F lash-back en 2011. À Anderlecht, personne n'ignore que Romelu Lukaku partira à Chelsea durant l'été, et l'attaquant de 18 ans est aux anges. Depuis qu'il est gamin, Chelsea est son club préféré et Didier Drogba son idole.
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F lash-back en 2011. À Anderlecht, personne n'ignore que Romelu Lukaku partira à Chelsea durant l'été, et l'attaquant de 18 ans est aux anges. Depuis qu'il est gamin, Chelsea est son club préféré et Didier Drogba son idole. Ariël Jacobs, le coach d'Anderlecht qui l'a lancé en équipe A chez les Mauves et qui est aussi son mentor, se demande si c'est le bon moment pour partir là-bas. "Romelu voulait absolument aller à Chelsea. Lorsque le club votre coeur vous fait un appel du pied, on y répond. J'ai compté le nombre d'attaquants que Chelsea possédait déjà: en plus de Didier Drogba, il y avait aussi Nicolas Anelka, Fernando Torres et Daniel Sturridge. Dans le pire des cas, il aurait été le cinquième attaquant. Mais il voulait à tout prix réaliser son rêve de gosse, et qui étais-je pour l'en dissuader?" Sa première saison est un échec: le jeune attaquant dispute 158 minutes en Premier League, et lorsqu'il est vendu à Everton en 2014, il n'a revêtu que quinze fois le maillot des Blues. Bilan total? Zéro but, un assist. En 2017, Lukaku est proche d'un retour vers le club de Londres, où Antonio Conte voit en lui le successeur de Diego Costa. Lukaku a très envie de travailler avec celui qui lui avait fait forte impression à l'EURO 2016, au moment de battre les Diables avec l'Italie grâce à un plan tactique sans failles. Les deux hommes discutent, mais Mino Raiola, l'agent de Lukaku à l'époque, préfère un meilleur deal avec Manchester United. En 2019, lorsque l'Inter verse 65 millions (sans compter dix millions de bonus) à United pour s'assurer les services de Lukaku, de nombreux Italiens froncent les sourcils. Deux ans plus tard, Lukaku a balayé tous ces doutes. Ses stats italiennes, 64 buts en 95 matches, dont 47 buts en deux ans de Serie A, sont impressionnantes, et permettent au club lombard d'enfin gratter un titre après onze ans de disette. Mais Big Rom impressionne aussi par sa personnalité et son sens du collectif. À l'Inter, on était habitué à voir un avant-centre qui attendait les ballons dans les seize mètres, pas à un attaquant qui avait un bon mot pour tout le monde, qui se montrait humble et qui témoignait du respect envers chacun. Dès son premier match, Lukaku ne s'est d'ailleurs pas contenté de marquer, mais il a aussi cédé le ballon à un équipier mieux placé. Pas le genre de Mauro Icardi... De son côté, Romelu est heureux à Milan, et encore plus lorsqu'il offre le titre de champion à son équipe au terme de sa deuxième saison, un titre terriblement attendu. Fou de joie, l'attaquant parcourt la ville en klaxonnant, seul au volant de sa voiture. C'est seulement le deuxième sacre de champion de sa carrière. Il est acclamé par le peuple qui, grisé par le succès, ne prête pas attention aux nuages noirs qui s'amoncellent et risquent de s'abattre sur le projet intériste.Or, déjà en février, on apprend que Suning, le holding chinois qui avait acheté le club en 2016 et énormément investi dedans, est en grosse difficulté financière. La vente de 23% de ses parts à des entreprises d'État chinoises le soulage un peu, mais Conte, qui s'était déjà plaint à son arrivée de n'obtenir qu'un seul des deux attaquants qu'il avait souhaités (Romelu Lukaku, mais pas Edin Dzeko), comprend que son projet d'encore renforcer l'équipe après le titre est irréalisable financièrement. Le premier signal, les dirigeants, l'entraîneur et les joueurs le reçoivent début mars, lorsque le fils du propriétaire Steven Zhang revient de Chine pour se rendre à Appiano Gentile, le centre d'entraînement du club, afin de demander à l'entraîneur et aux joueurs de faire l'économie de quelques primes de victoires en ces temps difficiles, alors que les salaires sont, à ce moment déjà, versés avec quelques mois de retard. Les joueurs se concentrent sur l'objectif sportif qu'ils se sont fixés: le