Kylian Mbappé n'a jamais eu une réputation de mauvais coucheur. Dans un vestiaire, à la ville, il est plutôt bon copain. Souriant, détendu, positif. Mais parfois, rarement, ça dérape. Comme avant l'EURO quand il a taclé un coéquipier chez les Bleus, Olivier Giroud, en conférence de presse. Comme tout récemment quand, rappelé sur le banc par Mauricio Pochettino avant la nonantième d'un match de Ligue 1, il a été démasqué par des gens un rien calés en lecture labiale. "Ce clochard ne me fait pas la passe": la formule coup de poing visait Neymar.
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Kylian Mbappé n'a jamais eu une réputation de mauvais coucheur. Dans un vestiaire, à la ville, il est plutôt bon copain. Souriant, détendu, positif. Mais parfois, rarement, ça dérape. Comme avant l'EURO quand il a taclé un coéquipier chez les Bleus, Olivier Giroud, en conférence de presse. Comme tout récemment quand, rappelé sur le banc par Mauricio Pochettino avant la nonantième d'un match de Ligue 1, il a été démasqué par des gens un rien calés en lecture labiale. "Ce clochard ne me fait pas la passe": la formule coup de poing visait Neymar. Pourquoi tant de nervosité et de mauvaise humeur? Ça tient à deux raisons principales. Un: avec l'équipe de France, il est dans le dur. Deux: au Paris Saint-Germain, il est dans la bouderie. Parce qu'il a rêvé du Real pendant tout le mercato. Sans recevoir son bon de sortie. Retour sur l'été pourri d'un joueur qui doit reporter ses envies de Ballon d'Or. Car oui, il y a peut-être ça aussi pour expliquer sa mauvaise humeur... C'est un Mbappé d'humeur très optimiste qui accorde un entretien XXL à France Football. Kylian Mbappé a été déjà champion du monde, mais il va disputer son premier EURO. Une large part de cette interview est consacrée à son incroyable pointe de vitesse. La vélocité, une seconde nature chez lui, il en parle occasionnellement avec des stars d'autres disciplines. Le pilote de Moto GP Fabio Quartararo, les pilotes de F1 Pierre Gasly et Max Verstappen. Il dit: "On parle de leurs sensations quand ils atteignent des vitesses folles." Et il enchaîne par plusieurs réponses fortes sur le même thème: "La vitesse, tu sais très vite si tu l'as ou pas. Ça explose aux yeux, ça casse la rétine." Et puis il révèle une donnée chiffrée étonnante: "Quand j'arrive devant un gardien, je suis à 37-38,5 km/h. Il a fallu que j'apprenne à décélérer." Kylian Mbappé, c'est un joueur de foot qui a toujours tout fait très vite. À 22 ans, il facture déjà quatre titres de champion, trois Coupes de France, autant de trophées de meilleur joueur et meilleur buteur de Ligue 1. En plus, claro que si, du titre de champion du monde avec les Bleus. "Je suis très, très pressé", continue-t-il dans France Football. "Je veux marquer l'histoire." Tout est lié: la recherche de vitesse, l'ambition, l'envie de devenir immortel. "J'ai l'obsession d'être à part et d'avoir une reconnaissance à la hauteur de ce que j'aurai fourni. J'ai toujours eu cette ambition dévorante. Je cours après l'histoire. Ce n'est pas de la prétention, c'est juste mon but, je l'assume sans problème." Et donc, il estime que le championnat de France est trop étriqué pour son talent. Dans cet entretien, il refuse d'avouer mot pour mot qu'il souhaite quitter Paris pendant l'été. Il lance seulement quelques perches. "Je dois prendre la bonne décision et me donner toutes les chances de bien me décider. Je suis dans un endroit où je me sens bien. Mais est-ce qu'il s'agit du meilleur endroit pour moi? Je n'ai pas encore la réponse." Il réfléchit. Et rassure. "Le PSG sait que je ne ferai pas de coups en douce ni en traître", conclut-il dans l'hebdo. "Être un grand joueur, ça se prouve aussi en dehors du terrain, où il faut savoir faire les choses proprement et avec classe." Il part à l'EURO avec ces questions extra-sportives qui trottent et, visiblement, le perturbent un peu. Concrètement: il a encore un an de contrat au PSG. S'il reste et continue à refuser la prolongation qu'on lui propose, il sera libre et gratuit en juin 2022. Et autorisé à négocier ailleurs dès janvier. Mais à Madrid, on n'a pas envie d'attendre. Pas envie de prendre le risque que Mbappé change d'avis entre-temps et signe ailleurs. "Garde la tête haute, Kylian! Demain est le premier