Mile Svilar est assez discret dans les médias. À vingt ans, ça se comprend, surtout avec le parcours chahuté qu'il traîne depuis la signature de son premier contrat pro à seize ans à Anderlecht. Le gardien de Benfica dévoile toutefois une personnalité forte, une confiance saine et un certain recul sur sa situation. Le tout derrière un visage souriant et un appétit qui ne faiblit pas.
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Mile Svilar est assez discret dans les médias. À vingt ans, ça se comprend, surtout avec le parcours chahuté qu'il traîne depuis la signature de son premier contrat pro à seize ans à Anderlecht. Le gardien de Benfica dévoile toutefois une personnalité forte, une confiance saine et un certain recul sur sa situation. Le tout derrière un visage souriant et un appétit qui ne faiblit pas. Pour ta première interview à seize ans sur le site uefa.com, tu affirmes vouloir devenir le meilleur gardien du monde. C'est une belle preuve d'assurance et de maturité de sentir que tu as les capacités pour être plus qu'un joueur professionnel... MILE SVILAR : Quand tu es à l'entraînement et que tu dépasses autant de joueurs et de gardiens, tu prends vite conscience de tes capacités. Ce n'est pas de l'arrogance, c'est juste que j'ai la volonté de faire quelque chose de bien dans ma vie. C'est ce que j'ai dit à l'époque et j'ai toujours le même objectif aujourd'hui, même si je suis encore très loin de ce que je veux devenir. C'est une question de sacrifices, d'entraînement, de chance et d'être au bon endroit au bon moment. Tu t'es très vite signalé comme une des grandes promesses d'Anderlecht. Tu as senti que quelque chose de spécial était mis en place autour de toi pour t'aider dans ton développement ? SVILAR : Oui, il y avait certaines dispositions spéciales. Par exemple, pendant les jours de vacances ou de repos, j'avais très souvent des séances spécifiques avec Patrick Verhaeghen, l'entraîneur des gardiens. Dès que j'étais prêt à m'entraîner, il était là pour moi, que ce soit à midi ou à huit heures du matin. J'ai probablement eu certains privilèges, mais je suis resté un garçon normal d'Anderlecht qui allait à l'école comme les autres. Quelle était ta relation avec les autres gardiens ? SVILAR : Pour être honnête, à partir des U13 à Anderlecht, je n'ai jamais eu de deuxième gardien avec lequel j'aurais dû partager la place sur le terrain un match sur deux. Même en U19 et U21, ça n'a jamais été le même joueur à mes côtés pendant trois semaines de suite, par exemple. Nous, les gardiens, sommes fort différents des autres joueurs. On passe beaucoup de temps ensemble aux entraînements, quitte à ne pas être du tout avec le reste de l'équipe. Donc que ce soit moi sur le terrain ou un collègue, ça sera pareil si c'est un bon gars et qu'on se respecte. À Benfica, on essaie toujours de créer une top atmosphère de travail, de faire des blagues, de se donner envie de s'entraîner. Ton père (Ratko Svilar, ancien gardien de l'Antwerp, ndlr) s'occupait de tes intérêts ? SVILAR : Non, j'avais et j'ai toujours un agent, très proche de la famille et qui est également mon parrain : Vlado Lemic Je travaille avec lui depuis que j'ai treize ans et mon père a toujours dit que si je devenais professionnel, Vlado s'occuperait de moi. J'ai souvent lu dans les médias que mon père était mon agent, mais ce n'est pas vrai. Il m'a uniquement donné des conseils sur ce qu'il connaît dans le football. Il ne m'a jamais dit d'aller ou de ne pas aller à Benfica, de rester ou non à Anderlecht. Il n'est pas dans le business, il n'a jamais rien décidé pour moi ni même eu de contacts avec les clubs. Aujourd'hui, mon père est à Lisbonne simplement pour profiter du temps et de la piscine ( sourire). Est-ce que le début de la fin à Anderlecht, c'est ce dernier match des PO1 2017 contre Ostende, où beaucoup pensent que tu seras titulaire et où tu n'es finalement pas repris ? SVILAR : Je ne m'attendais pas à jouer. Le coach ( René Weiler, ndlr) a pris sa décision, je n'étais pas sur le terrain et j'ai respecté cela. Derrière, j'ai