CHAPITRE UN: Génération yo-yo

ALBERT SAMBI LOKONGA: Il y a eu des hauts et des bas dans cette campagne. Mais c'est la génération 1999, ça. On est comme ça. Il y a beaucoup de talent, mais parfois, quand c'est trop facile, on a tendance à ne pas trop forcer, à ne pas faire les efforts et ça se retourne contre nous. Par contre, quand on joue l'Allemagne, là, tout le monde est éveillé et ça part dans tous les sens. C'est comme ça...
...

ALBERT SAMBI LOKONGA: Il y a eu des hauts et des bas dans cette campagne. Mais c'est la génération 1999, ça. On est comme ça. Il y a beaucoup de talent, mais parfois, quand c'est trop facile, on a tendance à ne pas trop forcer, à ne pas faire les efforts et ça se retourne contre nous. Par contre, quand on joue l'Allemagne, là, tout le monde est éveillé et ça part dans tous les sens. C'est comme ça... FRANCIS AMUZU: Ce sont les bêtises des 1999, c'est exactement ça. Déjà à Anderlecht, c'était pareil. En équipes d'âge, on jouait le feu contre Bruges et le Standard, mais on perdait toujours contre Beveren... SEBASTIAAN BORNAUW: C'est vrai. Et c'est la même chose depuis des années. En sélection aussi, d'ailleurs. En U19, je me souviens qu'on avait perdu un match décisif contre la Macédoine qui nous avait contraints à aller gagner en Suisse trois jours plus tard. Là-bas, on avait fait un super match et gagné 5-3. En fait, quand il faut vraiment, on est toujours là, mais on est devenus spécialistes pour provoquer nous-mêmes de petites catastrophes. OREL MANGALA: Peut-être bien que les générations précédentes étaient plus stables. Elles avaient en tout cas, je crois, un peu plus d'expérience, plus de matches dans les jambes en pros. Nous, en début de campagne, on était une équipe très inexpérimentée. SAMBI LOKONGA: Oui, d'ailleurs, ce qui me frappe quand je regarde la feuille de match de notre première rencontre contre le pays de Galles, c'est de voir que l'équipe alignée ne ressemble plus du tout à celle d'aujourd'hui. L'équipe actuelle est bien meilleure. MAXIME BUSI: Moi, je crois surtout que lors de premier match au pays de Galles, chacun essayait de faire son petit truc pour se faire remarquer. C'était beaucoup d'individualités qui cherchaient à marquer des points auprès du coach. Il n'y avait pas encore de collectif. C'est venu après, petit à petit. FRANCESCO ANTONUCCI: J'ai été le premier surpris de ma sélection pour le premier rassemblement. Dans le sens où je n'évoluais qu'en D2 néerlandaise après mon départ de Monaco et que je ne connaissais pas du tout Johan Walem. Jamais je n'aurais cru être repris. JELLE BATAILLE : C'est pareil pour moi. J'étais le petit gars d'Ostende et je me retrouvais dans un vestiaire avec tous les meilleurs joueurs du pays de ma génération. Que des gars formés à Anderlecht, au Standard ou à Bruges... AMUZU: Ce ne sont pas des erreurs de casting, mais forcément, quand on incorpore de nouveaux joueurs, cela prend du temps. Et par la suite, on a quand même vu que quand on faisait jouer ensemble des éléments qui se connaissent de leur club, ça allait mieux. ROCKY BUSHIRI: C'est particulier parce qu'ils sont onze ou douze dans le groupe à venir d'Anderlecht. À avoir tout connu ensemble en classes d'âge. Forcément, on sent que ces affinités-là sont profondes. BUSI: Dans ces cas-là, ce n'est pas toujours si facile de se faire une place. Quand je suis arrivé, j'étais le petit joueur du petit Charleroi. Je n'ai jamais fait de complexe d'infériorité, mais bon, je venais de disputer les PO2 et à côté de moi, il y avait les douze millions de Zinho, le joueur formé à l'Inter... Plus toute la bande d'Anderlecht. Moi, je n'avais pas franchement l'étiquette du joueur bling bling, plutôt celle du gars qui s'était fait jeter du centre de formation