont obtenu de meilleurs résultats. Le Stade Rennais de Jérémy Doku reste en effet sur un treize sur quinze, le Monaco de Philippe Clement et Eliot Matazo sur un douze sur quinze et enfin le Strasbourg de Matz Sels affiche le même bilan comptable que les Nordistes.Du côté de Lens, c'est légèrement plus compliqué. Les Sang et Or restent sur un respectable sept sur quinze. La large victoire (3-0) contre Nice prouve que la dynamique positive reste en marche, même si l'on a évoqué plus haut le fait que les Aiglons ne sont sans doute pas aussi concernés qu'il y a quelques semaines par la Ligue 1. Si l'an dernier, Lille avait gagné les deux derbys qui marquaient le retour de Racing Club en Ligue 1, cette saison en revanche, le rapport de force est inversé. Les deux formations du Nord se sont déjà affrontées à deux reprises à Bollaert avec à chaque fois une victoire des joueurs locaux. Il y a eu le 1-0 en championnat avant cette qualification plus marquante en Coupe de France où les Sang et Or avaient pris le dessus sur le voisin aux tirs au but après avoir été menés 0-2 au cours des premières nonante minutes. Jonathan Clauss ne s'attendait sûrement pas à cela. Lorsqu'il quitte la pelouse du stade Pierre Mauroy à la 88e minute du match amical entre la France et l'Afrique du Sud, c'est une ovation qui l'accompagne vers le banc de touche. Pourtant, lors de sa montée sur le terrain, il avait été hué par une partie des spectateurs qui n'oubliaient pas le maillot qu'il portait habituellement le reste de la saison. A 29 ans, Clauss symbolise cette renaissance d'un RC Lens en manque de reconnaissance. Il ne dispute jamais que sa deuxième saison dans la plus haute division d'un championnat. Avant cela, il avait vécu un exercice en Ligue 2 avec les Sang et Or qu'il avait rejoint en juillet 2020 en provenance d'un Armina Bielefeld qui évoluait dans l'antichambre du football allemand. Sous le maillot de Quevily, il n'avait pas non plus disputé plus qu'une saison au sein de la deuxième division française. Le voici désormais en Bleu, dans le maillot d'un pays champion du monde, cinq ans après avoir quitté le monde des amateurs pour celui des professionnels.Cette sélection de Jonathan Clauss a aussi légitimé le retour d'un club à un niveau plus en adéquation avec son statut. Les Artésiens avaient retrouvé la plus haute division du football français en 2020 en profitant de l'arrêt, à la 28e journée, des championnats de Ligues 1 et 2 suite aux confinements de la première vague de coronavirus. Deuxième du championnat en mars 2020, les Sang et Or ne comptaient qu'un petit point d'avance sur Ajaccio et deux sur Troyes. Le 14 mai 2020, le club corse avait même saisi le CNOSF (Comité national olympique et sportif français) en revendiquant d'intégrer un championnat à 22 clubs. Depuis, les deux belles saisons en Ligue 1 ont redonné de la crédibilité aux Lensois, mais la réception de la convocation de Clauss en EDF par le groupe du Racing Club montre qu'elle a enfin réhabilité un club qui s'était paré des lauriers nationaux en 1998, tout en s'offrant une finale de Coupe. Quelques mois plus tard, cette génération dorée emmenée par les Tony Vairelles, Guillaume Warmuz, Jean-Guy Wallemme, Frédéric Déhu, Stéphane Ziani, Vladimir Smiceret le regrettéMarc-Vivien Foé s'offrira le scalp du grand Arsenal dans son antre d'Highbury. Une première dans l'histoire pour un club français.Cette volonté lensoise de transcender son complexe d'illégitimité se ressent aussi chez un autre joueur important du onze : Seko Fofana. Il est une pièce indispensable du système grâce à son énorme volume de jeu, son humilité et son amour sincère du club comme il l'a prouvé cet hiver en renonçant à une sélection avec la Côte d'Ivoire à la CAN afin de continuer à aider Lens. L'attaquant Florian Sotoca, autre joueur révélé sur le tard alors qu'il est dans la trentaine, est un autre exemple de ce Lens qui a fait honneur à la chanson de Pierre Bachelet "les Corons" et qui rappelle le passé minier d'une région dont les reliefs sont toujours dessinés par d'impressionnants terrils. Jonathan Clauss symbolise enfin ces "héros de la Coupe de France", cette école de la "deuxième chance" pour certains recalés des centres de formation. Il y a eu Franck Ribéry en 2004 avec Brest qui évoluait en National (3e division) ou encore un Eric Abidal(Lyon-Duchère), qui a dû transiter par le monde amateur avant de rejoindre les pros et de porter les prestigieux maillot du FC Barcelone et de l'Equipe de France. En 2016, sous les couleurs de Raon L'Etape, club de CFA2, Jonathan Clauss avait secoué les filets contre Saint-Étienne. Sa joie n'en serait que plus grande si d'aventure il parvenait à le faire ce samedi dans le derby des "Ch'tis".Le héros du match aller incertainPour ce troisième acte de la saison, le champ de bataille ne sera donc pas le stade Bollaert pour la première fois. Devant son peuple, le champion de France en titre aura d'autant plus à coeur de laver l'affront de ces deux revers en terres lensoises. Ils pourraient cependant devoir se passer de deux éléments importants puisque le gardien Ivo Grbic et le défenseur central Sven Botman sont incertains. Mais le LOSC ne manque pas de joueurs de talent dans son onze. Jonathan David est le cinquième meilleur buteur de Ligue 1 avec 13 réalisations au compteur. En face, le marqueur Sang et Or le plus efficace est Arnaud Kalimuendo-Muinga avec neuf réalisations. Le jeune homme de 20 ans a été formé au PSG. Du côté de Lens, Cheick Doucouré et Massadio Haïdara manqueront à l'appel. Il existe aussi quelques doutes quant aux présences de David Pereira Da Costa, Gaël Kakuta et surtout Przemyslaw Frankowski, l'unique buteur du duel en Ligue 1 disputé au stade Bollaert. Mais quoiqu'il arrive, et avant Paris-Roubaix, le Nord s'apprête en tout cas à vibrer tout un week-end au rythme des exploits de ses footballeurs et des cyclistes. La bière risque de couler à flots.