suivi ma propre route. Tu as parlé avec René Weiler de ta situation et de ton futur avant le début de la saison 2017-2018 ? SVILAR : Je ne me souviens plus de ce qu'il m'a dit précisément, mais il avait un autre point de vue que moi sur la suite de la saison ( Mile s'estimait prêt à être titulaire, pas Weiler, ndlr). Parfois, les opinions se croisent et chacun repart de son côté : c'est ce qu'il s'est passé. Quand as-tu compris que ton parcours à Anderlecht était terminé ? SVILAR : Il n'y a pas eu d'entraînement ou de match précis. C'était pendant l'été, j'ai eu des discussions et des réflexions pendant mes vacances et j'ai finalement pris la décision de rejoindre Benfica. Tu as eu le sentiment qu'Anderlecht n'avait pas respecté sa promesse de temps de jeu ? SVILAR : Dans le foot, il y a tellement de choses qui sont dites... Je ne pense pas que l'on puisse promettre quoi que ce soit en football. On a beaucoup parlé de ton premier match en Champions League, avec Benfica contre ManU. Tu étais devenu le plus jeune gardien de l'histoire de la compétition, à 18 ans et 52 jours (record battu récemment par Maarten Vandevoordt de Genk, ndlr), et tu as commis une erreur décisive malgré une belle prestation. À la fin du match, Romelu Lukaku est venu te parler. Il t'a dit quoi ? SVILAR : Il a dit quelque chose du genre : Il n'y a pas beaucoup de gens en Belgique qui pensaient que tu serais là à ton âge et deux mois après avoir quitté Anderlecht. Tu ne dois pas être déçu de toi, sois fier : tu as fait un bon match et les erreurs arrivent, même à 33 ans. Le gars qui n'en fait pas, c'est qu'il est mort. Je ne me souviens plus des mots exacts, mais j'ai beaucoup apprécié ce qu'il m'a dit. Peu de temps plus tard, tu es tombé malade. Un virus soudain et puissant. SVILAR : Je me suis réveillé un jour avec une fièvre que j'ai gardée pendant dix jours. La température montait et descendait constamment. Je ne me suis plus entraîné, j'ai perdu quatre, cinq kilos parce que je ne parvenais plus à manger, je restais au lit. Pendant ce temps-là, Benfica a disputé trois matches en sept jours, le coach a dû trouver une solution et mon remplaçant s'est très bien débrouillé. Quand je suis revenu à l'entraînement, j'ai dû m'arrêter après deux sprints ( rires). Il m'a encore fallu dix jours pour revenir à un rythme normal. Aujourd'hui, tu t'entraînes au quotidien avec l'équipe première mais tu joues le week-end avec l'équipe B en D2. Comment ça se passe pour toi ? SVILAR : Il n'y a pas un seul entraînement où je me dis que je vais me donner à 70%. Ce n'est pas le même sentiment qu'en match, mais je veux constamment progresser et être prêt. Avec Benfica B, j'évolue en D2 contre des adultes qui se battent pour leur vie : il y a des spectateurs, des médias et donc aucune différence avec la D1, à part le niveau. Ce n'est pas la même chose en Belgique, où la compétition des U21 n'est pas aussi intéressante pour le développement des jeunes. Que dit ton coach sur ta situation ? SVILAR : Je ne lui parle pas de moi. Je fais mon travail et tout le monde peut voir que je me donne à 100%. Quand il sera l'heure de demander des explications, j'irai discuter avec lui, mais pour le moment, je me concentre uniquement sur les choses que je peux contrôler. L'été dernier, tu as dit que tu cherchais la " solution parfaite "... SVILAR : ( Il coupe) Tout le monde cherchait cette solution. Benfica est un club différent, qui t'aide pour tout. Le jour où le chat du gardien Odisseas Vlachodimos est resté calé dans un arbre, ce n'est pas les pompiers qu'il a appelés, mais Benfica. Si tu as un souci à la maison, tu téléphones à Benfica qui va envoyer quelqu'un pour le régler. Donc même quand je regardais pour un club, on le faisait ensemble. Que cherchais-tu ? SVILAR : Je voulais trouver une compétitivité proche de celle de Benfica, ce qui est quasi impossible parce que les gens qui ne jouent pas ici ne peuvent pas comprendre l'amour que les supporters ont pour leur club. On a cherché un certain niveau de compétitivité au Portugal ou ailleurs, où j'aurais pu