Pour un Standard dont les comptes annuels, récemment publiés, étaient loin d'être au beau fixe, les millions étaient évidemment impossibles à refuser. Ils sont venus du FC Nantes, qui les a déposés sur la tête d'un Renaud Emond, qui venait de confier ses intérêts à Mogi Bayat. Pas vraiment une coïncidence, puisque le Gaumais s'était vu signifier depuis plusieurs mois que son avenir liégeois était étroitement lié à un changement d'agent en faveur du nouveau patron des deals de Sclessin.
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Pour un Standard dont les comptes annuels, récemment publiés, étaient loin d'être au beau fixe, les millions étaient évidemment impossibles à refuser. Ils sont venus du FC Nantes, qui les a déposés sur la tête d'un Renaud Emond, qui venait de confier ses intérêts à Mogi Bayat. Pas vraiment une coïncidence, puisque le Gaumais s'était vu signifier depuis plusieurs mois que son avenir liégeois était étroitement lié à un changement d'agent en faveur du nouveau patron des deals de Sclessin. Une fois les violons accordés, Mogi a fait sourire tout le monde : la trésorerie du Standard, enrichie de plusieurs millions pour un joueur qui n'a jamais vraiment été considéré comme un premier choix, Emond lui-même, qui reçoit l'opportunité de montrer son flair de l'autre côté de la frontière. Et Nantes, à la recherche d'un attaquant pour pallier une efficacité perdue depuis le départ du regretté Emiliano Sala ? Chez les Canaris, certains se montrent prudents. Les transferts estampillés Bayat, devenus monnaie courante depuis l'arrivée de Guillaume Gillet à La Beaujoire en janvier 2016, n'ont pas toujours été des réussites. Joris Kayembe et Yassine El Ghanassy n'ont jamais brillé, pas plus qu' Anthony Limbombe et Kara Mbodj, tandis que c'est le rendement trop faible de Kalifa Coulibaly qui a poussé le club nantais à se mettre sur la piste d'un nouvel attaquant. " Combien de temps l'escroc Bayat franchira-t-il encore ces portes ", affichait une banderole sur la grille d'entrée de la Jonelière, le centre d'entraînement du FC Nantes, en juin dernier. Quelques mois plus tôt, c'était dans les tribunes que la Brigade Loire, groupe de supporters des Canaris, avait affiché ironiquement le nom de Mogi : " Au FC Kita, on choisit la qualité. " Installé dans un club orphelin de direction sportive peu de temps après l'arrivée de Gillet, Mogi Bayat a saisi l'opportunité et est rapidement devenu le directeur sportif officieux du FCN, avec une méthode qui l'avait déjà rendu incontournable dans certaines places fortes du football belge. Cet été, malgré les échecs des mercatos précédents, il a semblé plus impliqué que jamais dans la politique nantaise. Le Franco-Iranien est intervenu directement dans les arrivées de Cristian Benavente, Dennis Appiah et Moses Simon, le Nigérian étant l'une des révélations du premier tour. Surtout, il a aidé le président Waldemar Kita à bien vendre. Quand on lui reprochait de travailler presque exclusivement avec Mogi Bayat, Herman Van Holsbeeck aimait rappeler qu'il était ouvert à tous les agents capables de lui amener une offre au-dessus de la valeur réelle pour l'un de ses joueurs. La spécialité de Mogi, qui a ramené une proposition de Séville à hauteur de quinze millions d'euros pour le défenseur central Diego Carlos, là où aucune offre supérieure à dix millions n'était parvenue à Waldemar Kita, à en croire L'Équipe. En négociant un prêt payant pour Limbombe, en orientant l'arrière gauche Lucas Lima vers Al Ahly ou en faisant parler ses qualités de démineur pour boucler on the buzzer le départ de Valentin Rongier à Marseille, l'agent a fait gagner beaucoup d'argent au FC Nantes cet été. De quoi augmenter un pouvoir déjà conséquent, qui fait de lui le mandataire quasi exclusif du club pour négocier des transferts entrants et ficeler des contrats. De plus en plus proches, Mogi et Waldemar Kita ne sont plus seulement vus ensemble dans la loge présidentielle du FC Nantes, mais s'aventurent également de concert de ce côté de la frontière, notamment pour assister ensemble à Charleroi - Anderlecht à l'automne dernier. Les réseaux de Mogi Bayat semblent devenus indispensables à un président parfois désorienté et réticent à faire confiance à sa cellule de recrutement. Le coach Christian Gourcuff a ainsi reconnu qu'il n'avait jamais entendu parler de Renaud Emond, jusqu'à quelques jours avant son arrivée : " Le recrutement, aujourd'hui, est moins une affaire technique. C'est une histoire d'environnement, de relations, de réseaux, d'écuries, appelez ça comme vous le voulez. Des filières sont plus faciles à concrétiser que d'autres... " Bayat est devenu la filière de Nantes, et les Canaris sont devenus le filon de Mogi.