Le rendez-vous aurait eu lieu au mois d'avril. Des retrouvailles confidentielles entre Didier Deschamps et son ex-attaquant chéri, devenu ensuite persona non grata en Bleu.
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Le rendez-vous aurait eu lieu au mois d'avril. Des retrouvailles confidentielles entre Didier Deschamps et son ex-attaquant chéri, devenu ensuite persona non grata en Bleu. Car depuis sa dernière sélection lors d'un France - Arménie ou le Madrilène avait été brillant, six années ont passé, jalonnées de petites phrases, de polémiques et d'aigreur dans les deux camps, avec en guise d'intermédiaire, Noël Le Graët, président de la Fédération française de football (FFF)... Un ménage à trois qui aura rempli les pages des journaux français et aussi alimenté la gazette des faits divers. Pour bien en comprendre les coulisses, il faut reprendre l'histoire à son origine, et évoquer l'affaire de la sextape qui implique Mathieu Valbuena et Karim Benzema. Le 5 novembre 2015, l'attaquant du Real est mis en examen pour "complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs". À l'époque, selon les informations que l'on vous dévoile aujourd'hui, cette mise en examen ne résulte pas des déclarations de Valbuena, mais de l'enquête de police. Alerté par un proche, Benzema avait été discuter avec Valbuena dans une chambre de Clairefontaine lors d'un rassemblement des Bleus. À ce moment-là, Valbuena vit cette situation très difficilement. Que se sont-ils dit exactement? La parole de l'un contre celle de l'autre. Certaines écoutes concernant l'une des personnes impliquées avaient mis les enquêteurs sur la piste Benzema. Alors, le Madrilène a-t-il fait pression pour que le milieu de terrain paie la somme exigée (150.000 euros selon nos sources) pour récupérer la vidéo intime? Un ancien international ayant joué en équipe de France avec Benzema expliquait qu'à cette période-là, Benzema avait changé, et pas forcément en des termes très positifs. Mais selon cet ancien joueur des Bleus, "le fait que l'attaquant du Real aide les maîtres-chanteurs paraissait difficile à imaginer à cause de sa personnalité, quelqu'un d'un peu passif et qui a certainement dû dire à Valbuena: Vas-y, paye, comme ça, tu auras la paix... Ce ne sont pas des rigolos." Au début de l'affaire, le sélectionneur soutient son joueur, déclarant que "tous les pays nous l'envient". Et le joueur formé à l'OL de lui répondre en décembre 2015: "Il est derrière moi, il me soutient". Mais le coach des Bleus va vite comprendre qu'il ne peut plus sélectionner un joueur mis en examen dans une affaire aussi touchy. Un climat à même de déstabiliser son équipe avant et pendant l'EURO français de 2016. Les politiques s'en mêlent, et pour Deschamps, la bascule intervient lorsque sa maison est taguée du mot "raciste" en juin 2016. Quelques heures avant le début du championnat d'Europe, Benzema donne une interview à Marca et met un coup brutal à la relation entre les deux hommes: "Deschamps a cédé sous la pression d'une partie raciste de la France". En Espagne, on est abasourdi, les Espagnols l'aiment bien, ce grand attaquant sur lequel Rafael Benítez comptait énormément. Madrid va le protéger et fermer toute communication autour de son joueur. Alors que les premiers éléments de l'enquête fuitent dans la presse, les langues se délient. Le jeune attaquant sans histoire traînerait quelques casseroles: des comportements irrespectueux au volant pendant ses vacances, des journalistes français qu'il fait attendre des heures devant chez lui pour une interview et surtout, un entourage peu recommandable selon ses détracteurs. Rajoutez-y l'affaire de cette prostituée mineure, Zahia, dans laquelle il a été impliqué, son statut de témoin dans un autre dossier, dans le cadre d'une information judiciaire pour "blanchiment en bande organisée, et blanchiment de trafic de stupéfiants", et l'image de l'ex-attaquant vedette des Bleus est définitivement