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Il a peut-être 36 ans, mais il ne pense toujours pas à prendre sa retraite. Après une brillante campagne de Champions League avec le PSG, le Brésilien a mis un terme à une aventure de huit ans dans la Ville lumière pour rejoindre Chelsea. Des Londoniens qui affichent de grandes ambitions cette saison après un mercato gargantuesque facturé 250 millions d'euros. THIAGO SILVA:Un club comme Chelsea se bat pour gagner tous les titres possibles. Et cette saison, compte tenu du recrutement, l'équipe sera encore plus compétitive que les années précédentes. Ils ont acheté des joueurs jeunes, techniquement très performants et moi, je suis heureux de faire partie de ce projet. J'espère qu'on va avoir du succès. L'objectif c'est de faire mieux que l'année dernière ( quatrième en Premier League et finale de FA Cup, perdue face à Arsenal, ndlr) et gagner des titres. Vous auriez pu rebondir en Italie, à la Fiorentina, où la pression est moins forte. À votre âge, c'est ce que font la plupart des joueurs... SILVA: En vérité, quand j'ai su que c'était fini avec le PSG, j'ai toujours espéré quelque chose de grand. Au début, on avait peur que mon âge soit un frein et que les dirigeants aient des préjugés négatifs. Mais j'ai voulu y croire, et Chelsea, c'est ce qui se fait de mieux en Angleterre. C'est un club historique, qui vient de dépenser une fortune pour se renforcer et qui a l'intention de retrouver les sommets. Tous mes souhaits ont été exaucés et maintenant, il va falloir travailler pour être à la hauteur des objectifs. Vous auriez pu aussi rester en France! Juninho a rêvé de vous attirer à l'OL. Vous avez envisagé cette option? SILVA: C'est seulement après la finale ( de Champions League, le 23 août, ndlr) que mon agent ( Paulo Tonietto, ndlr) m'a parlé des clubs intéressés et qu'il m'a dit que Juninho rêvait de me faire venir. Ça me rend très fier de savoir qu'il a pensé à moi, qu'il me voulait dans un rôle de leader. Ça prouve que mon travail au PSG a été reconnu. Je crois aussi avoir démontré lors du Final 8 que je pouvais encore être très performant. Malheureusement, lors du dernier match, je m'en veux encore de ne pas avoir donné un petit peu plus. Si j'avais réalisé un match impeccable, on n'aurait peut-être pas pris ce but. Quand et comment Leonardo vous a-t-il annoncé qu'il ne voulait pas négocier une prolongation de contrat? Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là? SILVA: Je n'étais pas en colère, mais c'est une situation qui m'a énervé. La manière dont cela a été conduit ne m'a vraiment pas plu. Même s'il y avait le confinement, les choses auraient dû se faire différemment. J'étais au Brésil, en quarantaine, quand il m'a appelé pour me dire qu'à cause de la pandémie et des difficultés... ( Il s'interrompt) Non, d'abord, il m'a demandé si j'étais OK pour continuer deux mois de plus afin de disputer un éventuel Final 8. Je lui ai dit que oui. Mais il m'a répondu que le club n'irait pas au-delà de ces deux mois. Ce serait deux mois et rien d'autre. Ça m'a énervé par rapport à tout ce que j'ai fait pour le club pendant ces huit ans. Ça aurait dû se faire différemment. J'en parle, car je l'ai déjà dit à Leonardo. Je ne trahis rien. Mais ce n'est pas correct. On n'agit pas comme ça avec quelqu'un qui a passé autant de temps dans un club. Au départ, j'étais en colère, je le reconnais. Et puis le temps a fait son oeuvre. Et aujourd'hui, je le remercie de m'avoir fait venir au Milan AC, de m'avoir recruté au PSG... Je suis reconnaissant d'un côté, mais de l'autre, compte tenu de notre historique, il aurait dû faire autrement. C'est d'autant plus surprenant qu'après le Final 8, il vous a proposé de prolonger, non? SILVA: Mais je ne suis pas ce genre de joueur. Durant toute ma carrière au PSG, j'ai donné le maximum, je