25 minutes. C'est le temps qu'il a fallu aux supporters pour scander le nom de Radja Nainggolan et déployer une banderole à son image. C'était prévisible si les Diables Rouges connaissaient des problèmes. Pour la deuxième fois seulement de l'ère RobertoMartinez, la Belgique n'a pas trouvé le chemin des filets. La première fois, c'était lors de ses débuts contre l'Espagne (0-2).
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25 minutes. C'est le temps qu'il a fallu aux supporters pour scander le nom de Radja Nainggolan et déployer une banderole à son image. C'était prévisible si les Diables Rouges connaissaient des problèmes. Pour la deuxième fois seulement de l'ère RobertoMartinez, la Belgique n'a pas trouvé le chemin des filets. La première fois, c'était lors de ses débuts contre l'Espagne (0-2). C'est étrange à l'issue d'une campagne qualificative ponctuée par tant de records mais les Diables Rouges sont en quête de believers dans leur succès éventuel. Même parmi les dirigeants. Pep Guardiola, en visite pour 24 heures à l'occasion de la KDB Cup à Drongen, s'est demandé si le pays croyait assez dans les possibilités de l'équipe. Guardiola, qui a dîné vendredi avec son confrère catalan Martinez, a eu l'oeil pendant sa visite-éclair, même si des conversations préalables avec Vincent Kompany et Kevin De Bruyne lui avaient sans doute déjà appris certaines choses. On remarque cette défiance à tout : les campagnes des sponsors qui démarrent tardivement et qui parlent de believe, de foi. L'absence de folie... c'était bien différent il y a quatre ans. Le Mondial brésilien avait déclenché une énorme vague d'enthousiasme. Le sélectionneur a eu du mal à réprimer son sourire lundi, à la conférence de presse, quand un journaliste égyptien lui a demandé comment la Belgique comptait s'y prendre contre l'Égypte. Et si ça serait facile, en l'absence de Mo Salah. Martinez, subtil, a répondu : " Je ne sais pas si facile est le mot juste, si vous connaissez la Belgique. " Ce n'est pas la première fois qu'on laisse un héros à la maison. Ça peut se passer très bien ou très mal. Les Pays-Bas ont eu une discussion avec Johan Cruijff, avant le Mondial argentin très militaire. Un an plus tôt, le Néerlandais avait été attaqué et même attaché dans son domicile à Barcelone, comme le reste de sa famille. Il avait très mal vécu cette situation et il n'avait pas manqué aux Pays-Bas, qui étaient passés à quelques centimètres du trophée à Buenos Aires. En 1994, Ruud Gullit a fui la sélection à Noordwijk, mécontent de la tactique de Dick Advocaat. Ça n'avait pas laissé de trace. Il avait fallu le Brésil, le futur lauréat, pour écarter les Pays-Bas en quarts de finale. Dans les années 90, quand les joueurs étaient rebelles, nos voisins ont frémi à plusieurs reprises. Michel Platini a écarté Eric Cantona de l'EURO 1992 et le favori a été éliminé au premier tour. En 1996, Arrigo Sacchi a suscité la controverse en ne reprenant pas Roberto Baggio, à cause d'une divergence d'opinion, et l'Italie a subi le même sort que la France. Vingt ans plus tard, Georges Leekens et son staff conservent un sentiment amer à l'égard d' Enzo Scifo et de sa présence en France. Ils avaient longtemps hésité à le sélectionner mais l'avaient finalement emmené. Le courant n'était pas passé et les Belges avaient quitté le tournoi à l'issue du premier tour. Parfois, ça a fonctionné. En 1998, Aimé Jacquet a pris de front la vox populi et n'a invité ni David Ginola ni Nicolas Anelka. Il a remporté le titre mondial. En 2008, l'Espagne était dans tous ses états parce que Luis Aragones, surnommé le sage d'Hortaleza, semblait avoir perdu la raison et n'avait pas repris Raul pour l'EURO. Six semaines plus tard, l'Espagne remportait le premier de ses trois tournois d'affilée. Martinez, l'historien des champs de bataille footballistiques, sait tout ça. Récemment, le père d'un Diable Rouge l'a dit : ce dont la Belgique a besoin, c'est de quelqu'un qui ose prendre des décisions impopulaires. Dick Advocaat l'avait fait pendant son bref passage. Marc Wilmots aussi, de temps en temps - rememberNicolas Lombaerts - mais il n'a pas été assez conséquent et s'est empêtré dans des promesses. Martinez a écarté Nainggolan mais aussi KevinMirallas - une décision difficile après cinq ans de collaboration en club - et lundi, il a éliminé Christian Benteke d'une sélection qui ne compte que deux numéros 9, puisque Divock Origi était déjà écarté. Ce sont des décisions audacieuses, qui se défendent sportivement mais qui sont surprenantes. Benteke s'entend bien avec Eden Hazard, dont on attend beaucoup. " Mon absence en 2014, à cause d'une blessure au tendon d'Achille, a pesé sur Eden ", a déclaré Benteke. Il fait à nouveau défaut, donc. Martinez l'en a informé lundi matin, d'une manière plutôt sèche, vers 9 heures. En lui demandent de rester disponible au cas où un membre du compartiment offensif se blesserait. Non, Martinez ne prend pas des décisions populaires. Jordan Lukaku, que Romelu aurait aimé voir repris, n'a pas été sélectionné non plus alors que les défenseurs gauchers ne sont pas légion - c'était déjà un problème en France. Jordan a des problèmes physiques et Martinez estime qu'il doit être à 100% pour prester. Tout est placé sous le signe de sa vision, de sa manière de jouer, de son mode de pensée. Pas d'émotions mais des données objectives. C'est ainsi qu'il a mis fin à sa collaboration avec l'analyste vidéo des Diables Rouges, Herman De Landsheer. C'était partiellement à cause de conventions financières car tout le monde, staff compris, a dû faire un sacrifice financier, mais c'est aussi parce que Martinez voulait travailler autrement et avait demandé un analyste anglais. Le Flandrien a donc démissionné pour travailler dans un club mais il aurait aimé prendre congé de l'équipe nationale à l'issue du Mondial. Ce n'est pas que Martinez ne voulait pas le prendre en Russie car cette semaine, ils visionnent ensemble l'Angleterre, mais il n'a pas non plus plaidé sa cause. Le staff d'avant continue donc à se rétrécir. Erwin Lemmens, très populaire auprès des gardiens, est le seul survivant, malgré la présence d'un autre entraîneur des gardiens. Martinez a survécu au matelas-gate, avec le sourire, mais il n'a pas apprécié le coup de pub du fournisseur, qui a invité la VRT à filmer en exclusivité le chargement des matelas, ce qui a entraîné des spéculations sur la sélection définitive. Il a aussi survécu à Nainggolan, sauf gros faux pas au premier tour. Il peut supporter une petite tempête à cause de Benteke, d'autant que le Liégeois n'a pas connu une bonne saison à Londres et qu'on peut comprendre ce choix sportif. Martinez doit être vraiment convaincu que Michy Batshuayi va se rétablir. Il apprécie beaucoup son électricité dans le rectangle. Et puis, il a encore des faux 9, comme DriesMertens ou, qui sait, AdnanJanuzaj. Le joueur de la Real Sociedad, qui peut aussi jouer sur le flanc droit si la Belgique en revenait à une défense à quatre avec Toby Alderweireld à l'arrière droit, est la - nouvelle - surprise du chef. Il a longtemps disparu de la circulation, il avait joué une minute sous Wilmots pendant les qualifications et pas une seconde sous Martinez. Puis samedi contre le Portugal, il est entré au repos. Il va donc participer à son deuxième Mondial, puisqu'il y a quatre ans, il avait déjà été élu au dernier moment. C'est inattendu, sauf pour lui. Mardi dernier, il a bavardé une dizaine de minutes avec la presse et il dégageait énormément d'assurance. Martinez avance sa fraîcheur mentale comme argument. Le Catalan rafraîchit donc lentement et prudemment les Diables Rouges, dont on a l'impression que ce sont toujours les mêmes qui jouent. Samedi, l'âge moyen était de 28 ans, un contraste avec la Serbie, par exemple, qui mise sur les jeunes. En partant du principe que Kompany sera définitivement qualifié et qu'il y a quatre ans, Koen Casteels n'avait perdu sa place au profit de Sammy Bossut qu'à cause d'une blessure, 16 des 23 noms d'alors seront en Russie. 