écornée. Et puis surtout, en son absence, l'équipe de France sera vice-championne d'Europe en 2016, puis championne du monde deux ans plus tard. Un homme a, plus que d'autres, toujours souhaité le retour du Madrilène en équipe de France: Noël Le Graët, président de la FFF. "Aujourd'hui, Benzema est sélectionnable. J'ai horreur de punir les gens éternellement", peut-on ainsi lire dans les colonnes du Figaro, quelques semaines après la fin de l'EURO 2016. Le patron du foot français défend une fois de plus l'attaquant tricolore et met un peu de pression sur son sélectionneur. Il est question de communication, d'une vraie stratégie mise en place par le clan Benzema, avec la complicité de TF1. Et le moment a été parfaitement choisi, en pleine actualité équipe de France. Dans l'émission Téléfoot, Benzema affirme qu'il serait "heureux de revenir chez les Bleus", avant que Zinédine Zidane n'y aille également de ses propos élogieux: "Karim a envie de retrouver l'équipe de France et il fait tout pour", observe l'ancien numéro 10. Face à toutes ces offensives délibérées, Deschamps déclare officiellement "ne rien attendre de Benzema" et ferme la porte à double tour, sans se laisser influencer par des intervenants extérieurs. Le Graët était-il tombé dans le "panneau" des conseillers de l'attaquant français? En tout cas, il décide de poursuivre dans sa stratégie suicidaire de premier avocat du Madrilène. "L'affaire est encore en cours. À titre personnel, je trouve que ça traîne trop. Mais la justice est comme ça. Le joueur, on l'aime bien. En Bleu, il n'a jamais posé de problème. Didier ( Deschamps, ndlr) l'a toujours défendu, même quand il n'a pas eu une grosse réussite ( 1222 minutes sans marquer, ndlr). Maintenant, il redémarre bien. À voir." Plusieurs choses sont à décrypter dans cette déclaration. "Je trouve que ça traîne trop mais la justice est comme ça ." Que veut-il dire? Qu'il y a deux justices dans notre pays, pour les faibles d'un côté, et les puissants de l'autre? Difficile à entendre de la part d'un homme de gauche, proche de François Hollande, alors Président de la République. "Le joueur, on l'aime bien." Bien maladroit de la part d'un président de Fédération censé rester neutre concernant un footballeur mis en examen dans l'affaire de chantage à la sextape, pour "complicité de tentative de chantage" sur Mathieu Valbuena et "participation à une association de malfaiteurs". Que Le Graët invoque la présomption d'innocence, évidemment, mais pas ce type d'arguments basés sur l'affect avant que la justice n'ait livré son verdict. Le Graët essaie de jouer le rôle d'intermédiaire, alors qu'il le sait mieux que d'autres: le sélectionneur attendait des excuses de la part de son attaquant pour le réintégrer. Avant le rendez-vous de ces dernières semaines entre le coach et son avant-centre, l'heure n'était pourtant pas vraiment aux retrouvailles. "Tant que Deschamps sera le sélectionneur, je n'aurai aucune chance de revenir", soulignait l'ex-attaquant de l'OL, alors que l'entraîneur des Bleus se justifiait en expliquant il y a seulement sept mois qu'une "ligne blanche" avait été franchie. Pourtant, à moins d'un mois de l'EURO 2021, une autre réalité s'est imposée aux yeux du sélectionneur. La convocation de Benzema répond avant tout à une logique sportive. Les derniers matches des Bleus ont été soporifiques: le nul à domicile devant l'Ukraine, puis les deux victoires sans saveur au Kazakhstan et en Bosnie. Deschamps a gagné la Coupe du monde 2018 sur un bloc bas et un jeu de transition à outrance, mais il a bien compris qu'un 9,5 du niveau de Benzema lui éviterait de sacrés casse-têtes en matière de maîtrise et de créativité. Alors, le sélectionneur a-t-il vendu son âme au profit de sa sélection? Par le passé, l'ancien entraîneur de l'OM avait rappelé en sélection Hatem Ben Arfa et André-Pierre Gignac par pragmatisme, alors qu'il avait eu de sérieux problèmes avec eux... Sans oublier