jour d'un nouveau voyage." Ce message public est posté par le roi Pelé. Sympa, mais Mbappé est dans le trou, et bien profond. L'élimination rapide face à la Suisse, l'Europe entière la met à son passif. Il a eu la qualification au bout du pied dans les prolongations. Raté. Il a pris ses responsabilités dans la séance de tirs au but. Encore raté. Et son loupé aux onze mètres a directement envoyé les Suisses au tour suivant. À peine rentré à l'hôtel, il poste ceci sur Twitter: "C'est très difficile de tourner la page. Ma tristesse est immense. Nous n'avons pas pu atteindre notre objectif. Je suis désolé pour ce penalty. J'ai voulu aider l'équipe mais j'ai échoué." Il avait été co-meilleur buteur des Bleus à la Coupe du monde 2018. Dans cet EURO, il n'a pas marqué une seule fois. La presse ne l'a pas descendu. Mais a égrené des faits, incontestables. "Au milieu de ce trio - avec Antoine Griezmann et Karim Benzema - que le monde nous enviait, Mbappé a failli." "Contre la Suisse, Mbappé a semblé emprunté sur le plan athlétique. Ses jambes ne répondaient pas comme d'habitude." "Son tir au but raté aura été à l'image de son EURO: décevant." "Le Ballon d'Or ne sera pas pour demain." "Il n'a pas transpiré la sérénité, de Munich à Bucarest en passant par Budapest." Avec la même absence de performance et de percussion, d'autres Bleus auraient pris cher. Lui pas. Parce que - pour rappel - Kylian Mbappé n'est pas un mauvais coucheur, mais a plutôt le profil de bon copain, de gars propre sur lui. Les Français oublient très vite ce championnat d'Europe. Ça les arrange. Un nouveau sujet de conversation est né. Et fait pour durer. Des semaines. La saga de l'été sera le bras de fer entre la direction du PSG d'un côté, Mbappé et les patrons du Real Madrid de l'autre. Plusieurs fois, le directeur sportif Leonardo et le président Nasser Al-Khelaifi ont proposé à Mbappé une prolongation de son contrat expirant en juin 2022. Pour eux, "le moment est venu de prendre une décision". Le joueur et son clan temporisent, affirment qu'ils sont "en réflexion". Le président martèle: "Je vais être clair, Mbappé va rester à Paris, on ne va jamais le vendre et il ne partira jamais libre." L'international veut surtout être rassuré sur le recrutement à venir. Parce qu'il en a ras-le-bol d'échouer à un cheveu de la victoire finale en Ligue des Champions. "Ce que je veux, c'est gagner. Sentir que je suis dans un endroit où je peux vraiment gagner. Un projet autour de moi pour gagner." Paris recrute Gianluigi Donnarumma, Georginio Wijnaldum et Achraf Hakimi dès le début des grandes vacances, mais ça ne lui suffit pas. Les directions du Real et du PSG se rencontrent pour discuter d'un autre joueur parisien et les Espagnols en profitent pour prendre la température sur le dossier Mbappé. La réponse française tient en un mot: "Intransférable." Il faudra attendre le mois d'octobre pour que le joueur avoue: "Fin juillet, j'ai demandé au PSG de me laisser partir." Le Real passe à l'attaque et remet une offre de 160 millions d'euros. Le refus du PSG est immédiat. Ses dirigeants expliquent leur raisonnement: pour arracher Kylian Mbappé à Monaco, ils ont déboursé 145 millions directement, plus 35 millions encore à verser. Pour eux, il est hors de question de vendre le joueur moins cher que ce qu'il leur a coûté. Les Parisiens savent aussi que le Real est un des rares grands clubs européens à ne pas souffrir financièrement. Rien que les ventes de Raphaël Varane à Manchester United et Martin Ødegaard à Arsenal viennent de lui rapporter nonante millions. Encore une bonne raison pour ne pas brader Mbappé. Et puis, lors de la présentation officielle de Lionel Messi, le président qatari a fait remarquer ceci: "Tout le monde connaît le futur de Mbappé. Il est Parisien, très compétiteur. Il a dit qu'il voulait une équipe compétitive, maintenant il n'y a pas plus compétitif que le PSG. Il n'a plus d'excuse pour faire quelque chose d'autre." Quelques jours plus tard, Leonardo ouvre une petite brèche: "On a tout fait pour Mbappé, même ce mercato a été fait autour de lui. Maintenant, s'il veut vraiment partir, il va partir. Mais ce sera à nos conditions." Dans cette partie de poker, il y a un élément que la direction parisienne refuse de communiquer: le prix pour lequel Mbappé pourra quitter