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Ce n'est pas dans les habitudes du Bayern de devoir s'incliner. L'an passé, lorsqu'un départ de David Alaba est évoqué, l'ancien président Uli Hoeness déclare : "Nous devons l'éviter à tout prix." Car Alaba (29 ans) est davantage qu'un simple footballeur pour les Munichois. Depuis qu'il est arrivé à seize ans de son Autriche natale, le défenseur s'est érigé en un joueur-clé. En treize ans au Bayern, il a remporté 27 trophées. Entre-temps, le transfert de l'international vers le Real Madrid est devenu une réalité. Et il laisse un grand vide chez les Bavarois. Non seulement ils voilent filer Alaba chez un concurrent direct au niveau européen, mais en plus, ils doivent le céder à ce mégalomane de Florentino Pérez. L'entrepreneur de 74 ans est la figure de proue de la tentative de coup d'État entreprise par douze clubs européens parmi les plus puissants. En avril, ils voulaient quitter la Ligue des Champions pour lancer une nouvelle Super League. Sans les millions supplémentaires qu'elle aurait générés, le déclin de nombreux clubs touchés par la pandémie notamment, aurait été inéluctable, selon Pérez. Le transfert d'Alaba démontre pourquoi des clubs à gros budget, criblés de dettes colossales, comme le Real Madrid connaissent des difficultés. Ils sont incapables de se comporter de manière raisonnable, comme le prouve le contrat paraphé par Alaba et les accords conclus avec ses agents, sur lesquels nos confrères du Spiegel ont pu jeter un oeil. Pérez a encore investi une somme gigantesque dans un nouveau joueur, alors qu'il n'est pas du tout certain que le Real pourra encore compter sur les revenus de la Ligue des Champions à long terme.Selon ce qui figure dans le contrat de cinq ans signé par Alaba, le Real garantit au joueur une prime à la signature de 17,7 millions d'euros. En plus de cela, celui-ci percevra près de vingt millions par saison. Au total, cela équivaut à 115 millions, sans compter d'éventuelles primes de titre. Si Alaba rompt l'accord unilatéralement, il devra payer un dédommagement totalement fou de 850 millions au Real. On parle ici de montants bruts, le taux d'imposition sur les grosses fortunes à Madrid étant de 43,5%. Sur les documents, on découvre également qu'au cours de sa dernière saison, le Bayern a versé à Alaba la somme de dix millions d'euros plus cinq millions de primes, avant déduction d'impôt. Lors des négociations, on a parlé "exclusivement d'argent", a déclaré Hoeness plusieurs mois avant que le transfert ne soit conclu. Alaba avait "un piranha affamé" comme agent, selon le président d'honneur du Bayern. Ainsi désignait-il l'Israélien Pinhas "Pini" Zahavi, l'un des agents les plus influents du monde. Zahavi aurait perçu 5,2 millions de commission sur le transfert d'Alaba. Selon les documents, il est le représentant officiel du Real, alors qu'il défendait les intérêts du joueur vis-à-vis du Bayern. L'idée derrière tout cela ? Économiser des taxes. Le club madrilène fait toujours appel à des agents pour conseiller le club, afin de convertir les dépenses en frais de fonctionnement et diminuer la charge imposable.Depuis lors, le fisc espagnol a interdit cette pratique. Dans un accord annexe avec Alaba et Zahavi, le club a indiqué qu'il paierait les impôts sur la commission de l'agent ou sur un versement de salaire au joueur. Le conseiller de David Alaba est, selon les termes de l'accord, George Alaba, le père du joueur. Lui et sa femme ont une société à Vienne, dénommée The Alabas B.V. Cette entreprise familiale recevra quant à elle 6,3 millions d'euros du Real. Selon le règlement de la FIFA, une commission d'agent ne peut pas dépasser 3% de la somme totale brut. Dans le cas d'Alaba, 3,5 millions d'euros, donc. Les versements au profit de Zahavi et les Alaba dépassent largement cette somme, mais le club ne doit pas craindre de conséquences fâcheuses. Le règlement de la FIFA parle de "recommandation" et, en ce qui concerne les sanctions, il se réfère vaguement aux fédérations nationales. Ce n'est pas un scoop que Pérez se préoccupe très peu des différentes fédés nationales. Il suffit de regarder ses machinations pour mettre sur pied la Super League. En avril, le président du Real avait défendu sa cause en parlant d'une "nécessité" pour sauver le football". Douze clubs puissants étaient disposés à le suivre et à quitter les compétitions traditionnelles pour s'affronter mutuellement et jouer également chaque année contre quelques clubs "invités". Le tout avec l'aide de la banque américaine JP Morgan. Le projet a implosé après deux jours.Depuis avril, Pérez est impliqué dans une lutte de pouvoir avec l'UEFA. L'organe européen veut exclure les clubs rebelles, à savoir le Real Madrid, le FC Barcelone et la Juventus, de ses propres compétitions. Et la lutte connaît un prolongement devant les tribunaux. Les mutins de Pérez sont bien préparés. Très rapidement, ils ont présenté un jugement intermédiaire d'un juge de Madrid, qui interdit les sanctions de l'UEFA à l'encontre des clubs de Super League. L'interdiction de participer à une compétition va à l'encontre du droit à la concurrence. Pour connaître l'avenir du football européen, il faut savoir si le droit à la concurrence est du côté des fédérations ou des grands clubs. Le juge madrilène a demandé une confirmation rapide à la Cour Européenne de Justice. Elle pourrait obliger l'UEFA à supprimer toutes les sanctions à l'encontre des clubs de la Super League. Mais la semaine dernière, la Cour Européenne a refusé une procédure d'urgence, et a demandé aux intéressés et aux gouvernements de prendre position pour le mois d'octobre. D'importants politiciens, comme Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron, semblent en tout cas du côté du président de l'UEFA, Aleksander Ceferin. C'est ainsi que l'on en est arrivé à cette situation grotesque : peu de temps après leur rébellion, le Real, le Barça et la Juve se sont inscrits pour la compétition à laquelle ils voulaient tourner le dos : la Champions League. L'UEFA versera donc des millions à ces clubs pour leur participation, alors qu'elle veut les exclure pour la saison 2022-23. Le département marketing de l'UEFA en a tenu compte : dans un petit film promotionnel pour la future Ligue des Champions, des joueurs du Bayern, du PSG et de l'Atlético dribblent à tout va. Aucun joueur du Real, de Barcelone ou de la Juventus. Et donc, pas de David Alaba non plus...Par Rafael Buschmann