Layvin Kurzawa, le latéral du PSG, impliqué dans une vidéo où il aurait insulté le sélectionneur. "Moi, je ne vis pas sur des a priori. Je considère que cette affaire est du domaine du privé", s'était brièvement justifié le Basque. À partir du moment où le champion du monde 98 se fait insulter par un joueur, comment fait-il pour le reprendre? Le jour où un média récupérera la vidéo concernant le défenseur parisien, et sortira ses propos, cela restera-t-il "du domaine du privé"? Les ennuis de l'attaquant du Real Madrid sont par contre dans le domaine public. Et outre le cas Deschamps, l'enfant de la banlieue lyonnaise s'est aussi attaqué par le passé à des symboles de la France. Dans une énième interview d'avril 2018 (accordée à Vanity Fair Espagne), où il revenait sur l'affaire Valbuena, l'attaquant du Real évoquait également la Marseillaise, qu'il a toujours refusé de chanter avant les matches internationaux. "Si on l'écoute bien, la Marseillaise appelle à faire la guerre, je n'aime pas ça", déclarait l'ancien joueur de l'OL. Peut-être serait-il nécessaire de lui expliquer les racines de l'hymne national. Si elle semble guerrière au premier abord, la Marseillaise resituée dans son contexte est avant tout un chant patriotique de la Révolution française. Un chant de guerre oui, mais un chant révolutionnaire, un hymne à la liberté, un appel patriotique à la mobilisation générale et une exhortation au combat contre la tyrannie et l'invasion étrangère. Alors, quel besoin de créer de nouvelle polémique? Surtout en se rappelant que son crachat le jour de Real -Barça, à la fin de la Marseillaise entonnée en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, avait lui aussi fait les choux gras de la presse. "Je trouve ça lamentable. C'est nul d'inventer des histoires comme ça, de dire des choses graves", s'était défendu Benzema dans la foulée. "Pendant la Marseillaise, je suis concentré, je pense aux victimes, aux familles, à ma famille, aux gens qui m'aiment, au football. Je suis sincère et sérieux dans mon regard. Je crache à la fin, comme à tous les matches, comme tous les joueurs. Et en plus, je me tourne. À aucun moment, dans ma tête, je ne pense à cracher sur la Marseillaise ou à des choses comme ça. C'est lamentable de me faire passer pour quelqu'un qui ne respecte pas le pays, les morts. Ça, ça fait mal." Dans sa grande majorité, l'Hexagone s'est malgré tout réjoui du retour du Madrilène en équipe de France. Le président Emmanuel Macron en personne a même salué "le bon choix" du sélectionneur. "J'ai une confiance complète en Didier Deschamps: d'abord, il a montré qu'il savait choisir un collectif, qu'il savait ensuite l'animer, avec des résultats à la clé." À un an de la présidentielle française, une victoire tricolore à l'EURO est évidemment toujours bonne à prendre. Tant pis si en octobre, Karim Benzema devrait être jugé et que, si la présomption d'innocence joue jusque-là, l'international encourt une peine pouvant atteindre les cinq ans de prison et les 75.000 euros d'amende. MathieuValbuena, lui, a été interrogé sur le retour de son ex-coéquipier en sélection. Interviewé sur RMC, il n'a pas souhaité relancer la machine à polémique: "Je n'ai aucun commentaire à faire là-dessus. S'il ( Benzema, ndlr) peut apporter un plus à l'équipe de France, tant mieux. Je n'ai rien de plus à dire. Pour moi, Didier Deschamps sort gagnant dans tous les cas. Si l'équipe de France marche, on dira qu'il a dû s'adapter malgré un contexte difficile. Si la France performe moins, on ne lui en voudra pas." De toute façon, que les choses soient claires: si Karim Benzema marque le but de la victoire en finale de l'EURO le 11 juillet prochain, tout lui sera pardonné. L'exploit sportif face à la justice des prétoires, une drôle de confrontation, l'énième épisode d'un feuilleton qui ne cesse d'empoisonner le foot français depuis trop longtemps. Comme si Netflix avait décidé de chausser les crampons.