du Standard à quinze ans et qui n'avait jamais été repris en sélection jusque-là. CHARLES DE KETELAERE: Dans mon cas, je suis arrivé plus tard dans le groupe, mais ne pense pas que mon intégration ait été difficile. Sincèrement, tu ne peux pas être intimidé par Sambi quand tu joues avec Vanaken et Vormer à l'entraînement tous les jours. Et puis, le courant est tout de suite passé. Normal, Albert, c'est un plaisir de jouer avec lui. De le regarder aussi. Il pense toujours vers l'avant, entre les lignes. Orel, c'est pareil. Ce sont des gars qui jouent presque toujours la tête levée, le regard porté vers l'offensive. BUSHIRI: Avant le match en Allemagne, c'était un peu panique à bord. On avait perdu Wout ( Faes, ndlr) et Sébastiaan ( Bornauw, ndlr) sur blessure et c'est moi qui ai dû dépanner dans l'axe. On sortait d'un quatre sur neuf compliqué et on lisait dans les médias allemands qu'on allait prendre une branlée. Pire, en Belgique, tout le monde pensait qu'on était déjà éliminés. Finalement, on sort un match incroyable et c'est le tournant de la campagne. Un moment magique pour moi. LOÏS OPENDA: Cette victoire en Allemagne, elle est magnifique parce qu'on n'y croyait plus trop. Je crois que ça nous a d'ailleurs aidés à jouer libérés. Le mérite en revient au coach Walem qui nous avait très bien préparés pour ce match. Il avait demandé qu'on joue sur mes qualités de vitesse en contre-attaque et ça, des joueurs comme Sambi, Franco ( Antonucci, ndlr) ou Trésor ( Mike Trésor Ndayishimiye, ndlr) savent très bien le faire. Ils lisent parfaitement mes déplacements, sentent le bon moment. BUSI: C'est véritablement en Allemagne que le groupe s'est soudé. Dans le vestiaire, on a chanté, on a dansé. Ça se voyait dans nos yeux qu'on était fiers. OPENDA: Forcément, après un match comme ça, tu ne t'attends pas à perdre ton coach. Le départ de Johan Walem, ça m'a un peu ému. Il a envoyé un texte très mignon sur le WhatsApp collectif. Puis, par après, j'ai eu l'occasion de lui dire certaines choses en privé. C'est un coach qui m'a marqué. BATAILLE: J'avoue ne pas avoir été si surpris que cela, moi. Il nous avait déjà fait comprendre à certaines occasions qu'il voulait être T1 d'une équipe A. Il avait été assez transparent avec nous. ANTONUCCI: Moi, vu qu'il m'avait tout de suite accordé une grande importance dans le groupe, ça m'a fait quelque chose. Contre la Bosnie et la Moldavie, il m'avait confié les clés du jeu. Alors que sur le banc, il y avait des Albert, des Doku, mais c'est à moi qu'il a dit: " Vas-y, joue au football, fais ce que tu sais faire. " J'étais totalement libre offensivement avec lui. SAMBI LOKONGA : C'est plus codifié avec Jacky Mathijssen. Désormais, on a un schéma tactique qui copie celui des A de Martinez. BATAILLE: C'est ce qui a vraiment changé avec Jacky Mathijssen. On est passés du 4-3-3 au 3-4-3 de Roberto Martinez. Je crois que c'est lié au fait que le nouveau coach est plus proche du sélectionneur national que ne l'était l'ancien. Il nous en parle souvent. Il le cite régulièrement en exemple. Et les sélections récentes de Bornauw, Vanheusden et Saelemaekers chez les A s'inscrivent dans cette dynamique aussi. BUSI: Le coach a été très clair là-dessus. On doit tout faire comme les A. On est là pour se préparer à faire le bond. Moi, ça me convient bien parce que ce poste de piston droit peut me convenir. J'aime bien faire l'essuie-glace ( rires). MANGALA: Walem me disait de jouer sur mes qualités, de me projeter vers l'avant. Avec Mathijssen, c'est différent. Lui me demande de contrôler le milieu. Un peu comme Witsel chez les Diables. BORNAUW: À titre personnel, moi, je suis devenu capitaine après la transition. Dès son intronisation, le coach m'a dit qu'il comptait sur moi et que