n'ai jamais triché. C'est comme si trois matches durant le Final 8 avaient tout changé? Et tout ce que j'avais réalisé pendant ces huit ans, ça ne comptait plus? Ce n'est pas cohérent. Leo a fait ça de façon maladroite et précipitée. Pas seulement avec moi, d'ailleurs. Je pense aussi à Cavani, qui est le meilleur buteur de l'histoire du PSG. Je le dis pour que le club progresse et ne commette plus ce genre d'erreurs à l'avenir. Quand Leonardo vous propose de prolonger après le Final 8, vous écoutez ses arguments? SILVA: Le lendemain de la finale, dans le lobby de l'hôtel, il m'a dit qu'il voulait me parler et discuter avec mon agent, le mardi ( 25 août, ndlr). Mais, sur le chemin de l'aéroport, mon agent me liste alors les propositions, dont celle de Chelsea. Je lui ai dit que je devais d'abord en parler avec Isabelle ( sa femme, ndlr). On a discuté toute la soirée du lundi, et le mardi matin, j'ai dit à mon agent qu'on était OK pour Chelsea. Après le déjeuner, il y a eu cette réunion avec Leonardo durant laquelle il m'a proposé, ou tenté de me proposer, un an de contrat. Je lui ai dit que j'avais donné ma parole à Chelsea. C'était trop tard. Mais tout s'est bien terminé, je ne ressens pas de haine ou de colère contre lui ou le PSG. Vous avez pris connaissance de la proposition de Chelsea seulement après le Final 8? SILVA: Avant le tournoi, mon agent m'avait cité quelques clubs intéressés, mais sans entrer dans les détails. Je ne voulais rien savoir. C'est seulement le lundi après la finale qu'il m'a révélé la liste et m'a dit: "À toi de jouer!" Je n'ai pas hésité très longtemps. Ma femme était contente, mais aussi un peu triste de quitter une ville et un pays qu'on aime tant. Même si la suite s'annonce palpitante, c'est difficile de faire ses bagages. Mes enfants étaient encore plus tristes de laisser leurs copains, l'école, le PSG. On ne peut s'empêcher de croire qu'avec Cavani, la situation aurait pu être différente à Lisbonne. On pensait même qu'il avait signé ailleurs et que son futur club l'empêchait de disputer le Final 8. En tant que capitaine, n'avez-vous pas essayé de l'appeler pour le convaincre de rempiler deux mois de plus? SILVA: Moi, j'étais comme vous, je croyais qu'il avait trouvé un autre club, un peu comme Thomas Meunier avec Dortmund. C'est évident qu'il nous a manqué. C'était notre Matador, il était hyper important pour nous. Sur le terrain, on avait une relation de respect et d'admiration mutuelle, mais en dehors, on n'était pas très proches. En tout cas, pas assez pour qu'on puisse s'appeler pour parler de cette situation. Je ne me voyais pas lui demander de rester avec nous deux mois de plus. Il ne m'a pas appelé non plus... C'est dommage, car il savait l'importance qu'il avait pour nous. Regrettez-vous de ne pas avoir forcé le destin? SILVA: Je regrette surtout que la saison se soit arrêtée comme ça. C'est dommage, car après le match aller contre Dortmund, il s'est passé quelque chose de très fort dans le groupe. On a fait des réunions, des dîners que je n'avais jamais vus en huit ans au PSG. La relation qu'on a alors construite était fantastique. La vibe était exceptionnelle. Mais la pandémie est arrivée et nous a coupés dans notre élan. Quand on reprend, quatre mois plus tard, on a perdu Meunier, Cavani, des pertes considérables. La L1 est finie et on a perdu le rythme des matches à haute intensité. Si on était restés tous ensemble, on aurait pu gagner la Champions League. Ce qui nous a marqués à Lisbonne, c'est aussi votre relation avec Tuchel. Après chaque match, vous lui donniez une accolade interminable... SILVA: On a construit une relation sincère tous les deux. C'est un très bon entraîneur et, au-delà du terrain, c'est un mec sensationnel, incroyable. Il est arrivé au bon moment au PSG et au bon moment pour moi. J'avais perdu un peu