être prêté. On n'a pas trouvé cette solution parfaite, donc on s'est dit que j'allais essayer de jouer tous les matches avec l'équipe B. Cette solution était plus " parfaite " qu'un retour en Belgique où tu as été cité à Anderlecht et au Standard ? SVILAR : Oui. Ici, je pense que le coach et le directeur regardent les matches de l'équipe B, on est suivi. Mais je n'ai pas eu de contacts avec Anderlecht et le Standard. Ça aurait pu être une possibilité ? SVILAR : ( Il hésite) Je ne peux pas dire, personne ne m'a appelé personnellement. Mais je ne pense pas que c'était une bonne solution de revenir en Belgique parce qu'il y aurait eu pas mal d'agitation à propos d'autres sujets et je n'aurais pas été capable de me concentrer à 100% sur le football. Si tu compares ta situation actuelle à celle d'Anderlecht, où tu te sentais également prêt pour être numéro 1 mais où tu ne jouais pas, qu'est-ce qui est différent ? SVILAR : À Anderlecht, à 16-17-18 ans, j'ai peut-être été un peu impatient. C'est normal quand tu es un enfant. Trois ans plus tard, ma manière de penser a changé et je sais que je dois être plus patient. C'est avec le travail et le dévouement que mon heure va venir. Tôt ou tard. Tu as déjà dit que tu ne changerais rien si tu devais revenir en arrière. Peut-être voudrais-tu changer ta manière de... SVILAR : ( Il coupe) réfléchir ? Oui, mais aussi de discuter avec Anderlecht (Mile avait menacé de casser son contrat pour quitter le Sporting, ndlr). SVILAR : Je ne peux pas vraiment répondre à cette question. C'est arrivé, c'est comme ça et je ne sais pas si avec une autre manière de réfléchir ou de discuter, ça aurait changé les choses. Je suis heureux d'avoir rejoint un des plus grands clubs d'Europe, c'est tout. Tu as eu d'autres contacts avec Herman Van Holsbeeck par la suite ? SVILAR : Après ? Jamais ( sourire). Qu'est-ce qui t'a convaincu de jouer pour les U21 belges ? SVILAR : Ça n'a pas été difficile d'accepter ce challenge. J'ai beaucoup d'amis dans cette équipe et la Belgique est le pays où j'ai grandi, j'aime être ici. Je suis à chaque fois impatient de rejoindre le groupe. Évidemment, c'est impossible d'éviter le sujet des deux dernières années, pendant lesquelles tu n'as pas été sélectionné. L'entraîneur des U19, Gert Verheyen, affirme toujours que tu n'as jamais répondu à ses appels. Tu n'avais pas envie de jouer en U19 ? SVILAR : Je ne sais pas ce qu'il a vraiment dit. Je ne dis pas qu'il ment et je ne mens pas non plus... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé à ce moment-là. Une mauvaise communication, sans doute. Tu n'as reçu aucun message, écrit ou vocal ? SVILAR : Si j'avais vu dix ou quinze messages ou des appels manqués, j'aurais rappelé parce que j'aurais compris que c'était quelque chose de sérieux. Mais je ne me souviens plus d'avoir reçu autant d'appels manqués. Ce n'était donc pas ta volonté de te concentrer uniquement sur Benfica ? SVILAR : Je ne dis pas ça. Je venais d'arriver au Portugal et c'était le moment de m'adapter au club et non de revenir en Belgique. J'étais un peu confus, ce n'était pas facile pour moi vu que c'était la première fois que je quittais vraiment ma maison où j'avais grandi depuis mes huit ans. C'est pour ça que j'ai mis l'équipe nationale entre parenthèses. Aujourd'hui, je me sens parfaitement bien où je suis et je peux séparer ma maison en Belgique de ma vie au Portugal. C'est notamment ce nouvel état d'esprit qui m'a convaincu de faire mon retour en équipe nationale. Tu es très prudent quand tu évoques ton choix d'équipe nationale, quitte à utiliser l'expression " pour le moment ". SVILAR : Pour le moment, je joue avec les U21 belges. Je refuse de penser à ce qui va se passer dans deux, trois ans. Même de penser que Thibaut Courtois restera le n°1 pour encore quelques années et qu'il sera difficile de jouer pour les Diables rouges ? SVILAR : S'il y a un choix à faire un jour, j'évaluerai la situation à ce moment-là. Tu reçois encore des appels de la fédération serbe ? SVILAR : Pas depuis que j'ai rejoint les U21 belges, en septembre.