de par ma position, je ferais un bon capitaine. Mais il m'avait aussi dit qu'on verrait ce que ça donnerait après les premiers entraînements. Il voulait voir si je me comportais comme un leader dans ces moments-là.WOUT FAES: En tant qu'ancien capitaine, je ne vais pas vous dire que ça m'a fait plaisir, ce ne serait pas vrai. Cela n'a pas été facile de perdre le brassard et ma place pour le match retour contre l'Allemagne. Après, ce sont des choix de coach, je respecte. Chacun a sa vision. Mais je n'ai pas besoin du brassard pour bien jouer. Moi, mon rôle maintenant, c'est de lui compliquer au maximum ses choix. BATAILLE: Ces deux matches contre l'Allemagne illustrent bien le changement de système. À l'aller, on évoluait avec un bloc très bas, avec l'idée de profiter des contres, ce que nous avions bien fait. Au retour, il y avait une volonté d'étouffer l'adversaire, de jouer sur nos qualités. SAMBI LOKONGA: J'ai été déçu de ne pas commencer pour le retour à la maison contre l'Allemagne pour la première de Mathijssen. Parce que j'estimais avoir ma place. Mais je me suis dit que ça ne servait à rien de râler et quand le coach a fait appel à moi à la mi-temps, je suis monté et j'ai prouvé. DAOUDA PEETERS: Moi, à l'inverse, j'ai presque été surpris de débuter. Je n'avais pas de rythme et objectivement, avec le recul, je n'étais pas prêt pour ce match. La saison reprenant plus tard en Italie, je n'avais qu'un amical contre OHL et une semaine d'entraînement en Italie dans les jambes. À la mi-temps, le coach m'a dit que ça n'allait pas. De toute façon, l'Allemagne était à dix, il voulait jouer plus haut. Donc l'entrée d'Albert se justifiait. BATAILLE: La concurrence fait partie du jeu. Et elle est plus forte que jamais à l'arrière droit. Avec Alexis ( Saelemaekers, ndlr) et Maxime, on est trois pour une seule place. Et j'ai la veine de me bagarrer avec deux joueurs qui jouent dans le Calcio ( rires). BUSI: Ce n'est jamais agréable d'être sur le banc. Mais en l'occurrence, j'estime que c'est logique. Il faut être lucide. Vu comment Alexis joue à l'AC Milan, je dois m'incliner pour l'instant. Entre Charleroi et Milan, il n'y avait pas match. Et entre Parme et Milan non plus à l'heure actuelle. SAMBI LOKONGA : Ce qui me fait dire que vu le talent qu'il y a dans cette équipe, si on ne va pas à l'EURO, je serai fâché et déçu. AMUZU: Comparé au début de la campagne, le groupe a énormément progressé. Notamment aussi grâce à l'apport d'un joueur comme Charles De Ketelaere. Que personne ne connaissait il y a quinze mois... PEETERS: On a tous beaucoup grandi durant cette campagne. Moi-même j'ai encore pris deux centimètres et quelques kilos de muscles ( rires). Mais le plus impressionnant, c'est vrai, c'est un gars comme Charles De Ketelaere que j'avais connu à Bruges comme jeune ado. En deux ans, c'est devenu un grand garçon qui performe en Ligue des Champions! Et Bornauw, c'est carrément devenu un adulte en Allemagne! ! DE KETELAERE : Quand j'ai fait mes débuts à Bruges, l'an passé, j'étais stressé. Je ne savais pas si j'avais le niveau pour jouer en Ligue des Champions, par exemple. Mais avec les Espoirs, j'ai tout de suite été détendu parce que j'étais déjà passé par ce stade-là avec Bruges. En peu de temps, j'ai eu l'impression de faire pleinement partie de la famille. BORNAUW: En cela, ce match en Bosnie, ça doit être une forme d'aboutissement. C'est peut-être l'ultime rendez-vous de notre génération. On veut montrer qu'on mérite d'aller tous ensemble à un grand tournoi. Se dire que c'est peut-être la dernière fois que je vais jouer avec tous ces gars que je connais depuis que j'ai huit ou neuf ans pour certains, ça me fait froid dans le dos. Ce sera un match dur, mais à nous de prouver qu'on a mûri!