confiance. Ce n'était plus aussi fluide sur le terrain. Sa venue m'a remotivé. Dès le premier jour, j'ai senti qu'on allait avoir un bon feeling tous les deux. C'est ce qui s'est passé. À tel point qu'avec Tuchel, je pense avoir disputé les deux meilleures saisons de ma carrière au PSG. Je lui en suis reconnaissant. Avoir la confiance du "commandant", c'est essentiel. Vous ne l'aviez pas avec Emery? SILVA: Je n'avais pas le même feeling avec Unai. On n'était pas souvent d'accord. Il était le "commandant", enfin, il était payé pour ça, donc je respectais son autorité, mais... Lors du match aller contre le Real Madrid ( huitième de CL, le 14 février 2018, ndlr), il m'a laissé sur le banc, car il avait besoin d'un défenseur gaucher. C'était son excuse. C'est la première fois que j'en parle, mais j'ai eu du mal à le digérer. Il a laissé Di María aussi sur le banc. On a perdu 3-1. Au retour, il n'avait plus besoin de défenseur central gaucher? Il me titularise! C'est le genre de chose qu'un joueur ne comprend pas. Et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres... Êtes-vous heureux que Marquinhos soit votre successeur? Il rêvait de jouer avec vous et vous avez disputé 194 matches ensemble avec le maillot parisien... SILVA: Je ne pouvais pas espérer un meilleur successeur. Il a toujours été à mes côtés, pas seulement en tant que coéquipier, mais en tant qu'ami. Il mérite de porter le brassard. Il n'a jamais forcé le truc, il a été patient. C'est un leader dans le vestiaire et sur le terrain où il parle et motive beaucoup. Je ne voyais personne d'autre que lui pour être le capitaine. J'espère qu'il aura le succès qu'il mérite. Je suis fier de lui. Bientôt, il va disputer des titres individuels pour devenir le meilleur défenseur du monde. Neymar a dit que vous alliez lui manquer. "Je ne vais plus pouvoir te casser les c...", a-t-il tweeté... SILVA: ( Il rit.) Je ne suis pas très matinal. Il le sait. Quand j'arrive à l'entraînement, je suis encore en train de somnoler et je suis un peu irritable. Et lui, évidemment, il adorait me perturber, me chambrer, m'énerver. Je crois que c'était son moment préféré de la journée. ( Sourire.) Je dois reconnaître que ça va me manquer aussi. Une fois réveillé, on échangeait beaucoup, on discutait. C'est un super mec. Il va réussir une grande saison. J'ai hâte de le retrouver en Seleçao. Après huit saisons au PSG, vous n'avez pas pu partir, comme Rai, par exemple, en faisant un tour d'honneur au Parc des Princes. Cela vous frustre? Comment réparer ce manque? C'est triste de ne pas avoir pu saluer les supporters. Le pire c'est que ce fut pareil au Milan AC. À l'époque, Pirlo, Nesta et Gattuso ont disputé leur dernier match et ont été célébrés par San Siro. J'étais là, mais j'ignorais que je disputais moi aussi mon dernier match. Finalement, j'ai disputé les JO de Londres et rejoint le PSG sans dire au revoir. Là, c'est terrible de ne pas avoir pu ressentir une dernière fois l'affection des fans du PSG. Ça me fait mal. Je vais continuer à supporter ce club qui restera à jamais dans ma vie. Ensuite, pourquoi ne pas revenir dans quelques années pour disputer un dernier match? On pourrait organiser un match amical entre le Fluminense et le PSG, non? En attendant, votre rêve est-il toujours de disputer et de gagner la Coupe du monde 2022 avec la Seleçao? Oui, c'est mon rêve. Je me prépare pour ça. Mon âge n'est pas un secret, ma récupération n'est plus la même, alors je fais tout pour être encore performant. Je continue de convaincre Tite de me convoquer. Ça me rend fier. Je fais tout pour mériter ma place. Je continue de jouer au haut niveau. Si j'ai choisi Chelsea, c'est aussi pour ça, pour disputer des matches à haute intensité presque toutes les semaines et rester compétitif jusqu'au Mondial au Qatar. Article d'Éric Frosio issu de France Football