15 étaient en France. On prépare la transition avec Tielemans, Dendoncker (le seul du championnat de Belgique) et Thorgan Hazard. En défense, Boyata, blessé au moment de l'EURO, va disputer son premier tournoi, ayant dépassé Denayer, Ciman et Kabasele dans la hiérarchie. Un souci : peu de nouveaux noms se manifestent. Martinez veut mettre à profit ces trois semaines pour souder son groupe. En termes de vision footballistique. Ajoutez-y un update médical quotidien au sujet de Vincent Kompany. L'homme en verre de la défense belge n'a pas tenu 50 minutes avant de s'occasionner une énième blessure à l'aine. Un nouveau forfait se profile mais Vinnie obtient le maximum du temps pour se rétablir. En attendant la guérison de Vermaelen, c'est Boyata qui a dû remplacer son copain bruxellois dans le rôle du pitbull. Car si Alderweireld et Vertonghen évitent les duels, le troisième larron (central) doit s'en charger. Kompany est très fort en la matière, comme Vermaelen. Il faudra que Boyata le soit. Si Kompany bénéficie d'un tel crédit, jusqu'au 17 juin s'il le faut, c'est à cause de son impact sur le groupe. On a encore discuté avec Thibaut Courtois du leadership du Bruxellois dans le vestiaire. De Bruyne progresse dans ce rôle mais il a encore besoin de temps. Après un EURO décevant pour lui, il s'occupe surtout de lui-même et de ses prestations. Il ne néglige pas le moindre détail. Il a même fait venir d'Angleterre son kiné personnel, pour ces deux semaines en Belgique. Pas parce qu'il n'a pas confiance dans le staff médical de l'équipe nationale mais parce que ce physiothérapeute connaît mieux son corps. Après chaque séance, le Britannique soigne les muscles de De Bruyne, dans une pièce séparée. Hazard est capitaine mais autrement, comme Messi en Argentine et Neymar au Brésil. Il fait la différence sur le terrain, pas en dehors. Courtois et Vertonghen ont également de l'influence mais beaucoup moins que Kompany. Courtois l'a dit : il y en a peu comme lui. Il n'en a connu que deux en dix ans de football au top : John Terry et Vincent Kompany. On ne prend la mesure de leur impact qu'en leur absence. C'était déjà clair en France. Avec la sélection définitive, on est vraiment entré dans la dernière ligne droite. La blessure de Kompany ravive les soucis que suscite la défense, même si elle a tenu contre le Portugal. Mais Cristiano Ronaldo ne jouait pas et Axel Witsel apporte plus de discipline devant la défense que Dembélé ou Fellaini. Sur les flancs, Carrasco, Chadli et Meunier n'ont pu être testés contre des ailiers comme l'Angleterre en aligne mais les Belges n'ont pas été balayés. On planche sur l'organisation défensive. Les Diables n'ont pas montré grand-chose sur le plan offensif, ce qui n'est pas surprenant quand on laisse le rythme baisser face à une équipe qui a montré il y a deux ans en France qu'elle était capable de tuer un match. Le sélectionneur portugais Fernando Santos a formé une solide défense, comme il l'avait fait avec la Grèce. C'est la base de son succès. Le nul blanc n'est donc pas une surprise. On verra si l'incertitude quant à la forme de Kompany va inciter l'équipe à varier sa défense, par exemple en alignant quatre hommes, comme il y a deux ans lors des débuts de Martinez. Car pour l'heure, il est impossible de connaître le travail effectué en profondeur. Même les analystes en sont réduits à des supputations. Après l'échauffement, toutes les séances se déroulent à huis-clos et les joueurs ne trahissent pas leurs secrets tactiques. On ne voit presque plus Martinez, alors que Wilmots était accessible avant les tournois précédents et que le Catalan n'a pas été avare d'interviews ces derniers mois.