scudetto. Quelques jours après la fête, le ciel s'assombrit, lorsque la presse britannique révèle que l'Inter connaît toujours des problèmes financiers et ne parvient même pas à payer la somme de transfert qui avait été convenue avec Manchester United. Chelsea, de son côté, serait prêt à rapatrier son ex-attaquant. Surtout que quelques jours après le titre, Conte laisse entendre qu'il n'ira pas au bout de l'année de contrat qu'il lui reste encore. Directement, les responsables sportifs, le CEO Beppe Marotta et le directeur sportif Piero Ausilio en tête, assurent qu'il n'y aura pas d'exode durant l'été. L'Inter vendrait quelques joueurs onéreux qui n'ont pas un rendement suffisant. S'il parvenait, en plus de cela, à vendre encore une seule de ses vedettes, il pourrait conserver le reste du noyau, Lukaku y compris. Lorsque le PSG verse soixante millions d'euros pour s'assurer les services du latéral Achraf Hakimi, les supporters de l'Inter poussent un ouf de soulagement. À l'EURO, Lukaku déclare que son amour pour l'Inter est toujours intact et reçoit un coup de téléphone du nouvel entraîneur Simone Inzaghi, qui arrive de la Lazio, alors qu'il se trouve avec les Diables rouges. Le courant passe bien entre les deux hommes. Le dimanche 25 juillet, Lukaku rentre à Milan après ses vacances et prend directement la direction du centre d'entraînement de l'Inter. Il y mange avec ses équipiers, y reste dormir et s'entraîne individuellement le lundi matin. La photo sur laquelle on voit Inzaghi et Lukaku tout sourire, le dimanche soir, avec l'entraîneur qui enlace le joueur qui lève le pouce, est publiée le lundi par la Gazzetta dello Sport sous le titre "Bentornato Romelu" ("Content de te revoir, Romelu", en VF). Ce même lundi, Inter TV poste sur le site internet du club une interview du joueur qui déclare être heureux d'être revenu à Milan, attendre impatiemment de pouvoir travailler avec le nouvel entraîneur et être prêt à remporter de nouveaux trophées. Ce sera la dernière fois que les tifosi de l'Inter iront se coucher soulagés, car dans le journal du mardi, on annonce déjà que Chelsea frappe à la porte. Avec de solides arguments: le club a de l'argent, beaucoup d'argent. Précisément ce dont l'Inter a besoin, sans doute plus encore que de Lukaku. Le propriétaire, Steven Zhang, donne donc son feu vert pour un transfert. Mercredi passé, le 4 août, l'attaquant laisse entendre qu'il est disposé à collaborer à un transfert. Le Belge a compris que le projet sportif de l'Inter n'est plus en adéquation avec ses ambitions de gagner plus que deux titres de champion (un avec Anderlecht en 2010 et celui conquis la saison dernière avec l'Inter). Ça ne sera pas possible à Milan, car Nankin a fermé les vannes. Depuis le siège central de Suning, Steven Zhang laisse en effet entendre qu'il faudra procéder à de sérieuses économies, au niveau du mercato et de la masse salariale la saison prochaine. L'an passé, elle était la deuxième plus élevée d'Italie après la Juventus. Chelsea, où Roman Abramovich réinvestit après une interdiction de transfert (on parle d'un offre à hauteur de 115 millions d'euros pour Romelu), se révèle une meilleure destination. C'est le champion d'Europe en titre et en plus, Lukaku garde toujours un goût d'inachevé de son premier passage chez les Blues. Il n'avait jamais abandonné l'espoir de retourner chez son ex, de préférence par la grande porte. Il gagnera en outre encore plus d'argent. On estime que, de 7,5 millions d'euros par an, il passerait à 12 millions, avec en plus un maximum de trois millions de bonus par an. C'est quatre fois plus que lors de son premier contrat avec Chelsea (3,5 millions par an). Les supporters de l'Inter, eux, sont les dindons de la farce, mais ils en ont l'habitude. Lorsque la femme de l'ancien propriétaire italien Massimo Moratti, qui avait remporté le titre précédent avec José Mourinho en 2010, a demandé à son mari s'il ne ferait pas mieux d'utiliser ses millions chèrement gagnés pour soutenir les pauvres gens qui souffrent en Afrique, il avait répondu: "Qui souffre plus qu'un supporter de l'Inter?"