le club. Pendant ce temps-là, elle fait ses comptes. L'arrivée de Messi a déjà rapporté des montants qui dépassent les espérances. Les maillots de l'Argentin s'arrachent, les réseaux sociaux du PSG explosent et de nouveaux partenaires commerciaux se manifestent. Donc, le club a plus de moyens que jamais et il continue à faire grimper les chiffres proposés à Mbappé pour une prolongation. On arrive maintenant à un salaire annuel de 25 millions net jusqu'en 2026. Ça coûte trois fois plus au club. Le joueur a refusé, estimant que c'était trop long. Le PSG a formulé une autre offre, avec le même salaire jusqu'en 2024. Là encore, refus du clan Mbappé. Le Real fait une nouvelle offensive: 180 millions. Des médias espagnols sont au Camp des Loges, le centre d'entraînement des Parisiens, convaincus que le transfert est imminent. Le poker menteur continue, Leonardo répète que "rien n'a changé, c'est toujours la même situation." Il continue à ne pas révéler le montant pour lequel son champion du monde pourrait filer à Madrid. Pire même: à cette proposition de 180 boules, le PSG ne donnera jamais de suite. Quand le groupe parisien se déplace à Reims, tout à la fin du mois, des journaux français écrivent que Mbappé va probablement jouer son tout dernier match de Ligue 1 en Champagne. Ce match doit coïncider à la fois avec les grands débuts de Messi et l'adieu de Mbappé. Qui fait le job en marquant les deux buts de la victoire parisienne. Il offre son maillot de la première mi-temps à un supporter, celui de la deuxième à Thierry Henry, présent sur place comme consultant télé. C'est écrit: Mbappé et Paris, c'est fini. Pas de fumée blanche dans les dernières heures du mercato. L'Équipe titre: "Le non-transfert du siècle." Florentino Pérez, le patron du Real, n'est pas habitué à ce qu'on lui tienne tête sur un dossier de transfert. Il a trouvé ses maîtres dans la capitale française. Mais il n'a pas tout perdu. Il a réussi à montrer à Mbappé qu'il le voulait coûte que coûte. Et s'il réussit à attirer le joueur en fin de saison, il aura économisé près de 200 millions. Il réserverait ce pactole pour offrir au champion du monde une prime à la signature astronomique et un salaire historique. Il craint la concurrence de clubs anglais et est prêt à monter très haut. Dans le même temps, Pérez finalise le transfert d' Eduardo Camavinga, la pépite de Rennes... que le PSG aurait voulu attirer. Le dernier mot est revenu à l'émir du Qatar, carrément. Des discussions ont eu lieu dans son palais, il a écouté ceux qui étaient favorables à une vente et ceux qui voulaient absolument conserver Mbappé. Et il a pris le parti de ceux-ci. Pour l'émir, pas question de se priver de la chance de vivre une saison avec le trio Neymar - Mbappé - Messi. Et une fois la tension retombée, les patrons du PSG envisagent à nouveau de convaincre Mbappé de prolonger. S'il ne le fait pas, il partira donc gratuitement lors de l'été 2022. Ce serait une gifle pour les Qataris à quelques mois de leur Coupe du monde. La saison dernière, Kylian Mbappé carburait à une moyenne proche d'un but par match (42 en 47 rencontres). Cette saison, il en est loin. Et surtout, ses statistiques dans le jeu sont en chute libre dès qu'il est sur le terrain avec Messi et Neymar. Son influence diminue. Le nombre de ballons qu'il touche s'effondre. À Bruges, il n'en a touché que 28, jusqu'à sa sortie à la 51e minute. Un bilan effroyable pour lui. Quelques jours plus tard, contre Lyon, il a négocié 38 ballons en une heure et demie. Son plus faible total en Ligue 1 depuis un an et demi. Les Français commencent à se demander si ce trio est complémentaire - et donc si ça valait bien la peine de se priver de 180 millions. Messi et Neymar ont longtemps joué ensemble à Barcelone et ils retrouvent leurs automatismes. Ángel Di Maria est coéquipier de Messi en sélection depuis plus de dix ans, ça se voit aussi quand ils jouent avec le PSG. Bref, Mbappé est parfois un peu ignoré. D'où sa remarque sur ce "clochard" qui ne lui fait pas la passe! Un ancien joueur du PSG, devenu consultant pour la télé, a résumé: "Leur relation n'est pas fluide. Je ne voudrais pas être à la place de Pochettino, car ce n'est pas simple de faire prendre la mayonnaise. Si elle ne devait pas monter, ce serait une véritable catastrophe."